Rumeur de nuage

Nous, Européens, vivons en avril 2010 le passage d'un monstre noir totalement invisible. Un deuil transparent de cendres diaboliques. J'étais à Berlin sous un soleil intense et un ciel transparent : tous les aéroports fermés. Après m'être fait arnaquer par les hôtels surbookés montant les prix sans complexe, j'ai traversé à prix d'or, dans des trains bondés avec mult changements, une Allemagne radieuse et agricole.

Paris resplendit aussi, tandis que les aéroports sont fermés pour trois jours. Tout le monde est calme. Pourtant, les gares explosent avec une grève parfaitement opportune de la SNCF (j'en viens).

Très étrange. Soit le danger est encore plus grand et nous sommes couverts de radioactivité. Soit cela se passe tellement haut que la poussière est diffuse et totalement invisible. Soit le principe de précaution a encore frappé et certains ont des intérêts cachés à cette fumisterie. Mais c'est pas clair. Pas clair du tout ce nuage invisible, cette rumeur de nuage virtuel.

Peut-être nous faudrait-il une émission de Fred et Jamy pour l'expliquer. Moi qui grogne et tempête contre mes amours télévisuelles définitivement déçues par le cloaque ambiant, j'ai été scotché par la dignité, la variété, la qualité d'un regard sur les Pygmées à 20h30 sur France 3. Sur le tas de boue, un crocus fleurit...

Pendant ce temps, à peine avais-je le dos tourné, que Michel Onfray assassine Sigmund Freud. Je ne l'avais pas attendu pour dénoncer l'aspect d'immonde secte que recouvrent souvent ces activités, devenues des flics de la normalité (psys en crèches et "cellules psychologiques"). J'exècre ces business de la douleur jouant sur la perte des repères et le malaise des sociétés occidentales. Cela dit, c'est plutôt le côté onéreux et placébo qui m'horripile, jargonneux aussi. Les fous qui m'entourent n'ont jamais guéri de rien. Moi non plus d'ailleurs, heureusement.

Alors, que Freud ait eu beaucoup de défauts, à vrai dire on s'en fout un peu. Les penseuses, les penseurs n'ont pas de certificat de sympathie à nous donner. Reconnaissons seulement qu'il a eu quelques presciences fortes, même à partir d'obsessions personnelles. La question est de savoir l'usage qui en est fait.

Personnellement, je ne pense pas qu'enfermer les individus dans des maladies toujours plus nombreuses soit, ni curatif, ni émancipateur. Cela en fait des esclaves dociles. A cela, il faut opposer un message de connaissance, de culture, de choix, de responsabilité, d'ouverture, de volonté et d'action. Tout le contraire de la plainte perpétuelle. Etre pluro-futuro, c'est cela.

Quand le typhon souffle la porte, on reconstruit la porte.

← Tous les regards