Quand on revient asphyxié de cette immense poubelle polluée qu'est devenue l'Inde, on mesure l'urgence absolue d'arrêter les emballages plastiques, le crime multiple de la déforestation et le pétrole comme carburant. On tombe pourtant sur un hôpital de vaccination de masse pour un danger putatif (il faut écouler le stock de vaccins) et une psychanalyse collective sur l'identité nationale : décidément, notre grande maison de retraite va mal.
J'ai survécu à des milliers de kilomètres, à des soirs âcres de fumée et navigué sur la mer d'Oman, cloaque infâme : partout, le même constat. Alors, à l'heure de Copenhague, de la gesticulation tous azimuts et de l'écologie religieuse, le réchauffement climatique forme un des aspects des crises diverses à l'oeuvre, dont la moindre n'est pas l'acculturation de populations entières.
Certains de mes amis s'énervent de ce tsunami de bons sentiments intéressés. A juste titre. Mais ne faisons pas la fine bouche : si le climat incite à traiter d'autres questions de fond, tant mieux. Ainsi, le replâtrage hâtif d'un capitalisme financier infect, multipliant dans l'irréel les disparités, ne peut dissimuler la nécessité de refonder le vivre en commun, en prenant des exemples partout et en permettant des évolutions différenciées (abolir le diktat du modèle unique, évoluer toujours mais dans la variété des choix). De même, les saccages matériels et mentaux sur la planète sont si immenses et patents que seuls des salauds ou des crétins peuvent persister à nier la nécessité d'intervention immédiate.
Il faut en effet ne pas sortir de leurs lieux préservés pour rejeter l'idée d'une absolue urgence à organiser le travail autrement, les entreprises, les échanges locaux et globaux, et de fixer une priorité cardinale à l'impact environnemental. Salir la terre, la mer, mais salir les hommes aussi. L'environnement est un tout : écologie culturelle.
Ne soyons pas touristes, voyageons. Et changeons nos têtes.
Bientôt un nouveau livre en ligne, une expo photo et l'annonce de cinq longs-métrages. Ouf.