SOCIETES DU CONTROLE
ET RESEAUX ASOCIAUX
En 2018, les Rencontres-Promenades « Histoires de Passages… » étaient consacrées à : « CONNECTER / DECONNECTER ». 2021, Nuage Vert menait une réflexion (exposition et livre) sur l’histoire des dystopies : La Fin du monde ne date pas d’aujourd’hui. J’introduisais le propos en affirmant : « nous sommes entrés en dystopies ». La question n’est pas la disparition du vivant sur Terre ou celle des humains, elle est plutôt dans une inquiétude nouvelle née des sociétés de spectateurs-acteurs qui nous sont construites.
Nous observons alors un double mouvement. La « guerre mondiale médiatique » que je décrivais dans un livre de 2007 et cette « société du contrôle » au nom du Bien et du Progrès. Tout s’accélère quand Facebook réfléchit à nos doubles dans Metaverse et quand les transhumanistes tablent sur la sanitarisation obligatoire d’existences basées sur la seule durée. Cette convergence forcée du contrôle par écran interposé où tous nos gestes et pensées sont pistés rendent bien dérisoires les appels aux libertés individuelles : nous devenons des consommateurs addictifs, des supports publicitaires et des rabâcheurs de vérités alternatives dans une disparition de la vie privée. Convergence généralisée pour l’intérêt de quelques-uns.
De l’autre, l’émiettement est en cours à travers nos réseaux asociaux. Pourquoi « asociaux » ? Parce que, sauf à acheter de l’audience et construire une présence par marketing, les milliards d’expressions individuelles n’ont aucun impact. Avec les algorithmes, chacune et chacun émet pour vingt à trente personnes du premier cercle ou se conforte dans un groupe. C’est-à-dire qu’il est illusoire de penser qu’un tweet ou un post puisse convaincre qui que ce soit. Ce sont des milliards d’invisibilités qui s’expriment, au risque cependant de destructions médiatiques certainement plus radicales --parce qu’à distance—que ne l’étaient les rumeurs physiques antérieures. Et les réseaux asociaux, qui ne font pas lien, qui ne brassent pas les idées, qui ne sont pas des forums, entretiennent des solitudes à quelques-uns ou des existences par groupes ciblés.
Faut-il se déconnecter quand votre machine à laver connectée trahira vos habits et habitudes, que les drones surveilleront vos plates-bandes et vos déplacements, que votre dossier santé pistera vos moindres veines, vos excès et vos égarements mentaux ? L’obligation de connexion sera probablement le signe ultime. Sur l’autre face, la déculturation est à l’œuvre quand l’expression est sectorisée et limitée, quand la connaissance du monde est une connaissance confetti avec obsolescence programmée des savoirs ?
« Résistance des savoirs » proclamons-nous depuis 2010 dans une conscience terriste. Face au contrôle généralisé et à la destruction de notre être-au-monde explosé en attitudes-réflexes, atomisé dans une virtualité kidnapping, il importe de définir ses priorités et celles de la planète en mettant la boite à outils là où elle devrait être : dans le hangar, sortie ponctuellement quand elle est utile.