Ici, c'est l'été. Ou cela devrait. Par habitude, on veut paresser et la pensée se fait confettis. Bribes qui se superposent. Une giclée de bonheur au musée du Bardo à Tunis où ces mosaïques, destinées à être piétinées, nous font imaginer la qualité des peintures disparues. Images dans les images.
Des claques visuelles aussi en voyant Dreamlands au Centre Pompidou, impertinente variation sur l'art et la ville comme parc d'attraction. Enfin quelque chose de décapant, hors monographies et thématiques "blockbusters" ressassées. Désormais, je vois des cabanes partout : le squatter japonais Kawamata a développé ses petits bubons, ses pustules, ses chrysalides, ses cabanes précaires, dans et sur le bâtiment du Centre. Sympathique. Pourtant, pendant ce temps, on n'en finit plus de constater une parole politique décrédibilisée. Les Français aiment qu'on leur mente (la "rigueur" de Mitterrand sous Mauroy), mais jusqu'à quel point dans l'aboiement tous azimuts et contradictoire ? Tant que quelqu'un n'aura pas eu le courage de faire comprendre que les périls environnementaux touchent les masses en priorité et que la morale veut qu'écologie et justice sociale marchent de pair, que l'acculturation crée des consommateurs passifs manipulables et que la mondialisation n'est pas l'opposition concurrentielle des peuples mais la compréhension d'enjeux communs, on bidouillera du conservatisme injuste dans son coin pour contrée moisie. J'exècre en effet ces mensonges généralisés, partout, pour garder ses petits privilèges. Je me méfie aussi de l'odeur de boue pourrie qui sort de politiques et de médiateurs déconsidérés. Il faut tout secouer clairement, car nous avons des perspectives.
Promenons-nous chez Prévert et Trauner et André François, aux confins du Cotentin, quand la campagne grasse et bocageuse vient lécher la mer, tout près de la centrale barbelée de la Hague. Quel contraste. Fait frémir.
J'ai fait provision de G.K. Chesterton pour la plage. Fumé un cohiba dans ma cabane, près de la menthe d'Alice Debord rapportée de Champot, tandis que la politique-news se pousuit au dehors : au lieu d'imposer du sens sur le long terme, on surréagit à n'importe quoi dans tous les sens au jour le jour, en jeune chien fou excité par la moindre feuille qui bouge. Toute lisibilité durable est perdue dans ce populisme échevelé. Qui osera tracer des voies courageuses et rétablir la valeur de la réflexion, de l'effort et du savoir ?
Et puis, disons-le, nous sommes toutes et tous des Roms, des Gitans, des gens du voyage. Quelles sont ces sociétés aberrantes qui encouragent un tourisme de masse, des produits envoyés à l'autre bout du monde sans raison si ce n'est le profit immédiat, qui ne cessent de parler, lire et regarder ailleurs, dans une ubiquité totale, et veulent interdire les modes de vie nomades ? La circulation du commerce mais pas la liberté des individus, pas le respect de savoirs différents en fonction de son mode de vie. Non, il faut asservir et normer. A suivre.