Pour une Cité de l’écologie – René Dumont
Beaucoup l’ignorent : le mot « écologie » a été inventé en 1866 par le savant allemand Ernst Haeckel. Cette notion, qui concerne les rapports des humains avec leur environnement, fut jusqu’en 1970 essentiellement une notion scientifique. Elle concerne désormais tous les domaines : de vie quotidienne, culturel, politique, économique, philosophique… Mais, à l’heure de la COP21, ce grand chantier du devenir collectif humain sur notre planète manque singulièrement de lieux d’échanges et de diffusion des savoirs (pour trop apparaître dans l’actualité sous des aspects dérisoires peu dignes des grands enjeux collectifs).
Le constat : un basculement s’opère
René Dumont fut en 1974 le premier candidat écologiste au monde à une élection présidentielle. Sa campagne --menée sur une péniche, se déplaçant à bicyclette et montrant un verre d’eau comme une valeur précieuse à la télévision-- fut prémonitoire. Il ne recueillit que 1,32% des votes. Aujourd’hui, alors que les périls climatiques sont mis en avant, que les pollutions de l’air, de l’eau, de la terre et les dérives de la nourriture industrielle touchent tout le monde et notamment les plus pauvres, ses messages deviennent d’une grande actualité.
Ils deviennent d’une grande actualité aussi parce que René Dumont est un savant, un agronome, c’est-à-dire quelqu’un qui a eu une pratique expérimentale et critique, sillonnant tous les continents. René Dumont est ainsi fort loin d’une vision arrêtée, idéologique, sectaire de l’écologie. Passionné, il a évolué, prônant d’abord une agriculture intensive pour « nourrir la planète » après la Deuxième Guerre mondiale. Puis, il a compris que la destruction de l’environnement, détruisait d’abord les habitants. Il a vu les conséquences sur le terrain : l’enjeu en effet est non seulement la biodiversité mais aussi la culturodiversité (la destruction très violente et rapide des modes de vie traditionnels pour un consumérisme aveugle et addictif) et bien sûr tout simplement la santé des populations.
Heureusement, une prise de conscience générale émerge aujourd’hui, qui dépasse les clivages politiques ou philosophiques et confessionnels. Elle émerge avec la compréhension progressive que seule la voie des savants est viable : une approche sans à priori, pragmatique, expérimentale et critique. Mais où ces savants, avec les politiques, les acteurs de terrain, les artistes, les entreprises, peuvent-ils se retrouver pour échanger et débattre de telles questions centrales pour notre quotidien et notre futur ? Où un travail de diffusion des savoirs, de pédagogie, d’interaction avec les jeunes et tous les moteurs de notre vivre-en-commun peut-il s’opérer ? Faut-il juste des événements ponctuels comme la COP21 pour faire émerger cela momentanément ?
La nécessité d’un lieu d’échanges, de pédagogie et de diffusion culturelle
La France a joué un rôle important dans la prise de conscience écologique avec des pionniers comme Dumont, Dubos, Charbonneau, Gorz, Ellul, Carlier, Fournier, Reiser, Cabu ou André Louis pour l’agriculture biologique… N’est-il pas temps de créer un lieu d’échanges pérenne, qui perpétue la mémoire de ces pionniers autour du personnage symbolique de René Dumont, en l’inscrivant dans tous les débats du jour ?
Peu le savent, là encore, mais à AgroParisTech (l’école de René Dumont) existe le premier musée international sur l’écologie et le développement durable : le Musée du Vivant (www.museeduvivant.fr). A travers de vastes collections (des herbiers à 600 dessins de Cabu, d’un fonds d’affiches depuis le XIXe siècle aux œuvres de Cueco ou Speedy Graphito…), il traite des rapports des humains avec leur environnement depuis la Préhistoire en diffusant largement ses expositions avec la Ligue de l’Enseignement. Ces ressources exceptionnelles sont une chance à valoriser pour notre pays.
Nous demandons donc qu’un lieu de débats, d’informations, de diffusion pédagogique et culturelle, soit mis en place. L’écologie --au sens large des rapports des humains avec leur environnement—est un sujet crucial qui doit rassembler les points de vue et permettre des échanges. Il doit le faire avec la diffusion du dernier état des savoirs et en associant largement les entreprises, les acteurs de terrain, le monde culturel et associatif. Ce sera de plus une source de rayonnement international indéniable. Après la COP21, créons donc rapidement un lieu pérenne, une Cité de l’écologie – René Dumont !
Pour tous renseignements et soutiens : Marc Dufumier (Président de la Fondation René Dumont), Laurent Gervereau (Vice-Président de la Fondation René Dumont). Page facebook : http://www.facebook.com/citeecologie. Contact sur : www.gervereau.com