Parlons économie

J’ai toujours pensé que l’économie n’était pas une science, mais un territoire à l’intersection de beaucoup d’autres. Pendant longtemps, les communistes m’expliquaient que l’économie dépendait purement et simplement de la politique. Puis, après la chute du mur de Berlin, ce fut le triomphe des économistes, gourous du laisser-faire. Désormais, je crois qu’il nous faut apprendre à passer les frontières, à comprendre la porosité. L’économie est du laisser-faire mais aussi de la politique, mais aussi de la psychologie sociale…

 

Cela fait longtemps que je déteste pareillement l’idée d’une croissance aveugle toujours plus injuste et destructrice de l’environnement d’un côté, et de l’autre celle d’une décroissance, d’un apauvrissement généralisé. Cela ne tient nullement compte des histoires, des pensées, des cultures. L’idée de croissance est celle d’une évolution, mais elle correspond à des évolutions différentes. Car le retour au local suppose des modes de vie différents suivant les quartiers de la ville, la ville et la campagne, New York et chez les Wayanas. Nous avons besoin de croissances diversifiées.

 

Même chose en ce qui concerne les entreprises. Certains les laissent se développer au profit quasi exclusif des propriétaires-actionnaires. D’autres voudraient qu’elles soient des administrations sans profit. Nous pouvons songer à des entreprises éthiques, qui font un profit redistribué en partie et réinvesti, avec des buts commerciaux choisis concernant le développement durable local et mondial. La puissance des consommateurs est, à cet égard, considérable. Elle concerne tant des micro-entreprises d’une seule personne que d’autres installées sur tous les continents. Elle concerne aussi le rôle de banques qui, ne l’oublions pas, sont nées pour certaines du mutualisme et de l’esprit coopératif.

 

Et que dire de la notion de travail ? « Ne travaillez jamais » écrivait Guy Debord sur les murs du Paris des années cinquante. Ce n’était pas le slogan d’un rentier paresseux, pour quelqu’un qui a beaucoup travaillé à faire ses revues, mais la contestation de la notion de travail. Dans les entreprises ou administrations éthiques (redevables à la collectivité, efficaces, supposant même le don gratuit pour la cité), il faut donner la possibilité de réaliser, supprimer les tâches uniquement pénibles et les rémunérer à mesure de leur pénibilité, permettre la dignité et l’épanouissement de l’individu. La frontière travail-loisir doit s’estomper, quand elle n’a pas trop de sens dans les forêts du Laos et que l’allongement de la durée de vie fait reconsidérer la barrière activité-retraite. Chacune et chacun se construit et apporte une contribution sociale, en fonction de ses goûts et de ses capacités, par des biais différents.

 

Ainsi, nous ne sommes ni actifs ou inactifs, ni jeunes, ni vieux, ni au travail ou en retraite, mais vivants ou morts, dans la société, pour bouger cette société, ou gravement malades. L’économie est une conception du monde. Abolissons les frontières !

 

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