SORTIR DE LA CRISE GRACE A L'EDUCATION ET A LA CULTURE !

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La crise est là, certes, nous le savons. L’argent public se raréfie. Le moral des Français est dans les chaussettes. Mais, quand nous regardons sur le terrain la somme des bonnes volontés, des énergies, de l’inventivité, des actes gratuits généreux, nous avons le sentiment de chances gâchées, d’un peuple dont on a tué l’espoir et l’énergie pour le jeter dans la résignation et la frustration. Pourtant, l’économie ne relève pas seulement de mesures techniques, elle dépend en grande partie aussi de psychologie sociale. Voilà pourquoi l’intuition de François Hollande sur l’envie du futur à redonner à la jeunesse est fondamentale pour contrer cette « fracture générationnelle » --que je dénonçais dès 2005-- en bâtissant une vraie conjugaison des générations.

Quoi faire alors pour l’éducation et la culture ?

Tout ne relève pas de dépenses supplémentaires mais d’objectifs clairs, de confiance à redonner aux professionnels (notamment par le respect des compétences), de valorisation médiatique de nos savants et de nos créateurs. Dans le domaine de l’éducation, il devient urgent de s’accorder sur ce que l’on pourrait appeler une « boussole éducative », qui est à donner dès le plus jeune âge, car c’est au primaire que les disparités sociales et individuelles peuvent être corrigées. Lire, écrire, compter, maîtriser des langues, certes, mais aussi savoir se situer dans l’espace (géographie et environnement), dans le temps (une histoire générale stratifiée sur la longue durée qui part du local pour parler du national, du continental et du planétaire). Parallèlement, à l’évidence, l’usage du corps (gymnastique, danse, théâtre) est essentiel.

Mais les enseignants baignent –ils le disent tous les jours-- dans le monde d’identités imbriquées de nos enfants, où ils se trouvent souvent démunis pour répondre à celles et ceux qui vivent dans des expressions culturelles mutantes. Il est donc urgent de leur donner des outils.

A cela, nous le voyons avec l’explosion médiatique, il faut donc ajouter une éducation culturelle, qui dépasse la seule éducation aux arts. En effet, les enfants, comme les adultes, sont désormais bombardés d’images de toutes les époques, de toutes les civilisations, sur tous les supports. Face à ce maelström incompréhensible, il devient fondamental d’apprendre des repères en histoire générale de la production visuelle humaine, qui donnent des renseignements temporels, géographiques et sur les supports. Cela se complète par des initiations aux pratiques culturelles : outils d’analyse, initiations à la création, familiarisations avec les créateurs et les lieux de diffusion culturelle. Dans ce cadre, il serait utile d’ailleurs de donner parallèlement des repères en histoire planétaire des formes musicales.

Nous pouvons comprendre que tout cela ne sera possible qu’avec un très fort décloisonnement entre éducation et culture. La déperdition d’énergies et d’argent est forte en effet quand les réalisations sont éclatées en autant d’institutions et de services. Ne constituons pas pour autant des monstres administratifs ingérables, mais il est vraiment temps de coordonner, de fédérer les activités pédagogiques des musées, les développements sur les médias du monde éducatif, les ressources des médias eux-mêmes, les outils de communication (télévisions et Internet), les ressources régionales en ligne, le monde de la recherche, l’appétit de savoir du grand public. Tout le monde a à y gagner et nous cesserons alors d’entendre, comme depuis vingt ans, des discours de bonnes intentions de ministres suivis d’initiatives croupions sans effet.

Cet effort pédagogique national pourra d’ailleurs s’exporter –et pas seulement dans le domaine francophone. Il renforcera parallèlement le rôle d’un ministère de la Culture, devenant un vrai ministère des Cultures, défendant clairement l’opéra comme la bande dessinée, opérant enfin la démocratisation culturelle par la perméabilité entre les genres, dans une conception qui pourrait se résumer ainsi : cultures de tous, cultures pour tous. Partant du local, sans avoir honte de la défense de pratiques traditionnelles, le ministère permettrait d’aider à valoriser et à structurer le territoire en pôles d’excellences régionaux (dans l’hexagone et pour l’outre-mer) et à les défendre au niveau international.

Les Etats-Unis ont compris depuis longtemps –voir leur hégémonie cinématographique depuis la Première Guerre mondiale-- que la défense et l’exportation des expressions culturelles (même très populaires comme le blues ou la country) servaient à tirer l’ensemble de l’économie en faisant image. A l’ère d’Internet, le phénomène s’est décuplé.

Voilà pourquoi il serait donc important de mettre en place une vraie boussole éducative –et de l’exporter. Voilà pourquoi il devient crucial qu’une structure interministérielle rassemble les institutions éducatives et culturelles pour lancer un grand plan d’éducation culturelle, donnant des repères aux jeunes et aux citoyennes et citoyens, en ouvrant des perspectives de recherche et de postes pour les étudiants. Voilà pourquoi il faut comprendre l’importance d’un ministère de la Culture (ou des Cultures), non pas élément coûteux et superfétatoire en temps de crise, mais vrai porteur des énergies locales vers le mondial (dans un système d’échanges), aide à structurer les territoires en pôles de référence, formidable outil de communication pour porter la créativité et le savoir national à travers Internet, les télévisions, et la dynamisation de médias indépendants indispensables non seulement à la liberté d’expression, mais à la diversité culturelle.

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