Nous autres, êtres humains, sommes Terriens, c’est-à-dire
habitantes et habitants d’une planète que nous avons nommée Terre suivant une
étymologie latine –et d’autres façons dans d’autres civilisations. Nous
participons à un environnement global que nous ne subissons pas seulement mais
sur lequel –fait récent dans l’histoire—nous agissons. La question du
réchauffement climatique provoqué par l’action humaine est sous les feux de
l’actualité mais les pollutions de l’air, de l’eau et de la terre ne sont pas
moins graves. Par ailleurs, on ne peut nier que notre espèce est proliférante.
Il ne suffit donc plus d’être humaniste ou naturophile mais il importe
désormais d’adopter une attitude « terriste » : défendre notre
planète en défendant sa biodiversité et sa culturodiversité exceptionnelles –au
sens propre d’exception dans l’univers. Aux destructions naturelles se sont
pourtant ajoutés les génocides culturels dans une uniformisation consumériste
des comportements : tout le monde pareil pour consommer de façon addictive
des productions de masse.
Réagir en étant terriste, c’est affirmer un
volontarisme : une défense environnementale globale. Et balayons tout de
suite au passage la peur d’une proximité du mot « terriste » avec
« terroriste » en affirmant que le terrisme est évidemment aux
antipodes du terrorisme, des techniques de la « Terreur », et que le
souci pacifique de la Terre bannit la violence du terrorisme et sa stupidité
contre-productive (Guy Debord avait déjà démontré cela au sujet des Brigades
rouges italiennes).
Mais comment agir ?
Le retour au local dans
une connexion globale
Le retour au local est essentiel. Dans un temps où l’ubiquité
nous occupe par écran interposé, il faut se soucier de la vision directe,
autour de nous, avant la vision indirecte. Ce retour au local, aux circuits
courts, de décision au plus proche, n’est pas une mise en avant d’un
« localisme » qui serait un émiettement général pouvant aboutir à des
affrontements d’égoïsmes concurrents. De surcroit, comment vivre ici en
ignorant de grandes évolutions planétaires, notamment climatiques, qui passent
les frontières et ont des conséquences directes sur la vie ici ?
La dimension nécessaire aujourd’hui est donc clairement
locale-globale : s’occuper de son univers directement visible mais avec un
souci global. Voilà pourquoi, dans tous les domaines, il importe de sortir
d’une pensée pyramidale pour concevoir les choses de façon stratifiée avec des
niveaux de décision stratifiés : locaux-régionaux-nationaux-continentaux
et terriens.
La pensée nationale est morte. Elle a soudé des projets
collectifs passionnants ou criminels. Elle doit faire place à une dimension
clairement locale-globale, qui sont les deux dimensions où nous pouvons agir
efficacement. Cela se fait déjà au niveau local. En revanche, constatons qu’il
manque une dimension globale. Malgré l’ONU ou la Déclaration universelle des
droits de l’homme, il n’existe pas un consentement autour d’un Pacte commun
évolutif concernant l’ensemble des comportements dans leur environnement et qui
induirait une justice et une police planétaires. Les peuples, et notamment les
jeunes, poussent, mais il est temps de formaliser. Etre terriste c’est exiger
de soi, des autres.
Etre terriste c’est aussi défendre les savoirs, car comment
décider de façon lucide sans éléments de connaissance, et comment avoir des
éléments de connaissance sans sciences et éducation. L’obscurantisme gagne du
terrain partout quand le mot « culture » suscite mépris et haine et
quand des religions contestent les faits et les recherches. La guerre des
« fake news » a commencé de très longue date car les pré-propagandes
ont jalonné l’histoire humaine.
Défendre l’ici et
l’ailleurs dans l’évolution
Pour accepter un Pacte commun planétaire, il faut être au
clair sur les questions de diversité bioculturelle. L’environnement de notre
planète est caractérisé par l’évolution. Cette planète n’a jamais été figée et
elle ne le sera jamais. Il faut donc bannir l’idée d’une « nature »
(mot inexistant dans de nombreuses langues) à garder dans un bocal. Nature et
culture s’interpénètrent. Non, ce qui importe est d’arrêter les destructions et
altérations massives du vivant par les actions humaines.
D’autre part, être terriste consiste aussi à défendre la
culturodiversité, la diversité de conceptions du monde dans la tolérance pour
l’altérité. Voilà le grand danger aujourd’hui qui apparaît de deux
façons : l’uniformisation par la norme des comportements ; les idéologies
--religieuses ou non-- qui veulent s’imposer partout de façon autoritaire en
excluant autrui. Une philosophie de la relativité doit s’imposer pour défendre
la tolérance et l’expérimentation.
Partout, c’est bien un tri rétro-futuro qui doit
s’opérer : réfléchir à son histoire locale et choisir ce qu’on veut garder
et défendre et là où on veut innover. Ce tri s’opère au niveau individuel comme
au niveau collectif. C’est là où l’histoire environnementale doit se développer
formidablement pour apporter des éléments de connaissance. Elle obligera
d’ailleurs à reconsidérer de façon salutaire l’histoire globale sous d’autres
critères.
Etre terriste est donc le défi qui nous attend. En 1970, a eu
lieu le passage de l’écologie scientifique à une écologie politique qui fut
visionnaire mais inefficace car peu écoutée. Aujourd’hui, notre dimension
locale-globale doit s’affirmer pour s’atteler à ce qui devrait nous importer
prioritairement ici et partout.