J'ai eu Siné au téléphone, parce que je suis choqué de son éviction de Charlie-Hebdo. La censure préventive est quand même un signe des temps. Voilà un dessin de 1961, traduit dans une revue allemande, où un para propose de la viande de "musulman", "intellectuel" et "juif", en pleine guerre d'Algérie. Je n'ai pas toujours été d'accord avec Siné dans ses prises de position, mais c'est un grand dessinateur qui a, avec Bosc, lié politique et humour absurde à la fin des années cinquante, en bravant la censure. C'est le vrai père de Charlie. Aujourd'hui, une telle censure préventive vise, sous prétexte d'antisémitisme possible, à laisser attaquer les catholiques ou les musulmans, mais à interdire toute critique de juifs, de la religion juive ou de la politique de l'état d'Israël, quand des Israëliens eux-mêmes sont très sévères et la fameuse "communauté" juive en France constituée de personnes extrêmement variées dans leurs convictions, dont des antireligieux notoires et des anticapitalistes fougueux. Ca sent très mauvais tout cela. Avec deux risques patents : la propagation d'une censure larvée au nom des meilleurs sentiments (la France est bien plus liberticide que les Etats-Unis) dans tous les domaines, religieux ou politiques ; le retour d'un antisémitisme virulent ("Comment ? Les juifs seraient les seuls à ne pas pouvoir être critiqués ?") et la mort connexe de tout humour juif. Au secours Groucho !