Se sigler ? Cinglé ?

Aaaaaaaaaaaaaaarbroup de mille brouettes. Chacun a sa petite marque de fabrique. Faut se sigler. Oui, c’est cinglé la course aux étiquettes. Moi, je n’achète pas ou je découpe, je porte les sacs à l’envers : devenir un porteur de pub gratos, propagateur, non mais ! De même, quand chaque artiste ou politique cherche et choisit un créneau, un combat, une litanie, j’ai évité d’être Monsieur Images ou Monsieur Relativité ou Monsieur Ecologie culturelle (Ecologie critique aussi). Bref, en multipliant les concepts et en intervenant sur divers fronts, je suis parvenu à suffisamment brouiller mon image publique pour échapper aux répétitions bêlantes face aux médias. Ouf. Je suis pluriel, comme vous.

 

Et pourtant, à l’occasion de la sortie d’un coffret avec les cinq longs-métrages réalisés cette année, revoilou la question d’un sigle posée. Elle l’était déjà avec le signe placé clignotant sur le site gervereau.com. Des internautes de différents continents voulaient un petit logo pour exprimer cette pluralité (jusque sur les t-shirts ?). Etait-ce bien raisonnable ? Nous n’allons surtout pas commencer une secte (chose que je hais par-dessus tout). Il vaudrait mieux d’ailleurs des logos, des variantes où chacun pourrait improviser et exprimer son tempérament, même son humeur –et changer.

 

Alors, j’ai inventé un nom amusant et simple « pluro-futuro», compréhensible assez largement et qui forme une sorte d’esperanto rigolo. Il manifeste cette volonté profonde de diversifier la diversité planétaire dans une perspective résolument évolutionniste, sans illusions mais sans répit, en triant dans l’ancien, le nouveau, le proche, le lointain, et en changeant (disons : rétro-futuro et local-global). Pas de perfection, pas d’arrêt de l’histoire et pas de norme. Cela veut dire des êtres multiples, des choix individuels de personnes éclairées (par l'éducation et la curiosité à tout âge), des économies diversifiées, des organisations sociales variées, des éthiques d'entreprises et des consommations durables, le refus des barrières figées entre travail et loisirs, avec la compréhension d'un destin commun de l'humanité et la mise en place de règles minimales acceptées partout.

 

Pour l’exprimer, j’ai repris l’étoile multidirectionnelle et placé en dessous un poisson des abysses. Le monstre des profondeurs constitue la métaphore visuelle des passagers clandestins de tous les continents que nous sommes, des obscurs qui s’obstinent, avec une forme drôle de biodiversité. Cela dit, à chacune et à chacun d’y mettre ce qu’elle ou il souhaite. Et de permuter. Cyril Stern m’a fait l’amitié d’interpréter l’image avec un positif-négatif assez taoïste, qui exprime bien la relativité. 

Ainsi, les pluros-futuros joueront au club des quelques-uns pour être au rendez-vous de personne, ils seront des sans-filistes insolents, des Yaos paisibles, des renégats à la société normée. Et nous allons nous amuser, tout en bougeant les lignes et en n’acceptant jamais l’inacceptable banalisé.

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