…et l’introspection rétrospective :
parti de rien,
je suis arrivé nulle part
« Toujours tenir fermement sa torche dans les ténèbres… »
L. G.
« Celui qui, parti de rien, n’est arrivé nulle part n’a de merci à dire à personne ! »
Pierre Dac, Les Pensées
Une question imbécile :
réussir sa vie ?
Quand vous avez échappé à un infarctus, tout est du bonus. C’est aussi le temps des bilans, d’autant plus dans notre période si confuse d’apparence. Si brutalement horrible aussi : assassiner Cabu…
Et des questions oiseuses surgissent, comme « réussir sa vie ?». Cela me semble, disons-le de prime abord, aussi con que parler du « bonheur » ou du « progrès », ces pièges à esprits crédules toujours et inévitablement désabusés.
Mais l’interrogation taraude. Elle est une plaie persistante, difficile à
cautériser. Alors, ai-je « réussi ma vie » ? Vidons donc
publiquement l’abcès dans un exercice impudique qui me coûte mais s’impose à
moi maintenant, à la fois dérisoire
parce que circonstanciel et signifiant d’enjeux généraux.
Oui, sûrement, j’ai réussi ma vie dans le sens où je suis entouré de personnes que j’aime et qui m’aiment. Oui, parce que j’ai réalisé beaucoup de choses dans beaucoup de domaines, que j’ai pu me rendre dans les endroits sur la Terre que je voulais connaître –et, souvent, de façon très privilégiée comme quand j’ai pu pénétrer dans la pyramide de Khéops ou les réserves du musée égyptologique du Caire, dormir chez les Wayanas en forêt amazonienne ou aller au Laos chez les Yaos avec un agronome (Marc Dufumier), avoir des amis Inuit à l’extrême nord du Nunavik, tourner des films au Mali, en Inde ou au Japon, prendre le thé avec Ernst Gombrich ou pénétrer seul avec une attachée de presse dans la Fondation Barnes telle que le collectionneur l’avait conçue à Merion… Chacun ses plaisirs, chacun ses fantasmes.
Cela suffirait à combler n’importe qui, mais l’être humain a une sacrée
propension à en exiger toujours plus. Alors, je n’ai probablement pas réussi ma
vie au sens où mes parents et grands-parents entendaient « réussir sa
vie ». Pour eux, je devais faire SciencePo puis l’ENA. C’était tracé,
comme pour mon cousin-germain Thierry Bost. Au sens de mes parents et
grands-parents, j’ai donc probablement raté ma vie –encore qu’ils auraient pu
réévaluer leur jugement.
En tout cas, j’ai largué au milieu des années 1970 toutes mes études pour expérimenter et créer. Et, au milieu des années 1980, j’ai dû, au pays du diplôme triomphant, les reprendre pour devenir conservateur de musée, avec deux enfants dans un studio (un dormant dans la baignoire –avec bonheur). Car, sans diplôme, même en ayant prouvé mille fois ses capacités, en France point de salut. Difficile en effet alors d’arriver à squizzer la diplomite dans le secteur public, à moins de vivoter paupérisé, ce qui est très dur à Paris (encore plus avec l’entourloupe du passage à l’euro qui a fait exploser les prix de la nourriture, tandis que les loyers se sont envolés, mais pas les salaires).
Le contexte,
les choix, les buts,
la marge de manœuvre
Les lignes qui suivent sembleront probablement dérisoires à mes contemporains,
qu’ils me connaissent ou non. Ma vie a en effet excédé la question de la carte
de visite professionnelle. Pourtant chacun subit son fatum. Les dés sont
jetés et on doit faire avec. Voilà quel fut mon fatum professionnel,
subi mais choisi aussi comme toujours : l’administration. Moi, le
libertaire, j’ai œuvré dans le service public. Avec délices par moment. Avec
générosité toujours, travaillant plus que ma part salariée. Avec consternation
souvent devant un système sidérant. C’est ce dernier aspect qu’il faut mettre
en évidence, même si nos descendants en seront hilares ou glacés : fondons
donc un club des amis de Bouvard et Pécuchet.
Je l’ai constaté année après année, l’administration française est un système cadenassé auquel aucun politique n’ose toucher : cela ne marche pas, cela ne profite ni à la collectivité publique (c’est cher et grandement inefficace), ni aux agents (barrés majoritairement dans leurs carrières et leurs initiatives). Les seuls qui en jouissent sont les hauts fonctionnaires. Nul étonnement alors que rien ne se réforme. Et la haute fonction publique règne, nouvelle aristocratie, reproduction sociale. Ses membres passent du public au privé et inversement : vous savez, ces « crânes d’œufs », reproducteurs zélés de la bien-pensance du moment.
Même si j’ai connu le privé (ce qui m’a beaucoup appris et intéressé, avec une
violence directe potentielle supplémentaire), l’essentiel de ma vie s’est
pourtant réalisé dans ce qu’on appelle le « service public »,
qui est loin donc d’être le service du public. Cela mérite qu’on s’y arrête
dans cette tentative de bilan, car ce fut une grande partie de l’état de faits
avec lequel chacun doit jouer où que ce soit : un environnement matériel
et mental.
Personnellement, j’y ai défendu résolument la thèse et la pratique de la
« plus-value étatique » : à partir du moment où la collectivité
vous paie, vous êtes redevable à la collectivité et ne devez ménager ni votre
temps, ni vos initiatives. J’ai donc énormément travaillé, car le travail est
pour moi une valeur quand il s’agit d’un travail qui apporte, qui apporte
concrètement à la collectivité. J’ai considéré que la conversion à l’inertie et
le recroquevillement dans la passivité étaient accepter l’inacceptable. C’est,
à mon avis d’ailleurs, la source de tant d’états dépressifs constatés autour de
soi. Toute cette barrière travail-loisirs (ou travail-retraite) est à repenser,
quand l’être humain est un tout non sécable.
Notre pays est ainsi bloqué sur un fonctionnement oligarchique avec une
démocratie malade (monopoles médiatiques et absence de vrais choix politiques,
aboutissant à 50% d’abstention et le vote Front national aujourd’hui). Une
caste dirigeante s’accroche au pouvoir et aux prébendes. Il faut probablement
des électrochocs comme la Libération après le Deuxième Guerre mondiale pour
secouer tout cela : un pays réactionnaire qui avance grâce à des pionniers
isolés et des élans collectifs brusques. Aujourd’hui –cela apparaît ainsi-- le
système se révèle en tout cas nécrosé profondément : on a parqué les
pauvres ; l’ascenseur social est en panne ; et l’allongement de la
vie renforce le pouvoir de ceux qui ne décrochent pas et installent leur
dynastie dans la politique, l’économie et les médias. Comme je l’ai dit et
écrit : nécessité d’un Réveil, WAKE UP !
L’administration, elle, est en effet inefficace parce que mal organisée. Ses
tares sont structurelles : des syndicats hyper-conservateurs qui vivent
grâce à l’immobilisme, des agents pour beaucoup mal payés, pas reconnus, avec
aucune différenciation entre ceux qui travaillent et ceux qui ne font rien, un
avancement à l’ancienneté, des corps qui bloquent tout et des concours qui
n’ont de sens qu’éventuellement à l’entrée dans la fonction publique, une
bureaucratie galopante multipliant les règlementations pour s’auto-justifier et
paralyser l’action, pas de sanction pour les parasites nombreux du haut (on en
parle jamais) en bas de la hiérarchie, qui sont des emplois fictifs et volent
donc les citoyens, pas de justification claire d’une part sociale d’intégration
nécessaire des personnes à handicap…
Un esprit qui, du coup, se détériore avec la baisse du sens du service public et la mentalité du parapluie généralisée (tout glisse, pas de vagues, pas d’initiatives) et la pratique cynique du saut de puce (on change de poste pour grimper en se foutant complètement de l’endroit où on est, puisque ce n’est qu’une étape passagère). Cela devient un monstre très coûteux et non-fonctionnel, une machine à casse humaine : combien de bonnes volontés dégoutées, de personnes pas reconnues, robotisées, piétinées, sous-payées parce que pas rentrées au bon niveau dans les bonnes filières, marquées au fer rouge, de talents détruits dans tous les domaines...
Je suis conservateur général, sommet dans ma filière, ce qui est beau, surtout
quand on a commencé comme gardien et magasinier, au plus bas de l’échelle. Pas
suffisant néanmoins –pardonnez ces considérations si dérisoires, mais elles
sont exemplaires de notre époque--, alors que j’ai présidé des organisations
internationales et conseillé nombre d’institutions sur la planète, pour obtenir
la direction d’un grand établissement au temps où les postes culturel se
donnent aux affidés incompétents (une journaliste à la tête du château de
Versailles sous Nicolas Sarkozy, un énarque propulsé par François Hollande au
Centre Pompidou…).
Donc, si j’avais voulu « réussir » au-delà, j’aurais dû m’y prendre autrement. Nul doute cependant que durant la Deuxième Guerre mondiale, d’autres considérations m’auraient occupé : chacun doit faire avec le contexte de son temps, avec ses contraintes. Voilà ce qu’exprime la philosophie de la relativité : les choix du temps de guerre sont des choix du temps de paix. L’être humain peut batailler avec autant de difficulté en étant chancelière allemande ou Aborigène australien. L’aventure vitale individuelle s’exprime dans le grave et le banal : les salauds opèrent autant dans des petites bassesses du quotidien de bureau que lorsque des vies sont en jeu. Et il advient souvent que l’accumulation de bassesses puissent détruire des individus (combien de professionnel(le)s de musées brillant(e)s sont déprimé(e)s, écoeuré(e)s autour de moi ?).
Bon, surtout, durant cette fin de XXe siècle à Paris, dès la prépa SciencePo (abandonnée ensuite), j’ai compris que « je n’en étais pas ». Issu d’une bourgeoisie provinciale, j’étais un plouc pour le milieu parisianiste. Inutile alors de s’accrocher, sauf à emprunter les codes sociaux, les attitudes courtisanes et à décrocher le fameux ENA (viatique unique aujourd’hui, mais cela changera peut-être : sous Sarkozy, il s’agissait du règne des menteurs par profession, les avocats).
J’aurais pu être sportif ou acteur, me direz-vous. J’aurais pu aussi me lancer dans l’aventure de l’entreprise, perspective intéressante : innover sur la nature éthique des produits et du fonctionnement interne de l’entreprise, bouger les sociétés par du profit financier réinvesti dans des initiatives créant du lien social et du sens, modifiant la vie quotidienne. Un beau défi. Ou, plus naturel pour moi qui l’ai pratiqué, développer des projets associatifs d’intérêt public.
Ou prendre le risque de devenir un créateur vivant de sa création, avec le risque surtout de la servilité : mendiant perpétuel des commandes publiques, des financiers, producteur pour le goût des autres, vendeur à vie de son image de marque. Rassurez-vous, j’ai beaucoup de respect et d’admiration pour celles et ceux qui sont parvenus à conjuguer des réussites financières et l’intelligence des formes et des idées (Osamu Tezuka). Ou simplement à batailler pour imposer son indépendance (Agnès Varda, par exemple).
J’ai pris en réalité le risque d’être un artiste du dimanche et des autres jours de la semaine, volant du temps par-ci par-là, ayant parallèlement une œuvre scientifique, bousculant les montagnes dans l’absence d’argent, réalisant sans cesse des choses qui m’importent, sérieusement, professionnellement, comme si c’étaient toujours les dernières.
Les traces sont là. Et, en France particulièrement, ce sont les marges qui pensent
le futur, ceux qui sont sur le côté de la route. La France crée ses révoltés. Elle
survit et innove grâce à ses révoltés, bousculant les égoïsmes corporatistes
tellement tenaces (ne jamais rien bouger de ses petits privilèges). L’invention
vient alors des atypiques, des rejetés, puisque les nantis n’ont pas besoin de
se distinguer (ils cherchent à perpétuer leurs rentes).
J’ai d’ailleurs pensé parallèlement –d’où ma farouche hostilité à l’héritage—que la situation d’héritier d’un personnage célèbre (ou d’une bien sûr) ou fortuné n’était aucunement une situation enviable. Qu’il y avait là en fait un handicap particulier. C’est pourquoi il faut laisser libres ses enfants de leurs goûts et de leurs passions, qu’ils n’aient nullement à être en fonction de leurs parents, qu’ils ne se pensent jamais en « héritiers » (l’imbécillité du « doit moral » des descendants sur des œuvres).
Bon, donc dans ce sens « officiel », je n’ai pas réussi : ni
directeur d’une grande entreprise, ni président d’une région ou d’un Etat, pas
même ministre, ni responsable d’une vaste association, ni Ousmane Sow, ni
Jean-Luc Godard. Pourtant, j’ai beaucoup créé d’œuvres plastiques, de livres,
de films, de modules multimedia… Pourtant, je suis un homme de réseaux.
Misanthrope souvent, solitaire, ma vie a consisté à inventer des aventures
collectives. Elles ont parfois pris une grande ampleur comme l’Association
internationale des musées d’histoire. La plupart du temps, ce furent des
micro-structures innovantes avec des micro-équipes dynamiques : le Musée
d’histoire contemporaine à la BDIC et le Musée du Vivant (premier musée
international sur l’écologie et le développement durable) à AgroParisTech, ou
les Rencontres-Promenades « Histoires de passages... ».
Cependant, répétons-le, je ne suis pas Directeur du Louvre, ministre de la
Culture ou Président de la République, Henri Cartier-Bresson, Claude
Levi-Strauss ou Pablo Picasso et ne saurai probablement jamais ce que j’aurais
pu donner dans ces fonctions ou rôles, pas faute d’avoir tenté pourtant (j’ai
postulé pour diriger le Louvre). Consciemment et inconsciemment, j’ai fui en
fait les ors et banni le cirage de bottes. Mais –il faut être honnête--
n’aurais pas détesté avoir à me mesurer à des occurrences de ce type, ne
serait-ce que pour essayer de voir quelle marge de manœuvre je pouvais
inventer.
Je suis résolument « autre » : créateur, écrivain, cinéaste, philosophe (bien que je n’aime pas ce mot fourre-tout), historien du visuel… Indéfini, sans « famille » d’appartenance (mes livres souvent ne correspondaient à aucun rayon : ni art, ni communication, ni histoire, ni philosophie, ni cinéma, ni politique, ni photographie…). Je suis un exemple des mutants actuels, un prototype de nos identités imbriquées, de notre mixculture (le roman et la bande dessinée Mixplanet). Je l’ai voulu comme une évidence et en même temps j’ai suivi inconsciemment une pente naturelle : je n’ai cessé de tracer des pistes sur des territoires différents pour aider à appréhender ce que sont nos réalités du moment et leurs potentialités. Promeneur attentif. Mister Local-Global.
Une réussite ou un échec ? Jauger sa vie, juger sa vie, être jaugé, être
jugé, reste une question de paramètres et de choix du système de mesure. C’est
souvent aussi une question de timing, tant il existe de différences
entre ce que vit un auteur et ce qui se passe après sa disparition.
La portée de l’action
Disons-le, je suis prétentieux. Sinon, je n’écrirais pas cette introspection
orientée. Très dur, critique, exigeant avec moi-même (et avec les autres), je
n’ai pas une mauvaise opinion de mon petit ego… Ce qui m’encourage à cet
orgueil réside dans le fait que j’ai œuvré avec une certaine rigueur et une
certaine éthique choisies (probablement pas étrangères à mon calvinisme de
formation). Longtemps d’ailleurs, je n’ai pas employé ce « je » qui
vient ici à tout bout de champ et me gêne, mais le « nous » de
modestie (en usage pour les publications scientifiques). Seules les
circonstances font violence et imposent ce « je » : implication
directe et, j’espère, honnête.
Ma fierté (ma vanité ?) vient donc du fait que beaucoup de mes intuitions pionnières se sont vérifiées sur des points centraux de mon époque. Je fus une sorte de vigie. Mais avec quel écho ? Bon, reprenons tous les éléments du débat.
Certains éprouvent (le plaisir de tenir un bistrot ou de vivre seulement), d’autres cherchent à « prouver ». Sûrement pour se rassurer. On les dit ambitieux, quand ils sont peut-être seulement angoissés : leur être-au-monde ne suffit pas. Il leur faut démontrer une utilité sociale, l’illusion de « servir », dans le meilleur des cas grâce à la curiosité, la découverte, l’expérimentation, l’échange avec les autres. Vous l‘avez compris, boire un verre d’eau fraiche et regarder un paysage (urbain ou agreste) peut suffire à ma joie, mais je ne pourrais être content de moi si je n’avais pas tenté d’apporter à mes proches comme à la communauté humaine. Faudrait-il apprendre la légèreté, l’insouciance ?
En tout cas, je ne suis pas et ne serai jamais de ceux qui manient le
dénigrement perpétuel, la négativité sans avoir le courage d’en finir, la
dérision (qui n’est pas l’humour) sur tous et sur tout, les pisse-vinaigre
décalés ayant trouvé le moyen de ne jamais s’affronter aux réalités et de
justifier toutes les saloperies. D’autres encombrent les écrans avec leurs
râles, leurs sentiments, leurs comédons et leurs poils de cul. Pas moi. La vie
intime est essentielle mais la pudeur peut l’être aussi. Etre avec ses proches
comme on est avec les autres est la base d’une éthique personnelle. Elle
n’implique nullement l’épanchement, la confession perpétuelle, l’égocentrisme
larmoyant.
Mon destin –autre notion que je déteste car chacune et chacun a une forte
responsabilité sur ce qui arrive—fut d’être un individu du mainstream
poussé on the wild side et qui n’a pu peser sur la vie publique
qu’en créant des structures parallèles (Institut des Images, Association
internationale des musées d’histoire, Fondation René Dumont, SEE-socioecolo
Network, France-Monde sur facebook…). Je l’ai fait gratuitement, sans entrer
dans les prévarications et les corruptions en cours dans ce pays. Je n’ai cessé
aussi, dans l’ombre, de créer contre vents et marées : outre mes films,
romans, œuvres plastiques (avec les aventures pataphysico-situationnistes Aux
Poubelles de la Gloire ou la confrontation au réel ubique de
l’intime au médiatique Les Peintres d’Histoire, aujourd’hui
les peintures-signes et vidéos « alteractu localglobal »), en
inventant l’histoire générale du visuel, en promouvant l’Histoire stratifiée,
en défendant la nécessité d’une socioécologie (justice sociale et impératifs
environnementaux : www.see-socioecolo.com), ou en affirmant la nécessaire
dimension locale-globale (Mister Local-Global). Des actions par strates, du
local au planétaire, grâce aux nouveaux outils de communication (avec la claire
conscience de ce que j’ai théorisé : le passage de la société du spectacle
aux sociétés des spectateurs-acteurs). Des piqûres de rappel dans le
train-train des conventions.
Je n’ai pas fait fortune (loin de là, remboursant encore un prêt immobilier sur
des années à 60 ans), mais ce n’était pas mon but (je n’ai rien pourtant contre
les chefs d’entreprise innovants et éthiques, cela a été dit). Je suis en revanche
riche de rencontres et de moments intenses vécus ici et ailleurs sur la
planète, riche des autres, de ces autres issus de tous les univers qui sont des
savants dans leur domaine et ont des qualités d’ « être ». Cette
richesse est considérable, au-delà de l’argent, qui n’a de sens que par ce
qu’on en fait.
Cependant mon poids médiatique n’est indéniablement pas suffisant à mes yeux
--de ma faute en grande partie (mes refus) et à cause aussi de cette propension
à occulter certains esprits. Par ignorance d’abord. Par manque de curiosité.
Par volonté d’omettre également.
Je suis ainsi une sorte de clandestin de la pensée et de la création. Un occulté. C’est là le point d’achoppement, non pas que cet anonymat relatif me chagrine (je pourrais même en tirer une fierté : n’être pas tombé dans l’avilissement médiocre ou les magouilles) mais parce que j’estime que mes idées (ni mes œuvres) ne sont pas assez prises en compte dans le débat public –ou récupérées à la petite semaine, pillées sans citation.
Nous vivons en effet des batailles de chiffonniers, non pas pour des principes mais pour garder son pouvoir, ses prébendes, sa visibilité. Des « intellectuels » ? Des acteurs surtout. De « bons clients » et de frais minois. C’est la comédie médiatique pour vendre, se vendre. Voilà l’époque.
Le sort commun des savants, des créateurs, des penseurs, se révèle radicalement différent : les actions des uns et des autres sont soit invisibles, soit gommées. Ils ne sont pas ou plus des modèles sociaux, quand footballeurs, actrices et acteurs, chanteurs, présentateurs se collent aux écrans et à la notoriété.
Ce n’est plus le travail artisanal des têtes supprimées sur les photos de l’époque stalinienne, c’est un engloutissement facile des faits grâce à l’inculture généralisée. Vous avez défendu quelque chose avec ténacité pendant 10 ans ou 20 ans ou 30 ans dans le silence total, et vous n’en avez aucune reconnaissance publique lorsque tout le monde en vient à considérer que c’est une évidence. Un pantin attrape-tout des médias récupère, fait un livre-bidon et devient l’auteur de l’idée pour des journalistes et une classe politique qui ne va pas chercher plus loin (les quelques individus qui « savent », tordus de jalousie, n’iraient surtout pas reconnaître votre lucidité pionnière). Ainsi, des créateurs et des savants n’existent plus ou pas (d’où mes actions artistiques relayées sur la planète : Résistance des savoirs / Knowledge is Beautiful).
Aujourd’hui en effet, paradoxalement, alors que des milliards de personnes
peuvent s’exprimer, ce sont les avis des 10 mêmes personnes qui tournent en
boucle. L’abondance n’est pas le choix.
Je dirais même que l’abondance tue le choix. A titre personnel, voyant
l’édition fictive de presque tous les livres, par exemple, j’en ai tiré les
conséquences en pratiquant de l’édition indépendante et en décidant de ne plus
envoyer aucun ouvrage aux médias (cela ne change pas grand-chose…). Et puis je veux
continuer à concevoir ce que je considère comme étant des produits de longue
vie, des actualités réitérées complexes, à rebours des slogans délayés (une
phrase fait un livre) pour quart d’heure de gloire et têtes de gondoles
éphémères.
La situation est grave car nous sommes probablement à un tournant. Le grand DECROCHAGE est en cours. En attendant, les médias lourds s’autoreproduisent et se copient (ne supportant pourtant aucune critique, alors qu’ils sont dévalorisés dans les opinions publiques), condamnant à l’invisibilité les esprits indépendants, glorifiant les copistes, les récupérateurs, parce qu’il n’existe pas de médias intermédiaires, de médias-relais. Les réseaux sociaux font difficilement contrepoids.
A leur décharge, la multiplication exponentielle des productions de livres, de musiques, de films, d’expos, où d’ailleurs il existe beaucoup de choses intéressantes, rend impossible la valorisation et le choix : l’espace des journaux télévisés ou des journaux papiers traditionnels n’est plus adapté du tout à la réalité du terrain créatif.
Parallèlement, le système éducatif est en crise totale et fabrique inégalités et ignorants (l’effondrement culturel des dirigeants est atterrant et leur mépris de la culture et du savoir terrible, comme si le « peuple » n’avait pas des savoirs). Je l’ai souvent écrit. Non seulement il n’existe aucune démocratie de l’information mais cette absence de démocratie de l’information conduit à la régression partout des libertés et les citoyens n’ont plus de solution que l’action locale en réseaux connectés.
Il faut ainsi bâtir des sources alternatives tel mon site (www.gervereau.com avec des contenus lourds) ou www.decryptimages.net dans lequel j’ai même expérimenté une émission de télévision, un
videomag. Voilà pourquoi d’ailleurs j’ai inventé des initiatives locales, comme
les Rencontres-Promenades (www.histoiresdepassages.net). Car la
solution n’est nullement de chercher à rentrer dans les palinodies des médias
traditionnels ne cherchant qu’à vous utiliser dans leur news market :
soit vous êtes un petit jouet manipulé qui n’arrive à rien faire passer, soit
vous devenez un personnage, une caricature de vous-même, obligé de
perpétuellement jouer votre rôle.
Le grave danger des temps actuels réside en effet dans la propagande-publicité généralisée et la régression des libertés individuelles. Internet, formidable outil d’expression, peut devenir l’arme même de ce que j’ai appelé les sociétés du contrôle dans le grand hôpital planétaire. La normalisation à l’œuvre, la robotisation des individus, le contrôle des comportements, sont des pratiques exponentielles. Pour l’argent du commerce et le contrôle du pouvoir politique : publicité et propagande. Avec une police comportementale des corps et des esprits : on ne peut plus faire cela, on ne peut plus dire ceci. Au nom du « Bien », de la « Sécurité », de la « Santé », plus de libre-arbitre, plus de choix. D’autant moins lorsqu’on parque les pauvres, qu’on acculture l’ensemble de la société, qu’on transforme le système scolaire en grande cour de récréation pour ignorants manipulables, tandis que les nantis ont leurs filières.
Ne parlons pas de l’invention du « Diable », du terrorisme, nouveau repoussoir après le communisme-capitalisme de la guerre froide. La starisation des terroristes hyper minoritaires et l’éclat permanent du fait divers et des catastrophes constituent les voies évidentes d’une nouvelle Terreur. La Terreur visible, la Gore Attitude agitée sans cesse, justifiant les répressions, les contrôles, les renoncements.
Voilà pourquoi j’ai écrit le livre Tu es plurofuturo ? en quatre langues. Il faut arrêter de se faire enfumer avec des slogans de peur : j’entends parler de « crise » depuis que je suis entré sur le marché du travail dans les années 1970. Les enjeux sont là, visibles, comme les vrais clivages. Avec les plurofuturos, --celles et ceux qui partagent ma vision de l’action personnelle et collective--, nous devons donc plus que jamais tenir la ligne de la défense de la diversité (diversifier la diversité, ai-je écrit) dans tous les domaines. Mais, respectant trop les autres (haïssant néanmoins les salauds et méprisant les médiocres), je suis un mauvais chef de parti et abhorre les sectes…
Pourtant, les troupes se multiplient dans l’éveil de la clairvoyance. Beaucoup sont convaincus en effet désormais de l’importance de la biodiversité (dans l’évolution, pas comme un conservatoire figé qui n’a jamais existé). J’ai promu –même isolé et incompris, comme d’habitude-- à travers livres et expositions au Musée du Vivant l’écologie culturelle, c’est-à-dire la défense de la CULTURODIVERSITE (dans l’évolution entre ce qu’on choisit des traditions à défendre et là où on veut innover : une perspective rétrofuturo). Il faut donc lutter résolument et prioritairement contre le monde uniformisé de la consommation de masse, d’une religion ou d’une idéologie dominantes, contre les génocides culturels, les CULTUROCIDES.
Ne jamais rien céder aux crétins et aux fous terroristes, ni à tous ceux qui instrumentalisent habilement (la ficelle devient un peu grosse…) l’abjection contemporaine.
Comment ?
Vivre
–et laisser des traces ?
Au-delà de ma relative invisibilité publique dans notre ère ubique et
médiatique –peu importante en fait, sauf en ce qui concerne la portée de
l’action, comme nous l’avons vu--, il existe pour ce micro-bilan aussi la
question de ma non-identité, mon côté « extra-terrestre » (comme
disent les Corréziens).
Invisible mais actif en effet, j’ai gardé la dignité et la qualité de mes
rapports avec les autres autour de moi, à Montmartre ou à Hautefage, et aussi
avec mes amis sur tous les continents. A ce stade de ma vie, je pense donc être
serein d’avoir beaucoup expérimenté et beaucoup produit, d’avoir pris date,
d’avoir laissé des traces. Mon esprit pudique m’a sûrement éloigné des
projecteurs, comme ma rigueur. Mais j’ai gagné en liberté et en qualité de
création : qu’on aime ou qu’on n’aime pas ce que j’ai fait, cela
correspond vraiment à ma conception du monde. Ma plus grande fierté est la
cohérence : je suis vraiment celui que j’avais inventé, choisi, défini à
l’adolescence. Je ne me suis pas renié et n’ai pas à rougir de trahisons
lâches. Ma pensée n’a fait que se développer depuis mes premières créations en
1969 ou la revue pataphysico-situationniste « Aux Poubelles de la
Gloire » de 1976.
Alors, je suis content de cette vie. L’époque fut certes très difficile pour ma
génération (mais tant d’autres le furent ou le seront…), qui apparaîtra comme
une génération sacrifiée dans l’Histoire, génération d’une époque de
transition, celle post-68. Nous n’avons connu que les crises et nos
prédécesseurs (la génération de 68), qui se sont beaucoup trompés et reniés,
n’ont toujours pas décroché avec l’allongement de la vie. Ils s’agrippent
pathétiquement aux leviers de pouvoir, alors qu’ils sont souvent bien plus
médiocres que leurs grands anciens. Nous sommes ainsi restés une génération
dans l’ombre sous tutelle. La génération suivante, elle, celle d’Internet, a
compris de façon pragmatique qu’il ne fallait pas faire de sentiment. Elle
avance, n’hésite pas à piller sauvagement sans citer, n’est plus du tout dans
la révérence qui était la nôtre (excessive sûrement), fait parfois du
spectaculaire.
Mais l’occultation générationnelle ne m’a pas empêché d’inventer constamment.
Peut-être d’ailleurs cette situation d’inconfort, au sens matériel du terme
--j’ai passé 13 ans de ma vie à faire un travail de conservateur en étant payé
comme magasinier--, m’a stimulé par révolte devant des fonctionnements
totalement injustes où les dés sont toujours pipés. Alors, j’ai théorisé le
nouveau monde des images et ses conséquences, très tôt, bien avant Internet.
Cela a occupé ma vie de scientifique (à travers le Dictionnaire mondial des
images, l’histoire du visuel, les nombreux ouvrages et modules
d’analyse des images) comme ma vie de créateur (mes films, mes séries d’œuvres
plastiques ou le roman L’Homme planétaire).
Nous vivons en effet un changement complet d’époque. Conséquence négative :
les livres ne nourrissent plus leurs auteurs, ni d’ailleurs les films, tant ils
se multiplient, pour juste quelques bestsellers programmés. J’ai dû alors
jongler entre les circuits traditionnels et les circuits parallèles.
L’indépendance et l’exigence sont à ce prix. Conséquence positive : les
nouveaux vecteurs permettent de court-circuiter les pesanteurs des financements
et du pré-formaté (le « cinéma espresso », le videomag [decryptcult],
la « musik botanik »…), en développant la possibilité d’expressions
grâce à une économie de la gratuité et de l’échange, passant –répétons-le-- de
la société du spectacle (au temps de la télévision triomphante) aux sociétés
des spectateurs-acteurs avec le Net généralisé.
Alors, être spécialiste du « vivre » ? Ou bâtir son image de
marque ?
Je suis incapable d’être un Claude Viallat se parodiant de toile en toile ni un
BHL opportuniste avec ses chemises blanches, découvrant dans les années 1970
que le communisme d’Etat, c’est mal… J’ai accepté par amusement et repris ce
surnom apparu dans le monde anglo-saxon en 2010 de « Mister
Local-Global », car il intrigue et me correspond assez bien. Peu importe
l’incompréhension : elle fut le lot de ma vie (quand je parlais en 1990 d’ « images
fixes », on me surnommait « Idefix » ; ensuite j’ai
caractérisé les « images premières » et les « images
secondes »…). Pour ne pas la connaître, il ne faut pas inventer.
Avoir une pensée critique évolutive, c’est concevoir des points de vue mouvants sur des supports divers, c’est intégrer la relativité et le comparatisme. Je suis résolument évolutif. Darwinien. Contre l’idéologie du « progrès », qui est un leurre totalitaire, mais favorable à la défense de la diversité, rétrofuturo et plurofuturo, à une ère de création et de tolérance (Pour une philosophie de la relativité ), au mouvement, à l’expérimentation.
A contre-courant, j’ai multiplié ainsi les concepts au temps où il faut seriner une chose, un slogan (en France provincialisée, la « résilience », par exemple --quand la simple "résistance" reste un appel exemplaire--, ou la « mémoire », qui a fait tant de mal à la science historique et est la porte ouverte à la compétition communautaire destructrice du vivre en commun, ou la "politique de civilisation", pensée de nature néo-coloniale considérant qu'il existe une seule "civilisation" et pas "des civilisations"…).
Le pays où je suis né et le pays où je vis est malheureusement un pays amoureux
de la rétrospective, pas de la prospective. Il n’encense nullement celles et
ceux qui inventent et bougent les lignes, les tenants du mouvement, ceux qui
réfléchissent localement et globalement, il couvre de médailles celles et ceux
qui ont été, jusque sur leurs tombes, nécrophage. Il révère les héritiers. Pays
du Panthéon. Mon cousin le chanteur Renaud devient un saint depuis qu’il s’est
retiré et va mal. Ma mort risque d’être salutaire pour mon œuvre en la
transfigurant. On pourra écrire n’importe quoi (Guy Debord exposé à la
Bibliothèque nationale de France…).
Mais, finissons vite ce micro-bilan qui devient lassant. Cette introspection
provisoire. Comme pour beaucoup (faire, c’est s’exposer), les obstacles et les
coups m’ont renforcé et m’ont conduit à inventer malgré les difficultés ou la
précarité financière. Vous l’avez compris. Le rêve construit parfois le réel à
force de travail. On dit que la colline est une montagne et elle devient une
montagne. Voilà ma méthode : matérialiser l’imaginaire, vivre ses songes,
se coltiner avec un réel qu’on veut faire bouger.
On me lit au Brésil, on me regarde au Canada ou à Hong Kong, on me traduit au
Caire. Infatigable générateur de concepts, inventeur de galaxies, pour les uns.
Ou emmerdeur, agité du bocal prétentieux, pour les autres. En tout cas, je suis
tenace et intranquille. Par exemple, je finirai par arriver à faire installer
en France --après avoir alerté ministres et présidents successifs depuis des
années-- des repères clairs dans le système éducatif : l’histoire du
visuel et l’analyse des images. Même après ma mort.
J’ai eu en effet de forts pressentiments, à partir desquels j’ai bâti.
Notamment sur deux points centraux : j’ai théorisé notre univers ubique
des images et ses multiples conséquences, comme l’importance de reprendre en
mains le local dans un dialogue local-global. J’y ai ajouté la nécessité du
mouvement perpétuel et la philosophie de la relativité, qui sous-tendent
l’enjeu capital de l’écologie culturelle, celui de la défense de la
culturodiversité.
Bon, vous me découvrirez petit à petit.
Alors, je suis nulle part, pour beaucoup ? « Défaut d’identité »
(titre de mon premier roman) ? Ou même je ne suis pas parce que je
n’exhibe pas ma trombine à la Stéphane Bern ? Mon indéfinition est ma
fierté : il est important de ne pas se résumer, ni à une carte de visite
ni à un chapeau. Et puis, j’ai ce sentiment profond : ma vie fut et est
riche, riche de rencontres, riche d’actions, riche d’idées, de plaisirs. J’ai
pu beaucoup éprouver et beaucoup réaliser, beaucoup rire aussi... Je me suis
formidablement amusé. J’ai joui de beaucoup de situations. L’égoïsme
intelligent, l’hédonisme du partage pourrait me définir.
Aujourd’hui le fatalisme m’habite, du coup. Autant, adolescent, la mort
m’angoissait car je la vivais comme un gâchis, alors que j’étais impatient de
faire, de prouver que je pouvais faire. Autant, aujourd’hui, je ressens ma vie
comme un bonus. En pratiquant la générosité militante, les médiocres et les
voleurs, les nocifs haineux et destructeurs, ceux qui cassent les châteaux de
sable, sont balayés d’eux-mêmes.
A l’époque où tout le monde veut être « jeune », quitte à céder aux teintures et aux tirages de peaux clownesques, je suis enfin vieux. J’ai décidé d’être vieux. Quel bonheur. Arrêter de s’emmerder. Envoyer promener les importuns, les nuisibles, les fâcheux, les atrabilaires, les médailles, les flatteries, les prix (que je n’ai jamais eu et que je ne veux plus, car ils me sont inutiles désormais). Je suis vieux enfin ! Isolé et entouré. Sans spécialité, mais curieux, en éveil. Pas aigri en tout cas. Pas avec un torticolis vers le passé. Expérimentateur. Générateur. Un voyageur de la vie. Utile aux autres ?
Je suis de toute façon ce que je mérite d’être. Nous sommes en effet responsables de ce qui nous advient. Certes, les conditions extérieures nous contraignent, mais partout le choix existe, même minime (il est éclairé par l’éducation, les connaissances, l’apprentissage à tous les âges). Voilà pourquoi je me suis tant élevé contre la propension de mon époque à la victimisation. Le choix éclairé et la responsabilisation, la volonté, sont des valeurs fondamentales, au temps où on joue l’abrutissement des masses pour en faire des esclaves dociles et la déresponsabilisation constante de celles et ceux qui veulent se situer comme des victimes perpétuelles.
Alors pour finir, « réussir sa vie » (notion subjective et absurde
–répétons-le), n’est pas être célèbre ou pas, puissant ou pas, fortuné ou pas,
réussir sa vie consiste à gagner la reconnaissance profonde et sincère de quelques-uns,
personnes de qualité dans tous les domaines, dont celui de la simple
convivialité (et de la tendresse), en Xaintrie, à Montmartre, sur tous les
continents (pour mon cas précis). En ce sens –vous l’avez compris-- je vais
bien dans mon long voyage au pays de nulle part des individus sans identité
arrêtée, aventuriers de la vie.
La mort arrivera en son temps. Ce texte sera une des traces de mon passage.
Cité des
points de vue,
Hautefage,
mai 2015