Ouvrons les perspectives. Permettons de vrais débats. D'accord ou pas d'accord, voilà un regard pluro-futuro à citer, à diffuser :
Quand nous voulons raisonner sur une question délicate, souvent seule la méthode comparative parvient à nous éclairer. C'est par la comparaison que nous remettons les choses à leur place ou grâce à la mise en évidence du principe dans sa nudité (par exemple, le principe d'inégalité des chances absolu que recèle l'héritage).
Pour le piège mental que constitue la burqa, il en est de même. On peut en effet partir d'une règle simple qui est celle de la liberté individuelle et militer pour foutre la paix à ces femmes --d'autant plus si elles sont marginales-- au nom de la défense de la diversité. On peut également considérer que cette liberté est un prosélytisme de fait pour une pratique qui contrevient aux moeurs communes européennes et à la façon dont les femmes sont considérées sur ce continent dans notre pacte tacite du vivre-en-commun.
Voilà pourquoi je propose de créer un nouveau mouvement (une foi ?) : les ZZ, les "Zélateurs de Zorro" qui se promènent toujours en dehors de chez eux dans leur tenue masquée favorite de redresseurs de torts. Passé le rire éventuel (insulte pourtant à leur croyance en Zorro --bientôt réprimé par la loi ?) et l'étonnement, ne se feraient-ils pas arrêter en France par la police et interdire de toute démarche officielle ? En Arabie saoudite, leur sort risquerait d'être pire pour finir par croupir dans des geôles.
Cela veut-il dire que les femmes masquées soient aussi persécutées que les ZZ ? Non, puisqu'elles peuvent circuler sans difficulté dans nombre de pays à majorité musulmane, alors qu'il faudrait de longs combats pour que les ZZ aient facilement droit de cité déjà chez nous.
Cela nous conduit à penser une planète relative où les habitudes sociales et les vêtements ne soient pas partout les mêmes, qui ne s'uniformise pas. Cette planète devrait fonctionner --je l'ai écrit-- sur un pacte moral minimal évolutif (par exemple l'interdiction générale de patiques cruelles comme l'excision) et des variantes locales (à condition qu'elles ne soient pas imposées à toutes et tous). Dans ce sens, si chacun s'habille comme il veut chez soi ou dans des lieux de culte, c'est à dire dans des espaces privés, il peut être concevable d\'interdire la burqa et les tenues de Zorro dans la rue et les administrations en France ou en Europe.
Alors, au Nouvel An, battus par les vents des îles bretonnes, repus et au chaud, riant avec Medi et Alexandra, le dessinateur Willem et moi-même avons joué aux justiciers masqués, dans un incognito gagné parce que personne ne se doutait que nous portions notre burqa.
Conséquence adjacente, le champagne a fait exploser pour des semaines tous les barêmes rationnels de mes analyses, tandis que je pense maintenant à chaque instant à mon amie Laurence Bertrand Dorléac qui vit l'horreur.