Au Rêve : fermeture

2009 : Au Rêve est fermé. Eliette s'est enfuie. C'était le seul bar où je donnais des rendez-vous. Je suis triste, comme après la mort de Prévert ou de Péret. Cestac et Teulé évoquent ce lieu au pied de la statue de Steinlen dans leur poignante bande dessinée sur Charlie Schlingo, Je voudrais me suicider, mais j'ai pas le temps. J'avais rencontré Schlingo avec Choron mais ne me doutais pas de l'immense iceberg immergé. R. L. me signale que ce 89 rue Caulaincourt fut l'adresse de Jean-Pierre Duprey, poète surréaliste (Derrière son double), qui s'est pendu le 2 octobre 1959 à 29 ans, après avoir pissé sur la tombe du soldat inconnu pour protester contre la guerre d'Algérie (puis passé à tabac). Lourd 89...

Ca plombe. Le XXe siècle se referme. Eliette fatigait des bobos. Schlingo ne s'était nulle part senti à sa place. Duprey fit éclair.

Pendant ce temps --est-ce cela l'actualité ?-- ça défile et ça pérore à Davos. Certains veulent rafistoler un capitalisme fusillé par son échec moral et environnemental. D'autres, qui me font autant frémir, ne songent qu'à des bureaucraties injustes et des dictatures idéologiques. Le problème n'est pas le marché mais l'éthique des entreprises et la mobilisation des consommateurs.

Le Rêve est absurde, certes. Le Bonheur est une petite mort. L'Utopie doit réintroduire le mouvement, l'innovation. Et la poésie s'invente entre désespoir, rages, rires, plaisirs et éclairs. Salut Charlie. Salut Eliette. Salut Duprey.

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