Socio-ecolo from everywhere !

Le parti socialiste français a fait 30 propositions pour l'élection présidentielle de 2012. Elles sont intéressantes et prometteuses, donnant des signes dans les domaines qui nous semblent prioritaires : justice et durabilité (voir SEE). Néanmoins, trois aspects manquent : la revitalisation du local, la place du savoir et de la création comme modèles sociaux et la solidarité planétaire. Tentons de hausser les perspectives pour mettre en évidence ces enjeux et aider notre pays à bouger, s'ouvrir, continuer à faire modèle (avec d'autres).

La revitalisation du local consiste à responsabiliser chacune et chacun pour une vraie démarche de citoyenneté. Des consommateurs-acteurs pèsent sur les micro-économies diversifiées des territoires. Des modes de vie et des comportements variés peuvent se développer. Veux-t-on vivre à Quimper comme à Meaux ? Il est temps de comprendre les marges de manoeuvre considérables que nous avons sur notre vivre-en-commun, ne serait-ce que grâce à nos choix de consommation. Les Inuit de Kanjirsujuuaq sont copropriétaires à égalité de leur supermarché et de leur banque. Chaque ville est un agrégat de petits quartiers. Chaque immeuble est une communauté de vie. La vision déstabilisante de choses décidées de loin dans une globalisation aveugle se combat par des comportements de proximité. Il faut réveiller les solidarités locales où chacune et chacun peut agir directement. C'est la remise à plat d'une économie qui devient la conséquence d'attitudes philosophiques individuelles, de choix personnels pour la vie collective dans son univers directement visible.

Deuxième aspect : la mise en valeur du savoir et de la création comme modèles sociaux est désormais un impératif fondamental des sociétés actuelles. La seule visibilité des puissances d'argent ou politiques ou sportives ou des bateleurs médiatiques (chanteurs, acteurs, actrices) ne peut suffire comme modèle pour nos enfants. Cela constitue de plus une vision déformée de l'utilité sociale. Il faut réévaluer le travail comme un moyen d'émancipation et de développement individuel, en sortant de la caricature : travail-enfer, loisirs-paradis. C'est bien à des entreprises éthiques que nous appelons, à une vraie réflexion interne sur les fonctionnements et à la visibilité publique induite. C’est à des administrations efficaces que nous appelons aussi, car le service public est central pour nos sociétés. C’est enfin à un tissu d’associations qui permettent la conjugaison des générations et l’insertion que nous appelons.

Pour tout cela, l'éducation est fondamentale. C'est là où le respect du savoir s'établit et où chaque enfant peut disposer d'une "boussole éducative" : lire, écrire, compter, certes, mais aussi se situer dans l'espace et dans le temps, maîtriser son corps et avoir des repères face à cette nouvelle interface à notre ère de l'ubiquité : le bombardement d'images venues d'ailleurs. L'éducation se fait tout au long de la vie dans une vision évolutive des tâches.

De plus, la déqualification à l'oeuvre par le brouillage et la circulation de tout et n'importe quoi doit être combattue grâce à la mise en valeur des scientifiques et des créateurs. Il faut redonner de l'ambition --et une raison d'être-- au service public télévisé, par exemple, comme à l'édition aidée d'ailleurs. Les cultures sont des expressions sociales fondamentales sur plusieurs niveaux : la défense des diversités d'expressions ; les industries culturelles et leurs développements planétaires ; les images de marque des territoires. Ce sont bien ces ambitions renouvelées avec la volonté de structurer des pôles d'excellence en réseau qui doivent dynamiser ce qui reste peu visible et faire modèle.

Enfin, les catastrophes nous montrent que nous sommes entrés sur une planète pas seulement finie mais inévitablement solidaire. Nous y avons des identités imbriquées dans des niveaux qui vont du local, au national, au continental, au mondial. Il faut penser ici et partout. La chance offerte par les questions globales --énergétiques, de pollution, alimentaires, climatiques...-- réside dans l'obligation de structurer un pacte mondial minimal commun et de repenser, avec une variété de solutions, les comportements quotidiens. La relativité générale conduit à expérimenter partout, écouter, évoluer, sortir de l'illusion d'un modèle parfait applicable uniformément.

La fin de la vérité absolue pour tout le monde,  à l'heure des diversités de convictions et d'interprétations du réel, est une très bonne nouvelle. Elle situe le véritable affrontement à venir : les tolérants qui acceptent (et désirent souvent) l'altérité et les intolérants qui veulent imposer une vision arrêtée de l'histoire et uniformiser les comportements. En antireligieux cohérent, je me sens plus proche d'un religieux tolérant que d'un athée intolérant. Et suis prêt d'ailleurs à combattre toute persécution dans ce domaine.

Voilà donc les termes des vrais débats de fond à mener. Haussons le ton et servons-nous de cette élection présidentielle pour afficher des ambitions, en sortant de débats fétides et éculés qui ne sont en rien porteurs de solutions d'avenir.

PS J'ai eu, après ce texte, un échange électronique avec Michel Onfray. Il a en effet publié dans le journal Le Monde du 3 avril 2011 un article sur les trois gauches françaises : libérale, anti-libérale et libertaire. La distinction est assez juste, sauf qu'il oublie la variable écologiste conduisant à reclassements et sous-classements et liant parfois des tendances qui vont de la droite  bonapartiste ou démocrate-chrétienne aux libertaires. Personnellement, je suis écolo-libertaire et pense que les dimensions sociale et environnementale sont fondamentales (voir SEE). La gauche anti-libérale, que j'appelle autoritaire, m'a toujours fait peur depuis la fin des années 1960, d'où mes amitiés situationnistes et libertaires ou ma seule adhésion au début des années 1970 : au Collège de 'Pataphysique.  D'où le fait que j'ai toujours considéré que le romantisme terroriste des anarchistes perdit le mouvement. Mes amitiés n'ont pas cessé (voir mon film  A travers les utopies). Avec l'âge, j'ai voté pour la gauche libérale et le referai en espérant qu'elle puisse être aiguillonnée par les millions d'écolo-libertaires. Car --je le vois dans le monde-- des masses entières de personnes sont en fait sur cette position théorique dans leur manière de se comporter, sans jamais la définir ainsi par volonté de ne pas s'enfermer dans une étiquette. Du coup, le peu de mobilisation de ces millions de personnes, leur totale invisibilité quand 10 crétins extrémistes occupent les médias et aussi leur non-représentation, puisque la plupart ne votent pas. C'est un grave déficit du système dit-démocratique. Désormais, il faut agir localement, mais aussi le faire savoir. Justice et durabilité.


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