Profitons du beau temps sur Paris pour tâcher de regarder autrement, couché dans l'herbe.
Notre pays s'occupe sans s'occuper (c'est l'art de la prétérition médiatique : je ne parle pas de ceci, tout en en parlant pour dire que je n'en parle pas) d'une rumeur sur le couple présidentiel. Bon, n'y aurait-il pas intérêt du côté de l'Elysée, après une cuisante défaite électorale, à marteler le terrain avec n'importe quoi d'autre moins dangereux ?
Nicolas Sarkozy a très bien compris qu'il fallait vendre des nouvelles chaque jour (le news market), donc qu'il valait mieux "inventer l'actualité" (titre d'un de mes livres) plutôt que de subir les inventions des autres. Mais le péril est alors de tirer dans tous les sens en rendant son image totalement incompréhensible. Dans le retour du verbe en politique, nous avons peut-être un Obama de retard...
Autre pas de côté. Vous savez que sur écran il existe autre chose que le Net, cela se nomme "télévision" et passe en boucle dans les maisons de retraite avec un animateur dédié et enbaumé nommé Michel Drucker, qui a d'ailleurs placé sa famille dans la boite publique et invite des morts (par exemple, un certain Claude François, qu'heureusement personne ne connaît à Londres ou à Berlin).
Il parait qu'une des chaînes (France 5) de cette "télévision" publique (avec l'argent d'une redevance très inégalitaire) fut créée pour être éducative. Elle n'a jamais permis à aucun scientifique dans aucun domaine d'inventer la moindre émission. C'est désormais le lieu de pâture des journalistes radio qui s'essaient à la télévision et des vieux journalistes de télévision en manque de caméra (un certain PPDA).
Mais, dans un pays où l'hypocrisie règne (avant des révolutions passagères), qui s'en soucie ? Ainsi, sur France 3, les petits vieux des médias discutant entre eux depuis trente ans, se sont retrouvés chez Frédéric Taddéi pour dire combien ils sont déontologiques. Taddéi leur a salutairement lancé en cours d'émission un plus jeune opérant sur le Net. Il n'a pas pu proférer 3 mots sans que des multicartes terrorisés à l'idée de perdre leur pouvoir (car, depuis longtemps, il n'est plus question d'idées ou de goûts) l'aient assassiné : vade retro Netanas !
Ce n'est pourtant pas grâce à la stratégie du bunker assiégé que ces assistés de l'Etat et vendus aux marques vont pouvoir défendre leur nécessité. D'autant que la question essentielle n'est nullement de tuer les médias intermédiaires mais, grâce à la diversification et à la multiplication des sources, de changer leur rôle et leurs méthodes. Dans ce contexte, aboyer qu'Internet n'est qu'une boite à rumeurs, alors que souvent elles sont arrêtées par les internautes eux-mêmes, est un peu court.
Un exemple concret récent des nouvelles pratiques nécessaires. Sur les côtes françaises, il y eut un petit débordement de mer (le Chili pâtissait au même moment bien davantage). Acceptons que la proximité justifie de surcouvrir l'événement. Le courage dans l'analyse aurait dû cependant permettre d'entendre, parmi les bêlements, que dire à ces populations sinistrées le caractère "inadmissible" de la catastrophe est leur mentir. L'Etat n'est pas, ne sera pas une assurance tous risques abolissant les accidents. Il doit apporter des règles et des évaluations de risques. A chacune et chacun de prendre ses responsabilités. Philosophiquement, le fatalisme dynamique qui existe tant en Afrique qu'en Asie (regardez la situation du Japon) peut-il être écouté ? Je persisterai jusqu'à être relayé, en tout cas. Au nom de quelle suffisance en effet ce qui est en ligne (analyses, livres, photos, films...) a-t-il moins de valeur intrinsèque que ce qui "paraît" sur papier, hors petits gags ?
Deuxièmement, le vrai travail journalistique aujourd'hui, le vrai décryptage dont nous avons besoin, n'est pas de faire hurler les populations aux maisons rasées (pour des procès lucratifs, n'est-ce pas Madame super-écologiste Corinne Lepage ?), mais d'enquêter sur la nature des autorisations de construction, les pressions des propriétaires, les intérêts directs des élus. Voilà ce dont nous avons besoin : du vrai courage pour des idées diversifiées et un vrai travail de fond sur la nature des "événements".
Allez, il est temps de me détendre. Je me sens un peu crispé. Pfffffffffff......
Je me retourne dans l'herbe et regarde le ciel.