L'image Obama (2)

En avant-première pour les visiteurs réguliers de ce site, notamment chinois, égyptiens et américains (merci aussi aux autres, partie 2) :

Le savoir est un enjeu. Une nouvelle mode aux Etats-Unis (et ailleurs) consiste à le stigmatiser comme néfaste. En effet, pour suivre des prescriptions, nul besoin de les questionner, d’enquêter, de comparer. La science (par exemple la théorie de l’évolution) devient ainsi un danger. Parallèlement, nous vivons clairement une crise de modèles : un faux égalitarisme aujourd’hui érige ainsi l’inculture comme objet de fascination. Tout cela ne se produit pas par hasard. Le rapport au savoir conditionne la vision de la société. Indispensable dans un cas pour effectuer des choix évolutifs conscients, il est néfaste dans un autre quand il s’agit de se conformer à des principes intangibles --religieux ou non, car il peut s’agir de multiplier les consommateurs passifs. Obama, à cet égard, incarne clairement l’homme issu d’un milieu hors establishment qui avance grâce à une intelligence brillante. Il réhabilite de fait le savoir et la réflexion, comme d’ailleurs l’art de l’éloquence, le verbe.

De plus --cela est souligné partout-- il est l’exemple même de nos identités imbriquées. Je puis être barcelonaise, juive, socialiste, mais espagnole aussi, passionnée d’échecs, végétarienne et adorant le Japon tout en pratiquant la samba, travaillant dans les assurances... Individus planétaires. Nous évoluons ainsi, suivant les moments (mes identités sont toutes fortes), dans un transculturalisme qui devient une école du goût, de la réflexion, de la fantaisie. Un au-delà du racisme. Un au-delà des culpabilités du XXe siècle (et d’avant). Un monde croisé. Alors, mon rapport physique et mental au monde me construit et construit le monde, parce qu’il bâtit des environnements immédiats différenciés. L’altérité est ma richesse.

Alors, Obama, le métis (descendant de Jefferson Davis et Cherokee et Kenyan d’un père musulman non religieux), ne va pas abolir le racisme. Il ne va pas abattre le capitalisme aveugle, le communautarisme autoritaire, l’intégrisme religieux, le nationalisme agressif. Mais il porte en lui les valeurs d’un monde nouveau. Saura-t-il triompher sans se renier ? Saura-t-il n’être pas qu’une image ? Saura-t-il ouvrir la voie d’une planète autre qui correspond à la vie « ubique » de milliards d’individus ?

Nous, les foules, aimons croire un peu. Un temps

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