SIFFLER DANS LE VENT !
J'appelle "siffler dans le vent" tous ces textes inutiles qui existent sans exister, ne sont pas lus et n'ont aucune efficacité parce que pas fruit d'une construction médiatique.
Voici le dernier :
UN KIDNAPPING ELECTORAL
Nous pourrions ergoter sur la façon dont les vaincus cherchent à voler les victoires aux vainqueurs dans la guerre mondiale médiatique, que ce soit en période de guerre ou en période électorale. Mais il est plus intéressant d’observer comment nous pouvons collectivement passer à côté des enjeux de notre temps. Ainsi en est-il de la situation politique française et de la dernière campagne électorale. Car l’abstention ou le désintérêt ou le dégoût ou certains votes par défaut sont aussi la manifestation du fait que personne n’a su intéresser dans une non-campagne (électorale française en 2022).
ETRE A COTE ET NE JAMAIS POSER LES BONNES QUESTIONS
Ce qui est frappant reste le kidnapping généralisé des thèmes profonds de l’écologie au sens large et des enjeux actuels. Cela va au-delà des alertes climatiques.
Reprenons rapidement quelques termes ayant agité les meetings et les réseaux. Le « grand remplacement » d’abord n’a pas de sens car qui remplace qui ? Une civilisation chrétienne par une civilisation musulmane ? L’Histoire longue nous apprend que nous sommes toutes et tous africaines et africains ayant migré sur tous les continents. Les échanges sont constitutifs de notre existence et le christianisme est une construction historique délimitée et non exclusive (croit-on que dans ce qui a été nommé « Moyen Age » l’animisme avait disparu ?). La religion n’est qu’un paramètre désormais des identités imbriquées de la plupart des individus.
Par ailleurs, il suffira de catastrophes naturelles ou de guerres ou de famines pour que des migrations s’opèrent contre lesquelles nous ne pourrons rien (hormis des exterminations). Quand les pollutions ou les crises climatiques opèrent, les frontières n’ont plus de sens.
Le « pouvoir d’achat » ? Privilégier la fin du mois à la fin du monde. D’abord il n’y a pas pour l’instant de fin du monde ni de fin de la Terre ni de fin de la biomasse terrestre dont les humains sont une petite partie (0,01% quand le végétal occupe 80%...). Pourtant nos équilibres sont rompus comme jamais à cause des actions humaines entre pollutions (de la terre, de l’air, de l’eau) et dérèglements climatiques. Alors, la question n’est pas de savoir si chacune et chacun va pouvoir continuer à consommer toujours plus mais comment chacune et chacun va manger à sa faim des produits non empoisonnés et pourra se déplacer avec des moyens de transports propres sans être étranglés par les factures énergétiques et en développant toutes les solutions d’économies et de renouvelable au plus près, dans les domiciles.
Les « retraites » ? L’âge est une question qui cache des disparités profondes et l’essence même de notre rapport au travail. Dans les entreprises comme dans les administrations, il n’y a pas de priorité portée aux questions du « sens » : que fait-on et pourquoi ? Peut-on s’organiser autrement ? Quels buts ? La remise en question d’un rapport travail-loisirs avec le Bien d’un côté et le Mal de l’autre est indispensable, de même la recherche de buts éthiques dans la production comme dans les services publics et dans l’organisation interne. La pénibilité est physique et psychologique.
Voilà quelques exemples où nous sommes passés à côté de débats qui auraient été indispensables et qui nous concernent toutes et tous.
PRENDRE DES LUNETTES ENVIRONNEMENTALES
Mais on a parlé d’écologie me rétorquera-t-on. Jamais, alors que les enjeux sont majeurs, cette thématique n’a parue si technicienne, si artificielle, si répétée comme un slogan, un mantra sans chair et sans passion, très éloignée des préoccupations quotidiennes. C’est probablement parce que beaucoup habillent leurs programmes d’écologie à la va-vite sans conviction profonde dans une vision technocratique et pas philosophique, sensible, au quotidien, dans la passion de faire.
Même le candidat écologiste a réussi à tuer l’écologie. Au lieu de réunir des personnes ressources (scientifiques et des actrices et acteur de terrain), de constituer un « shadow cabinet » pouvant montrer dans tous les domaines la façon environnementaliste de considérer la vie terrestre ici et partout, il a arpenté seul le territoire en répétant des slogans devant de maigres troupes déjà convaincues et pas en prenant à bras-le-corps de vrais objectifs comme la réconciliation villes-campagnes, les limites aux sociétés du contrôle, quoi faire pour rendre à l'argent son rôle d'outil et ouvrir la pensée de la qualité de vie...
Essayons alors de chausser des lunettes environnementales, au moins sur des questions de principe : avec un cadre de pensée pour définir des buts cohérents. Bis repetita placent, diront les quelques-unes et quelques-uns qui me suivent...
D’abord, nous nous sommes focalisés sur le national qui est juste une strate dans nos échelles allant du local au terrestre. Oui, il est temps de penser à revenir au local, à ce qui est directement visible autour de nous, sur lequel nous pouvons agir, mais avec une conscience régionale-nationale-continentale-terrestre. A chaque niveau, ses décisions adaptées. Pensons autrement la planète et nos vies. Visons une structuration stratifiée d'un ensemble unique-divers, avec des enjeux communs et une grande variété de solutions.
Soyons « terristes », c’est-à-dire défendons cette Terre unique dans sa biodiversité et sa culturodiversité, ici comme ailleurs.
L’autre aspect de cette vision environnementale est la philosophie de la relativité. Nous voulons partout croire dans un ping-pong idéologique pratique et faux avec des frontières absolues entre le Bien et le Mal, avec des mirages inexistants et dangereux appelés « Progrès » ou « Bonheur ». Cela n’a pas de sens comme d’ailleurs cela ne veut rien dire en observant la faune et la flore. Nous vivons des interactions, nous sommes interdépendants.
Alors, il faut constituer un Pacte commun évolutif, corriger sans cesse dans l’évolution les dangers et les menaces. Les humains sont expérimentaux. Toutes et tous attachés à des traditions et des réalisations et des paysages et voulant bouger. Partout, il est temps de faire des choix rétro-futuros : ce qu’on veut garder et préserver et là où on veut innover.
Tout cela a des conséquences tangibles et pratiques. Cela veut dire qu’il peut y avoir des solutions diverses suivant là où on habite ou là où on veut habiter (sur la longue durée ou temporairement). Et c’est bien cet apprentissage de la diversité qui doit être un des buts communs terrestres pour les humains.
Il concerne directement l’éducation du local au global et les médias. Tout le monde ne le souhaitent pas et beaucoup sont figés, arrêtés, monosémiques, voir intolérants ou hégémoniques. Il est temps de mettre en valeur la démarche scientifique expérimentale comme base de dialogue universel et pour l’éducation créer un label EDUCRITIC comme pour les médias avec un label PLURI. Tout cela a déjà été développé.
La question est désormais : comment diffuser ces analyses tout en refusant le clinquant de l’apparence, le poison du scandale ? Les idées ne valent rien si elles ne sont pas portées physiquement et résumées à des « punch line » de nos jours. L’efficience passe-t-elle uniquement par des organisations ou des vecteurs de masse ?
Le changement est urgent quand, entre guerre et vieilleries idéologiques, les mêmes concepts inopérants produisent les mêmes catastrophes. Ce n’est pas utopique. C’est concret. C’est adapté à ce qui nous arrive ici et partout.
Laurent Gervereau
(dernier ouvrage paru : Pour une conscience terriste avec Marc Dufumier chez Utopia)