L’insatisfaction est grande en France. Pourtant, l’échéance présidentielle permet-elle de dégager dans l’opinion publique des enjeux clairs concernant le futur du pays ? Il semble plutôt que gérer correctement la pénurie et protéger des périls mondiaux soient les seules perspectives. L’heure est –singulièrement dans l’hexagone—à la plainte, à l’impuissance, à la morosité ou à la dépression. Il est donc temps d’ouvrir les yeux.
Nous, les pluros-futuros, voulons redonner du mouvement et de l’imagination, dans la lucidité : pessimisme dynamique. Nous voulons résolument que cela se passe dans un cadre pluraliste, car nous refusons comme modèle général le totalitarisme de communautés autistes ayant arrêté définitivement leur mode de vie.
La France est un pays-monde avec une population aux identités imbriquées. Français, réveillez-vous ! Connaissez le passé long et stratifié de votre territoire et ouvrez-vous au monde tel qu'il bouge ! Finie la politique de l'autruche. Dans le cadre planétaire actuel où les économies sont interdépendantes et les périls globaux, il est ridicule de continuer à faire croire à un quelconque « pré carré » fermé possible. En revanche, priver une jeunesse et toute une société de perspectives, ne regarder que les aspects négatifs de la globalisation, faire croire à des solutions uniques même si elles sont insatisfaisantes, constituent des mensonges patents. Les choses fonctionnent de telle manière parce que nous acceptons qu’elles fonctionnent de cette manière.
Il est urgent donc de rétablir l’espoir et de se focaliser sur de vrais enjeux. Il est urgent de rétablir la responsabilité individuelle, la volonté, le courage et la dignité. Voici donc dix thèmes non hiérarchisés pour inviter à enfin entrer dans les questions de notre siècle :
1.
L’individu est la référence de base. Il reçoit des connaissances
qui doivent lui permettre de se mouvoir dans son milieu et d’effectuer des
choix. Cela suppose une éducation pratique partout et théorique pour comprendre
différentes façons d’appréhender le monde et notre aventure collective.
L’éducation va du local au global. Elle est pluraliste et comparatiste :
lire, écrire, compter sûrement (moins utile en forêt amazonienne que la
connaissance de la flore et de la faune), mais aussi connaître les différentes
visions du monde, se situer géographiquement et dans le temps, se repérer
musicalement et dans l’univers visuel. Le Tout conditionne l’un mais l’un pèse
sur le Tout.
2.
L’individu adulte effectue des choix qui peuvent changer. La diversité
est une valeur qui doit interdire les discriminations. La recherche de
l’égalité des chances n’est pas un égalitarisme absurde, mais la possibilité
pour chacune et chacun de développer des activités et des facultés variées. Le
travail, l’effort, le dépassement de soi sont des valeurs, comme la capacité à
jouir du quotidien. Nous devons sortir d’une crise de modèles liée au news
market, surmontrant la bêtise, la veulerie, la plainte de bêtes de cirque
exhibées, le caritatif sanctifié sans enquête sérieuse. Le savoir, l’effort, le
courage, l’imagination, la liberté d’esprit doivent redevenir des modèles,
comme le choix de l’intensité contre la durée insipide. De plus, une société
qui prive sa jeunesse de perspectives, d’espoir, de mobilité, qui s’enfonce
dans le torticolis rétro et la rapacité des mêmes têtes depuis trente
ans nous expliquant qu’ils ont échoué mais qu’on ne peut pas faire mieux, cette
société-là est en voie d’extinction dans un grand hôpital ou d’explosion.
3.
Il n’est pas un type de comportement, d’organisation, de vision du
monde, qui vaille d’être appliqué universellement. Il faut sortir d’un
néo-colonialisme mental qui irrigue des « schémas de développement »
appliqués artificiellement partout pour le « Bien » supposé des
peuples, alors qu’ils créent misère matérielle et morale ailleurs. La
relativité suppose de prendre en compte toutes les options, de choisir,
d’évoluer : pas de société parfaite au temps arrêté. Dans ce sens, tous
nos comportements sont revus avec le prisme d’un tri sélectif : anciens
comportements ou objets conservés ou abandonnés, nouveaux choisis ou rejetés.
Voilà le temps rétro-futuro qui s’annonce, notre nouvelle concordance
des temps dynamique avec ouverture planétaire : spirale fossile inspirant
des vaisseaux virtuels en image métaphorique.
4.
Les deux grands enjeux à venir sont sociaux et environnementaux : socio-ecolo.
Comment, d’une part, bâtir des sociétés hors d’un appauvrissement mental et
d’une addiction consommatrice sans satisfaction avec, de l’autre côté,
l’accumulation insensée de l’argent ? Comment, de l’autre, comprendre que
des périls nous assaillent (et les plus modestes en premier lieu)
quotidiennement avec les pollutions, la malbouffe ? Comment oublier la
destruction vertigineuse des modes de vie, laissant des individus désespérés,
acculturés (et tout s’imbrique : ainsi favoriser l’agriculture vivrière
contre les monocultures intensives, c’est aussi favoriser des modes de vie
multiples) ?
5.
La grande révolution à venir est en fait le réveil des individus en
réseau prenant conscience de leur pouvoir sur le « visible », sur
leur environnement immédiat. Le niveau local devient l’enjeu fondamental du
monde à venir, pas un local fermé sur lui-même et émietté mais un local en
dialogue mondial constant : local-global ou micro-macro. Les Etats doivent
négocier des pactes planétaires minimaux. Et les individus inventent leurs
comportements : veut-on vivre et bâtir à Limoges comme à Lyon, à
Pointe-à-Pitre comme à Casablanca ? L’écologie culturelle n’est pas
une défense figée du passé folklorique (alors que toutes les cultures sont le
fruit de transformations) mais la volonté de vivifier la diversité en
permettant la diversification de la diversité sous impulsions
individuelles.
6.
Nous passons de la société du spectacle (ère de la télévision) aux sociétés
des spectateurs-acteurs (temps d’Internet). Nos actes d’achat comme notre
capacité d’informer changent totalement le paysage, dès lors que chacune et
chacun a compris son pouvoir. Acheter des pommes ou des soutien-gorge de
proximité pour défendre des emplois, une qualité particulière et des
savoir-faire a des conséquences directes : consommateurs-acteurs.
Alerter sur des censures, des comportements non-éthiques, appeler à des
boycotts, crée une démocratie directe salutaire et fait exploser la structure
de l’offre d’informations avec des multi-regards.
7.
L’économie est une technique. Nous avons inversé les priorités en
mettant les techniciens comme décideurs : la maison doit être construite
sous les ordres de l’architecte, pas du plombier. Il faut remettre l’économie
sous la volonté politique. Cela permettra de trouver des solutions innovantes,
de cesser le faux débat croissance/décroissance pour insister sur des croissances
diversifiées, la vitalité de micro-marchés. Il faut aussi comprendre que la
séparation travail-loisir n’est pas une dichotomie Enfer-Paradis, car le
travail doit permettre la valorisation individuelle : chantier prioritaire
pour les syndicats.
8.
Les sociétés sans argent et sans Etat, souvent nomades, doivent être
protégées, quand cela se peut encore. Leurs valeurs modestes sont à méditer. En
tout cas, il faut cesser ailleurs les héritages des grandes fortunes, injustes,
préjudiciables aux héritiers comme à la société. Il faut affirmer l’importance
d’entreprises éthiques (et même créer un label), éthiques dans leurs
rapports avec les fournisseurs, dans le choix des produits et services, le
respect de l’environnement, dans l’organisation de l’entreprise, la réflexion
sur l’intérêt et la pénibilité des tâches et la répartition des bénéfices.
Parallèlement, les administrations ont obligation de justice et d’efficacité.
Payées par l’argent public, elles ont à justifier de la pertinence de leur
action (ce qui ne veut pas dire rentabilité) et de justice et transparence dans
leur organisation (fonctionnements occultes, concours à vie, absence de
sanctions, nature du travail sans importance, mobilité impossible…)
9.
De plus en plus, l’allongement de la durée de la vie pose des questions
totalement nouvelles concernant la coordination des âges : concordance
des âges. Il faut probablement distinguer un troisième et un quatrième âge,
celui de la mobilité et celui de la maladie ou de la préparation longue de la
fin inéluctable. Peut-on soudainement déclarer inaptes au travail des femmes et
des hommes dont la lucidité, le savoir-faire, sont des valeurs précieuses et
qui souhaitent rester utiles ? L’utilité sociale du troisième âge reste
fondamentale (travail à temps partiel ou d’intérêt général et familial). Il
faut ainsi cesser d’instaurer un couperet social radical jetant à la rue les
bras ballants des consommateurs égoïstes ou des personnes isolées survivant
tant bien que mal. Quant au quatrième âge, les familles doivent être aidées et
accompagnées pour ce qui est souvent une épreuve longue, difficile à assumer en
plus de ses propres responsabilités et moralement très déstabilisante. Il
serait par ailleurs juste, après consultation médicale, de ne plus donner le
droit de vote aux personnes dont la lucidité est altérée –comme les moins de 18
ans ne votent pas.
10.
Diversifier la diversité est un combat pour l’évolution perpétuelle,
le mouvement, le changement. Cela suppose plusieurs principes essentiels. Le
premier consiste dans l’éducation : une éducation ouverte qui offre
des connaissances sur son univers local et permet de confronter des conceptions
du monde. Le second principe est de ne pas accepter qu’une religion ou une
philosophie impose unilatéralement des attitudes et une organisation à la
société. Cela n’est pas partagé partout et nous aurons probablement des îlots,
des blocs durs comme les Amishs, mais aussi à plus grande échelle. L’enjeu est
alors de permettre des points d’accord pour un Pacte de comportement terrien
(réussir à interdire partout l’excision, par exemple, le meurtre ou l’agression
armée). Le troisième principe est, dans notre ubiquité constante, d’arriver à
viabiliser l’information. Cela induit d’avoir davantage encore de sources pour
diversifier ce qui fait événement --de sources s’entraidant en réseau à pointer
les rumeurs et les dysfonctionnements – et d’entretenir des professionnels en
organes concurrents pour enquêter, valider, propager des analyses variées. La
guerre mondiale médiatique est ouverte.