L'ectoplasme évaporé

La caractérisation du Mal autour de personnages-leaders est un phénomène ancien et qui a connu avec Hitler un sommet historique. Ces personnages étaient et sont hypervisibles, hypermédiatisés, hyperactifs. 

Avec Ben Laden, nous observons tout l'inverse. Ce personnage est ectoplasmique. Il apparaît peu, sur des images amateur, comme un sage ermite à longue barbe dans la montagne.  A la fin, il devient un homme-radio,  un homme-messages, sans figure. Aujourd'hui --comme pour Hitler et pour éviter tout culte post-mortem--, son corps a disparu. Images ou pas images de sa mort, de toute façon rien ne fait preuve (et les Américains craignent de faire un martyr avec les vues du cadavre défiguré ou de l'assaut, comme ce le fut avec Che Guevara en 1967. De plus, ils ont opéré l'évaporation marine du cadavre pour éviter tout lieu de culte (tel Hitler physiquement disparu en 1945). Bien sûr, les images sortiront un jour ou l'autre.

Pourtant, le cas restera totalement singulier. Sa quasi invisibilité et la visibilité à rebours de son rôle rendent Ben Laden irréel. En images, Ben Laden n'a pas existé.

PS Rien à voir, si ce n'est pas l'entremise d'Edgar Poe. Un autre invisible, peintre de l'effroi, du fantastique ou du merveilleux, enfin sorti de l'oubli. C'est la plus exceptionnelle exposition parisienne actuelle, une claque, enfin autre chose que les sempiternelles redites du business culturel, à voir pour être fasciné ou détester mais à voir absolument : le très grand et le très indépendant et le très expérimental et le très exigeant Odilon Redon.

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