Il faut rire. Alors, nous rions. Trois colosses façon première ligne de rugby, comme dit Erro. Mais Erro est fatigué. Comment exprimer l'affection que nous lui portons --homme admirable et généreux-- mon ami Hans-Joachim Neyer, qui monta la grande exposition itinérante de Hanovre, et moi-même ?
Allez massivement voir l'extraordinaire donation de collages faite au Centre Pompidou, subtilement choisie par Christian Briend. Ce sont ces collages réalisés dans une fièvre automatique qui sont au coeur de la création de cet immense artiste, souverainement indépendant, et qui a compris avant les autres l'absurdité de la guerre froide et le vertige de la circulation planétaire des images.
J'ai failli, durant un vernissage bondé, faire un grave incident diplomatique. En effet, d'un seul coup, une espèce de criquet agité me bouscule violemment, à tel point que j'ai failli écraser l'insecte contre le mur en réaction de défense. Quelle ne fut pas ma surprise quand je m'aperçus qu'il s'agissait d'une autorité locale... Les temps sont médiocres.
L'exposition aurait décemment mérité le double de place pour faire respirer les oeuvres. Quand un établissement reçoit un pareil ensemble d'un créateur aussi important, cela s'imposait. L'ouvrage, en revanche, est très bien conçu (pas juste parce que j'y ai commis un article).
Et, avec Jean-Jacques (Lebel), qui était probablement le visiteur le plus légitime dans ce brouhaha, parce que c'est lui qui a accueilli Erro à son arrivée à Paris il y a cinquante ans pour lui faire découvrir "celles et ceux qui bougeaient", nous avons devisé. En pensant d'abord à notre amie Laurence, dont le drame ne nous quitte pas. En observant banalement ces pingouins occupés de tout sauf des oeuvres, récupérateurs imbéciles de succès dont ils ne comprennent rien. En étant jubilatoires devant la fulgurance prometteuse des collages les plus anciens.
Erro, pudique et volontaire, nous t'aimons et t'admirons profondément.