Nous, les plurofuturos, les sociaux-écolos-environnementalistes (SEE), qui pensons le monde de la relativité en défendant le pluralisme et l'évolution dans le sens d'une Planète juste et durable, qui sommes des millions disséminés dans le monde, nous nous réjouissons des mouvements au Caire, à Tunis, en Libye ou ailleurs, quoi qu'il en advienne. Ils montrent des sociétés plurielles, des individus variés, bien loin des clichés caricaturaux d'un "bloc" de l'Islam nommé péjorativement "islamistes". Et je pense avec affection au groupe de professeures à l'université du Caire, qui m'invita avec chaleur pour des conférences, qui sont les correspondantes de www.decryptimages.net et veulent faire traduire en arabe mon histoire générale du visuel.
Parlons un peu alors de déformation médiatique. Je suis stupéfait de constater en France, le soir même du départ de Moubarak, les bouches tordues des journalistes et commentateurs, ne connaissant généralement rien à l'Egypte mais répétant en boucle "danger islamiste". Cela suffit : réduire l'Iran à un grand Satan islamiste et priver les Egyptiens de leur liesse après avoir chassé un potentat, constitue un vrai scandale et une instrumentalisation de l'information. C'est comme lorsque l'Afrique du Sud --qui a réalisé une incroyable révolution pacifique avec Mandela-- est résumée à la criminalité dans les townships ou au SIDA, cela tourne à la géocaricature. Pendant ce temps, notre pays est bloqué, arrimé sur des réflexes de boucs émissaires particulièrement odieux et inopérants, un pays oligarchique, de moins en moins démocratique dans une dévalorisation du savoir et de la création. Pas un modèle : balayons devant notre porte au lieu de donner des leçons au monde.
Ici, de plus, la hiérarchie de l'information s'inverse par un double effet : démagogie politique et news market (il faut "vendre" les nouvelles). Jadis, le roi guérissait les écrouelles. Aujourd'hui, il s'occupe prioritairement des faits divers (affaire Laetitia). Le moindre meurtre ou accident de la route fait la "une" des jt ou des quotidiens. Ce qui passait en pages intérieures, laissant à Détective le soin de faire du sang en couverture, devient le coeur de l'information. La politique de l'affect rompt les relations culturelles avec le Mexique pour un procès controversé (affaire Cassez), postulant l'innocence de la jolie ressortissante française. C'est grave à deux égards, car il s'agit d'un aveu d'impuissance sur les grandes questions de notre temps, doublé d'un mensonge d'Etat puisque chacun sait qu'aucun pouvoir n'empêchera les crimes de cinglés, les tempêtes ou les inondations. La prévention a ses mérites (améliorons les choses en effet) mais aussi ses limites. Le fatalisme dynamique est le seul langage de vérité.
SEE : regardons enfin avec lucidité, ici et ailleurs (voir : www.fauteuiltronik.com).