BESOIN D'HISTOIRE

Le numéro 6 du vidéomagazine |decryptcult] sur www.decryptimages.net  est consacré au thème d'une actualité brûlante : L'Histoire instrumentalisée?  Il le traite par une réflexion de fond sur le passage du "devoir de mémoire" au "besoin d'histoire", au temps des dangers de fracturation de la société par les querelles de mémoires et l'affrontement des communautés. Il pose des questions essentielles sur une vision prospective de la science historique, stratifiée entre l'histoire locale longue (indispensable pour savoir le passé de là où on vit), l'histoire régionale, nationale, continentale et terrestre. A voir et à écouter absolument dans son ensemble, notamment les entretiens structurants sur ces questions avec Benjamin Stora, Laurent Véray (indispensable au temps des commémorations tous azimuts de la Première Guerre mondiale) ou Pierre Laborie (sur la Deuxième Guerre mondiale, l'anachronisme et la question de l'extermination juive).

Sinon, à titre personnel, je considère pour différentes raisons que la vieillesse débute aujourd'hui samedi 1er février 2014. C'est ma troisième phase de vie, une nouvelle aventure que je commence à bâtir. Plus sereine probablement mais pas moins active, plus intransigeante sûrement par rapport à la cacophonie médiatique et l'imbécillité bureaucratique. Je peux mourir maintenant (même si je ne le désire pas et ferai tout pour continuer à créer) : j'ai laissé des traces dont je suis fier. Mais, ayant subi des injustices notoires que je n'oublierai jamais, ayant semé sans récolter, je demande désormais du respect et de la dignité. Mon retrait des agitations s'accompagnera ainsi d'un refus, dans le temps qui me reste à vivre, des médiocrités ambiantes, dont la société en général pâtit d'ailleurs gravement. De nature généreuse, positive et gentille, je vais apprendre à être désagréable et à bannir les importuns qui vous utilisent sans jamais rien vous apporter. A force d'attendre en gare et de voir passer des trains qui ne s'arrêtent pas, on finit par comprendre que la désaffection est organisée au profit des puissants et qu'il vaut mieux saisir sa valise et s'intéresser à la campagne.

Mes messages artistiques (catalogue raisonné des oeuvres depuis 1969 en ligne sur ce site bientôt ; sortie prochaine du 8e et dernier long-métrage du cycle cinéma-espresso : Spectateur), philosophiques et politiques sont visibles. Alors, mon seul regret n'est pas d'avoir à continuer de batailler avec l'argent et les dettes (j'ai passé ma vie à travailler bénévolement, ce qui m'a permis d'être libre et d'innover), mais de n'avoir pas pu peser davantage sur le cours général des agissements collectifs de mon époque : on parle, on montre dans l'indifférence et l'invisibilité. Rien n'est pourtant perdu sur ce terrain : souvent la périphérie devient le centre. Voilà donc un beau but pour vivre encore, alors que la planète subit une des mutations les plus importantes de son histoire humaine.

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