Voilà que s'ouvre le Congrès mondial de la nature à Marseille, après avoir été repoussé. De bonnes résolutions vont en sortir (qui est contre la protection de la nature ?) mais il faudrait apporter quelques réflexions sur le sujet lui-même.
D'abord, il ne s'agit pas d'un congrès "mondial" mais terrestre, ce qui est ambitieux (et partiellement vrai car toutes les situations sont loin d'être prises en compte). Ensuite, le terme "nature" est impropre car ce mot de "nature" --qui n'existe pas dans beaucoup de civilisations-- suppose une dichotomie entre les humains et la flore et la faune. Au regard de l'impact des actions humaines aujourd'hui (pollutions de l'eau, de l'air, de la terre, dérèglements climatiques...), penser qu'on pourrait isoler une "nature" préservée dans des ilots protégés n'a aucun sens. Parlons d'un environnement global qui comprend les humains. Insistons sur les interactions humains-nature avec un mot : "humanature".
Il faudrait donc un Congrès terrestre de l'humanature, un congrès sur les interactions.
Autre aspect. Le sujet est constitutif de ce qui fonde l'action de Nuage Vert. Nuage Vert est basé à Argentat-sur-Dordogne dans cette Corrèze qui est une terre d'entomologistes et de naturalistes. Latreille le Briviste, bien avant Fabre, fut surnommé le "prince des entomologistes". Vachal, maire d'Argentat, offrit au Muséum sa précieuse collection d'insectes. N'oublions pas Jeanne Villepreux-Power qui étudia de façon pionnière le monde aquatique au XIXe siècle et inventa l'aquarium. Enfin, Edmond Perrier le Tulliste dirigea le Muséum d'histoire naturelle, participa à la création de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) en 1912 et lança les bases (il meurt en 1921) du premier Congrès international pour la protection de la nature à Paris en 1923.
Nuage Vert occupe ainsi une place héritière d'une longue tradition locale pionnière très remarquable en se donnant pour but constitutif la défense de la biodiversité et de la culturodiversité. Nuage Vert a d'ailleurs publié un livre-manifeste à ce sujet en 2021 : Vivre avec la biodiversité. Il s'agit de réconcilier nature et culture pour vivre ensemble dans l'environnement. Outre la richesse des collections, des textes remarquables de Gilles Boeuf, Marc Dufumier, Jean-Michel Teulière et Laurent Chabrol en font un livre de référence (achetable sur lulu.com par carte bancaire).
Mais le but de ce petit texte (beaucoup trop long à l'ère des punchlines...) n'est pas de faire la pub de Nuage Vert. Il est, après avoir insisté sur les interactions, de souligner aussi que cet esprit global doit prendre en compte les aspects locaux et que la défense de la biodiversité doit se faire parallèlement à une défense de la culturodiversité.
Cessons de détruire les langues, les modes de vie. Certes, il faut appliquer un principe essentiel dans ce monde en évolutions constantes : le tri rétrofuturo. Partout, nous choisissons les traditions que nous voulons défendre et conserver et là où nous voulons innover. La défense de la culturodiversité apporte ainsi la dimension dynamique du travail à réaliser et l'appropriation locale indispensable : défendre la "nature", c'est défendre aussi les "cultures", c'est prendre conscience du mouvement perpétuel, des hybridations.
Voilà ce que le mot "humanature" veut dire : insister sur les interactions au temps des périls graves et comprendre partout le mouvement et les évolutions.