L'INFO, C'EST QUOI ?
En voilà une :
J'ai vécu jusqu'à 60 ans aujourd'hui (à force d'être jeune, on devient vieux). Avant le brouillage des saisons et du temps physiologique.
J'ai fait tant de choses, vu tant de mondes passionnants ou désespérants, d'humains médiocres ou exceptionnels, laissé des traces, testaments successifs, des images, des analyses, des colères... J'avance. J'explore. Je n'ai pas de temps à perdre et, si je choisis de le perdre, c'est encore du temps gagné.
La vieillesse est un combat entre le détachement et l'attachement. La vieillesse, c'est comme les saisons, il faut assumer et se méfier des apparences factices de l'éternelle jeunesse, comme d'un "temps" idéal. Soyons lucides à l'ère de la relativité. Refusons les paradis de propagande et de publicité, qui sont la négation de la vie. Oui, il faut défendre parallèlement la diversité des âges et la variété des saisons ou des climats : le merveilleux de la vie sur notre planète réside bien là (mouvement, évolutions, diversités). Le grand danger de la vieillesse (qui peut commencer tôt) est de se racornir, physiquement et intellectuellement, de se ratatiner, d'être la caricature de soi-même, de se figer dans une posture. Insensible aux changements, insensible aux autres.
Car devenir vieux est un aspirateur à indifférence, une sorte de descente vers la neutralité de la mort, vers l'inerte : on voit moins bien d'abord, puis on se rappelle moins bien, on s'indiffère, on bouge moins bien, on entend moins bien, on se ferme, on ne bouge plus et on meurt. Face à ce détachement (qui peut s'accélérer avec la maladie), il reste heureusement la possibilité des attachements : attachements à ses proches, à une conjugaison des générations où on continue à découvrir et à apprendre, attachements à la Terre et au lieu où on vit comme aux lieux où on va dans l'empathie et le combat pour ne jamais accepter l'inacceptable. Continuer à explorer. Voilà les termes du choix.
Voilà aussi ce qui se mêle : des détachements parfois salutaires liés à l'âge et à la condition physique et des attachements volontaristes où l'esprit reste en éveil et où le coeur ne se ferme pas, sauf à s'arrêter.
Alors, à l'ère de la multiplication industrielle des produits, à l'ère des clones et de la norme, de l'ignorance (on attend la mort des individus pour parfois découvrir qu'ils ont existé...) et de l'oubli, de l'obsolescence généralisée et du n'importe quoi, des guerres et des leurres médiatiques, réévaluons l'unicité, les choix éclairés, l'exigence, la recherche et le RARE.