Réveillons-nous au Caire, à Tunis ou à Paris !

J'avoue mon incompétence concernant les mouvements actuels en Tunisie et en Egypte, même si j'ai déjà visité à plusieurs reprises ces deux pays en y travaillant (sans être invité par aucune clique au pouvoir, refusant des propositions louches et insistantes) et ai une pensée amicale et chaleureuse pour des amies/amis là-bas. Réjouis, inquiets aussi, nous sommes tous en fait dans le brouillard. Mais, disons-le, ce qui fait plaisir est de voir les frontières bouger dans ce que je considère comme la réelle opposition des temps actuels et à venir : les plurofuturos contre les monoretros. Derrière les stéréotypes longtemps véhiculés, nous voyons des sociétés plurielles et des identités imbriquées. Il en est de même en Inde, en Chine, au Mali, en Iran ou au Brésil. La caricature d'un bloc de l'Islam explose ainsi et c'est une excellente chose.

Du coup, j'ai du mal à comprendre le titre du dernier livre d'Edgar Morin, dont les messages ouverts et humanistes ont à priori ma sympathie : La Voie. Cela fait un peu Tintin au Tibet... Tout nous montre au contraire qu'il n'y a pas --et qu'il ne faut pas qu'il y ait-- une voie, mais des pistes variées à expérimenter. Cette idée d'une solution bien bornée est très réactionnaire, comme les révolutionnaires d'hier imposant une société idéale d'un arrêt de l'histoire. Tout cela (religieux théocrates ou révolutionnaires achroniques) entre dans ce que j'appelle le monoretro. Espérons que les peuples qui bougent sauront maintenir le mouvement et la pluralité. Profitons-en pour saluer Edouard Glissant.

A rebours de tout cela --par contraste--, les moeurs autistes et endogènes de notre commando de décideurs (et des technocrates d'en face guère plus prometteurs), on s'aperçoit vite d'une démocratie d'apparence. Au lieu d'interroger les citoyens et de laisser s'exprimer les savants, la négation des compétences est permise par une inculture galopante qui fait croire à un peuple imbécile et moutonnier consulté par l'illusion sondagière.

Il est temps de se réveiller et de sortir d'un mauvais rêve. J'ai plaidé depuis longtemps pour l'exigence, le respect du savoir et du public:  un public certes las mais lucide, pas dupe. J'ai écrit contre le scandaleux kidnapping du futur (voir le succès de Halte aux voleurs d'avenir ! sur le site jeune participatif www.fauteuiltronik.com).  Désormais, commence à circuler un texte qui est destiné à éviter de repartir dans l'éternel même piège mental : soit une mondialisation aveugle, injuste et destructrice de l'environnement, soit un repli frileux sur soi à agiter son petit drapeau communautariste en croyant ainsi se protéger du vaste monde (le syndrome Amish). "Ni mondialisation aveugle, ni bunkerisation conservatrice ! Imaginer une écologie culturelle" commence donc à être lu par des personnalités diverses. Les réactions sont très enthousiastes et cela fait plaisir (accueilli désormais sur www.fauteuiltronik.com  / TXT PLURO). Contre l'oligarchie, la résistance de l'esprit de justice, d'exigence et de durabilité se répand.

Ce texte va circuler largement et obliger à ouvrir les prises de conscience dans nos futurs soubresauts. Je vous tiens au courant, car beaucoup de personnes sont prêtes à se mobiliser, sentant qu'il est urgent d'entrer dans les vraies perspectives des temps actuels. Faut-il pour autant en tirer une traduction directement politique et programmatique, du genre "Planète juste et durable" ? Ou "Planète socio-écolo" ? Fédération des Libertaires Environnementalistes (LE) ? Je crois surtout qu'il faut conserver la dynamique du "ici et partout", avec la faculté de voies diverses.


← Tous les regards