30 · 12 · 2009

! relativo 2010 relativo !

En novembre, je sortais de Tombouctou pour plonger dans les dunes du Sahara en guettant les caravanes au soleil couchant. Fin décembre, je hante nuitamment le cimetière de Pont-l'Abbé-d'Arnoult (pays des mojettes en Charente) et m'éblouis au mot de "TEMBOCTOU" sur la stèle de René Caillié.

Nous entrons dans une année "relativo", une année du local-global, une année où il va enfin falloir que les médias généraux brisent leur banquise et rendent compte de tout ce qui émerge. Pensée relativo, philosophie du relatif. Partout, des expressions variées apparaissent qui se sont emparées des techniques nouvelles. Avec les "0" de cette année à mammelons, allons donc nous amuser à lancer des mots rollers, des mots motos, des mots culbuto : rétro-futuro, singulo-pluro, ecolo critico, cinema-espresso...

Relativo, relativo, faisons foisonner les idées, au diable les slogans uniques au temps des spectateurs-acteurs partout : comparatisme, histoire stratifiée, évolutions diversifiées, identités imbriquées. Bientôt, nous irons à Tombouctou sur la tombe d'un Peul amateur de mojettes, chroniqueur en ligne de Pont-l'Abbé-d'Arnoult.

Post scriptum. On pourrait probablement appeler la trilogie de livres mis en ligne (Vers une écologie culturelleUn monde micro-macro ; Renverser le monde ) : Ici et partout. Trois étapes d'écologie critique pour planète mutante. Elle explique l'environnement au sens large, nos évolutions perpétuelles et le refus d'une norme, fût-elle idéale. Pas de planète globalisée, une planète relative, à la fois diverse et solidaire.

17 · 12 · 2009

écologie critique, critique de l'écologisme

L'écologisme bêlant est insupportable. J'ai insisté sur la nécessité d'une écologie culturelle, c'est-à-dire sur le fait de prendre en compte les individus et les cultures dans ce qui est aujourd'hui broyé par une machine de production de masse mondiale et pas seulement les dérèglements climatiques ou les pollutions et éradications concernant la faune, la flore, l'air, l'eau, la terre. Pensée d'ensemble permettant la reconstruction d'un vivre-en-commun fondé sur la diversification de la diversité à travers une philosophie de la relativité.

We are millions. Say you are plural. We understand a moving world, we need relativity and critical ecology !

Il faut maintenant insister aussi sur une écologie critique. L'impératif environnemental demeure fondamental (il suffit de voyager pour le constater). Ce n'est dons pas une critique de l'écologie qui importe --plutôt sa défense partout-- mais un refus de l'écologisme, de la religion de l'écologie, de l'écologie-écran aussi (repeindre en vert pour vendre comme avant), qui quitterait son lien nécessaire avec la science, l'expérimentation et le débat philosophique. Disons-le clairement, on peut être écologiste et comprendre la chasse, une certaine chasse. On peut avoir un souci du développement durable en refusant justement de figer des zones entières ou de préconiser une croissance négative : croissance durable signifie croissances diversifiées. Bref, l'écologie mourra le jour où elle oubliera sa dimension première, scientifique, et donc sa dimension critique et expérimentale. Vouloir imposer un seul modèle opératoire est voué à l'échec.

Alors, pour promouvoir ces idées qui se répandent malgré la pesanteur des machines-à-penser obsolètes, voici quelques nouveautés en ligne :

REGARDEZ, PROPAGEZ, FAITES SAVOIR !

Cinq films longs-métrages sont lancés sur des thèmes essentiels du monde aujourd'hui (allez voir dans "films") : concernant aussi bien les médias, les images globalisées, le caritatif, les pollutions et la refondation des modes de vie.

Un travail photographique --qui peut être exposé, projeté-- est visible dans "photos" : de l'anti-tourisme en Mongolie.

Un livre clôt une série de réflexions sur les transformations actuelles. Il est publié en ligne (ce qui, de fait, touche plus de monde que beaucoup de publications sur papier ; sans aucune hostilité au papier cependant ou à d'autres vecteurs) :

Après : L'Homme planétaire ; Pour une philosophie de la relativité ; Vers une écologie culturelle ; Un monde micro-macro ; une oeuvre se poursuit ainsi pas à pas :

RENVERSER LE MONDE. Chroniques du Laos, de Mongolie, de Paris et d'autres ailleurs
 
"Ce livre charrie des réflexions sur notre monde en interactions, notre planète relative. Il raconte des identités imbriquées, toutes ces tensions micro-macro qui zèbrent les grandes villes ou des peuples jamais isolés. Il est une invitation à la curiosité, à la défense de l’écologie culturelle, à l’exercice critique et à des pensées réversibles. Oui, il est temps de renverser le monde, de regarder les cartes à l’envers, de se penser à partir d’ailleurs.
 
Ce livre nous promène ainsi sur des routes différentes. Il plaide pour des co-évolutions, des informations multi-points de vue, en refusant les évidences du « progrès » et l’insolence des charity shows. Il ouvre ainsi les pistes de rapports sociaux et mentaux différents dans un monde mutant en réseau, celui d’individus singuliers-pluriels. A l'ère de la télévision, Guy Debord avait attaqué la "société du spectacle". Au temps d'Internet, voici l'émergence, dans la guerre mondiale médiatique, des spectateurs-acteurs."

Voilà, maintenant je vais me reposer, bientôt me taire et sûrement mourir.

08 · 12 · 2009

Vivant

Quand on revient asphyxié de cette immense poubelle polluée qu'est devenue l'Inde, on mesure l'urgence absolue d'arrêter les emballages plastiques, le crime multiple de la déforestation et le pétrole comme carburant. On tombe pourtant sur un hôpital de vaccination de masse pour un danger putatif (il faut écouler le stock de vaccins) et une psychanalyse collective sur l'identité nationale : décidément, notre grande maison de retraite va mal.

J'ai survécu à des milliers de kilomètres, à des soirs âcres de fumée et navigué sur la mer d'Oman, cloaque infâme : partout, le même constat. Alors, à l'heure de Copenhague, de la gesticulation tous azimuts et de l'écologie religieuse, le réchauffement climatique forme un des aspects des crises diverses à l'oeuvre, dont la moindre n'est pas l'acculturation de populations entières.

Certains de mes amis s'énervent de ce tsunami de bons sentiments intéressés. A juste titre. Mais ne faisons pas la fine bouche : si le climat incite à traiter d'autres questions de fond, tant mieux. Ainsi, le replâtrage hâtif d'un capitalisme financier infect, multipliant dans l'irréel les disparités, ne peut dissimuler la nécessité de refonder le vivre en commun, en prenant des exemples partout et en permettant des évolutions différenciées (abolir le diktat du modèle unique, évoluer toujours mais dans la variété des choix). De même, les saccages matériels et mentaux sur la planète sont si immenses et patents que seuls des salauds ou des crétins peuvent persister à nier la nécessité d'intervention immédiate.

Il faut en effet ne pas sortir de leurs lieux préservés pour rejeter l'idée d'une absolue urgence à organiser le travail autrement, les entreprises, les échanges locaux et globaux, et de fixer une priorité cardinale à l'impact environnemental. Salir la terre, la mer, mais salir les hommes aussi. L'environnement est un tout : écologie culturelle.

Ne soyons pas touristes, voyageons. Et changeons nos têtes.

Bientôt un nouveau livre en ligne, une expo photo et l'annonce de cinq longs-métrages. Ouf.
17 · 11 · 2009

Défaut d'identité ?

Vous savez que je suis allé m'inverser la tête en écoutant des Maliennes et des Maliens pour un film décapant (ici avec le bonnet Dogon offert par le maire de Sangha). J'enchaîne en allant suivre, en images non commentées, des situations diverses en Inde. Retour le 7 décembre si tout va bien (et merci au passage à ces Net-visiteurs quotidiens du Japon ou de Vanuatu, des USA ou d'Egypte...). Expérience fortes, même si elles sont faites dans des conditions difficiles, qui sont un défi pour ma santé.

Alors, je retrouve Paris --que j'aime et que je hais tant-- en transit. Comment comprendre l'atmosphère dépressive et moisie de ce pays ? Ailleurs, les populations bougent, construisent, changent. Ici, trop gâté probablement et vieilli, tout le monde râle.

Je pense qu'il est urgent d'envoyer les Français et les Françaises travailler à l'étranger pour leur aérer l'esprit. Ils comprendront ce que j'ai théorisé depuis longtemps : nos identités imbriquées planétaires, qui ne s'annulent pas mais s'additionnent. Alors, ils aimeront être français comme les Dogons aiment être maliens, ils aimeront être parisiens, ils aimeront dialoguer avec la planète, comme dans le cyber-centre de Sangha. Ils évolueront dans leurs goûts et leurs habitudes, comme le font les Dogons.

Bref, ils ne se poseront plus de faux problèmes et sauront porter un regard lucide, local et universel.

19 · 10 · 2009

Au pays des images hybrides

Par monts et par vaux, par mers et par avions, par volcans et par ruisseaux. D'ici la fin d'année, je crapahute et filme. Quand je rentre et vois les visites quotidiennes de ce site, issues vraiment de tous les continents, cela m'encourage. Cinq longs métrages vont bientôt pouvoir circuler. Une exposition virtuelle (réelle bientôt ?) sera mise en ligne sur l'intrusion de la culture globale en Mongolie : de l'anti-photo touristique, de l'anti-pittoresque.

Et, la tête enturbanée de sommeil, les neurones frits carbonisés, je reviens du Japon. Belle surprise que celle d'une population courtoise partout et d'une société esthétique, raffinée, leçon de civilisation, cela me rappelle le Laos. Rieuse mais absolument pas violente. Voir le monde depuis le Japon ? Peut-être.

Etonnement aussi devant des traditions très fortes, insulaires : chacune ou chacun parle exclusivement japonais, même dans les jeunes générations et chez les dirigeants. Tout en produisant une culture mondialisée.

Hiroshima sans images. Le mangaka Tezuka invente Atom en copiant les super-héros du vainqueur.  Maître Ibata nous reçoit pour une performance de calligraphie géante. Je dors pendant que le typhon passe. Nous parlons Ozu sur la tombe de Mizoguchi. Guy Debord bénéficie d'une rétrospective filmique à Tokyo juste quand j'y filme. Et Koji Morimoto, ce génie du dessin animé, m'entretient de son enfance en pleine nature.

Bref, un monde de métamorphoses. Pour de nouveaux gnômes planétaires ? Ou enfin des spectateurs-acteurs ?

Prochain épisode : Mali. Puis Inde. Pardonnez mon silence mais c'est pour la bonne cause et cela fait respirer la cervelle.

 

                                                              

11 · 09 · 2009

Renverser le monde

RENVERSER LE MONDE. Chroniques du Laos, de Mongolie, de Paris et d'autres ailleurs est le livre que je viens d'achever à mon retour d'Ulaanbaatar. Il s'agit d'une réflexion, à partir d'observations de terrain, sur les transformations de la planète, ainsi qu'une invitation à changer de modèles et de méthodes, à modifier les repères et les points de vue. Je l'envoie à plusieurs éditeurs pour une parution en 2010, en même temps que la sortie des 5 longs métrages.

En effet, la fin d'année est chargée, puisque j'enchaîne des tournages au Japon, au Mali et en Inde. 2010 sera l'année "Utopies & Innovations" avec la Métropole Rhin-Rhône. Des réjouissances en perspectives et l'espoir de redonner du mouvement à l'imaginaire en balayant les vieux grincheux et les vieilles grincheuses surmédiatisés du siècle passé : la démission de l'impuissance geignarde pour pérenniser son pouvoir sénescent. Mais il n'en est pas partout ainsi dans le monde, heureusement.

21 · 07 · 2009

Jackson again and Laos

Une réaction vive sur ce site concernant Michael Jackson et beaucoup de visites des Etats-Unis. Le Michael bouge encore décidément. Cela dit, le tapage médiatique genre récupération obamesque et le regain de ventes de disques ont plutôt tendance à conforter mon sentiment : ce pantin de l'industrie musicale était déjà mort en étant vivant.

Au Laos, dont je reviens pour cause de tournage d'un film (Se nourrir) sur la défense des cultures vivrières dans les régions de l'extrême nord aux populations animistes (Yaos, Kheus), la sérénité bouddhiste générale rend le MJ invisible. En pleines montagnes et forêts de mousson, un jeune chef yao a eu cette superbe expression : "Je n'ai rien à dire sur ce que je ne vois pas !" C'est-à-dire : je ne suis pas en mesure de juger de ce que je ne perçois pas directement. Imaginons toutes les populations de la Terre reprenant le principe, mais c'est l'écroulement immédiat des publicités et des propagandes !

Rassurons-nous, la plupart des gens croient d'abord à ce qu'ils ne voient pas. D'ailleurs, je vous envoie une photo qui ne vient pas de chez les Yaos mais des environs de Vientiane. Les images mentent ? Bref, je démarre un nouveau livre de réflexions-voyages, que je finirai en Mongolie (août-septembre).

P.S. Nous venons au passage de vivre le décès de la télévision : naissance en 1948 avec le premier journal télévisé sur CBS - mort en 2009 avec la disparition de Walter Cronkite, l'anchorman emblématique. Vive les webtv !

26 · 06 · 2009

A-t-on le droit... ?

Je m'interromps dans le tournage d'un long métrage (passionnant mais en un temps record) sur la fabrique de l'info pour bouillir en direct.

A-t-on le droit de considérer Michael Jackson, le jour de sa mort, davantage comme un phénomène de foire (un "freak") que comme un personnage important de la musique pop ? Entendre à la radio de bon matin qu'il est le plus grand : vraiment n'importe quoi. Il n'a rien composé, n'a rien inventé. Sa musique est aussi répétitive et formatée que toute la vague soul ou disco (cela peut durer des heures...) Merci Quincy Jones.

Ce pauvre garçon, à la vie sûrement malheureuse, a été balloté entre sa famille show biz (Jackson Five) et son exhibition composée, repeint en blanc, cherchant ses couilles sur scène. Il exprime parfaitement le formatage complet d'un produit de vente. Michael est une barre chocolatée à haute rentabilité. Contrairement aux Beatles, aux Stones, à Dylan, qui bousculaient la musique et les idées, il est à l'origine seulement de chiffres de vente. C'est l'icône de l'industrie du disque triomphante.

J'espère qu'il n'y aura plus de Michael Jackson.

07 · 06 · 2009

inconnu comme Gébé...

 

Vivre avec exigence consiste à perpétuellement se questionner et se redéfinir. Dans nos sociétés de l'ubiquité, il faut faire des choix et se méfier de celles et ceux qui n'ont aucun repère, aucune admiration (ni aucune haine d'ailleurs), les consommateurs passifs ou les égocentrés de petit acabit.

Vous ne connaissez pas Gébé ? Vous gagneriez à le fréquenter --malheureusement à fréquenter ses traces aujourd'hui-- et je vous conseille les "Papiers à lettres" rassemblés par Frédéric Pajak chez Buchet-Chastel. J'aurais aimé faire ce livre : voilà du travail courageux. Gébé ne se vend pas --et après. Quelques personnes savent, savent l'importance du dessinateur et de l'écrivain, et la qualité de l'individu. J'ai eu la chance de le côtoyer (par éclairs) et de lui glisser (comme à Topor) combien j'admirais son écriture. Ouf, il faut parler aux vivants. Il me reste quelques mots amicaux dont je suis fier.

Gébé, dans l'époque de la surabondance, pose le rare. Gébé, au temps de la durée pour la durée grabataire, nous interroge sur l'intensité. Gébé, quand tout se mesure au hit-parade de l'industrie du goût moyen, tranche par l'exigence.

Gébé, discret, timide, est un fanal. Disons-le, il vaut mieux être inconnu comme Gébé que connu comme... (remplissez les points, peu importe).

06 · 06 · 2009

pensées génératrices, pensées stériles

 

D'aucuns vont à nouveau me moquer comme "obamiste" quelconque. Il est vrai que le chic intellectuel consisterait à attaquer Obama en tant que nouveau représentant de commerce de la boutique USA en perdition sur le plan de l'image de marque --qu'il est aussi. Mais ce qu'il représente et ce qu'il dit (récemment au Caire sur l'Islam) résonne avec force. Chacun attend les actes et surveille l'efficacité (en finir avec cet imbécile et dramatique conflit israëlo-palestinien, trop médiatisé, d'un autre âge, qui sert les intérêts de quelques-uns dans chaque camp pour des chantages financiers, dont tout le monde a souffert et dont aucun gagnant ne peut sortir).

Au moment des élections européennes, l'heure est au local-global, au micro-macro, plus à ces nationalismes du XIXe siècle qui ont montré leurs limites et souvent leurs crimes. Ce qui ne veut pas dire qu'on refuse un attachement à la France ou aux Etats-Unis, mais qu'il est un élément de nos divers attachements (montmartrois, parisien, laïque, européen, passionné de culture japonaise...que sais-je ?).

Pour la pensée, c'est la même chose. Il est des pensées génératrices et des pensées stériles. A Colleville, Obama décrit, par opposition au combat frontal contre l'idéologie nazie, le temps actuel de la relativité, de la diversité des points de vue. Il se situe ainsi du côté d'une pensée génératrice d'un nouveau monde --et rend vieux beaucoup d'autres (ou brouillons certains de tendance "attrape-tout", sans ligne claire).

Ce fut le cas du Sartre existentialiste (par opposition à Cioran, brillant dans l'impasse). Voyant aujourd'hui comment on sort de son bocal rochelais Paul Virilio dès qu'un avion se crashe, je suis fasciné par ces personnages (ce fut le cas de Baudrillard aussi avec son "simulacre") répétant la même chose de livre en livre, sur des idées pas très originales (oui, le monde va plus vite, depuis les années 1930 en fait ; oui, les dangers de catastrophes sont plus importants, entre ère atomique et ère des pollutions sans compter les inévitables catastrophes naturelles ou pas). Pour moi, ce sont des pensées totalement stériles, incapables d'imaginer de nouvelles sociétés, de nouveaux comportements, le monde en mouvement. Torticolis rétro.

Alors, Obama est frêle. Il n'est pas si puissant. Mais des millions d'individus gardent le pouvoir de faire, de faire déjà localement et de faire savoir. La grande aventure du devenir reste ouverte. Nous ne sommes pas seulement dans un grand hôpital de vieillards aigris.

02 · 06 · 2009

News market

 

Décidément, je me fais l'effet d'un vieux râleur (ce que je déteste, porte ouverte aux vieux cons de Roland Topor). Pourtant, chez mon charcutier rebeu spécialisé en cuisine italienne, la radio claironne sur un accident d'avion en citant le nombre de Français, puis le nombre de bébés français, puis le nombre d'enfants français et de femmes françaises. Je fais rire tout le monde en disant que pour les médias une vie ne vaut pas une vie : il vaut mieux être national, bébé, puis enfant, puis femme, puis homme, et enfin il reste les étrangers...

Cela fait des heures que, sur un drame fatal, les journalistes nous serinent qu'ils ne savent rien et un Borloo tient l'antenne (ce matin encore) pour dire qu'il n'a rien à dire. C'est stupéfiant de crétinerie. Bientôt des cellules psychologiques pour télespectateurs ou auditeurs ?

Faut vendre. Un zombie bêta de bonne famille a trouvé, lui, une recette. Il regarde tout de haut, de très haut, et balance des purées de nouvelles affolantes depuis son nouveau magistère écolo. C'est suintant de bons sentiments. Ca sent le piège à financements. Tout le monde a déjà dit tout cela plus intelligemment et tant vont faire des travaux sur terrain qui posent de vraies questions. C'est du stalino-écologisme.

Sinon, je reviens de Tallinn et d'ex-zones de Baltique interdites au temps des Soviétiques. J'y reçois des bouffées de relativité : il n'existe pas de culture pure ; tous les dieux ont une histoire ; la coopération internationale doit être mesurée sur chaque petit territoire. Mon ami, Directeur du musée de la Croix-Rouge à Genève, nous raconte ses expositions critiques sur les shows caritatifs.

Je suis rassuré. Il existe encore un monde de la raison, un peuple du sens pratique, au-delà du business news totalement déconnecté. Nous, les regardeurs, voyons bien ce qui se trame. Stop aux montreurs de leurres ! Il est temps d'introduire la révolution de l'héritage partagé, de l'action éducative porteuse de chances variées, celle des valeurs diverses et des modes de vie, celle du changement du travail et de sa rémunération, celle d'une planète propre et équilibrée. 

25 · 05 · 2009

Changeons de concepts, tri sélectif des idées !

 

Bien avant Ben qui signait des paysages, les sultans de Dolmabace à Istanbul encadraient la mer. Je reviens de Turquie qui est, comme la France, un lieu stratégique fort, croisement nord-sud et est-ouest.

J'y ai vu des passages et des disparités. Cannes célèbre Haneke, un sujet vieux et rabâché, un cinéma fatigué, lourd, empesé. Beaucoup travaillent désormais pour un troisième âge de la pensée, grabataires accrochés au système qui tourne à vide. Rupture générationnelle, qui n'est pas juste celle de l'âge mais celle du mode de pensée : nous sommes écoeurés du rétro perpétuel. Donnons une bonne claque au XXe siècle et avançons.

Cette clarification est nécessaire partout. Quand Benjamin N. dit à Obama qu'il ne veut ni d'état palestinien, ni arrêter la colonisation des territoires palestiniens, les amis d'Istraël et du monde juif en général ont tout intérêt à appeler au boycott financier et politique de ce gouvernement totalement réactionnaire.

La pensée relative, que je promeus comme seule opérationnelle dans notre monde multipolaire, peut être ainsi claire et logique. Sur d'autres sujets, il n'est pas facile d'apporter des nuances. Je sens bien qu'il y a aujourd'hui un mépris du savoir et de la compétence, une peur des idées. C'est normal car tout a été mélangé par le monde médiatique avide de pensées pré-digérées. Et, dans la sphère de la recherche en France, comme parmi les défenseurs institutionnels des échanges culturels entre la France et l'étranger, nous n'avons pratiquement aucune demi-mesure. Soit il y a des gens passionnés qui travaillent sans moyens pour remuer ciel et terre --et qui, au passage, sauvent le système entier--, soit il se trouve des voleurs (et voleuses) d'argent public, totalement incompétents, qui détruisent en ne faisant rien, sinon illusion passagère.

Penser un monde nouveau, c'est clarifier, défendre le savoir et le travail, bannir la médiocrité gluante des esclaves, condamner les obscurantistes du passé, rouillés. Une nouvelle vague ? En tout cas, une nouvelle lucidité.

06 · 05 · 2009

Les leurres de l'actualité

 

 

Jour après jour, JE NE RECONNAIS RIEN DANS CE QUE JE VOIS.

La télévision française de service public montre son décès total, en décalage absolu avec la société en marche : le théâtre y est monopolisé par deux individus (du théâtre privé d'ailleurs), Bernard Murat et Pierre Arditi ; un reliquat d'émission littéraire aligne les auteurs de best-sellers ; le dénommé Hondelatte reconstitue les crimes trashs du magazine Détective des années 1960, tandis que les chiens écrasés font la "une" du JT ; Michel Drucker mourra avec son public. 

Comme partout, la marque n'est pas le contenu. La multitude du médiocre noie tout. Ecran gris qui étouffe les rais de lumière. Plus tard, seule la lumière se verra.

Sinon, nous apprenions hier que la grippe "porcine" a fait mondialement 31 victimes. Le ratio entre chacune de ces personnes et leur surface médiatique les fait égaler Paris Hilton. Alors que tant d'autres meurent dans l'indifférence.

La vente des nouvelles, leur surabondance et la concurrence des médias pour surajouter aux mêmes arguments, favorise les leurres d'information. Il faut boucher les trous et renouveler. La crise, ça fatigue et ça déprime. Alors, il existe des leurres mondiaux (la grippe) et des leurres locaux (François Bayrou), des bouche-trous faciles (Madonna ou le conflit israëlo-palestinien) et des trous noirs (le Congo).

Le réel ? Désormais, les sociétés se clivent en confortunés --confortables et fortunés-- et en précaires. Comme nos petits confortunés n'ont de cesse de ne rien changer et que les précaires (tous ceux qui tirent la langue financièrement même avec emploi ou pension) ne savent pas trop à quel vieux marxisme se vouer, tout le monde évacue les révolutions mentales nécessaires sur son mode de vie et sur l'organisation planétaire.

Deux pistes évidentes pourtant, immédiates : opter pour une consommation privilégiant le proche, le propre, le durable ; bâtir des entreprises éthiques, donc plus efficaces. Plus compliqué, mais possible sous la pression des opinions publiques : organiser une moralisation des échanges pour une économie de marchés globaux et de micro-marchés qui respectent les diversités et les encouragent, sans protectionnisme d'un côté, sans uniformisation étouffante et nivelante de l'autre ; un effort d'éducations plurielles, dès le plus jeune âge, seul moyen de valoriser les savoirs, d'instaurer l'exigence et de bâtir des individus aptes à choisir. Monde solidaire par intérêt personnel et collectif, monde relatif.

Ne nous cachons pas cependant les germes d'oppositions violentes entre les tenants de l'accumulation et ceux de l'échange, entre les excès concurrents des communautarismes fermés et ceux de l'asservissement général à un monde normalisé. Le combat des clones et des divers (comme je l'ai montré dans transplanet).

Mais, pour l'heure, les hurlements et le clinquant ciblent tout, sauf l'essentiel. Rafistolons vite, vite. Propageons l'ignorance et la bêtise pour mieux manipuler des masses de consommateurs passifs, décervelés. Et les leurres grippaux sont pratiques pour terroriser les maisons de retraites ou les bidonvilles. Sociétés du contrôle.

01 · 05 · 2009

A l'assaut de Versailles !

Je reviens, fatigué, du tournage d'un long métrage A travers les utopies. La rue s'emplit et la grippe ne décourage pas les manifs. Ambiance bizarre. Mon actualité est cette confrontation peinture-photographie au château de Versailles dans la Galerie des Batailles (ouverture publique le 12 mai), dans laquelle je me suis impliqué (jusqu'à d'ailleurs accorder un entretien assez personnel à la revue interne du château).

Jean-Jacques Aillagon a eu l'idée de la manifestation, car il a --me semble-t-il-- parfaitement compris la nécessité d'actualiser la perception de l'oeuvre d'art et de propagande totale qu'est ce lieu. Par une vraie programmation pensée et diversifiée, dont Koons, vêtement de cour et guerre sans dentelles, donnent des axes. Il est clair, surtout dans le contexte d'une crise morale planétaire, que si le château se contente de sortir ses ors pour célébrer les princes, l'effet bling-bling risque de lasser (sinon de choquer) et de n'attirer que des cohortes du 3e âge.

Bref, alors que l'on débat d'un musée d'histoire de France, voilà un travail utile et très actuel de questionnement sur les représentations de la guerre. Allez-voir et dites-moi. Pour les internautes --journellement fidèles-- d'autres continents, le livre chez Flammarion bénéficie d'une excellente maquette qui rend bien compte du principe.

09 · 04 · 2009

Mails d'espoir

Un herbier nous raconte tant de périples et d'aventures botaniques. Ces trésors de diversité devraient nous inspirer (ici le chanvre indien de Lamarck).

Dans notre monde micro-macro, pour l'instant, seuls les puissants rafistolent les choses, tandis que les vieux marxistes pensent que leur heure est enfin venue pour appliquer des recettes qui font frémir (anti-démocratiques et inefficaces). A quand, non pas des cahiers de doléances, mais des mails d'espoir ? A quand une circulation de suggestions et d'initiatives pour donner des avis sur la manière dont les unes et les autres désirent vivre, ici, à portée de vue, en liaison avec là-bas ? 

Dans une ère rétro-futuro : choisir ce qu'on veut garder, ce qu'on veut changer, ce qu'on accepte comme pacte mondial commun, comme règles morales de base, et ce qu'on veut préserver ou inventer comme spécificités.

Un grand inventaire de l'herbier des idées.

Les populations ont trop été habituées à l'asservissement politique ou à la consommation irréfléchie. Gros dos et chloroforme. Pourquoi attendre la tempête ? Pourquoi, juste réagir sans agir ? Pourquoi seulement demander des solutions magiques à des dirigeants ou des penseurs dont le rôle ne peut être que normalisateur ? A chacune et à chacun de recomposer, ici et maintenant, son cadre local et ses nécessités de cadre global.

Tout est prêt pour mettre en route un formidable mouvement d'échanges d'idées qui présentera une planète nécessairement solidaire sur de grands enjeux et tellement variée dans ses déclinaisons sectorielles : écologie culturelle.

 

28 · 03 · 2009

Tous chez les fous !

Le 1er avril 2009, l'Institut sur les fous littéraires et artistiques, dont je préside le conseil scientifique, organise à la Bibliothèque nationale de France (site Tolbiac, et merci aux équipes chaleureuses qui ont permis ce projet) une journée. Cet institut a été fondé par Marc Ways, Marc Décimo en dirige la revue, André Stas veille depuis la Belgique à ce que le degré de folie ne redescende pas et Tanka déboule du Canada. Projections, discours, chansons de fous musicaux par la délicieuse Fanchon Daemers, textes lus le soir grâce à Sagamore Stévenin, et films s'alternent. Première projection mondiale de "Ouf", film atypique que j'ai commis pour la mise en bouche.

C'est ouvert à toutes et tous. Dans notre temps de crise et de normalisation des esprits et des comportements, voilà une manière de faire de la résistance.

14 · 03 · 2009

Attention, decryptimages arrive !

Vite, allez voir www.decryptimages.net (lancement : 17 mars 2009). Ce site est le fruit d'un partenariat Ligue de l'Enseignement /Institut des Images. Nous avons monté un comité d'experts internationaux. En français, il s'enrichira de contributions dans toutes les langues et dans toutes les formes d'expression (textes, images fixes, webtv, écriture multimedia...)

Disons-le, c'est une vraie satisfaction car 10 ans de travaux numériques avaient disparu. Nous en remettons gratuitement un certain nombre à disposition, comme la série Décrypter les images, Décrypter la photographie, Décrypter un film. Soyez indulgents, tout cela va se développer, notamment avec les propositions des internautes. Mais enfin il existe un portail sur l'éducation aux images, qui signale ce qui se fait et permet des échanges. C'est une date. Qu'on ne vienne plus alors se lamenter (avec des larmes de crocodile et de sempiternels discours de bonnes intentions) sur l'absence de ressources et qu'on nous aide à développer et à exporter dans le monde !

A titre personnel, il s'agit d'une étape et d'un vrai bonheur après tant de travaux. Mon banquier n'y comprend rien (travailler bénévolement, quelle idée...) et me harcèle jour après jour pour rembourser mes traites, mais ma conception de l'utilité publique et des questions essentielles pour notre avenir en sort renforcée.

08 · 03 · 2009

Palmade malade, public barrique

Quelle idée m'a pris ? Hier, pour m'aérer, j'ai acheté à mi-prix au kiosque de la Madeleine un strapontin pour découvrir la dernière pièce de Pierre Palmade. C'est un peu banal, mais je me déplace soit pour m'emplir d'un spectacle ou une mise en scène qui m'intéresse, soit pour voir "à cru" des acteurs qui me touchent (Madeleine Renaud, Philippe Noiret, Christine Murillo, Michel Bouquet, Jacques Villeret, Muriel Robin, Roland Dubillard, Jacqueline Maillan, Laurent Terzieff...) Palmade, bizarrement, me semble sous-employé.

Dans un jeu schizophrénique très caractéristique des acteurs en général et des comiques en particulier, il met en scène ses angoisses et son alcoolisme dans sa dernière composition, très border-line. Il apparaît alors sur scène, maigre, hâve, la voix brouillée, parfait pour le rôle de vedette qui oublie ses nuits et subit ses jours. Jusqu'à ce que le rideau se ferme brutalement au bout de dix minutes, pour ne plus rouvrir. Les pompiers arrivent.

Je suis alors sidéré par l'attitude consommatrice, indifférente du public. Face à une personne qui montre/vit tripes à l'air, tout le monde rigole dans un grand brouhaha. Personne n'a l'idée simple de se mettre à sa place. On parle dîner, remboursement, redémarrage de la pièce. Comme au cirque romain, il faut que le comique crève sur scène dans un effet heureux.

A rebours --et sans tomber dans les larmoiements convenus sur l'angoisse de celles et ceux qui doivent faire rire tous les soirs--, voilà tout de même une leçon sur la versatilité et la cruauté des groupes. Vraiment --croyez-le-- pas un individu pour songer au drame intime d'un être humain perdu. Même ma compagne. Et la notoriété, suscitant envie, devient facteur d'indifférence aggravant.

Voilà pourquoi je me fais un point d'honneur à ne jamais me faire rembourser ce billet pour quelqu'un qui a donné, au-delà du possible, son âme d'un soir.

06 · 02 · 2009

Le retour du local

 

Crise du système ou crise de système ? Rafistoler ? Notre nouveau monde est micro-macro. C'est-à-dire que l’individu peut s’adresser au global directement et, inversement, les questions globales ont des influences rapides sur les individus les plus isolés : temps d’ubiquité. Alors, nous avons craint, à juste titre, les conséquences d’une uniformisation des modes de vie. Ce fut plutôt le nivellement d’une consommation écervelée, mue par les seuls intérêts financiers de quelques-uns.

La structuration par le haut est devenue une réalité, même si elle est peu cohérente. Elle constitue une nécessité impérieuse cependant, à condition de s'organiser, pour éviter notamment les périls environnementaux mais aussi des conflits en chaîne. Elle ne pourra cependant se réaliser –tous s’en rendent compte désormais-- que grâce à des pensées multipolaires, des conjonctions de points de vue. Ceux qui déduisaient de la mort du communisme, l’Empire des Etats-Unis se sont trompés. Finalement, communisme et capitalisme proposaient des structurations autoritaires, l’un dans une version bureaucratique, l’autre par l’hyper-puissance d’entreprises mondialisées. Aucun de ces modèles n’est durable. Aucun n’est juste. Aucun n’est acceptable.

Le moment n’est-il pas venu alors de concevoir que l’échelle d’action doit redescendre vers le très local ? Si l’individu se montre au global, les individus concertés –à portée de vue, en vue directe—sont capables de repenser hic et nunc leur organisation et leurs modes de vie. Le temps n’est plus d’importer à Bezons des pommes de Chine, à Cayenne des poulets de Bretagne, du riz au Cameroun. Les ressources locales, les possibilités vivrières sont à reconsidérer. Les économies solidaires devraient commencer par favoriser ce qui ne nécessite aucun déplacement.

C’est aussi au niveau local que les économies d’énergies, que des solutions inventives d’habitat sont à penser (ou à repenser). La diversité culturelle est là : imaginer en fonction des désirs et des conditions géographiques. Pourquoi construire la même chose partout sur la planète ? Cela n’a aucun sens ni pratique ni culturel. C’est encore au niveau local que des économies éthiques et des entreprises éthiques sont à concevoir. La question n’est ni le marché (souvent nécessaire), ni le profit, mais l’organisation de l’entreprise et l’utilisation des bénéfices. Des micro-marchés peuvent se mettre en place et des interventions d’individus sont susceptibles d’encourager ou condamner des pratiques au nom du devenir commun.

Alors que la tendance fut –à l’ère télévisuelle des mêmes images pour les masses—d’uniformiser les contenus pour consommateurs passifs, à l’ère d’Internet –celle de la multidiffusion, où l’un parle potentiellement au tout—il est donc temps d’un réveil individuel et collectif. La prise en mains de sa situation locale n’est d’ailleurs pas forcément la perpétuation de ce qui est (la survie d’une usine polluante) mais une vraie réflexion sur le vivre ensemble, aujourd’hui et demain, une "poétique" au sens d'Edouard Glissant ou de Kenneth White.

Il en découlera forcément le disparate. C'est-à-dire que le morcellement et l’émiettement favoriseront, avec des volontés d’autarcie,  les replis communautaristes. Voilà pourquoi un pacte commun évolutif est nécessaire. Il doit donner conscience à chacun de participer aux mutations d’une planète, chacun responsable du tout. De plus, ce mouvement redonnera espoir, volonté, fantaisie, à des individus qui peuvent maîtriser les conditions de leur quotidien.

Les excès de la globalisation furent en effet, plus encore que l’uniformisation générale, la déresponsabilisation, la construction de sociétés d’exécutants à qui était expliqué qu’il ne pouvait y avoir aucun autre mode de vie ni de pensée, médicalisés dès qu’ils se montraient inadaptés. La reprise en mains de l’initiative locale, l’imagination autour de soi, restent pourtant des leviers puissants de créativité, individuelle et collective.

Ils supposent la réévaluation du savoir et de la recherche. Seul le savoir permet en effet d’avoir des éléments d’appréciation pour choisir (et changer). Seule la recherche, et ses méthodes expérimentales, offrent des perspectives contradictoires et critiques. Les deux nous expliquent l’erreur parallèle du modèle unique --normalisation et robotisation--, et de l’explosion en autant d’égoïsmes, pragmatiques ou non : ni standardisation, ni protectionnisme, plutôt protection et circulation. Et pensées comparatistes, économies diversifiées, vraies consciences micro-macro.

C’est donc bien à une inversion des priorités et des valeurs que sous-tend l’évolution de ce monde : regarder en bas, regarder autour de soi, pour construire ensemble le tout. Les individus planétaires, pleinement conscients de la relativité, peuvent mettre en œuvre une vraie écologie culturelle pour diversifier la diversité en bâtissant un univers global évolutif. Changer ici pour dialoguer partout.

29 · 01 · 2009

Au Rêve : fermeture

2009 : Au Rêve est fermé. Eliette s'est enfuie. C'était le seul bar où je donnais des rendez-vous. Je suis triste, comme après la mort de Prévert ou de Péret. Cestac et Teulé évoquent ce lieu au pied de la statue de Steinlen dans leur poignante bande dessinée sur Charlie Schlingo, Je voudrais me suicider, mais j'ai pas le temps. J'avais rencontré Schlingo avec Choron mais ne me doutais pas de l'immense iceberg immergé. R. L. me signale que ce 89 rue Caulaincourt fut l'adresse de Jean-Pierre Duprey, poète surréaliste (Derrière son double), qui s'est pendu le 2 octobre 1959 à 29 ans, après avoir pissé sur la tombe du soldat inconnu pour protester contre la guerre d'Algérie (puis passé à tabac). Lourd 89...

Ca plombe. Le XXe siècle se referme. Eliette fatigait des bobos. Schlingo ne s'était nulle part senti à sa place. Duprey fit éclair.

Pendant ce temps --est-ce cela l'actualité ?-- ça défile et ça pérore à Davos. Certains veulent rafistoler un capitalisme fusillé par son échec moral et environnemental. D'autres, qui me font autant frémir, ne songent qu'à des bureaucraties injustes et des dictatures idéologiques. Le problème n'est pas le marché mais l'éthique des entreprises et la mobilisation des consommateurs.

Le Rêve est absurde, certes. Le Bonheur est une petite mort. L'Utopie doit réintroduire le mouvement, l'innovation. Et la poésie s'invente entre désespoir, rages, rires, plaisirs et éclairs. Salut Charlie. Salut Eliette. Salut Duprey.

27 · 01 · 2009

Filtre-Vert / Green-Filter

Il est plusieurs sens au mot filtre, dont celui d'écran de lumière. Les lunettes nous évitent tous les éblouissements.

Micro-macro : réveil de l'action ici et structuration générale. Lunettes vertes / Green Glasses. Tout repenser au quotidien. Et s'amuser. Garder l'esprit critique, la fantaisie.

L'artiste d'origine togolaise, Yao Metsoko, a réalisé pour le Musée du Vivant (premier musée international sur l'écologie et le développement durable, que je dirige dans la grande école AgroParisTech), cette sculpture : Femme-éléphant. Elle exprime le lien indissociable dans les sociétés animistes entre humains-faune-flore-minéraux-cosmos. L'environnement est un tout. Obama est-il resté assez africain ?

Ce poster fait partie d'une série de 6 qui viennent d'être édités avec 8 cartes postales grand format. La télévision en ligne ecolibtv s'ouvre (et va se développer). Le 5 février, une campagne de presse appelle à "sauver la mémoire visuelle de l'écologie" et sert à remercier pour toutes les donations très importantes reçues (René Dumont, les Verts, le Réseau mémoire de l'environnement, et tant d'artistes, photographes, dessinateurs, affichistes, vidéastes...) Le 17 février s'ouvre à Ivry-sur-Seine l'exposition itinérante La nature et vous. Histoires d'écologie avec projection d'un de nos films. De la biodiversité... (Guyane), De l'eau... (France), De l'arbre... (Maroc), ces trois documentaires vont être proposés partout (demandes déjà pour Le Caire et Shangaï) avec possibilités d'expositions.

Le journal Le Monde a d'ailleurs salué (3 mars 2009) cette "collection sans équivalent au monde". Merci.

Bref, ça bouge. Faut secouer les consciences et entrer résolument dans une planète nouvelle. Ou de l'utilité de la crise.

03 · 01 · 2009

Brouillard et purée de pois

Les débuts d'année sont comateux. On s'arrête et c'est sur du verglas. On regarde devant soi et c'est la purée de pois. Le monde est en attente, dans la brume. J'ai appelé cela la Drôle de paix. Il y en a qui en profitent pour chauffer la guerre à Gaza, des fois qu'on n'aurait rien remarqué. Dans l'hiver, sous le pont transbordeur de Marennes, j'ai écrit Un monde micro-macro. Penser l'ubiquité et la disparité. C'est un petit livre rassemblant humeurs et analyses prospectives. Cela ne se fait pas. Mais bon. On verra pour le papier plus tard. Il éclaire ce site de contenu supplémentaire (allez voir "livres on-line"). Nécessité impérative de pensée durable dans l'obsolescence et l'inquiétude actuelles. Je poursuis pas à pas trente ans de réflexions et quelques saines colères dans le consensus mou et l'aveuglement.

A chacune et chacun de relayer, partout. Merci.