Voilà, déjà en ligne (avant le papier ?), ce texte pour les visiteurs chinois, égyptiens et américains réguliers de ce site (et les autres), merci :
Dans notre monde d’images, nous aspirons constamment aux contes de fées. Rien d’étonnant à ce qu’aujourd’hui Barack Obama ne soit lancé comme un nouveau parfum. Dans la guerre mondiale médiatique, les Etats-Unis avaient perdu leur leadership de l’imaginaire avec un Bush contre-modèle. Obama incarne le passage à un monde nouveau en ayant la jeunesse d’un Kennedy, mais avec l’intellectualisme d’un Kissinger. Trop bien. Il est Africain, tout en étant métis et citoyen des Etats-Unis. Il est croyant, tout en ayant pris ses distances avec son église locale trop radicale. Il a fait Harvard, tout en venant d’une famille modeste qui peut comprendre la précarité. Il incarne ce XXIe siècle que les peuples du monde ne voient pas arriver et pour lequel nous manquons de modèles. Ce n’est pas
Il ne s’agit pas de construire des contes, des histoires à rêver. Il s’agit, à travers elles, de donner des impulsions à l’organisation générale du monde et aux valeurs de la planète. Le capitalisme a probablement chu --malgré les apparences-- après le communisme car il a perdu la bataille morale, qui est désormais un dysfonctionnement économique. Les religions pâtissent de leurs ultras. Le nationalisme devient un attachement local parmi des identités qui sont, pour tout le monde, imbriquées. Obama intervient sur ces terrains et fait image exemplaire sur ces terrains. Chacun alors le regarde comme un sportif proche de l’exploit ou comme un héros de film catastrophe : tiendra-t-il ? Et s’il tient, réalisera-t-il tout ce pour quoi l’affection des foules le porte ? Ne sera-t-il pas un leurre, un « character » mis en exergue ?
Le lieu du clivage est dans l’espace social, quand religions ou idéologies cherchent à régir totalement –c'est-à-dire sans contradiction—l’ordre social. Avec les intégrismes montants, la chose est claire. Avec les totalitarismes du XXe siècle voulant une société à l’histoire arrêtée du bonheur absolu, ce le fut aussi (dans le sang), comme d’ailleurs pour toutes les volontés de conquêtes religieuses par la force dans le passé. La morale, c'est-à-dire le choix des règles de relation à l’autre et aux autres, devient alors le terrain d’expérimentations central. Le XXIe siècle ainsi ne sera pas religieux, il sera moral. A cet égard, il est hautement significatif, par exemple, que les critiques concernant le fonctionnement des entreprises, leur finalité, la répartition des richesses de plus en plus inégalitaire et n’ayant rien à voir avec le mérite, jaillissent de tous bords. Cela s’amplifiera : Internet devient le lieu, certes des rumeurs, mais aussi d’une démocratie directe en ligne. C’est bien l’organisation planétaire de l’économie qui est nécessaire mais pour permettre des développements pas seulement durables, mais diversifiés. Veut-on vivre au Mali comme à New York ? Doit-on vivre au Mali comme à New York ?
Soulignons dans ce domaine qu’il est un danger subreptice peu souligné. Il s’avance masqué par les plus louables sentiments : le dogme de la norme, le « bien » pour toutes et tous. C’est lui qui rétablit la censure, c’est lui qui prototype nos comportements. Les meilleurs principes l’épaulent : médecine, actions caritatives, droits de l’homme, écologie. Le dogme de la norme est à nos portes par ces voies-là --même celles du mythe de la durée, de la santé, de la « normalité » mentale et physique. Quand nous parlons d’écologie, par exemple, ou de développement durable, nouvelle sainte notion désormais si floue et galvaudée, il importe que cela reste un objet de discussions, d’expérimentations, de débats, de travaux scientifiques, pas une nouvelle idéologie totalitaire (en parlant d’ailleurs de développements diversifiés). Autre exemple : caritatif et droit-de-l’hommisme ne doivent en aucun cas devenir les voies massives d’une uniformisation néo-colonialiste de la planète, abrasant toutes les cultures en détruisant des éco-systèmes mentaux, des micro-climats économiques. Oui, l’écologie culturelle est aussi importante pour préserver nos diversités et les multiplier en autant de choix possibles, que la défense de la biodiversité de la flore et de la faune. L’univers forme –nous le comprenons désormais-- un tout, un tout de l’unité et de la diversité. Unité du devenir global et diversité des parcours singuliers. (à suivre)