(la photo est un clin d'oeil affectueux --à rebours de nos temps occupés de célébrités de pacotille-- pour Charlotte Paquet-Dumont, veuve de René Dumont, si intelligente et délicieuse personne, venue visiter avec sa soeur Pauline ma cabane à Montmartre)
Une des craintes qui émerge le plus souvent dans cette France en pré-campagne électorale est la peur que l’élection à venir finisse en non-choix. D’un côté en effet, la stratégie apparaît comme un remake gesticulatoire : un coup de barre à droite sécuritaire (avant un coup de barre à gauche jaurésien ?). De l’autre, une sempiternelle affirmation gestionnaire assortie d’un culte étatiste. N’y a-t-il pas là un marché de dupes où nos compatriotes sont considérés comme trop sots pour regarder le monde en face et savoir anticiper les changements ?
Face à cela, l’intérêt de l’écologie réside dans son origine : une discipline scientifique, c’est-à-dire sans dogme, expérimentale. Ainsi, sur ce terrain, nous constatons un phénomène qui dépasse tous les clivages droite-gauche et tous les écologismes sectaires boboïsants. Il s’agit des enjeux de pollutions planétaires. Plus personne n’est à l’abri désormais des pollutions des terres, de l’eau, de l’air. Quand bien même il n’y aurait aucune conséquence sur le climat (débat à la mode), le moindre voyage en montre les effets dévastateurs et fulgurants. Or, qui est touché ? Evidemment, les populations les plus pauvres, soit agglutinées, soit encore dans des modes de vie anciens qui se voient déstructurés par pollution physique et culturelle.
L’écologie intervient ainsi sur des questions éminemment sociales : un socio-enviro ou un socioecolo. Même la surconsommation ou la malbouffe, la perte des repères, touchent d’abord les plus modestes. Voilà pourquoi un des grands enjeux à venir réside dans un nouveau dialogue à instaurer entre le local et le global. Pas d’intervention sur les périls collectifs sans accords planétaires concernant des enjeux minimaux. Pas de changements planétaires sans prises de consciences locales de consommateurs qui doivent devenir des consommateurs-acteurs. Non plus des spectateurs (à l’ère télévisuelle) mais des spectateurs-acteurs au temps d’Internet : le passage d’une société du spectacle aux sociétés des spectateurs-acteurs.
Voilà ce qui devrait être un des premiers enjeux forts de l’élection à venir : affirmer la nécessité d’une reprise en mains de l’existence de chacune et chacun par des engagements locaux. A l’ère de l’ubiquité entre ici et partout, nous avons un pouvoir considérable sur le « visible », sur ce qui nous entoure, sur ce qui est à portée de vue. Micro-marchés, économies de niches, éducation, valorisations culturelles, structuration d’entreprises éthiques, solidarité entre générations, administrations efficaces et évolutives, combien d’enjeux fondamentaux peuvent trouver des solutions simples et immédiates ?
A la structure nationale, à cette fédération d’initiatives à l’ère de nos identités imbriquées, de porter les consensus de notre vivre-en-commun vers des mouvements planétaires permettant préservations de la Terre et diversification des diversités, c’est-à-dire conscience d’un devenir commun et ouverture des choix de vie individuels.
Il ne sert à rien d’annoncer l’Apocalypse tous les quatre matins. Il est malhonnête parallèlement de faire croire que notre société fonctionne de la moins mauvaise manière possible. Une génération, qui s’est trompée sur tout –le gauchisme liberticide puis le capitalisme cynique—tente depuis 20 ans de priver les générations suivantes de toute perspective. Il est temps de restituer l’imagination et de proclamer les vertus de l’évolution. Si le « progrès » est battu en brèche comme état béat parfait résolvant tout (sociétés inhumaines d’arrêt de l’histoire), le mouvement reste une valeur comme la volonté de ne pas accepter l’inacceptable et donc de perpétuellement chercher des solutions pour changer.
Halte aux kidnappeurs du futur ! Restituons la faculté de bâtir notre vie hors des résignations et des dépressions --par fatalisme dynamique. A cet égard, soulignons à nouveau les vertus primordiales de l’écologie culturelle. Au lieu d’imposer à la planète un modèle occidental très imparfait et aux échecs moraux patents, ayons l’intelligence de regarder dans toutes les sociétés ce qui fonctionne, de prendre nos inspirations partout et de ne pas avoir peur d’inverser nos regards. Le temps du retrofuturo est arrivé, du tri sélectif, sans à priori, de façon pragmatique. Ce qu’il faut garder (la concurrence), ce qu’il faut supprimer (l’accumulation exponentielle non redistribuée). Ainsi, nous agirons dans tous les domaines sur les questions morales qui sont au cœur de notre siècle.
L’écologie culturelle est une façon de défendre des comportements et des croyances variés. C’est aussi une manière d’unifier les humains autour de consensus minimaux destinés à leur survie collective et à ce qu’ils considèrent comme une morale collective de base (le refus de l’excision, par exemple).
Si un rendez-vous cataleptique comme une élection présidentielle en France ne sert pas à rebattre les cartes et à s’ouvrir vraiment au monde multipolaire qui se dessine, à quoi bon ? Faut-il remâchouiller un nationalisme racorni qui a montré ses échecs sanglants ? Faut-il singer des révolutions pour substituer un pouvoir à un autre plus dictatorial encore ? Faut-il faire de l’écologie une nouvelle religion comportementale où, au lieu de commencer à prendre en main sa vie et celle de son entourage, on obéit sous la peur à des diktats dans un grand hôpital planétaire uniformisé et bien-pensant ?
Profitons des échéances à venir pour entrer dans de vrais débats, restituer un avenir à la jeunesse, ne pas croire au monde parfait –inhumain—mais sans cesse perfectible, pour clamer notre pouvoir local-global et nos choix retrofuturo dans des perspectives résolument pluralistes et inventives. La justice et l’environnement sont les deux enjeux du monde à venir. Ouvrons les yeux.
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