Les humains n’écoutent
plus rien, hors hurlements. Il faut des catastrophes pour les mobiliser.
Pourtant parler GENERAL aux humains pour qu’elles et ils en tirent des
conséquences INDIVIDUELLES reste essentiel. Voyons large, voyons ici. Je ne
pense pas être seul parmi les Terriennes et Terriens à me penser terriste.
Sortir des nations,
sortir de l’assignation identitaire
Il faut probablement désormais parler aux humains. Au temps où chacune et chacun est balloté dans le news market de la guerre mondiale médiatique et au temps où cette espèce (humaine) s’est organisée géographiquement et mentalement par pays, le changement d’échelle devient indispensable.
Partout, les conservatismes en effet sont à l’œuvre, comme si un idéal du repli rétro pouvait permettre d’affronter les périls. Faudra-t-il de grandes catastrophes pour balayer des manières de s’organiser et de penser absurdes ?
Arrêtons de se cramponner au niveau « moyen » : les nations
Cela fait des années que j’explique nos réalités stratifiées. Nous vivons l’ubiquité partout : ici avec un univers mental occupé de tout ce que nous recevons par écran interposé. Donc, sauf à de rares endroits, le localisme autarcique a cessé. De plus, ce localisme subit les dérèglements climatiques, les pollutions, le consumérisme ou les conflits qui bouleversent toutes les manières de vivre.
Je suis sidéré de pays comme la France s’agrippant à l’illusion d’un centralisme étatique alors que le local est vidé de ses pouvoirs et que le planétaire n’est pas structuré durablement. Un fait divers et il faut que le président de la République intervienne. C’est ridicule et inopérant.
J’ai écrit sur la nécessité de faire de l’histoire stratifiée. Quand comprendrons-nous qu’il faut décider de façon stratifiée : à chaque niveau (local, régional, étatique, continental, planétaire) ses compétences et ses mécanismes de représentation politique ? Plutôt que d’en appeler sans cesse aux nations, niveau « moyen » contraint, le retour au local et l’organisation du global (dans un local-globalisme indispensable) semble seul opérant.
Je vis ici (même arrivé depuis peu) et je m’intéresse à ce qui m’entoure, à mon directement visible sur lequel je puis agir. Je subis inévitablement l’ailleurs et nous pesons collectivement sur les différentes strates de décision.
Politiquement, il est temps de porter cette vision structurelle locale-globale en arrêtant de se bercer d’illusions à l’écart des réalités. Et ce n’est pas –souvenons-nous des accusations jadis contre les « apatrides »-- un défaut d’attachement, mais un cumul d’attachements (locaux, nationaux, communautaires, terrestres…) Oui, je me sens Français --mais pas seulement.
Arrêtons de considérer les individus dans un marquage identitaire
L’autre aberration des manières de se comporter aujourd’hui, au-delà de cette crispation nationale (fruit juste d’une petite partie de l’Histoire), réside dans l’assignation identitaire. Elle est insupportable. Mon premier roman dans les années 1970 s’intitulait Défaut d’identité (première partie de la trilogie Humain planétaire). Nous vivons partout cependant avec des identités imbriquées. Certes, des traditions locales et d’autres venues d’ailleurs, des religions ou des idéologies ou des goûts ou des orientations sexuelles nous marquent. Mais un des effets de l’ère industrielle des médias de masse apparus au milieu du XIXe siècle avec l’ère du papier et culminant aujourd’hui dans un tout-écran devenant tout-virtuel, réside dans le fait de morceler les goûts et les convictions évolutifs.
Donc pourquoi vouloir des raidissements claniques et communautaires ou genrés ? Pourquoi classer par prétendue couleur de peau (je ne suis pas blanc, comme les Africains ne sont pas noirs et les Asiatiques pas jaunes) ou aspect physique ou profession ? Pour l’illusion d’un repli dogmatique rassurant de groupe qui évite de choisir individuellement ?
Cela risque d’être balayé au rythme de nos bouleversements sociaux et environnementaux. Seule une philosophie de la relativité (et pas du relativisme) permet la conjonction évolutive des attachements : Homo Relativus. Songeons par exemple que --parce qu'il y a un retour fort des croyances-- toutes les religions sont des constructions humaines qui ont une naissance et une histoire et des évolutions.
Alors, de même que la démarche scientifique suppose l’aspect expérimental et critique dans le mouvement, la diversité d’attitudes et de modes de vie (la culturodiversité) est à défendre dans un choix rétro-futuro : ce qu’on veut conserver ou rétablir et là où on veut innover. Ce choix rétro-futuro devient essentiel pour préserver les façons de s’organiser et de s’exprimer dans une solidarité collective vitale, ici et partout. Les grands défis du technicisme et du commerce au nom du « progrès » (notion à interroger en tous points) relèvent de ce choix nécessaire : tester, accepter, refuser, rechercher autre chose, opter pour des « régrès » (selon l’expression d’Elisée Reclus) dans des solutions locales et globales.
Je suis un singulier-pluriel qui change et agit avec une pensée nécessairement généraliste-spécialiste. Bref, ne me définissez pas. Et vivons face aux défis d’ici et d’ailleurs.
Pour une pensée locale-globale terriste
Pour conclure, il est temps de modifier le regard des humains sur leurs comportements et leurs organisations. Vivons à la bonne échelle, celle du directement visible et de l’indirectement visible. Notre seul intérêt est le parti de l’environnement dans lequel nous vivons sur cette planète unique (notre « natrie »). Un exemple, j'écrivais dans le journal Le Monde du 14 mai 2023 : " Il serait temps de rassembler les initiatives en créant un Groupement international d’études des pollutions (GIEP), qui devrait s’inspirer de la structure collaborative mise en place avec succès par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)." L'idée chemine (sans me citer d'ailleurs, comme toujours à notre époque de piratage généralisé).
Alors, plutôt que d’être juste des Terriennes et des Terriens, devenons terristes, défenseuses et défenseurs d’une biosphère exceptionnelle que la prolifération humaine avec des actions criminelles (des pollutions aux guerres, qui sont toujours des guerres civiles) détruit et modifie.
Cela m’engage moi dans mes choix. Cela nous engage collectivement, nous humains qui devons enfin nous occuper généralement du général, plutôt que de subir au jour-le-jour les conséquences directes et indirectes du n’importe quoi criminel de nos actes non décidés.