Stop aux voleurs d'avenir !

 

(faites circuler ces articles pour développer la pensée plurofuturo, ouvrir les esprits, sortir de la répétition technocratique et de la pensée moyenne sondagière. Non au news market !)

 

En 2005 déjà, je parlais de « fracture générationnelle » à France Inter au moment de l’émission de Jacques Chirac avec les « jeunes ». Cette même année, les éditions Sens & Tonka sortaient un petit essai intitulé Bas les pattes sur l’avenir !. Pourquoi personnaliser ainsi les choses ? Parce que ma génération (je suis né en 1956) aura été celle de tous les sacrifices (jusqu’aux retraites aujourd’hui, si travailler plus est un sacrifice dans mon cas). En ce sens, le malaise actuel perceptible au sein d’une jeunesse sans repère et sans perspective nous est très sensible, car proche du sort qui fut le nôtre.

Nous sommes arrivés dans la vie active à la fin des années 1970, c'est-à-dire juste après que les « baby boomers » ont pu profiter à plein de la croissance. D’un côté, emploi choisi, contestation et musique pop ; de l’autre, chômage, plan Barre et punk. Nous avons regardé la gauche se convertir à l’économie de marché et prendre les leviers lucratifs des différents pouvoirs. Pendant ce temps, nous étions broyés, nous, dans la « rigueur » et la montée du Front national. Aujourd’hui, nous subissons la hausse insensée (1 franc = 1 euro) du coût des produits de la vie quotidienne. Pire, on ne peut plus se loger même avec de bons salaires, sauf à hériter. Et, pendant ce temps, provocation suprême, on ose nous montrer nos nouveaux modèles : des « people » vulgaires incultes, du bling-bling indécent. La leçon envoyée réside à plein dans le cynisme : TPMP (tout pour ma pomme), docilité, veulerie, mensonges et prévarications.

Si seulement l’espoir d’un changement était autorisé. Mais non, nos devanciers (à la longévité physique inédite dans l’histoire) ont eu le culot de battre sans cesse leur coulpe pour avoir cru aux systèmes les plus liberticides, tout en érigeant « no future » en loi. Ce faisant, tenant les postes et le pouvoir sans aucune intention de rien lâcher, ils ont érigé en règle pratique une philosophie de l’aquabonisme : c’est pas terrible, mais c’est le moins mauvais système et, de toute façon, il n’y a pas d’alternative. Bref, bougez pas et laissez-nous nous goberger.

Pareille chape de plomb est d’autant plus insupportable que la France se révèle un des pays les plus cadenassés au monde, tenu par une oligarchie fermée --pas une « élite » (car jamais les savants, les penseurs ou les créateurs n’ont tenu le haut du pavé). On rit de la Corée du Nord mais on ferait bien de considérer la reproduction sociale dynastique en France dans une constipation technocratique. C’est un blocage sclérosant pour nos institutions, notre vivre-en-commun, notre rayonnement, notre économie.

Voilà ce que les jeunes ressentent aujourd’hui, sans toujours l’exprimer clairement, mais avec malaise et dégoût : on se moque d’eux, tout est fait pour les nantis, leur tour n’arrivera jamais car les dés sont pipés, le travail et le mérite sont inutiles. On étouffe ainsi dans l’injustice, sans aborder les grands débats de fond : ascenseur social et éducation, organisation éthique des entreprises, administrations efficaces et évolutives, suppression de l’opposition travail-loisir, passerelles entre les générations dans une conjugaison des âges…

A cet égard, il est un paramètre fondamental qui permet de rebattre les cartes : l’écologie. Disons-le haut et fort, cette question n’est pas un rayon de luxe pour nantis. Les pollutions et intoxications touchent d’abord les plus modestes. De plus, l’écologie, dans sa version scientifique et évolutive, est un impératif de survie planétaire.et un moyen de repenser tous nos comportements. Elle n’est ainsi ni de droite ni de gauche, mais balaie beaucoup de vieilleries bassinées depuis longtemps de l’extrême-droite à l’extrême-gauche : dépassons enfin le XXe siècle et ses échecs sanglants.

Restituons l’espoir. Pas aveugle, pas un schéma parfait inhumain, mais pour redonner du mouvement aux sociétés dans une redistribution de notre monde multipolaire et relatif. Les jeunes de notre pays ont besoin de deux choses claires : justice et mobilité sociale ; remise à plat planétaire de nos comportements dans une perspective environnementale et de diversification de la diversité. Voilà le grand chambardement retro-futuro et local-global. Cessons alors de tenter d’étouffer ce qui commence à sourdre de partout. Cela va traverser les générations et permettre de réimaginer des futurs.

Une société incapable d’offrir des perspectives à sa jeunesse est une société en voie de disparition.


 

(lisez Comment devenir plurofuturo ? en lecture gratuite sur le site du collectif jeune participatif www.fauteuiltronik.com / book. Vous y trouverez un petit livre gratuit pour changer nos modes de vie avec une préface du dessinateur Willem et une postface de l'écrivain-artiste-agitateur belge André Stas. Il est temps d'ouvrir nos perspectives en sortant des faux débats sclérosés : faites circuler, bousculez la cécité médiatique qui fonctionne en modes intellectuelles successives, restituez une politique de la vie quotidienne imaginative !)

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