Caradec passe

En 1956, je naissais et François Caradec publiait une biographie du père de la bande dessinée française : Christophe, préfacée par Raymond Queneau. Comme Noël Arnaud, son ami, François Caradec a toujours eu un goût sûr. C'était quelqu'un, au parcours sans compromission, l'exact envers des pipoles d'aujourd'hui. La télévision l'aura totalement oublié, alors qu'il aurait pu nous conduire musarder chez tant de personnages atypiques. Voilà vraiment le signe de l'échec patent de ce medium. Heureusement, la radio avait un peu ouvert ses micros.

Homme complet, Caradec n'est nullement un génie ombrageux ni un savant obsessionnel. Il est et restera pour ses proches celui qui a su choisir à toutes époques, dans une droite ligne à côté des chemins convenus. Pour moi, et pour longtemps, celui qui vint à la maison avec la merveilleuse Caroline et les Lefrère, pour se réchauffer autour d'un vieux whisky sur la butte, après avoir traversé tout Paris depuis Montsouris. Celui qui déboulait au Musée d'histoire contemporaine, enlevé par Noël et sa bouffarde, après quelques agapes et avant d'autres (et des nuits joyeuses). Caradec me parla aussi longuement chez lui des débuts du Collège de 'Pataphysique et de la pissotière en bas de son immeuble, fleurie et pleurée après son enlèvement.

Je ne pisserai plus sans penser à ce Monsieur occulté.

Post scriptum : un immense gag posthume involontaire, et qui en dit long, du journal Libération illustrant la nécrologie de Caradec par une photo de Noël Arnaud, créditée sur le côté du nom du photographe ayant pris le cliché de Caradec (Noël Arnaud). Tous deux auraient hurlé de rire de cette preuve ultime de l'inculture et de la crétinerie ambiantes. Ce ne serait certes pas arrivé à la nécro de Paris Hilton. Tout est dit.

← Tous les regards