Musée d'histoire de France (suite). Le jeudi 13 janvier 2011, un comité d'orientation a été mis en place. Ce même jour, l'Appel (voir dernier "regard") largement soutenu a été envoyé officiellement au ministre. Je l'ai accompagné d'une lettre (ci-dessous) clarifiant précisément les attentes pour repartir solidement, dans la concertation, et pour faire oeuvre pérenne. C'est l'intérêt général. Le ministre va-t-il enfin écouter et associer celles et ceux dont c'est le métier? Voilà l'enjeu et le paradoxe de cette affaire.
Monsieur le Ministre,
Après la publication de mon article dans le journal Le Monde, vous avez bien voulu me recevoir le 10 novembre 2010. Fondateur de l’Association internationale des musées d’histoire et du Conseil des musées d’histoire en France, co-directeur du Guide des musées et collections d’histoire en France, concepteur d’expositions pionnières sur les grands sujets de notre histoire contemporaine rassemblant des historiens de toutes tendances (La Propagande sous Vichy ; La France en guerre d’Algérie ; Toute la France (Un siècle d’histoire d’immigration en France) ; La déportation, le système concentrationnaire nazi ; Images et colonies ; L’Affaire Dreyfus ; 1917 dans le monde ; Montrer/ne pas montrer la guerre ; Les Sixties ; Russie/URSS 1914-1991….), Président de l’Institut des Images et initiateur de l’histoire du visuel, j’ai pu vous expliquer que les professionnels, toutes tendances confondues, avaient été totalement tenus à l’écart du projet Maison d’histoire de France. Depuis, je n’ai plus eu de nouvelles et vos conseillers souvent n’accusent même pas réception des mails.
La concertation est donc totalement absente et montre bien combien les professionnels ont été non consultés, non associés et mis à l’écart. C’est très choquant, alors que la plupart ont œuvré avec passion leur vie entière pour faire évoluer en France et dans le monde les institutions patrimoniales, alors qu’ils ont le sens de l’intérêt public et sont pionniers au niveau international, conseillant des musées en constitution ou en transformation en France et dans le monde (comme je l’ai fait à Nantes, Lewarde, au Struthof ou en Afrique du Sud).
Expression de ce profond malaise –bien au-delà de son expression publique--, un Appel a été rédigé et soutenu par d’importantes organisations de chercheurs, de pédagogues et de professionnels du patrimoine, toutes tendances confondues, ainsi que nombre de personnalités. Je vous l’envoie officiellement. Vous remarquerez qu’il évite la question de la localisation, considérant qu’il faut travailler sur des bases saines dans la concertation. Si les Archives nationales sont confirmées, il faut aussi associer le conseil scientifique du Musée d’histoire de France (dont je fais partie, comme Pierre Nora) pour que des opérations conjointes soient créées. Et n’oublions pas l’innovation écologique et l’invention sociale.
D’une manière générale, nous vous posons trois questions précises, destinées à faire de ce lieu un lieu indiscutable et utile, applaudi par toutes et tous. Des réponses claires sont attendues, qui seront autant de signaux d’ouverture et de gages de pérennité, sur :
- le contenu historique avec une histoire longue (de la préhistoire à aujourd'hui), stratifiée (du local au national, au continental, au mondial), et ouverte sur différentes approches historiques, dont l'histoire du visuel. L’ambiguïté d’une continuation du débat sur l’identité nationale et sur une construction idéologique ou une instrumentalisation partisane doit en effet être clairement levée au plus vite. De plus, il faut innover sur la question des images et de leur utilisation, in situ et en ligne.
Vous le comprenez, nous voulons ainsi
que l’argent public soit utilisé pour une œuvre durable, innovante. Veuillez
croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de ma haute considération.
Laurent Gervereau
Président du Réseau des musées de l’Europe