Les leurres de l'actualité

 

 

Jour après jour, JE NE RECONNAIS RIEN DANS CE QUE JE VOIS.

La télévision française de service public montre son décès total, en décalage absolu avec la société en marche : le théâtre y est monopolisé par deux individus (du théâtre privé d'ailleurs), Bernard Murat et Pierre Arditi ; un reliquat d'émission littéraire aligne les auteurs de best-sellers ; le dénommé Hondelatte reconstitue les crimes trashs du magazine Détective des années 1960, tandis que les chiens écrasés font la "une" du JT ; Michel Drucker mourra avec son public. 

Comme partout, la marque n'est pas le contenu. La multitude du médiocre noie tout. Ecran gris qui étouffe les rais de lumière. Plus tard, seule la lumière se verra.

Sinon, nous apprenions hier que la grippe "porcine" a fait mondialement 31 victimes. Le ratio entre chacune de ces personnes et leur surface médiatique les fait égaler Paris Hilton. Alors que tant d'autres meurent dans l'indifférence.

La vente des nouvelles, leur surabondance et la concurrence des médias pour surajouter aux mêmes arguments, favorise les leurres d'information. Il faut boucher les trous et renouveler. La crise, ça fatigue et ça déprime. Alors, il existe des leurres mondiaux (la grippe) et des leurres locaux (François Bayrou), des bouche-trous faciles (Madonna ou le conflit israëlo-palestinien) et des trous noirs (le Congo).

Le réel ? Désormais, les sociétés se clivent en confortunés --confortables et fortunés-- et en précaires. Comme nos petits confortunés n'ont de cesse de ne rien changer et que les précaires (tous ceux qui tirent la langue financièrement même avec emploi ou pension) ne savent pas trop à quel vieux marxisme se vouer, tout le monde évacue les révolutions mentales nécessaires sur son mode de vie et sur l'organisation planétaire.

Deux pistes évidentes pourtant, immédiates : opter pour une consommation privilégiant le proche, le propre, le durable ; bâtir des entreprises éthiques, donc plus efficaces. Plus compliqué, mais possible sous la pression des opinions publiques : organiser une moralisation des échanges pour une économie de marchés globaux et de micro-marchés qui respectent les diversités et les encouragent, sans protectionnisme d'un côté, sans uniformisation étouffante et nivelante de l'autre ; un effort d'éducations plurielles, dès le plus jeune âge, seul moyen de valoriser les savoirs, d'instaurer l'exigence et de bâtir des individus aptes à choisir. Monde solidaire par intérêt personnel et collectif, monde relatif.

Ne nous cachons pas cependant les germes d'oppositions violentes entre les tenants de l'accumulation et ceux de l'échange, entre les excès concurrents des communautarismes fermés et ceux de l'asservissement général à un monde normalisé. Le combat des clones et des divers (comme je l'ai montré dans transplanet).

Mais, pour l'heure, les hurlements et le clinquant ciblent tout, sauf l'essentiel. Rafistolons vite, vite. Propageons l'ignorance et la bêtise pour mieux manipuler des masses de consommateurs passifs, décervelés. Et les leurres grippaux sont pratiques pour terroriser les maisons de retraites ou les bidonvilles. Sociétés du contrôle.

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