SEUL(E) dans la multitude à l'ère de la confusion

SEUL(E)

dans la multitude

à l’ère de la confusion

La grande question contemporaine réside dans le rapport entre l’individu et les foules. Certes, des conceptions (notamment asiatiques) du monde peuvent nier cela en pensant que l’individu n’existe qu’en tant que partie prenante d’un tout, société humaine et environnement. L’individuation peut n’avoir pas de sens.

Pourtant l’histoire humaine fut une longue mise en avant d’individus, individus valorisés pour leur force, leur beauté, leur puissance politique ou religieuse, leur savoir, leur savoir-faire… Bref, nous n’avons cessé de construire de la différence individuelle. Aujourd’hui, au XXIe siècle, à l’ère de l’ubiquité médiatique, la question n’est plus vraiment seulement de savoir si l’individu émerge et a une latitude de singularisation dans des groupes sociaux larges, mais comment sa singularisation peut s’exprimer et peser sur le tout.

Bien sûr, des forces monorétro (pour une seule manière de penser héritée du passé) se satisfont parfaitement de la dissolution de l’individu dans des masses manipulées par quelques-uns politiquement, religieusement ou commercialement ou les trois à la fois. La confusion sert les plus puissants.

Elle est un formidable broyeur de sens dans tous les domaines. Le fact checking s’avère sans impact face aux rumeurs et aux communautés virales sur les réseaux sociaux. L’individu isolé n’a aucune chance de porter à la connaissance publique une idée originale. Pire, des chercheurs peuvent végéter dans l’invisibilité totale ou être récupérés et détournés sans être cités. En art, tout est art, donc rien n’est art. Hier est aussi actuel qu’aujourd’hui et le marché de l’offre devient exponentiel.

Bref, nous sommes dans la confusion généralisée avec une guerre mondiale médiatique. Aucune démocratie de l’information n’existe quand les même choses tournent en boucle parmi les milliards d’émissions sans aucun média-relai intermédiaire : à réalité stratifiée, nécessité de stratification médiatique.  Alors, personne ne s’y retrouve au sein de pareille cacophonie, ce qui est dangereux car les individus perdus se raccrochent à n’importe qui, n’importe quoi.

Il est probablement temps, pour toutes et tous, de devenir des spécialistes-généralistes et de s’occuper de l’essentiel. Quels sont les priorités environnementales collectives ? Comment structurer la planète autour de nos vies locales-globales par des fonctionnements fédérés où la dimension nationale n’est plus qu’une des strates ? Comment penser ses propres actions comme des choix responsables éclairés par l’éducation à tout âge ?

L’émiettement planétaire dans l’explosion des égoïsmes locaux n’est pas la solution car les questions qui nous occupent, environnementales, financières, migratoires, sont collectives. De plus, la diversité des religions et des conceptions philosophiques peut être préservée grâce à un vivre-en-commun fondé sur l'approche scientifique et critique, la seule qui rassemble sans imposer une vision du monde. A l'inverse, l'uniformisation planétaire dans l'acculturation et la consommation addictive des mêmes produits et des mêmes images pour des sociétés de la norme et du contrôle forme une alternative dangereuse (elle est refusée à juste titre par les peuples, car on ne vit pas et on ne veut pas vivre dans tel quartier de New York comme à Limoges, en forêt laotienne ou à Bamako).

Voilà pourquoi il importe de repenser général en transformant un niveau local rétro-futuro (avec des traditions défendues et choisies et de l’innovation). Voilà pourquoi il faut songer au rare, à l’unique, au précieux, à ce qui fait valeur pour soi. Cela n’est pas mesurable par l’argent. Voilà pourquoi aujourd’hui nous avons besoin de repères et de quelques idées claires sur l’état de notre planète et sur les buts collectifs minimaux. Voilà pourquoi il est temps de revivifier l’action locale, dans les quartiers des villes ou dans les campagnes, et de peser enfin collectivement sur le devenir terrien qui nous concerne toutes et tous, en définissant des limites dynamiques dans tous les domaines. Bâtissons un Pacte planétaire évolutif qui s’impose partout avec une responsabilité collective et la possibilité de sanctions.

Il est temps, pour permettre de sortir de la confusion, d’avoir des buts communs, qui seront aussi des garanties de diversités locales fortes. L’un(e) ne peut apprécier sa singularité dans la multitude qu’en sortant de la confusion. Nous devons penser nos repères.

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