C'EST PAS LE MOMENT !

C’est pas le moment !

N’épiloguons pas sur les circonstances actuelles : bloc nationaliste mu par l’idéologie de l’exclusion, marais gestionnaire et bloc revival de la lutte des classes. L’écologie est une fois de plus le lapin disparu. Pourtant nos vies quotidiennes et les rapports internationaux subissent et subiront de facto les transformations environnementales.

Alors, il faut parler aux humains. Partir de la situation terrestre pour en déduire nos actes individuels et pas le contraire où tout le monde a raison individuellement et tord collectivement. Comprendre les transformations (et leurs effets) des dérèglements climatiques, des pollutions de l’air, de la terre, des eaux mais aussi des corps et des esprits dans une course technologique non pensée, non décidée qui risque en fait d’aboutir, face à la robotisation généralisée, à des morcellements communautaires (un sauve-qui-peut à la petite semaine).

Revenir au local en pensant terrestre

Ces pays auxquels beaucoup s’accrochent en pensant qu’ils les protègent, ne protègent en rien des catastrophes naturelles ou humaines. La France, agrippée à son centralisme inventé au temps des frondes, révèle la dangerosité d’un système qui fait perdre le pouvoir des communes –la strate du directement visible—, tout en subissant les transformations internationales. Pas de local-localisme, pas de guerres erratiques des hyper-puissances. Oui un fédéralisme planétaire doit organiser les agissements humains, stratifié du local au terrestre.

Et il faut commencer là, maintenant, concrètement, en comprenant ces réalités stratifiées partout : locales, régionales, continentales, planétaires. Pour ce faire, il importe d’abord de donner des pouvoirs au local pour avoir la capacité de s’organiser ici. Cela vaut pour les villages comme pour les micro-quartiers des mégalopoles (car les mégalopoles sont aussi des agrégats de réalités locales très différentes).

Ce pouvoir local doit être irrigué par des réflexions et des organisations à l’échelle des enjeux planétaires. C’est pas stratosphérique, c’est pragmatique. Toutes nos vies quotidiennes sont impactées par le climat, les pollutions, la virtualisation, les propagandes et publicités et les potentielles migrations massives consécutives aux changements des conditions de vie.

Depuis son origine, homo sapiens se balade. Les périls environnementaux comme politiques et économiques risquent de provoquer des migrations de proximité (avec, par exemple, des migrations urbaines ou géographiques sous la pression de la montée des eaux ou les désertifications) mais aussi des déplacements massifs qui ne seront pas arrêtables. Voilà pourquoi il faut repenser les pouvoirs locaux et l’organisation terrestre.

Ailleurs est en effet ici. Au temps de l’ubiquité permanente où tant d’humains vivent avec les représentations de là-bas qui en viennent à les marquer davantage que la vie de leur vision directe, au temps où la mise en scène de soi-même devient la seule manière de se faire connaître sous peine d’inexister, créer un Forum terriste, lieu de partages d’expériences, lieu de diffusion critique des travaux scientifiques, est urgent. Besoin d’idéal ? Oui, nous sommes Terriennes et Terriens mais il est temps de devenir terristes, défenseuses et défenseurs de notre planète unique : vivre nos singularités en pensant les intérêts communs humains dans l’environnement.

Penser la diversité des identités dans la diversité mutante des environnements

La dépossession est le grand enjeu aujourd’hui, sentiment de ne pas maîtriser son existence, de perdre ses repères. Alors se multiplient les raidissements : nationalistes, religieux, idéologiques, communautaires… L’état actuel de notre virtualisation en est le réceptacle. En 2000 j’écrivais Les Images qui mentent et en 2007 La Guerre mondiale médiatique. Tout cela est à l’œuvre entre les luttes d’influences, les volontés d’expansions culturelles et commerciales et tous ces points de fixation communautaires au nom d’un passé idéalisé.

C’est normal de ne plus s’y retrouver. Je crois qu’il faut instaurer une vraie philosophie de la relativité, c’est-à-dire la possibilité de choix éclairés conscients. Pas le relativisme, c’est-à-dire « tout vaut tout, donc faisons n’importe quoi ». Les humains oint le droit et l’envie de vivre différemment à Brooklyn, dans tel quartier de Bamako ou tel village creusois. Nous avons toutes et tous des parcours singuliers, et même si l’assignation identitaire galopante veut nous résumer, nos identités sont imbriquées. Alors, il faut arrêter de penser idéologiquement un Progrès uniforme dans le contrôle, dans l’uniformisation des modes pour défendre la biodiversité et la culturodiversité.

Voilà venu le temps du tri rétro-futuro. Partout, de façon évolutive, individuellement et collectivement, nous choisissons ce que nous voulons garder et ce que nous voulons changer. Permettre ici en sud-Corrèze de manger de la tête de veau, tout en vivant avec des personnes vegan, en accueillant des Sétois comme des Peuls. Pour ce faire, l’éducation doit partir d’ici pour comprendre l’histoire longue du territoire et les évolutions concrètes de son environnement. Une appropriation pas honteuse mais curieuse des sédimentations (et des spécificités de langues, gastronomies, habitats…).

Pour ce faire, il faut DEVIRT, penser la dévirtualisation, c’est-à-dire non pas la déconnexion totale (certaines et certains choisissent et choisiront l’autarcie, sans pour autant échapper aux périls globaux) mais les choix énergétiques, les connexions décidées, l’équilibre de la vision directe et indirecte... Pour ce faire, il faut accepter un langage commun : l’aspect expérimental et critique des recherches scientifiques. Pas du scientisme --une idéologie de la science--, mais comme pour les médias du local au terrestre, la confrontation des faits, de leur sélection et de leurs interprétations, seul moyen d’éviter les errements de l’intoxication des esprits.

Eh oui, c’est pas le moment ! Mais c’est essentiel !

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