J'ai décidé cette année de m'amuser à lancer des idées multiples avec des slogans en "o". C'est rigolo, c'est esperanto (pour se comprendre dans beaucoup de langues), c'est pluro-futuro (pour remettre en marche la machine à imaginer et bouger notre monde).
Quand j'écrivais en 2007 sur l'écologie culturelle, il ne s'agissait pas seulement de lutter contre la normalisation planétaire destructrice de toutes les différences pour des consommations de masse indifférenciées. Il s'agissait aussi de faire le lien indispensable entre le souci de la flore et de la faune avec les questions sociales (rassurez-vous, je ne suis ni le premier, ni le seul dans ce domaine). Pas de rupture entre les évolutionnistes de la croissance et les rétros de la décroissance : la nécessité de croissances diversifiées, d'évolutions plurielles. Tout cela s'accompagnera d'attitudes isolationnistes figées mais aussi de "décrocheuses/rs" refusant la drogue de l'accumulation compulsive d'argent ou de biens, le cirque médiatique, sans pour autant négliger les plaisirs, le mouvement, l'expérimentation.
Aujourd'hui, tout le monde commence à intégrer le fait que l'environnement est une globalité, liant des périls globaux avec des devenirs très locaux. Ce local-global (localo-globalo ?) indique que la manière dont est réalisé l'habitat, l'architecture ou les organisations sociales et économiques est aussi importante que les environnements naturels. Le socio-enviro (ou socio-écolo) dépasse alors tous les clivages politiques, car il concerne plus de 80% de la population planétaire. Et même les 5% qui ont le pouvoir et la richesse apparentes ont-ils véritablement intérêt à perpétuer l'auto-destruction ? L'accumulation de l'argent et les disparités dans des entreprises non éthiques, produisant de surcroît des pollutions planétaires, sont-ils des bienfaits économiques durables ?
Le retour puissant au local qui s'annonce ne peut donc être une fermeture, car les enjeux communs sont devenus trop importants. En revanche, ils consacreront les deux nécessités prioritaires partout : la qualité de l'environnement alliée à la qualité du vivre-en-commun. Nous seront toutes et tous bientôt "socio-enviro".
post-scriptum : un artiste taïwanais de "Bio-Art" vient de s'inscrire sur Twitter pour suivre l'actualité de gervereau.com. Il me souvient alors que je proposais aux autorités du Centre Pompidou en 2005 une exposition sur "Eco-Art" ou "Bio-Art" pour s'interroger sur existence et frontières de cette notion. Je n'eus jamais aucune réponse. La même chose d'ailleurs m'arriva avec un travail proposé sur l'histoire mondiale du visuel au Louvre (comme pour mes 4 ou 5 projets d'émissions télévisées autour des images). Cela n'empêche nullement des récupérations sans vergogne, quand la déchéance médiatique érige la coutume du vol intellectuel sans citation en règle, poussant d'ailleurs les scientifiques à agir de même : une cacophonie du choc d'egos pillards dans la bourse du news market.
Tout cela n'est pas seulement pour ironiser sur l'aspect visionnaire et sans scrupule des institutions françaises, mais plutôt pour insister sur la nouvelle mode --que je n'applique jamais-- du silence, de la non-réponse. On ne pratique même plus comme avec les lettres standards des éditeurs, on se défile, telles les opaques commissions paritaires de nos administrations ne justifiant jamais aucune de leurs magouilles. Le règne de l'hypocrisie, où chacun pense y gagner un petit avantage, caractérise véritablement ce pays d'héritiers dans lequel l'injustice est devenue une règle tacite.