Palmade malade, public barrique

Quelle idée m'a pris ? Hier, pour m'aérer, j'ai acheté à mi-prix au kiosque de la Madeleine un strapontin pour découvrir la dernière pièce de Pierre Palmade. C'est un peu banal, mais je me déplace soit pour m'emplir d'un spectacle ou une mise en scène qui m'intéresse, soit pour voir "à cru" des acteurs qui me touchent (Madeleine Renaud, Philippe Noiret, Christine Murillo, Michel Bouquet, Jacques Villeret, Muriel Robin, Roland Dubillard, Jacqueline Maillan, Laurent Terzieff...) Palmade, bizarrement, me semble sous-employé.

Dans un jeu schizophrénique très caractéristique des acteurs en général et des comiques en particulier, il met en scène ses angoisses et son alcoolisme dans sa dernière composition, très border-line. Il apparaît alors sur scène, maigre, hâve, la voix brouillée, parfait pour le rôle de vedette qui oublie ses nuits et subit ses jours. Jusqu'à ce que le rideau se ferme brutalement au bout de dix minutes, pour ne plus rouvrir. Les pompiers arrivent.

Je suis alors sidéré par l'attitude consommatrice, indifférente du public. Face à une personne qui montre/vit tripes à l'air, tout le monde rigole dans un grand brouhaha. Personne n'a l'idée simple de se mettre à sa place. On parle dîner, remboursement, redémarrage de la pièce. Comme au cirque romain, il faut que le comique crève sur scène dans un effet heureux.

A rebours --et sans tomber dans les larmoiements convenus sur l'angoisse de celles et ceux qui doivent faire rire tous les soirs--, voilà tout de même une leçon sur la versatilité et la cruauté des groupes. Vraiment --croyez-le-- pas un individu pour songer au drame intime d'un être humain perdu. Même ma compagne. Et la notoriété, suscitant envie, devient facteur d'indifférence aggravant.

Voilà pourquoi je me fais un point d'honneur à ne jamais me faire rembourser ce billet pour quelqu'un qui a donné, au-delà du possible, son âme d'un soir.

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