L'organisation de l'Etat semble indifférente. Pourtant, sentant un formidable décalage entre le peuple et ses dirigeants, nos candidats (présidentielle 2012, France) proposent des réformes à la marge, de manière à sembler réformateurs et soucieux de démocratisation (référendums).
Il est temps de proposer de vraies réformes structurelles d'ensemble. Pourquoi ignorer les questions de fond ? Pourquoi ne pas accompagner le basculement vers les sociétés des spectateurs-acteurs ?
L’avantage et l’inconvénient du choix démocratique est qu’il suppose l’évolution, les perfectionnements constants et l’esprit critique. Aucun système n’est parfait et tous, même excellents à un moment donné, ont tendance à se pervertir et se nécroser. Voilà ce qu’il en est de la cinquième République française. Nul étonnement alors à ce que chacun en appelle à des rafistolages divers de circonstance. Mais si nous repensions l’ensemble ?
Quel système constitutionnel ? Le système auquel finalement les Français semblent assez attachés, raillé souvent comme une sorte de monarchie constitutionnelle, est celui dirigé par un Président de la République révocable qui joue le rôle de stratège, d’arbitre, de recours, de porte-parole international. Le président fait le lien (comme tout l’Etat) du local au mondial. Sous sa direction, le Premier ministre développe la politique choisie, répond techniquement aux besoins de l’heure, fédère les énergies en réformant dans la concertation. Dans ce sens, l’aspect « chef d’équipe », celui qui permet la diversité des avis et des initiatives puis tranche, est probablement la version actuelle de ce que le Président doit être (et pas un « omni-président » qui devient forcément un « omni-incompétent »). Il s’agit de gérer efficacement l’usage des temps différents de l’impulsion, de la concertation et des débats, de la décision. Du respect des compétences et de la curiosité des points de vue. D’ailleurs, le général de Gaulle lui-même s’était entouré de personnalités fortes et variées (André Malraux, Léopold Sédar Senghor, Georges Pompidou…) dont il écoutait les avis. Un Président « normal » ?
Le pays a cependant aussi besoin d’une clarification de son fonctionnement à tous les étages, car chacun est en crise. Au niveau local, la commune ou l’intercommunalité doivent constituer des niveaux essentiels de décision de proximité (avec référendums d’initiative populaire qui profitent des nouvelles possibilités d’Internet). C’est au niveau local que se réveilleront les réflexes citoyens auxquels toutes les générations aspirent. C’est au niveau local que pourra s’opérer la conjugaison des générations contre le bourrage de crânes perpétuel de l’impuissance, ne créant que la rage, la frustration et le désespoir. Dans le dialogue local-global, le réveil du local est ainsi l’échelon fondamental, la première étape. Celui sur lequel chacune et chacun a prise, son univers « visible » directement.
Il est nécessaire aussi de consolider des régions fortes qui portent des pôles d’excellence en réseau avec une vraie pensée de l’aménagement du territoire. L’émiettement administratif français (cantons, conseils généraux…) est nocif car, non seulement il coûte mais affaiblit les régions. Quant à l’Etat central, il régule, coordonne (aménagement du territoire en pôles d’excellence répartis), impulse, aide à porter le local vers le continental et le mondial. Ce sont des réalités stratifiées.
Par le réveil du local, nous sortirons ainsi les citoyens du sentiment de dépossession de leur devenir. Nous pourrons valoriser les initiatives sans tomber dans le sentiment d’une invisibilité, d’une fracture générationnelle, d’une trahison des médias et d’un personnel politique totalement coupé des réalités quotidiennes de la population. A l’autre bout, il est nécessaire de renforcer la gouvernance continentale (ne serait-ce que pour la régulation des échanges) et d’organiser clairement une gouvernance mondiale quand les questions de circulations financières, de commerce, de changements climatiques, de pollutions, de migrations, de catastrophes, de disparition des énergies fossiles… dépassent les frontières. C’est aussi la question d’un comportement éthique planétaire minimal.
Mais revenons à la France. Notre République, pour plus d’efficacité, mériterait également quelques réformes de clarifications courageuses et pas seulement des bricolages à visée électorale. Osons des propositions. Comme le pensait Raymond Barre, l’élection d’un Président pour 7 ans non renouvelable permettrait de développer vraiment une politique et un programme, à condition d’allonger la durée de l’assemblée (pour éviter des cohabitations paralysantes). L’Assemblée nationale devrait devenir ce qu’elle annonce : une Assemblée de l’ensemble du peuple à la proportionnelle intégrale. Cela supprimerait l’aberration de courants de pensée très importants par le nombre de sympathisants (comme le Front national ou les écologistes) sans groupe parlementaire ou même sans député faute d’accords électoraux –déni démocratique. Le Sénat devrait, lui, au contraire, être élu au suffrage universel tous les 9 ans pour représenter les territoires. Nous aurions ainsi un bicamérisme clair et sûrement un renouvellement du personnel politique (avec l’interdiction du cumul et une limite d’âge à 75 ans).
Nous sentons bien le malaise actuel. Il résulte de deux sentiments profonds : l’impuissance et l’injustice. Par certains aspects, il est très spécifique à notre pays. Il est temps d’oser et de réveiller la France.