10 propositions pour entrer dans le XXIe siècle !

L’insatisfaction est grande en France. Pourtant, l’échéance présidentielle permet-elle de dégager dans l’opinion publique des enjeux clairs concernant le futur du pays ? Il semble plutôt que gérer correctement la pénurie et protéger des périls mondiaux soient les seules perspectives. L’heure est –singulièrement dans l’hexagone—à la plainte, à l’impuissance, à la morosité ou à la dépression.  Il est donc temps d’ouvrir les yeux.

Nous, les pluros-futuros, voulons redonner du mouvement et de l’imagination, dans la lucidité : pessimisme dynamique. Nous voulons résolument que cela se passe dans un cadre pluraliste, car nous refusons comme modèle général le totalitarisme de communautés autistes ayant arrêté définitivement leur mode de vie.

La France est un pays-monde avec une population aux identités imbriquées. Français, réveillez-vous !  Connaissez le passé long et stratifié de votre territoire et ouvrez-vous au monde tel qu'il bouge ! Finie la politique de l'autruche. Dans le cadre planétaire actuel où les économies sont interdépendantes et les périls globaux, il est ridicule de continuer à faire croire à un quelconque « pré carré » fermé possible. En revanche, priver une jeunesse et toute une société de perspectives, ne regarder que les aspects négatifs de la globalisation, faire croire à des solutions uniques même si elles sont insatisfaisantes, constituent des mensonges patents. Les choses fonctionnent de telle manière parce que nous acceptons qu’elles fonctionnent de cette manière.

Il est urgent donc de rétablir l’espoir et de se focaliser sur de vrais enjeux. Il est urgent de rétablir la responsabilité individuelle, la volonté, le courage et la dignité. Voici donc dix thèmes non hiérarchisés pour inviter à enfin entrer dans les questions de notre siècle :

1.
L’individu est la référence de base. Il reçoit des connaissances qui doivent lui permettre de se mouvoir dans son milieu et d’effectuer des choix. Cela suppose une éducation pratique partout et théorique pour comprendre différentes façons d’appréhender le monde et notre aventure collective. L’éducation va du local au global. Elle est pluraliste et comparatiste : lire, écrire, compter sûrement (moins utile en forêt amazonienne que la connaissance de la flore et de la faune), mais aussi connaître les différentes visions du monde, se situer géographiquement et dans le temps, se repérer musicalement et dans l’univers visuel. Le Tout conditionne l’un mais l’un pèse sur le Tout.

2.
L’individu adulte effectue des choix qui peuvent changer. La diversité est une valeur qui doit interdire les discriminations. La recherche de l’égalité des chances n’est pas un égalitarisme absurde, mais la possibilité pour chacune et chacun de développer des activités et des facultés variées. Le travail, l’effort, le dépassement de soi sont des valeurs, comme la capacité à jouir du quotidien. Nous devons sortir d’une crise de modèles liée au news market, surmontrant la bêtise, la veulerie, la plainte de bêtes de cirque exhibées, le caritatif sanctifié sans enquête sérieuse. Le savoir, l’effort, le courage, l’imagination, la liberté d’esprit doivent redevenir des modèles, comme le choix de l’intensité contre la durée insipide. De plus, une société qui prive sa jeunesse de perspectives, d’espoir, de mobilité, qui s’enfonce dans le torticolis rétro et la rapacité des mêmes têtes depuis trente ans nous expliquant qu’ils ont échoué mais qu’on ne peut pas faire mieux, cette société-là est en voie d’extinction dans un grand hôpital ou d’explosion.

3.
Il n’est pas un type de comportement, d’organisation, de vision du monde, qui vaille d’être appliqué universellement. Il faut sortir d’un néo-colonialisme mental qui irrigue des « schémas de développement » appliqués artificiellement partout pour le « Bien » supposé des peuples, alors qu’ils créent misère matérielle et morale ailleurs. La relativité suppose de prendre en compte toutes les options, de choisir, d’évoluer : pas de société parfaite au temps arrêté. Dans ce sens, tous nos comportements sont revus avec le prisme d’un tri sélectif : anciens comportements ou objets conservés ou abandonnés, nouveaux choisis ou rejetés. Voilà le temps rétro-futuro qui s’annonce, notre nouvelle concordance des temps dynamique avec ouverture planétaire : spirale fossile inspirant des vaisseaux virtuels en image métaphorique.

4.
Les deux grands enjeux à venir sont sociaux et environnementaux : socio-ecolo. Comment, d’une part, bâtir des sociétés hors d’un appauvrissement mental et d’une addiction consommatrice sans satisfaction avec, de l’autre côté, l’accumulation insensée de l’argent ? Comment, de l’autre, comprendre que des périls nous assaillent (et les plus modestes en premier lieu) quotidiennement avec les pollutions, la malbouffe ? Comment oublier la destruction vertigineuse des modes de vie, laissant des individus désespérés, acculturés (et tout s’imbrique : ainsi favoriser l’agriculture vivrière contre les monocultures intensives, c’est aussi favoriser des modes de vie multiples) ?

5.
La grande révolution à venir est en fait le réveil des individus en réseau prenant conscience de leur pouvoir sur le « visible », sur leur environnement immédiat. Le niveau local devient l’enjeu fondamental du monde à venir, pas un local fermé sur lui-même et émietté mais un local en dialogue mondial constant : local-global ou micro-macro. Les Etats doivent négocier des pactes planétaires minimaux. Et les individus inventent leurs comportements : veut-on vivre et bâtir à Limoges comme à Lyon, à Pointe-à-Pitre comme à Casablanca ? L’écologie culturelle n’est pas une défense figée du passé folklorique (alors que toutes les cultures sont le fruit de transformations) mais la volonté de vivifier la diversité en permettant la diversification de la diversité sous impulsions individuelles.

6.
Nous passons de la société du spectacle (ère de la télévision) aux sociétés des spectateurs-acteurs (temps d’Internet). Nos actes d’achat comme notre capacité d’informer changent totalement le paysage, dès lors que chacune et chacun a compris son pouvoir. Acheter des pommes ou des soutien-gorge de proximité pour défendre des emplois, une qualité particulière et des savoir-faire a des conséquences directes : consommateurs-acteurs. Alerter sur des censures, des comportements non-éthiques, appeler à des boycotts, crée une démocratie directe salutaire et fait exploser la structure de l’offre d’informations avec des multi-regards.

7.
L’économie est une technique. Nous avons inversé les priorités en mettant les techniciens comme décideurs : la maison doit être construite sous les ordres de l’architecte, pas du plombier. Il faut remettre l’économie sous la volonté politique. Cela permettra de trouver des solutions innovantes, de cesser le faux débat croissance/décroissance pour insister sur des croissances diversifiées, la vitalité de micro-marchés. Il faut aussi comprendre que la séparation travail-loisir n’est pas une dichotomie Enfer-Paradis, car le travail doit permettre la valorisation individuelle : chantier prioritaire pour les syndicats.

8.
Les sociétés sans argent et sans Etat, souvent nomades, doivent être protégées, quand cela se peut encore. Leurs valeurs modestes sont à méditer. En tout cas, il faut cesser ailleurs les héritages des grandes fortunes, injustes, préjudiciables aux héritiers comme à la société. Il faut affirmer l’importance d’entreprises éthiques (et même créer un label), éthiques dans leurs rapports avec les fournisseurs, dans le choix des produits et services, le respect de l’environnement, dans l’organisation de l’entreprise, la réflexion sur l’intérêt et la pénibilité des tâches et la répartition des bénéfices. Parallèlement, les administrations ont obligation de justice et d’efficacité. Payées par l’argent public, elles ont à justifier de la pertinence de leur action (ce qui ne veut pas dire rentabilité) et de justice et transparence dans leur organisation (fonctionnements occultes, concours à vie, absence de sanctions, nature du travail sans importance, mobilité impossible…)

9.
De plus en plus, l’allongement de la durée de la vie pose des questions totalement nouvelles concernant la coordination des âges : concordance des âges. Il faut probablement distinguer un troisième et un quatrième âge, celui de la mobilité et celui de la maladie ou de la préparation longue de la fin inéluctable. Peut-on soudainement déclarer inaptes au travail des femmes et des hommes dont la lucidité, le savoir-faire, sont des valeurs précieuses et qui souhaitent rester utiles ? L’utilité sociale du troisième âge reste fondamentale (travail à temps partiel ou d’intérêt général et familial). Il faut ainsi cesser d’instaurer un couperet social radical jetant à la rue les bras ballants des consommateurs égoïstes ou des personnes isolées survivant tant bien que mal. Quant au quatrième âge, les familles doivent être aidées et accompagnées pour ce qui est souvent une épreuve longue, difficile à assumer en plus de ses propres responsabilités et moralement très déstabilisante. Il serait par ailleurs juste, après consultation médicale, de ne plus donner le droit de vote aux personnes dont la lucidité est altérée –comme les moins de 18 ans ne votent pas.

10.
Diversifier la diversité est un combat pour l’évolution perpétuelle, le mouvement, le changement. Cela suppose plusieurs principes essentiels. Le premier consiste dans l’éducation : une éducation ouverte qui offre des connaissances sur son univers local et permet de confronter des conceptions du monde. Le second principe est de ne pas accepter qu’une religion ou une philosophie impose unilatéralement des attitudes et une organisation à la société. Cela n’est pas partagé partout et nous aurons probablement des îlots, des blocs durs comme les Amishs, mais aussi à plus grande échelle. L’enjeu est alors de permettre des points d’accord pour un Pacte de comportement terrien (réussir à interdire partout l’excision, par exemple, le meurtre ou l’agression armée). Le troisième principe est, dans notre ubiquité constante, d’arriver à viabiliser l’information. Cela induit d’avoir davantage encore de sources pour diversifier ce qui fait événement --de sources s’entraidant en réseau à pointer les rumeurs et les dysfonctionnements – et d’entretenir des professionnels en organes concurrents pour enquêter, valider, propager des analyses variées. La guerre mondiale médiatique est ouverte.

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