Choisir nos limites

Les humains vivent sur une planète finie, en grande partie connue d'eux et qui devrait être nécessairement solidaire. Si nous essayons de regarder cela, la question importante à venir n'est pas seulement le fait que les ressources soient limitées et l'imbrication humains-environnement oblige à des solidarités vitales. Il va surtout falloir penser des "limites choisies" dans tous les domaines, au-delà de la simple multiplication des objets de consommation ou des peuplements. Il faudra enfin bien prendre en compte les emballements scientifiques, techniques ou commerciaux. Une chose ne peut avoir la seule vertu de la nouveauté. Le "progrès" est un mot dangereux qui évite de réfléchir aux conséquences : tant de destructions et de génocides (culturels aussi) se sont faits sous ce slogan.

Le tri rétrofuturo consiste alors à décider des traditions à conserver et à défendre avec des innovations nécessaires. En pensant aussi aux innovations néfastes. La philosophie de la relativité permet d'expliquer pourquoi un concepteur de publicité connecté n'est pas forcément "meilleur", plus épanoui, qu'un nomade de la forêt laotienne. L'horreur de l'idéologie technologique ne doit cependant pas conduire à la haine de la technologie (elle est juste un moyen), mais à l'effroi nécessaire devant cette technologie ou ces organisations sociales imposées comme obligatoires.

Face à cela, les limites choisies doivent être évolutives et concertées dans un cadre décisionnel local-global, faisant la différence entre recherches et applications. Bref, c'est tout le cadre des valeurs opérationnelles sous-tendant explicitement ou implicitement les actions humaines qui doit être pensé ou repensé. Ce que les OuLiPiens avaient modestement appliqué en liant des contraintes mathématiques à l'exercice littéraire fait figure de métaphore de ce qui nous incombe : jusqu'où aller ? Vers quoi aller et vers quoi ne pas aller ?

La naïveté prométhéenne dangereuse a fait son temps et a suffisamment montré qu'elle menait au gouffre. La folie de populations toujours plus nombreuses, de produits de consommation et de messages obsolescents déversés dans les terres, les mers et les airs, ou d'allongements de la durée de la vie sans en penser les conséquences individuelles et sociales, tout cela nécessite de penser plus que jamais les limites choisies, les limites volontaires, consenties et évolutives.

Nous vivons sur une planète finie mais il est vraiment temps d'éviter de finir cette planète, d'en penser les bornes nécessaires, ici et partout, pour soi, autour de soi et globalement.

Je sais déjà vers quoi je n'ai pas voulu aller dans ma vie et j'entrevois ce qui nous détruit.


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