La
fin du modèle américain
Les
humains ont-ils besoin d’avoir des modèles ? Sûrement, car il en fut de
divers et certains utiles. La Révolution française a débouché au XIXe et au XXe siècles vers des modèles républicains forgeant des nations. L’aspect national
balançait avec une volonté universaliste et –au nom du « Progrès »--
se sont développées des entreprises coloniales cherchant à apporter la
« civilisation » niant toute Histoire et toutes civilisations aux
peuples colonisés.
A
partir de 1917 et l’entrée des Etats-Unis dans la guerre civile européenne,
choc de fiertés nationales, le modèle « états-unien » appelé
« américain » s’est déversé autant par les produits manufacturés que
par le cinéma ou la musique. La puissance de cette American Way of Life s’est
redoublée après la Deuxième Guerre mondiale sur une planète de guerre froide
bipolaire. Les Etats-Unis ont propagé produits et tendances sous la marque de
fabrique de la Liberté avec une puissance particulière qui fut celle des
contestations internes, des contre-cultures devenant modes planétaires. Mais
les Etats-Unis –pays d’immigrés multiple-- ne semblent plus en rien voix de la
pluralité quand la course productiviste et techniciste est en cause pour ses
effets et ses intoxications individuelles et que la philosophie de la
relativité conduit à prendre en compte la culturodiversité d’individus sur tous
les continents aux identités fluctuantes, imbriquées, ayant des attaches
précieuses et des fantaisies.
Aujourd’hui,
Donald Trump fait-il modèle d’un backlash ou n’est-il qu’un épiphénomène,
histrion véreux saturant l’espace médiatique ? Son cas est grave car il
apparaît comme leader des « retardeurs criminels », ces
personnages autoritaires organisant des guerres matérielles, médiatiques,
commerciales pour conforter leur pouvoir et des intérêts à court terme en
ignorant les périls environnementaux qui nous guettent. Des leurres visibles
destructeurs.
Alors,
nouvelle année, nouvelles pensées ?
Développer un fédéralisme planétaire
terriste
Face
à ces réalités dont beaucoup conviennent --même dans les pays des retardeurs
criminels--, que faire ? Il semble que les humains –car c’est à l’espèce
dans son ensemble et ses singularités qu’il faut parler désormais– ont perdu
toute lucidité et tout but collectif. Le cynisme de l’accumulation de l’argent
sans but et le technicisme illusoire de solutions matérielles généralisées dans
le contrôle des individus ne rassurent en rien.
Ici
en Europe, le désengagement des Etats-Unis nous laisse face à un despote russe qui
s’est construit une survie dans la mobilisation guerrière perpétuelle.
Ailleurs, les volontés de contrôles nationaux balancent avec la diffusion des
produits et l’ubiquité des personnes pour lesquelles la vision indirecte par
écran interposé prime par rapport à la vision directe. Tout cela ne marche pas
et provoque dysfonctionnements et insatisfactions chroniques. Alors beaucoup
croient que bâtir des frontières va permettre de défendre leurs modes de vie,
quand les frontières ne pourront rien contre les migrations internes à la suite
des dérèglements climatiques ni face aux mouvements massifs de populations, ni
en ce qui concerne les pollutions et les dépendances technicistes asservissant
les individus.
Oui,
nous sommes dans une crise de modèles. Nous le sommes car personne n’ose
affirmer politiquement des choses simples : nous vivons dans la même
barque, celle de notre environnement terrestre ; nous nous accrochons à
des pays quand nos réalités sont stratifiées du local au global.
Bousculons
le paysage politique en proclamant que nous ne voulons pas être juste
Terriennes et Terriens (habitants de la planète Terre), mais Terristes,
défenseuses et défenseurs de cette planète unique, notre environnement commun. DEFINISSONS
DES BUTS. Rassemblons les études scientifiques –ces sciences critiques et
expérimentales sont le seul langage commun possible pour nous autres humains --
sur nos conditions de vie pour fixer les objectifs (c’est ce que font depuis
des années les rassemblements internationaux imparfaits mais qu’il faut
développer).
Cela
signifie parallèlement prendre conscience de nos réalités quotidiennes qui sont
absurdement nationales alors que, de fait, elles sont locales, régionales,
nationales, continentales et terrestres. Alors, il importe de défendre un
fédéralisme planétaire : à chaque strate ses capacités de décision. La
dépossession des individus, leur esclavage moderne, vient du fait que tout est
centralisé « moyen » dans des Etats débordés par des empires
économiques, quand chaque strate devrait avoir sa capacité de décision en
développant les pouvoir locaux et la gouvernance fédérée continentale et
planétaire.
Faut-il
attendre des catastrophes pour agir ? L’Europe doit sortir de ses
complexes et la France de sa congestion centralisée.
Commencer ici, localement,
et faire modèle
Le
désespoir à la petite semaine prolifère grâce à l’impression d’impuissance. Ce
foutoir mental produit quoi ? L’illusion d’une fermeture des frontières et
d’un retour à un passé totalement fantasmé. Or nous pouvons agir localement
partout et nous pouvons peser terrestrement.
Aujourd’hui,
ici en Europe, nous sommes encore libres de résister aux virus autoritaires et
aux fléaux d’une cupidité cynique obsessionnelle destructrice. Face à des
propositions politiques inopérantes ou dangereuses, il faut donc construire une
offre fédérée terriste de défense de notre environnement commun du local au
global. Un fédéralisme européen dans un projet combinant la défense
environnementale concertée et évolutive avec une organisation économique
permettant des réalités diversifiées dans un tri rétro-futuro évolutif.
Cela
veut dire quoi ? Nous sommes embarquées et embarqués dans une drogue
technologique au nom du « Progrès » qui normalise les individus (il
n’est plus de vie privée, quand nous vivons l’ubiquité permanente) et multiplie
la dépendance technologique pour les hyper-profits de quelques-uns. Le tri
rétro-futuro évolutif, c’est, à tous les niveaux stratifiés de décision,
choisir ce qu’on veut conserver, là où il faut innover, ce qu’on veut rétablir,
ce qu’on veut supprimer. Bref, en pouvant changer, décider à chaque étage de
ses modes vie.
Nous
ne vivons pas à New York comme dans un village de Creuse et nous ne voulons pas
vivre de la même manière. Et New York n’est pas un « bloc » mais des
micro-quartiers comme il existe des hameaux différents dans les villages. Le
sentiment de dépossession vient de la normalisation autoritaire et du
tout-technologique, dont on n’a demandé à personne s’il en voulait vraiment
dans tous les domaines. Les entreprises peuvent élaborer un label ENVET,
d’éthique interne et de préoccupations environnementales : la vertu
vérifiée peut être un argument commercial, la vertu peut être elle aussi virale.
Ici,
en France, nous allons avoir une élection présidentielle avec plus de candidats
que d’idées. S’obnubiler encore de sécurité et d’immigration ? La sécurité
est nécessaire, mais aussi pour l’empoisonnement de l’environnement ou de la
nourriture. L’« envahissement » est une notion relative dans un pays
d’une extraordinaire diversité de populations historique et où nous devons
choisir ici et partout de façon évolutive nos modes de vie --sans subir
d’ailleurs des consommations addictives. Et ces hantises martelées à coups de
faits divers n’empêcheront pas de subir dérèglements climatiques, pollutions,
asservissements cognitifs par écrans interposés et migrations d’abord internes.
Il
est temps donc de soulever les questions essentielles en parlant des buts, de
notre constitution, de la façon dont nous pouvons construire une éthique
profitable à toutes et tous et qui risque de se répandre par la base sur la
planète car personne ne souhaite foncer dans l’horreur destructrice, nulle
part.