Nouveaux médias, nouvelles idées

La période actuelle est délétère. Il est vraiment temps de renouveler totalement nos manières de penser et les vecteurs de nos idées. 

Avec SEE  (www.see-socioecolo.com), nous tentons de faire comprendre aux Français que les débats sans objet sur leur identité ou quelques boucs émissaires nous ont été servis depuis trop longtemps. C'est un écran de fumée aux vrais problèmes. J'ai envoyé la brochure SEE à beaucoup de personnalités et aux médias. Pas de réponse mais des signes : Martine Aubry parle le soir des cantonales à plusieurs reprises de "justice". Laurent Wauquiez avec d'autres signataires ou les responsables des différentes religions s'inquiètent des dérives d'un débat sur la laïcité.

Nous le répéterons : la présidentielle ne doit pas être l'occasion de s'embourber dans des questions délétères, mais traiter des deux vrais sujets essentiels pour le présent et le futur : la justice et la durabilité. Et de bouger : repartons du local, de ce sur quoi nous avons prise, pour interpeler le global.

Il est temps de cesser de dresser les Français les uns contre les autres et de dénigrer les compétences avec des ascenseurs sociaux en panne. Voilà pourquoi il importe de réévaluer le savoir et la création comme modèles sociaux, sous peine de tomber dans la marchandisation comme seule bourse de la valeur dans une acculturation généralisée, ce qui ne peut en rien former le socle pérenne d'un vivre-en-commun.

Nous ne nous ferons pas voler cette présidentielle par des caquetages excités sur des problèmes sans objet pour laisser en place tout ce qui ne va pas : l'oligarchie politico-médiatico-financière et la non-préparation du futur. 

Voilà  pourquoi l'écroulement médiatique n'est pas une bonne nouvelle : les anciens médias paniqués se concentrent et serrent les fesses, les nouveaux sont à peine émergents, peu nombreux et de peu d'audience. Alors l'argent et le marketing dominent à la télévision déliquescente évidemment mais aussi dans la presse et l'édition. On célèbre à juste titre Gaston Gallimard, au temps où un tel homme est impossible et serait foutu à la porte. Relisez le journal de Queneau ou l'album Pléïade Queneau et vous verrez quelqu'un qui ne vendait rien mais continuait à être publié. Impensable désormais, hormis un intérêt stratégique mais pas littéraire.

Dans les médias, c'est pareil : chacun a peur de perdre sa place. Vous avez des grands patrons qui passent allègrement de poste en poste, du Nouvel Obs au Figaro puis au Point, des multicartes qui se repassent les plats entre eux, même sur le service public télévisé, sans que personne n'y trouve à redire. L'amoralité et l'avidité n'ont jamais été à ce niveau. Parallèlement, il existe un lumpenproletariat médiatique précarisé dont les conditions de travail sont de plus en plus mauvaises, la marge de manoeuvre quasi nulle et la capacité d'enquêter impossible. Et puis, nos médias alternatifs restent souvent dans l'ombre.

La multiplication des médias est un moyen d'étouffer la diversité d'expression. En effet, le nombre (toutes ces fausses chaîne de télévision sans contenu ou ces milliers de sites Internet pour ne rien dire) noie le public et les quelques voix sérieuses et différentes ont du mal à émerger : on ne parle que de ce dont on parle. La vraie liberté d'opinion est en danger quand le savoir et la création ne sont plus des modèles sociaux respectés. Ainsi n'importe quel people hurlera une assertion factuellement fausse et personne ne le contredira, par ignorance. Si un vrai spécialiste le fait (et pas ces péroreurs de café du commerce qui s'arrogent des étiquettes, "philosophe", "sociologue", "historien"...), il ne sera pas entendu et, si par miracle il l'est, le "people" ne sera pas pour autant déconsidéré.

De plus, une étrange agressivité voit le jour.  La haine féroce des féodaux submergés. Alors, des péroreurs cacochymes (du genre Claude Hagège) s'étranglent pour le moindre accent circonflexe omis, tandis que la mutation quotidienne de l'écriture est immense. Personnellement, l'évolution d'une langue ne me terrorise pas même si je suis --dans ce domaine encore-- un adepte du grand écart, aimant la radicalité d'expressions crues du moment et la poésie d'un mot rare (j'ai le sentiment délicieux de le sauver en le prononçant, mais j'en invente aussi d'autres).

Pour le numérique en général, je suis pareillement consterné par la bunkerisation idiote des tenants d'un système ancien. Il va falloir panacher les pratiques. Un cri comme celui de raphaëlle Rérolle en "une" du Monde des livres contre l'auto-édition me fait beaucoup rire (j'espère que c'est une blague pour le 1er avril 2011). Car, contrairement à ce qu'elle écrit, le marketing vendant des livres comme des "boites de petits pois" n'est pas le fait des auteurs-éditeurs mais bien la conséquence de la disparition des éditeurs au sens gastongallimardien du terme ou bernardgrassettien. Bien qu'ayant beaucoup publié, je n'ai personnellement jamais été "suivi" par aucun éditeur et, désormais, échappant à la peoplisation, l'auto-édition est le seul moyen de sortir des ouvrages novateurs, d'échapper aux savonnettes.

Heureusement, il y aura un tri sélectif aux poubelles de l'histoire.

De même, ne jamais citer ce qui sort sur Internet de plus original pour en donner une image négative et claironner que le Net est le lieu des rumeurs et des fausses nouvelles, est ridicule. Il existe beaucoup d'infos maltraitées dans le système traditionnel, vite fait mal fait, avec des à priori lourds comme des immeubles et un panurgisme éreintant, rendant beaucoup de personnes inaudibles et invisibles, même si elles ont raison. Pourquoi pareille agressivité ? Pour garder son influence, en petit commando de la pensée ?

Pourtant, malgré le marasme d'un système aidé artificiellement ne servant que lui-même, les internautes demandent-ils la disparition du papier et la fermeture des officines sous respiration artificielle (avec argent de l'Etat) ? Non, nous nous organisons autrement et réclamons une attention égale et respectueuse. De toute façon, bientôt il existera probablement des entreprises au sein de groupes multimédia pour du marketing papier et des éditeurs de niches, micro-édition pouvant avoir par moments un succès plus large.

Ne nous lamentons pas : voilà les errements d'une mauvaise période de transition. Face à cela, il faut tenir le cap des idées (quitte à être récupéré), de l'intransigeance, et mettre en place des réseaux parallèles d'expression, comme ce site Internet.

Va-t-on enfin regarder le monde tel qu'il se transforme ou sempiternellement s'adresser aux plus veules et aux plus stupides, aux plus peureux et aux plus rétrogrades ? En souhaitant qu'ils le soient au lieu de les tirer vers d'autres idéaux. Nouvelles idées, nouveaux médias. Ici et partout, nous bougerons, nous n'accepterons pas la société de la haine et du fric, des pollutions et de la peur de l'autre. Et, même si personne ne nous donne la parole, nous sommes des millions, en fait.


← Tous les regards