[écrit à "chaud" le 14 janvier 2010, cet article d'humeur a plutôt été confirmé par les faits]
Ouvrons les perspectives. Permettons de vrais débats. D'accord ou pas d'accord, voilà un regard pluro-futuro à citer, à diffuser :
Haïti, comme toutes les catastrophes à venir (et passées, tel le tremblement de terre en Algérie où j'étais en 2003), ne peut que susciter de l'émotion et de l'empathie pour une population tellement accablée par des épreuves successives.
C'est dit et c'est beaucoup. Du point de vue de l'information, nous savons que les journalistes vont arriver en retard. Ils n'auront rien à nous apprendre sinon radoter sur les souffrances et hurler à chaque réplique pour maintenir le suspens, susciter le lacrimal et la colère, attendre des émeutes et des pillages. Ils lutteront contre la sagesse immémoriale des peuples, celle qui rejoint le constat scientifique : la catastrophe est aussi plausible que la non-catastrophe. Disons-le, qu'ils restent chez eux, cela fera des économies et imposera une règle de décence face à la compétition et aux surenchères du news market.
Du côté des organisations internationales, nul doute que leurs interventions sont nécessaires, car tout manque et tout est déstructuré. Mais nous allons assister à un ballet politique où chacun vient se montrer sans grande cohérence pour étaler son logo dans une surenchère indécente et inefficace. Il vaudrait mieux que l'ONU (ou autre organisme plus opérationnel) analyse vite les besoins d'urgence, puis ceux sur le long terme. Ensuite, les organisations les mieux adaptées seraient associés en fonction de cette analyse. Les autres resteraient chez elles.
Enfin, de quoi pourraient nous parler les médias ? Probablement de l'histoire longue d'Haïti, pas comme un pis-aller au manque de matière du sensationnalisme. Oui (voir le "regard" précédent), nous avons besoin d'histoire, d'une histoire du local au global, d'une histoire qui nous explique nos liens avec Haïti.
Les médias pourraient aussi nous parler du futur, de l'après désolation, de la réorganisation nécessaire pour que ce pays puisse disposer d'une économie autre qu'assistée-détournée par prévarication, pour saisir les questions écologiques à bras le corps, pour permettre la vie et le rayonnement d'intellectuels et d'artistes auxquels seul souvent l'exil devient le moyen de la survie.
Il n'existe pas de malédiction haïtienne.
Cependant, je détesterais qu'une telle réflexion aboutisse à une condamnation banale des médias, de l'aide internationale ou de l'écologie. Précisons alors les vrais combats à mener : pas de polarisation médiatique mais défense de la diversité médiatique, pas d'hystérie de l'écologisme mais une écologie critique, pas de religion caritative mais des aides pragmatiques évaluées.
Et puis, en ces moments, je pense à Hervé Télémaque.