Au temps des médias de masse, les conversations de café du Commerce sont proférées par des spécialistes-alibis, philosophes, sociologues, psys en tous genres. C’est pratique parce que n’importe qui s’affuble ainsi de ces titres. Et les journalistes comprennent, cela les rassure.
Dans les années 1970 (il en reste des séquelles) la mode était plutôt à la dissimulation par l’abscons. Moins on pigeait, plus c’était profond. Autre excès.
Il est difficile de se mouvoir dans ce marasme. J’ai plutôt choisi de faire simple et concis, mais sans rien céder –je l’espère—d’une exigence de pensée qui perturbe.
Vous le savez : il ne faut pas avoir trop d’idées. Il faut les labourer en délayant, en additionnant les citations-alibis qui font chic, à la cour de ses pairs, dans l’emphase du kougelhof gonflé, le millier de pages sérielles d’un même développement : au poids, ça compte. Répéter dans la caricature de soi-même, comme en France un Jean-Pierre Coffe, bon client multi-écrans pourfendeur de la bouffe merdique. Quel combat courageux…
Et pourtant il y a des phénomènes de société insupportables, qui seront sûrement jugés insensés dans l’avenir. Mais dont il convient de ne pas parler : incroyable cécité contemporaine, omerta bienséante. Faisons court. D’abord, observons toutes celles et tous ceux qui s’avancent parfois masqués et utilisent l’histoire et le communautarisme pour défendre leurs intérêts directs. La perversion est poussée loin quand il s’agit d’user de la repentance envers des personnes totalement innocentes des crimes du passé.
Jamais je n’utiliserai, par exemple, les persécutions subies sous Louis XIV par la partie protestante de ma famille. De quel droit ? C’est à chacun de prouver ici et maintenant ses vertus. Et il importe surtout de regarder désormais vers le futur pour construire autrement, car ce torticolis perpétuel n’a jamais rien réparé, souvent instrumentalisé les faits, et paralyse l’action pour avancer.
L’autre question délicate concerne les droits de l’homme. J’ai plusieurs fois rencontré quelqu’un comme Robert Badinter, que je respecte infiniment. Mais il faudra probablement intégrer le fait que des pensées et des conceptions du monde différentes se confrontent sur la planète. Ce n’est certes pas la raison, à l’inverse, pour défendre des comportements semblant indéfendables (comme l’excision), au nom de « coutumes ». Mais cela posera la question d’une base morale commune et de variantes, de possibilités de varier les variantes d’ailleurs, sans poser en diktat les « avancées » européennes. Pas des droits (et devoirs ?) de l’homme, mais un « Pacte des humains », un Pacte terrien, pouvant évoluer.
La relativité est aussi un échange des valeurs.