REFLEXIONS SUR LE MEDIA-TERRORISME

Le 11 septembre 2001 a inauguré une nouvelle ère dans le terrorisme. Certes, le terrorisme, depuis les anarchistes au XIXe siècle, a toujours cherché à frapper en visant des symboles. Mais le 11 septembre a montré une construction médiatique des événements : une scénarisation. L’aspect filmique du 11 septembre avec un scénario hollywoodien et des événements successifs fut frappant. D’autant plus frappant d’ailleurs que les images furent particulièrement « pauvres », peu cinématographiques, agitant d’autant plus les imaginaires par absence d’images.

Ce fut le cas des attaques à Madrid, à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, ou le 13 novembre 2015 à Paris. Choisir le 14 juillet, Nice, ville internationale, et rouler sur les spectateurs du feu d’artifice relève de la même logique : prendre les médias à la gorge par la construction d’une surenchère de l’horreur dans un contexte symbolique fort.

Alors, ne faudrait-il pas réfléchir à cette prise en otage des médias ? Ne faudrait-il pas, devant des événements qui se répètent, penser à une contention médiatique volontaire ? Plutôt que de parler de guerre dans ce qui relève de faits divers dramatiques, ne faudrait-il pas informer mais minorer cet impact médiatique, qui est exactement ce que recherchent les terroristes ? Politiquement, plutôt que de gesticuler sur des mesures inopérantes, ne faut-il pas simplement choisir ce qui est directement efficace ? Là aussi, les actes marginaux de quelques-uns, fussent-ils spectaculaires –et parce qu’ils sont spectaculaires—ne doivent pas être survalorisés par rapport à la vie quotidienne de populations entières.

Le déséquilibre de l’information est en effet la vraie victoire de ceux qui commettent ce type d’actes. L’heure doit donc être à une réflexion sur la contention de l’information et la discrétion politique avec des mesures claires, réfléchies, pragmatiques, efficaces, ciblées et qui respectent les libertés publiques. Car c’est bien, non pas la valorisation des mesures répressives ou la militarisation de la société qui importe, mais la défense des valeurs collectives s’opposant totalement à ces crimes. Oui, les politiques sont essentiellement attendus sur la défense des valeurs collectives, sur l’éducation et la culture au sens large, sur l’organisation du monde local-global qui est notre réalité d’aujourd’hui. Pas sur les mesures techniques de répression du crime, de renseignement et de prévention.

Disons-le donc clairement, la victoire médiatique des actes terroristes dans la guerre mondiale médiatique à l’œuvre aujourd’hui impose d’enfin penser la construction de l’information : le news marketing concurrentiel, qui provoque la polarisation et l’escalade, sert de fait ce nouveau média-terrorisme lancé en 2001 et l’encourage. Le combattre, c’est le minorer dans l’actualité et porter attention aux grands enjeux pour des millions d’habitants.

(voir www.decryptimages.net)

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