24 · 12 · 2010

Appel Maison d'histoire

L'intérêt de cet appel est qu'il rassemble des scientifiques (historiennes et historiens bien sûr, mais pas seulement), des pédagogues, avec les professionnels du patrimoine. Il pose trois questions claires et stratégiques dans un dossier mené pour l'instant sans grande connaissance du terrain.  Il est relayé largement (sur mediapart, Facebook, Twitter, mailings en France, en Suisse....). Des personnalités françaises et étrangères apportent chaque jour leur soutien et des organisations comme la Ligue de l'Enseignement, l'association générale des conservateurs, l'association des professeurs d'histoire-géographie, le Centre Européen de la Culture fondé par Denis de Rougemont, l 'OCIM (Office de Coopération et d'information Muséographiques), l'ESCOM et l'AAR (Fondation Maison des Sciences de l'Homme), l'Association des archivistes français ou la Fédération des écomusées et musées de société ...

Il pose la question des compétences.

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Pas d’instrumentalisation de l’histoire,

pas de mépris des professionnels !

Le projet de Maison de l’histoire de France est inquiétant sur trois points centraux, méritant d’être clarifiés et qui montrent combien ce dossier a été mené sans connaissance véritable du terrain et sans concertation.

- Sur le concept historique : allons-nous refaire le Musée à toutes les gloires de la France de Louis-Philippe au château de Versailles assorti de nouvelles technologies ? Cela n’est ni l’état de la science historique aujourd’hui, ni le reflet de ce qu’est notre pays dont le territoire excède le continent européen et à l’histoire coloniale forte, ni la nécessité de repères pour nos classes scolaires. Il faut clarifier en affirmant la nécessité de prendre des histoires-territoires dans la longue durée (de la préhistoire à nos jours), toujours ouvertes (du local au mondial, en passant bien sûr par la dimension nationale et continentale), et se souciant de compréhensions multiples (dans le désordre et sans aucune exhaustivité : histoire des conflits, histoire des échanges, histoire économique, histoire des femmes, histoire des images, histoire sociale, histoire culturelle, histoire dynastique…).. Une maison d’histoire se conçoit enfin vers des publics très variés, ce qui induit des niveaux divers de discours et de scénographies : elle pense un travail spectaculaire et populaire pour attirer les familles (tout en étant scientifiquement indiscutable), mais aussi des préparations en amont avec tout le réseau pédagogique. Elle parle aux touristes et produit, via Internet, pour au-delà de nos frontières.

- Sur la participation des scientifiques : pourquoi ce lieu serait-il seulement la maison de quelques spécialistes renommés, excluant d’autres tout aussi respectables ? Une Maison d’histoire doit être ouverte et réactive. Elle doit abriter de plein droit toutes les institutions produisant de la recherche historique. Elle doit permettre de constituer autant de conseils scientifiques ad hoc que d’opérations, associant des personnalités mais aussi offrant des débouchés pour les jeunes chercheurs. Elle doit pouvoir s’ouvrir à toutes les disciplines qui servent au travail historique, de l’économie à l’héraldique, de l’histoire de l’art à l’ethnologie… Elle doit aider aux échanges et à la production nationale et internationale.

- Sur le pilotage scientifique et culturel : quelle raison y a-t-il pour une mise à l’écart des scientifiques du patrimoine, de tous les patrimoines ? Voilà un aspect très choquant passé sous silence. Outre le peu de concertation avec les archivistes (ou d’ailleurs les bibliothécaires), les conservateurs de musées ont été tenus en dehors de ce travail. Il faut pourtant des spécialistes de patrimoines variés pour faire vivre une Maison d’histoire. Dès le premier congrès en 1992 de l’Association internationale des musées d’histoire, l’aspect totalement polymorphe des collections dans ce type d’institution fut d’ailleurs souligné. Et puis, sans conservatisme ou corporatisme mais avec logique, pourquoi les conservateurs --dont c’est le métier et qui ont longuement réfléchi à ces problématiques-- seraient incapables de mener un tel travail ? Le Deutsches Historisches Museum de Berlin, cité en exemple, a été conçu dans l’indépendance par deux anciens directeurs du Musée de la ville de Munich. Le MOMA à New York ou le Victoria & Albert à Londres sont dirigés par des professionnels de musées. La France aurait-elle les pires professionnels au monde ? Ils se connaissent pourtant de longue date, ce qui facilite les échanges nécessaires. Ils ont établi des réseaux avec toutes les institutions en France et à l’étranger. Ils ont fait leurs preuves sur des opérations concrètes. Ils sont des garants d’indépendance.

Si un jour une institution comme la Maison d’histoire doit voir le jour dans le contexte budgétaire difficile actuel, nous demandons des clarifications publiques nettes sur ces 3 points fondamentaux.

Les soutiens sont à envoyer à Laurent Gervereau : gervereaul@gmail.com

(Laurent Gervereau est Président du Réseau des musées de l’Europe et a créé l’Association internationale des musées d’histoire, le Conseil français des musées d'histoire et notamment codirigé le Guide des musées et collections d'histoire en France)

11 · 12 · 2010

Inuit

Je suis ce Dark Vador surgi de l'espace. Par -30° et des vents de 100km/h, j'avais un bon alibi pour devenir cosmonaute. Enquête passionnante au Nunavik grâce à la collaboration avec le Musée de la civilisation à Québec. J'étais tout au nord à Kangirsujuaq. L'accueil de ce petit village inuit de 600 habitants fut formidable. J'ai pu y connaître tant d'aspects en peu de temps, de cet hiver qui n'arrivait pas avec le réchauffement climatique (plus d'un mois et demi de retard, la mer non gelée, de la pluie même...) aux modifications des modes de vie : grand écart entre un confort à l'américaine et des pratiques collectives d'organisation fondées sur les pratiques ancestrales de la chasse et de la pêche. Ce fut une confirmation de nos identités hybrides et imbriquées, partout, dans ce monde relatif. 

De là-bas, j'ai rapporté une matière très riche permettant de monter une exposition itinérante, d'enrichir notablement les collections du Musée du vivant et de faire un film dont le montage a commencé.

De retour par miracle (l'aéroport fermait une heure après mon décollage pour tempête de neige et l'est toujours), j'ai une pensée affectueuse pour Pierre et Jessica, qui m'ont hébergé et ouvert toutes les portes, et de la reconnaissance pour Markusi, le directeur du parc des Pingualuit, et Noa et Timoté et toute l'équipe des guides qui m'ont accepté dans leur expédition épique au lac-cratère de météorite. Irréel, entouré de glace et de neige, parfaitement rond, avec une eau pas gelée contrairement à tous les lacs  alentour et un nuage noir et circulaire au-dessus comme un couvercle...

Alors, quand je suis rentré dans notre petite France affolée par 5cm de neige et vivant "l'enfer", j'ai eu honte pour la grande maison de retraite moisie que nous nous sommes construite. Il est temps de respirer, de sortir, de regarder au-delà du périphérique, de penser à nos enfants et d'inventer des futurs. J'espère que nous allons enfin nous intéresser aux vraies questions, réinventer notre vie locale pour parler au monde.




10 · 11 · 2010

Dictionnaire mondial des images et Maison d'histoire de France

"Réflexion sur un nouvel objet de la culture humaine, le visuel", selon l'expression de Jacques Le Goff, cette somme rassemblant 275 spécialistes du monde entier sort en libraire version poche (diffusé par SODIS-Gallimard). Elle coûte 35 euros. J'aurais préféré moins cher encore. Mais c'est une référence sur le long terme qui devient largement accessible.

A l'heure des chamailleries sur la Maison d'histoire de France, voilà une ouverture concernant un aspect fondamental des connaissances aujourd'hui : l'univers visuel. Dans un temps où civilisations, supports et époques se catapultent avec la même actualité sur écran pour tous, des repères larges sont indispensables. Il s'agit d'un enjeu essentiel du futur plutôt que les querelles stériles sur l'"identité nationale".

Là encore, allons de l'avant et exportons nos savoirs.

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Au fait, dans les remous sur cette fameuse "Maison d'histoire" voulue par le Président de la République et sur laquelle je me suis exprimé dans le journal Le Monde du 28 octobre 2010, je verse ici une pièce au dossier à laquelle beaucoup font allusion et qui m'est réclamée. Elle est reproduite dans les "traces" de ce site à l'année 1996 mais pas très lisible (j'ai donc retranscrit).

Rappelons que j'ai rédigé et lancé cet appel en 1996. Il avait fait l'unanimité dans les médias et avait été soutenu officiellement par le Président  Jacques Chirac (courrier du 10 février 1997) et le Premier ministre Lionel Jospin. Je dirigeais alors le Musée d'histoire contemporaine et l'appel  à créer un grand musée d'histoire tête de réseau touchait  le XXe siècle. Un comité prestigieux l'avait soutenu (j'avais sollicité des personnalités politiques de droite et de gauche, des historiens français et étrangers, les directeurs des deux grands musées d'histoire allemands, et Jacques Julliard avait accepté de le présider). Claude Allègre était chargé du dossier, qui finalement n'a pas abouti.

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POUR UN MUSEE D'HISTOIRE DU XXe SIECLE


La France est reconnue dans le monde entier pour ses écoles historiques. Pourtant, alors que nous allons changer de millénaire, elle manque de musées de synthèse sur son histoire. En particulier, il n'existe aucun parcours sur l'histoire de notre siècle, siècle riche en bouleversements qui construisent le monde d'aujourd'hui.

Deux musées en Allemagne (la Maison d'histoire de Bonn et le Deutsches Historisches Museum de Berlin) se sont créés pour traiter de l'histoire nationale en rapport avec l'histoire internationale. A l'heure où les questions d'intégration et de civisme se posent, un parcours sur l'histoire de nos Républiques (à partir de 1870), sur l'histoire de nos sociétés, des transformations économiques, culturelles, de la vie quotidienne, peut permettre d'illustrer et de faire comprendre notre passé. Alors que les échanges internationaux se multiplient, que les images circulent sur la planète, une histoire de la France en Europe et dans le monde, une histoire des grandes heures du siècle, jouent un rôle pédagogique essentiel, un rôle d'attraction touristique, un rôle d'animation pour les familles, et aussi un rôle de "musée hors le musée" par la diffusion de produits dérivés (notamment grâce aux nouvelles technologies).

L'histoire récente passionne le grand public. Elle fait partie de notre mémoire collective et concerne des couches très larges de la population (notamment les moins favorisées qui ne se rendent pas dans d'autres musées). Les difficultés économiques ne doivent donc pas interdire la réalisation d'un lieu vivant d'enseignement, de spectacle, de réflexion, contribuant à saisir notre monde en mutation.



Un comité de soutien prestigieux s'est constitué pour ce projet sous la présidence de Jacques Julliard :

Maurice Agulhon, Jean-Pierre Azéma, Jean-Jacques Becker, François Bedarida, Serge Berstein, Jean-Denis Bredin, Jean-Marie Cavada, Alain Decaux, Georges Duby, Marc Ferro, Robert Frank, René Girault, Alfred Grosser, Stanley Hoffmann, Jean-Noël Jeanneney, Jack Lang, Jacques Le Goff, François Léotard, Pierre Milza, Pierre Nora, Jean d'Ormesson, Pascal Ory, Mona Ozouf, Jack Ralite, René Rémond, Jean-Pierre Rioux, Michel Rocard, Sergio Romano, Henry Rousso, Hermann Schäffer, Philippe Séguin, Jean-François Sirinelli, Christoph Stölzl, Rudolf von Thadden, Hubert Tison, Maurice Vaïsse, Simone Veil, Michel Winock.

Pour tous renseignements :
Laurent Gervereau, Président de l'Association internationale des musées d'histoire et co-directeur du Guide des musées et collections d'histoire en France, Musée d'histoire contemporaine,...

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07 · 11 · 2010

10 propositions pour entrer dans le XXIe siècle !

L’insatisfaction est grande en France. Pourtant, l’échéance présidentielle permet-elle de dégager dans l’opinion publique des enjeux clairs concernant le futur du pays ? Il semble plutôt que gérer correctement la pénurie et protéger des périls mondiaux soient les seules perspectives. L’heure est –singulièrement dans l’hexagone—à la plainte, à l’impuissance, à la morosité ou à la dépression.  Il est donc temps d’ouvrir les yeux.

Nous, les pluros-futuros, voulons redonner du mouvement et de l’imagination, dans la lucidité : pessimisme dynamique. Nous voulons résolument que cela se passe dans un cadre pluraliste, car nous refusons comme modèle général le totalitarisme de communautés autistes ayant arrêté définitivement leur mode de vie.

La France est un pays-monde avec une population aux identités imbriquées. Français, réveillez-vous !  Connaissez le passé long et stratifié de votre territoire et ouvrez-vous au monde tel qu'il bouge ! Finie la politique de l'autruche. Dans le cadre planétaire actuel où les économies sont interdépendantes et les périls globaux, il est ridicule de continuer à faire croire à un quelconque « pré carré » fermé possible. En revanche, priver une jeunesse et toute une société de perspectives, ne regarder que les aspects négatifs de la globalisation, faire croire à des solutions uniques même si elles sont insatisfaisantes, constituent des mensonges patents. Les choses fonctionnent de telle manière parce que nous acceptons qu’elles fonctionnent de cette manière.

Il est urgent donc de rétablir l’espoir et de se focaliser sur de vrais enjeux. Il est urgent de rétablir la responsabilité individuelle, la volonté, le courage et la dignité. Voici donc dix thèmes non hiérarchisés pour inviter à enfin entrer dans les questions de notre siècle :

1.
L’individu est la référence de base. Il reçoit des connaissances qui doivent lui permettre de se mouvoir dans son milieu et d’effectuer des choix. Cela suppose une éducation pratique partout et théorique pour comprendre différentes façons d’appréhender le monde et notre aventure collective. L’éducation va du local au global. Elle est pluraliste et comparatiste : lire, écrire, compter sûrement (moins utile en forêt amazonienne que la connaissance de la flore et de la faune), mais aussi connaître les différentes visions du monde, se situer géographiquement et dans le temps, se repérer musicalement et dans l’univers visuel. Le Tout conditionne l’un mais l’un pèse sur le Tout.

2.
L’individu adulte effectue des choix qui peuvent changer. La diversité est une valeur qui doit interdire les discriminations. La recherche de l’égalité des chances n’est pas un égalitarisme absurde, mais la possibilité pour chacune et chacun de développer des activités et des facultés variées. Le travail, l’effort, le dépassement de soi sont des valeurs, comme la capacité à jouir du quotidien. Nous devons sortir d’une crise de modèles liée au news market, surmontrant la bêtise, la veulerie, la plainte de bêtes de cirque exhibées, le caritatif sanctifié sans enquête sérieuse. Le savoir, l’effort, le courage, l’imagination, la liberté d’esprit doivent redevenir des modèles, comme le choix de l’intensité contre la durée insipide. De plus, une société qui prive sa jeunesse de perspectives, d’espoir, de mobilité, qui s’enfonce dans le torticolis rétro et la rapacité des mêmes têtes depuis trente ans nous expliquant qu’ils ont échoué mais qu’on ne peut pas faire mieux, cette société-là est en voie d’extinction dans un grand hôpital ou d’explosion.

3.
Il n’est pas un type de comportement, d’organisation, de vision du monde, qui vaille d’être appliqué universellement. Il faut sortir d’un néo-colonialisme mental qui irrigue des « schémas de développement » appliqués artificiellement partout pour le « Bien » supposé des peuples, alors qu’ils créent misère matérielle et morale ailleurs. La relativité suppose de prendre en compte toutes les options, de choisir, d’évoluer : pas de société parfaite au temps arrêté. Dans ce sens, tous nos comportements sont revus avec le prisme d’un tri sélectif : anciens comportements ou objets conservés ou abandonnés, nouveaux choisis ou rejetés. Voilà le temps rétro-futuro qui s’annonce, notre nouvelle concordance des temps dynamique avec ouverture planétaire : spirale fossile inspirant des vaisseaux virtuels en image métaphorique.

4.
Les deux grands enjeux à venir sont sociaux et environnementaux : socio-ecolo. Comment, d’une part, bâtir des sociétés hors d’un appauvrissement mental et d’une addiction consommatrice sans satisfaction avec, de l’autre côté, l’accumulation insensée de l’argent ? Comment, de l’autre, comprendre que des périls nous assaillent (et les plus modestes en premier lieu) quotidiennement avec les pollutions, la malbouffe ? Comment oublier la destruction vertigineuse des modes de vie, laissant des individus désespérés, acculturés (et tout s’imbrique : ainsi favoriser l’agriculture vivrière contre les monocultures intensives, c’est aussi favoriser des modes de vie multiples) ?

5.
La grande révolution à venir est en fait le réveil des individus en réseau prenant conscience de leur pouvoir sur le « visible », sur leur environnement immédiat. Le niveau local devient l’enjeu fondamental du monde à venir, pas un local fermé sur lui-même et émietté mais un local en dialogue mondial constant : local-global ou micro-macro. Les Etats doivent négocier des pactes planétaires minimaux. Et les individus inventent leurs comportements : veut-on vivre et bâtir à Limoges comme à Lyon, à Pointe-à-Pitre comme à Casablanca ? L’écologie culturelle n’est pas une défense figée du passé folklorique (alors que toutes les cultures sont le fruit de transformations) mais la volonté de vivifier la diversité en permettant la diversification de la diversité sous impulsions individuelles.

6.
Nous passons de la société du spectacle (ère de la télévision) aux sociétés des spectateurs-acteurs (temps d’Internet). Nos actes d’achat comme notre capacité d’informer changent totalement le paysage, dès lors que chacune et chacun a compris son pouvoir. Acheter des pommes ou des soutien-gorge de proximité pour défendre des emplois, une qualité particulière et des savoir-faire a des conséquences directes : consommateurs-acteurs. Alerter sur des censures, des comportements non-éthiques, appeler à des boycotts, crée une démocratie directe salutaire et fait exploser la structure de l’offre d’informations avec des multi-regards.

7.
L’économie est une technique. Nous avons inversé les priorités en mettant les techniciens comme décideurs : la maison doit être construite sous les ordres de l’architecte, pas du plombier. Il faut remettre l’économie sous la volonté politique. Cela permettra de trouver des solutions innovantes, de cesser le faux débat croissance/décroissance pour insister sur des croissances diversifiées, la vitalité de micro-marchés. Il faut aussi comprendre que la séparation travail-loisir n’est pas une dichotomie Enfer-Paradis, car le travail doit permettre la valorisation individuelle : chantier prioritaire pour les syndicats.

8.
Les sociétés sans argent et sans Etat, souvent nomades, doivent être protégées, quand cela se peut encore. Leurs valeurs modestes sont à méditer. En tout cas, il faut cesser ailleurs les héritages des grandes fortunes, injustes, préjudiciables aux héritiers comme à la société. Il faut affirmer l’importance d’entreprises éthiques (et même créer un label), éthiques dans leurs rapports avec les fournisseurs, dans le choix des produits et services, le respect de l’environnement, dans l’organisation de l’entreprise, la réflexion sur l’intérêt et la pénibilité des tâches et la répartition des bénéfices. Parallèlement, les administrations ont obligation de justice et d’efficacité. Payées par l’argent public, elles ont à justifier de la pertinence de leur action (ce qui ne veut pas dire rentabilité) et de justice et transparence dans leur organisation (fonctionnements occultes, concours à vie, absence de sanctions, nature du travail sans importance, mobilité impossible…)

9.
De plus en plus, l’allongement de la durée de la vie pose des questions totalement nouvelles concernant la coordination des âges : concordance des âges. Il faut probablement distinguer un troisième et un quatrième âge, celui de la mobilité et celui de la maladie ou de la préparation longue de la fin inéluctable. Peut-on soudainement déclarer inaptes au travail des femmes et des hommes dont la lucidité, le savoir-faire, sont des valeurs précieuses et qui souhaitent rester utiles ? L’utilité sociale du troisième âge reste fondamentale (travail à temps partiel ou d’intérêt général et familial). Il faut ainsi cesser d’instaurer un couperet social radical jetant à la rue les bras ballants des consommateurs égoïstes ou des personnes isolées survivant tant bien que mal. Quant au quatrième âge, les familles doivent être aidées et accompagnées pour ce qui est souvent une épreuve longue, difficile à assumer en plus de ses propres responsabilités et moralement très déstabilisante. Il serait par ailleurs juste, après consultation médicale, de ne plus donner le droit de vote aux personnes dont la lucidité est altérée –comme les moins de 18 ans ne votent pas.

10.
Diversifier la diversité est un combat pour l’évolution perpétuelle, le mouvement, le changement. Cela suppose plusieurs principes essentiels. Le premier consiste dans l’éducation : une éducation ouverte qui offre des connaissances sur son univers local et permet de confronter des conceptions du monde. Le second principe est de ne pas accepter qu’une religion ou une philosophie impose unilatéralement des attitudes et une organisation à la société. Cela n’est pas partagé partout et nous aurons probablement des îlots, des blocs durs comme les Amishs, mais aussi à plus grande échelle. L’enjeu est alors de permettre des points d’accord pour un Pacte de comportement terrien (réussir à interdire partout l’excision, par exemple, le meurtre ou l’agression armée). Le troisième principe est, dans notre ubiquité constante, d’arriver à viabiliser l’information. Cela induit d’avoir davantage encore de sources pour diversifier ce qui fait événement --de sources s’entraidant en réseau à pointer les rumeurs et les dysfonctionnements – et d’entretenir des professionnels en organes concurrents pour enquêter, valider, propager des analyses variées. La guerre mondiale médiatique est ouverte.

19 · 10 · 2010

Stop aux voleurs d'avenir !

 

(faites circuler ces articles pour développer la pensée plurofuturo, ouvrir les esprits, sortir de la répétition technocratique et de la pensée moyenne sondagière. Non au news market !)

 

En 2005 déjà, je parlais de « fracture générationnelle » à France Inter au moment de l’émission de Jacques Chirac avec les « jeunes ». Cette même année, les éditions Sens & Tonka sortaient un petit essai intitulé Bas les pattes sur l’avenir !. Pourquoi personnaliser ainsi les choses ? Parce que ma génération (je suis né en 1956) aura été celle de tous les sacrifices (jusqu’aux retraites aujourd’hui, si travailler plus est un sacrifice dans mon cas). En ce sens, le malaise actuel perceptible au sein d’une jeunesse sans repère et sans perspective nous est très sensible, car proche du sort qui fut le nôtre.

Nous sommes arrivés dans la vie active à la fin des années 1970, c'est-à-dire juste après que les « baby boomers » ont pu profiter à plein de la croissance. D’un côté, emploi choisi, contestation et musique pop ; de l’autre, chômage, plan Barre et punk. Nous avons regardé la gauche se convertir à l’économie de marché et prendre les leviers lucratifs des différents pouvoirs. Pendant ce temps, nous étions broyés, nous, dans la « rigueur » et la montée du Front national. Aujourd’hui, nous subissons la hausse insensée (1 franc = 1 euro) du coût des produits de la vie quotidienne. Pire, on ne peut plus se loger même avec de bons salaires, sauf à hériter. Et, pendant ce temps, provocation suprême, on ose nous montrer nos nouveaux modèles : des « people » vulgaires incultes, du bling-bling indécent. La leçon envoyée réside à plein dans le cynisme : TPMP (tout pour ma pomme), docilité, veulerie, mensonges et prévarications.

Si seulement l’espoir d’un changement était autorisé. Mais non, nos devanciers (à la longévité physique inédite dans l’histoire) ont eu le culot de battre sans cesse leur coulpe pour avoir cru aux systèmes les plus liberticides, tout en érigeant « no future » en loi. Ce faisant, tenant les postes et le pouvoir sans aucune intention de rien lâcher, ils ont érigé en règle pratique une philosophie de l’aquabonisme : c’est pas terrible, mais c’est le moins mauvais système et, de toute façon, il n’y a pas d’alternative. Bref, bougez pas et laissez-nous nous goberger.

Pareille chape de plomb est d’autant plus insupportable que la France se révèle un des pays les plus cadenassés au monde, tenu par une oligarchie fermée --pas une « élite » (car jamais les savants, les penseurs ou les créateurs n’ont tenu le haut du pavé). On rit de la Corée du Nord mais on ferait bien de considérer la reproduction sociale dynastique en France dans une constipation technocratique. C’est un blocage sclérosant pour nos institutions, notre vivre-en-commun, notre rayonnement, notre économie.

Voilà ce que les jeunes ressentent aujourd’hui, sans toujours l’exprimer clairement, mais avec malaise et dégoût : on se moque d’eux, tout est fait pour les nantis, leur tour n’arrivera jamais car les dés sont pipés, le travail et le mérite sont inutiles. On étouffe ainsi dans l’injustice, sans aborder les grands débats de fond : ascenseur social et éducation, organisation éthique des entreprises, administrations efficaces et évolutives, suppression de l’opposition travail-loisir, passerelles entre les générations dans une conjugaison des âges…

A cet égard, il est un paramètre fondamental qui permet de rebattre les cartes : l’écologie. Disons-le haut et fort, cette question n’est pas un rayon de luxe pour nantis. Les pollutions et intoxications touchent d’abord les plus modestes. De plus, l’écologie, dans sa version scientifique et évolutive, est un impératif de survie planétaire.et un moyen de repenser tous nos comportements. Elle n’est ainsi ni de droite ni de gauche, mais balaie beaucoup de vieilleries bassinées depuis longtemps de l’extrême-droite à l’extrême-gauche : dépassons enfin le XXe siècle et ses échecs sanglants.

Restituons l’espoir. Pas aveugle, pas un schéma parfait inhumain, mais pour redonner du mouvement aux sociétés dans une redistribution de notre monde multipolaire et relatif. Les jeunes de notre pays ont besoin de deux choses claires : justice et mobilité sociale ; remise à plat planétaire de nos comportements dans une perspective environnementale et de diversification de la diversité. Voilà le grand chambardement retro-futuro et local-global. Cessons alors de tenter d’étouffer ce qui commence à sourdre de partout. Cela va traverser les générations et permettre de réimaginer des futurs.

Une société incapable d’offrir des perspectives à sa jeunesse est une société en voie de disparition.


 

(lisez Comment devenir plurofuturo ? en lecture gratuite sur le site du collectif jeune participatif www.fauteuiltronik.com / book. Vous y trouverez un petit livre gratuit pour changer nos modes de vie avec une préface du dessinateur Willem et une postface de l'écrivain-artiste-agitateur belge André Stas. Il est temps d'ouvrir nos perspectives en sortant des faux débats sclérosés : faites circuler, bousculez la cécité médiatique qui fonctionne en modes intellectuelles successives, restituez une politique de la vie quotidienne imaginative !)

14 · 10 · 2010

Une présidentielle pour rien ?

(la photo est un clin d'oeil affectueux --à rebours de nos temps occupés de célébrités de pacotille-- pour Charlotte Paquet-Dumont, veuve de René Dumont, si intelligente et délicieuse personne, venue visiter avec sa soeur Pauline ma cabane à Montmartre)

Une des craintes qui émerge le plus souvent dans cette France en pré-campagne électorale est la peur que l’élection à venir finisse en non-choix. D’un côté en effet, la stratégie apparaît comme un remake gesticulatoire : un coup de barre à droite sécuritaire (avant un coup de barre à gauche jaurésien ?). De l’autre, une sempiternelle affirmation gestionnaire assortie d’un culte étatiste. N’y a-t-il pas là un marché de dupes où nos compatriotes sont considérés comme trop sots pour regarder le monde en face et savoir anticiper les changements ?

Face à cela, l’intérêt de l’écologie réside dans son origine : une discipline scientifique, c’est-à-dire sans dogme, expérimentale. Ainsi, sur ce terrain, nous constatons un phénomène qui dépasse tous les clivages droite-gauche et tous les écologismes sectaires boboïsants. Il s’agit des enjeux de pollutions planétaires. Plus personne n’est à l’abri désormais des pollutions des terres, de l’eau, de l’air. Quand bien même il n’y aurait aucune conséquence sur le climat (débat à la mode), le moindre voyage en montre les effets dévastateurs et fulgurants. Or, qui est touché ? Evidemment, les populations les plus pauvres, soit agglutinées, soit encore dans des modes de vie anciens qui se voient déstructurés par pollution physique et culturelle.

L’écologie intervient ainsi sur des questions éminemment sociales : un socio-enviro ou un socioecolo. Même la surconsommation ou la malbouffe, la perte des repères, touchent d’abord les plus modestes. Voilà pourquoi un des grands enjeux à venir réside dans un nouveau dialogue à instaurer entre le local et le global. Pas d’intervention sur les périls collectifs sans accords planétaires concernant des enjeux minimaux. Pas de changements planétaires sans prises de consciences locales de consommateurs qui doivent devenir des consommateurs-acteurs. Non plus des spectateurs (à l’ère télévisuelle) mais des spectateurs-acteurs au temps d’Internet : le passage d’une société du spectacle aux sociétés des spectateurs-acteurs.

Voilà ce qui devrait être un des premiers enjeux forts de l’élection à venir : affirmer la nécessité d’une reprise en mains de l’existence de chacune et chacun par des engagements locaux. A l’ère de l’ubiquité entre ici et partout, nous avons un pouvoir considérable sur le « visible », sur ce qui nous entoure, sur ce qui est à portée de vue. Micro-marchés, économies de niches, éducation, valorisations culturelles, structuration d’entreprises éthiques, solidarité entre générations, administrations efficaces et évolutives, combien d’enjeux fondamentaux peuvent trouver des solutions simples et immédiates ?

A la structure nationale, à cette fédération d’initiatives à l’ère de nos identités imbriquées, de porter les consensus de notre vivre-en-commun vers des mouvements planétaires permettant préservations de la Terre et diversification des diversités, c’est-à-dire conscience d’un devenir commun et ouverture des choix de vie individuels.

Il ne sert à rien d’annoncer l’Apocalypse tous les quatre matins. Il est malhonnête parallèlement de faire croire que notre société fonctionne de la moins mauvaise manière possible. Une génération, qui s’est trompée sur tout –le gauchisme liberticide puis le capitalisme cynique—tente depuis 20 ans de priver les générations suivantes de toute perspective. Il est temps de restituer l’imagination et de proclamer les vertus de l’évolution. Si le « progrès » est battu en brèche comme état béat parfait résolvant tout (sociétés inhumaines d’arrêt de l’histoire), le mouvement reste une valeur comme la volonté de ne pas accepter l’inacceptable et donc de perpétuellement chercher des solutions pour changer.

Halte aux kidnappeurs du futur ! Restituons la faculté de bâtir notre vie hors des résignations et des dépressions --par fatalisme dynamique. A cet égard, soulignons à nouveau les vertus primordiales de l’écologie culturelle. Au lieu d’imposer à la planète un modèle occidental très imparfait et aux échecs moraux patents, ayons l’intelligence de regarder dans toutes les sociétés ce qui fonctionne, de prendre nos inspirations partout et de ne pas avoir peur d’inverser nos regards. Le temps du retrofuturo est arrivé, du tri sélectif, sans à priori, de façon pragmatique. Ce qu’il faut garder (la concurrence), ce qu’il faut supprimer (l’accumulation exponentielle non redistribuée). Ainsi, nous agirons dans tous les domaines sur les questions morales qui sont au cœur de notre siècle.

L’écologie culturelle est une façon de défendre des comportements et des croyances variés. C’est aussi une manière d’unifier les humains autour de consensus minimaux destinés à leur survie collective et à ce qu’ils considèrent comme une morale collective de base (le refus de l’excision, par exemple).

Si un rendez-vous cataleptique comme une élection présidentielle en France ne sert pas à rebattre les cartes et à s’ouvrir vraiment au monde multipolaire qui se dessine, à quoi bon ? Faut-il remâchouiller un nationalisme racorni qui a montré ses échecs sanglants ? Faut-il singer des révolutions pour substituer un pouvoir à un autre plus dictatorial encore ? Faut-il faire de l’écologie une nouvelle religion comportementale où, au lieu de commencer à prendre en main sa vie et celle de son entourage, on obéit sous la peur à des diktats dans un grand hôpital planétaire uniformisé et bien-pensant ?

Profitons des échéances à venir pour entrer dans de vrais débats, restituer un avenir à la jeunesse, ne pas croire au monde parfait –inhumain—mais sans cesse perfectible, pour clamer notre pouvoir local-global et nos choix retrofuturo dans des perspectives résolument pluralistes et inventives. La justice et l’environnement sont les deux enjeux du monde à venir. Ouvrons les yeux.

(allez lire plurofuturo sur www.fauteuiltronik.com  / book)

02 · 10 · 2010

conférence de presse - REVEILLONS-NOUS !

 

Je fais une conférence de presse le jeudi 14 octobre 2010 à 10h30 au cinéma Reflet Médicis (3 rue Champollion à Paris). J'y lance le "cinéma espresso", ces 5 longs-métrages réalisés grâce à la Métropole Rhin-Rhône. Utilisant les techniques numériques maintenant à notre disposition, il est une sorte de nouvelle Nouvelle vague, permettant de tourner pratiquement sans producteur, à équipe minimale (2 personnes) et dans des temps très courts (deux semaines) des films ambitieux (avec un long travail de montage et de préparation).

C'est un moyen d'échapper aux formatages imposés partout et de laisser s'exprimer des réalisateurs du monde entier, même dans des pays à très petits moyens. Nous avons en effet besoin de cette bouffée d'air pour régénérer le cinéma dans toutes ses formes et pour tous ses supports, de la projection sur grand écran (qui reste une part essentielle et constitutive) aux diffusions sur le Net.

Je parlerai aussi des 5 livres en vente sur ce site et du lancement de celui sur www.fauteuiltronik.com, consacré à donner des perspectives aux jeunes pour la vie quotidienne et le futur, face aux voleurs d'avenir nous rabâchant leurs échecs et leur impuissance depuis 40 ans. Il est temps d'ouvrir les yeux sur notre planète mutante, même dans un pays moisi. Le film "L'info est-elle comestible ?" sera projeté à cette occasion.

Bref, du "lourd", résultat de décennies de travaux. Je ne crois pas me livrer à nouveau à ce déshabillage public. Donc, soyez là !

 

post-scriptum : je ne surveille jamais les statistiques d'habitude et là, jetant un oeil tout en sachant les visites nombreuses et régulières, je constate que ce site a été regardé le mois dernier par 48 pays de tous les continents. Cela fait plaisir en indiquant que nous allons peut-être sortir de la chape de plomb...

17 · 09 · 2010

La Cinémathèque enterre le cinéma ?

 

 

Voilà la vitre derrière laquelle était Jean-Pierre Léaud. Je me suis retrouvé à côté de lui à la sortie de la cérémonie en hommage à Claude Chabrol. Il était égaré, pas rasé, chouinant quelques mots à un journaliste qui l’avait reconnu. Il est parti devant moi, petit, silhouette de guingois, clone éploré de Truffaut, de grands cheveux de sorcière teints. Touchant. Je n’ai pas voulu l’embêter, le photographier avec mon portable quand il se trouvait à 20 centimètres, percer son désarroi, ni quand la silhouette noire un peu boulotte claudiquait pour s’enfuir dans une voiture. Voilà donc la vitre qui cachait Jean-Pierre Léaud.

On eut vraiment le sentiment d’un monde s’enterrant lui-même avec ce cercueil devant les mots « Cinémathèque française ». Un cinéma disparu, un rapport au cinéma évanoui, Langlois et Mary Meerson et Lotte Eisner momifiés.

Traffic de cercueil à la Cinémathèque ?

Claude Chabrol n’était pas mon cinéaste de prédilection, sorte d’Hitchcock dilettante, parfois un peu obsessionnel et bâclant. Mais sa causticité me plaisait, son indépendance d’esprit aussi et sa verve anti-normes et régimes. Il vivait et défendait la liberté. Il aimait le cinéma, trouvait des plans et des répliques malicieusement ou violemment.

Pendant une période, nous achetions notre journal à la même kiosquière titi parigote place de la République tous les matins. Et nous trouvions une réflexion de circonstance : très jovial comme très secret. Je l’ai retrouvé plus tard mais ce n’était pas aussi drôle que ces happenings matinaux, cette rivalité en causticité sur n’importe quoi, du détail à l’actualité.

Plus que lors de ses interventions à la télévision, Isabelle Huppert fit un très intelligent et sensible discours. Et je partis dans mes fantômes, tandis que la Cinémathèque servait d’église pour enterrer une génération, symbolisée par Jean-Pierre Léaud en deuil et en fuite.

Alors, je crois qu’il est temps de lancer une nouvelle Nouvelle vague faite de celles et ceux, passionnés d’images à travers le monde, tentant encore, ouverts à toutes les techniques et les expériences, qui ne pensent pas que filmer c’est exercer une profession.

Le cinéma vivra d’être bousculé, enragé, possédé, par celles et ceux qui auront beaucoup vu.

28 · 08 · 2010

Oui, 5 livres édités en ligne pour agir !

 

PARLEZ DES VRAIES NOUVEAUTES !

Regardez la rubrique "livres" de ce site Internet (consulté le mois dernier dans 48 pays répartis sur tous les continents --ce qui fait plaisir). Vous verrez que vous pouvez désormais commander cinq ouvrages, soit sur papier, soit en téléchargement. Roman et essais, ils se veulent des guides de nos temps qui changent. Avec exigence, ils montrent que des contenus longuement travaillés peuvent apparaître sur la toile. Parlez-en, signalez-les, car c'est ainsi que des réflexions indépendantes se diffuseront. D'accord ou pas d'accord, voilà en effet qui est plus important que beaucoup de billevesées encombrant les libraires. A vous de faire l'événement.

Le troisième volet de L'Homme planétaire, intitulé mixplanet, est actuellement asapté sous forme de bande dessinée par l'artiste chinois Ye Xin.

Et puis cinq longs-métrages seront diffusés (conférence de presse le 14 octobre 2010 au cinéma Reflet Médicis à Paris) : "cinéma espresso". Là encore, des pensées et des produits non formatés trouvent des moyens d'expression à relayer en France et à l'étranger. Sinon, le Dictionnaire mondial des images va sortir en édition de poche le 9 novembre en librairies (éditions Nouveau monde, diffusion Gallimard-SODIS). Enfin, je viens de finir cet été un ouvrage de synthèse Comment devenir plurofuturo ? [petit guide de l'avenir] avec un dessin de Willem en préface et une postface d'André Stas (joyeux camarades), qui démarrera le travail d'un jeune éditeur : www.fauteuiltronik.com.

Le cadavre bouge donc encore...

26 · 07 · 2010

miscellanées d'été

Ici, c'est l'été. Ou cela devrait. Par habitude, on veut paresser et la pensée se fait confettis. Bribes qui se superposent. Une giclée de bonheur au musée du Bardo à Tunis où ces mosaïques, destinées à être piétinées, nous font imaginer la qualité des peintures disparues. Images dans les images.

Des claques visuelles aussi en voyant Dreamlands au Centre Pompidou, impertinente variation sur l'art et la ville comme parc d'attraction. Enfin quelque chose de décapant, hors monographies et thématiques "blockbusters" ressassées. Désormais, je vois des cabanes partout : le squatter japonais Kawamata a développé ses petits bubons, ses pustules, ses chrysalides, ses cabanes précaires, dans et sur le bâtiment du Centre. Sympathique. Pourtant, pendant ce temps, on n'en finit plus de constater une parole politique décrédibilisée. Les Français aiment qu'on leur mente (la "rigueur" de Mitterrand sous Mauroy), mais jusqu'à quel point dans l'aboiement tous azimuts et contradictoire ? Tant que quelqu'un n'aura pas eu le courage de faire comprendre que les périls environnementaux touchent les masses en priorité et que la morale veut qu'écologie et justice sociale marchent de pair, que l'acculturation crée des consommateurs passifs manipulables et que la mondialisation n'est pas l'opposition concurrentielle des peuples mais la compréhension d'enjeux communs, on bidouillera du conservatisme injuste dans son coin pour contrée moisie. J'exècre en effet ces mensonges généralisés, partout, pour garder ses petits privilèges. Je me méfie aussi de l'odeur de boue pourrie qui sort de politiques et de médiateurs déconsidérés. Il faut tout secouer clairement, car nous avons des perspectives.

Promenons-nous chez Prévert et Trauner et André François, aux confins du Cotentin, quand la campagne grasse et bocageuse vient lécher la mer, tout près de la centrale barbelée de la Hague. Quel contraste. Fait frémir.

J'ai fait provision de G.K. Chesterton pour la plage. Fumé un cohiba dans ma cabane, près de la menthe d'Alice Debord rapportée de Champot, tandis que la politique-news se pousuit au dehors : au lieu d'imposer du sens sur le long terme, on surréagit à n'importe quoi dans tous les sens au jour le jour, en jeune chien fou excité par la moindre feuille qui bouge. Toute lisibilité durable est perdue dans ce populisme échevelé. Qui osera tracer des voies courageuses et rétablir la valeur de la réflexion, de l'effort et du savoir ?

Et puis, disons-le, nous sommes toutes et tous des Roms, des Gitans, des gens du voyage. Quelles sont ces sociétés aberrantes qui encouragent un tourisme de masse, des produits envoyés à l'autre bout du monde sans raison si ce n'est le profit immédiat, qui ne cessent de parler, lire et regarder ailleurs, dans une ubiquité totale, et veulent interdire les modes de vie nomades ? La circulation du commerce mais pas la liberté des individus, pas le respect de savoirs différents en fonction de son mode de vie. Non, il faut asservir et normer. A suivre.

13 · 07 · 2010

une cabane

Une cabane n’est pas une maison. Une cabane, cela perche dans le Colorado à deux jours de marche de tout habitat, au fond des calanques, ou dans les jardins ouvriers de Berlin Ouest enserré par la guerre froide. Il pleut sur une cabane. Il pleut du soleil, il pleut une bruine regardée du pas de porte. Il pleut toujours, même des étoiles, mais on est DANS la cabane, à l'abri, replié(s). Une cabane est une grotte isolée. Car une cabane, c’est plus rustre qu’une guer mongole ou une case sur pilotis en Amazonie ou au Laos, même qu’une boite de survie collective bricolée dans un bidonville de Mumbai.

Chassons cependant sans délai les mauvais esprits et les erreurs de jugement : loin, loin, la puanteur vernissée des rengaines au Canada, fleurettes comprises, et les pissotières « au fond du jardin ». Sophistiqué chalet ou vulgaires planches. Pas des cabanes.

Une cabane sert à jardiner ou à chasser ou à penser en fumant la pipe dans l’ondée et la rosée. Il y a peu de choses dans une cabane. Quelques instruments (couteau, fusil, jumelles, sécateur, pelle, ouvre-boîte...). Quelques lectures de survie : manuel de pêche, Thoreau ou Walt Whitman, spécialement Feuilles d’herbe dans l’édition de 1909 avec un envoi du traducteur, Grey Owl et ses castors du Saskatchewan, Winsor McKay, un album sur la campagne anglaise, une visite à Claude Monet, des promenades chamaniques, Les Cent vues du mont Fuji... Des provisions de bouche aussi, qui rapprochent du marin en plein océan et du campeur égaré dans le Chiapas : sardines, pâté Hénaff, parfois terrine d’écrevisses ou bocal de ratatouille.

On est un peu hébété dans une cabane. On peut s’asseoir sur un tapis et des coussins berbères sales et élimés, discuter pour un pow-wow à la lueur vacillante d’une lampe la nuit, à deux-trois, sous les comètes. Boire du thé brûlant ou une lampée de whisky, tirée d’une flasque. On boit peu. On boit sec. Ca racle. Gorgée après gorgée.

Dans une cabane, tout incube. Les maladies comme la méditation.

Je viens de finir d’installer ma cabane en fond de cour-jardin à Montmartre et j’ai l’intention de m’y retirer. D’y partir. De côtoyer Conrad ou London, de cracher avec Villon. De détourner la ville avec un cube d'imaginaire précaire, mobile, humant le bois, la résine. Une cabane se greffe n’importe où, surgit à contrepoint.

Peut-être pour me taire. Peut-être pour inviter. Peut-être pour y jouer avec mon dernier fils. Peut-être pour tresser des chroniques, des chroniques de cabane. Cela risque de me rendre encore plus bizarre et atypique par rapport, non pas au monde qui nous entoure, mais à son interprétation convenue.

En effet, je ne VOIS décidément pas comme mes contemporains. Détestant autant l’abscons radical et protecteur que la bouillie imprécise, récupératrice, inculte, molle et sale, qui étouffe tout, surtout les quelques besogneux avec conscience.

Je me reconnais pourtant en quelques-unes et quelques-uns, partout, hier, demain. Dans ma cabane, je peux bouder. Mépriser. Cesser de me répandre devant la médiocrité et le vol. Dans ma cabane, je regarde en oiseau planeur. Je fume ou je rêve que je fume de l’Amsterdamer au pain d’épices. Dans ma cabane, je suis loin, près des grands lacs et des coureurs des bois, de la mousson et des Yaos avec du thé de forêts primaires à si longues feuilles et jus ambré.

On va trouver certains de mes livres en ligne (cinq). Je me soucie de la diffusion des films, jusqu’au dernier au Mali (minimal et théorisant la vanité des images). Et prépare des séquencettes avant un long-métrage de fiction. La cabane n’est pas un cercueil-express pour retraite avancée… Une éclipse juste, une bouffée d’air, un coma.

Faut-il y clouter une poire à poudre et vivrai-je assez pour en faire un tour complet ? Pas sûr. Regardons ailleurs.

01 · 06 · 2010

Yesterday Chomsky

I heard Noam Chomsky yersterday and was very disapointed because I felt this was a yesterday way of thinking. Chomsky still lives in a capitalist-marxist world, even if he likes Bakunin : one global world against another global world. One unique model against another unique model, both built by Europe and North America.

This monotheist way of thinking is out. The struggle is now between the capitalist/industrial model against many other ways of thinking coming from all over the world by mutant people.

It is a matter of fact that nowadays, in the age of Internet, we do live in a new world, a ubik world. The real choice is between one global economy/one global way of life against pluralists ways of thinking and living : one productivist and anti-democratic business against various ways to protect nature and cultures, to move and experiment. In this local-global and retro-futuro perspective, everyone everywhere is able to change her or his life. Then everyone, from Lao jungle or Mali, is as interesting and valuable as an intellectual from Philadelphia. Everyone is able to choose micro-economics and reject many aspects of global attitudes. Everyone speaks all over the world to stop this non-sense, these global ecological dangers.

That is our new relative world. The World of Relativity that pluros-futuros build. A non-stop moving world. A world of bio-diversity, economico-diversity, politico-diversity, culturo-diversity. No perfection. Create yourself everyday. Learn to choose. And change.

 

P.S. I am very sorry because, these days, you don\\\\\'t see many new material on this website. In fact, I am just working to publish 5 books that you will be able to buy on-line (novels and philosophy). I am also finishing 5 movies (1h45 each) of what we call "cinema espresso" about important questions of our moving world. They have been prepared in Europe, in Japan, in Mali and in India.

Above, a picture of "los pueblos indigenas Triquis"  in the independant city of San Juan Copala Oaxaca (Mexico). Independant for a while or for a long time ? With others ?

12 · 05 · 2010

Vieilleries

Un âge advient où nous nous mettons à penser que nous réalisons beaucoup de choses pour la dernière fois. Certaines ou certains ne le supportent pas. Pris par cette déréliction de bonne heure, j’ai toujours fait l’effort d’aller voir le bout de la rue à Valparaiso, persuadé que j’étais de ne plus jamais y retourner. D’autant que je n’y suis jamais allé.

J’ai ainsi rencontré des personnes en les imaginant mortes sous peu. Et elles sont mortes. Non, ne fermez pas votre porte, d’autres vivent. Je suis même capable de dire mon affection ou mon admiration à quelques-unes ou quelques-uns.

Mais le pire du passage du temps, celui de la plus sombre mélancolie, tient au fait de savoir que des situations n’existeront plus. Ta cervelle se charge tout soudain de pluie. Tes pieds pèsent comme les colonnes d’un temple. Tu ne penses plus qu’à des morts. Tu parles aux morts.

C’est l’acide sulfurique qui ronge nos plaisirs journaliers.

Aujourd’hui, j’ai visité ma tante de 107 ans. Un pavillon "moderne", ce qui veut dire moche et géométrique. Des couloirs labyrinthiques déserts et trop chauds. Des portes ouvertes avec un gisant râlant, nu, ou une vieille en peignoir échevelée, qui se cache. Une folle vous colle pour dire qu'on lui a volé sa chambre.

Ma tante dormait paisiblement, ne voit plus, entend difficilement, ne se déplace pas. Que faire ? Continuer ce néo-coma ? Abréger ?

Le vieillissement général de la population nous pose des questions inédites. En dehors de la question matérielle de la transmission du patrimoine –s’il y a—, qui advient désormais lorsqu’on n’en a plus besoin, car je pense toujours qu’il faut supprimer l’héritage (sauf une somme forfaitaire égale à prendre quand on veut dans la vie).

Non, la question est morale et sentimentale. Donc beaucoup plus cruelle. Elle concerne les autres et soi-même.

Il existe une injustice de la retraite. Injustice financière avec des vieux pauvres et des jeunes-vieux qui sillonnent le monde.

Injustice aussi dans l’état physique et mental : corps et esprits détruits ; âmes en peine de personnes en pleine santé physique et mentale soudain jetées à la porte. Il est probable qu’entre 55 et 80 ans il faille trouver des formules à la carte avec du temps aménagé. Cela doit se faire dans une pensée nouvelle de l’organisation du travail, de l’image du travail, de la notion d’utilité sociale, où le bénévolat entre en ligne de compte. Pas de travail-bagne et de loisirs-paradis de la consommation.

Et puis reste le regard sur ce qu’est un être "fini"/désintégré. Au-delà de notre terrible épidémie de cancers, quel intérêt de faire durer les absents ? Quelle torture pour les familles de voir des êtres aimés se déliter mentalement et physiquement, jusqu’à devenir méchants ou inertes ?  Si le degré zéro de conscience apparente (le « légume ») est abordé, la méchanceté de vieux aigris est occultée.

Soi-même, souhaite-t-on devenir un boulet pour ses proches en étant l’inverse de ce que l’on a pu montrer ? Comme Debord, il faut avoir la lucidité d’arrêter. Garder sa dignité. Préserver autrui.

Mais les autres ? Piquerons-nous ces vieux venimeux ou bavouillants ?

Ce qui est sûr est qu’il faut arrêter d’écraser la jeunesse par des puissants séniles s’accrochant à leurs privilèges de façon pathétique, regrettant sans cesse hier. Et cesser aussi de voir des intelligences vives se promener les bras ballants dans la rue, fantômes hagards, sous prétexte que l’âge fatidique est dépassé. Chômeurs du temps. Une nouvelle concordance des générations est nécessaire.

Elle s’accompagnera sûrement de solutions diversifiées des fins de vie où la mort ne sera plus taboue --comme dans beaucoup de sociétés à travers le monde.

04 · 05 · 2010

Têtes réduites

Méfiez-vous toujours des évidences, des bonnes consciences, des saints et des gourous. Préférez les imparfaits et inversez les raisonnements. Respirez. Respirons. Osons être à contre-courant. Bancals mais honnêtes.

Deux exemples : la contrition mémorielle et la restitution des œuvres d’art.

Qui aujourd’hui justifie les génocides, les massacres, les horreurs ? Seuls les tenants des guerres saintes, des éliminations ethniques. Mais attention quand même : ils y croient et succèdent à une longue lignée de rétros. Ils se voient même comme les derniers héros du don de soi. Ils méprisent les sociétés « molles », décadentes face à celles de l’idéal. Les combattre suppose de choisir les moyens. En dehors d’une police planétaire pour éviter les expansions guerrières, le meilleur est peut-être de brandir d’autres images, d’autres façons de faire, d’autres courages, d’autres visions. De montrer que le devenir, la passion, l’épanouissement, la découverte, l’invention, l’humour sont ailleurs.

Il n’empêche, en Europe, des monos-rétros se sont acharnés à la fin du XXe siècle à vouloir corriger l’histoire, dans un torticolis rétro. Ce fut sensible sur la question de l’esclavage pris dans son unique dimension du commerce triangulaire entre Europe-Afrique-Amérique, en oubliant l’esclavage intra-africain, celui vers les pays musulmans ou à partir de l’Asie. Cela est vrai aussi concernant la volonté d’extermination des juifs d’Europe par les nazis : « la solution finale de la question juive », propos de la conférence de Wannsee le 20 janvier 1942, expression qui est d’ailleurs la seule non anachronique, contrairement aux mots « Holocauste » (utilisé dans le monde anglo-saxon) ou « Shoah » (en France), postérieurs.

La repentance est inopérante. Etrange pratique de nos sociétés, comme un achat d’indulgences. Au Japon, on reconstruit. Après 1945, on s’inspire du modèle vainqueur considéré comme plus opérant. De toute façon, la génuflexion, les offrandes lacrymales pratiquées par les criminels, sont un cautère sur une jambe de bois. Qui peut vraiment pardonner l’impardonnable ? Imposées aux générations suivantes, cela n’a aucun sens et est même injuste. Chacun est jugé sur ses actes propres.

Désormais, il est donc temps d’un travail d’histoire, répondant à un besoin de repères. Ces repères doivent continuer à être discutés et enseignés. Parallèlement, les crimes de nos sociétés européennes deviennent de plus en plus d’une autre nature : injustices sociales croissantes, fragilisation morale avec des individus assistés pour être mieux manipulés et destructions environnementales. Nous pourrions ajouter --sans que cela soit un crime-- absence de vraie démocratie de l'information au niveau planétaire dans notre guerre mondiale médiatique.

Dans d’autres sociétés, il s’agit encore de coercition religieuse, d’absence de liberté politique et de mœurs contraintes ou de guerres et d’agressions qui apparaissent de plus en plus systématiquement comme des crimes contre la communauté humaine. Les femmes ou les homosexuels subissent en certains endroits des pratiques cruelles et injustes. Parfois, il s’agit simplement du fait que la différence n’est pas possible dans une micro-communauté. Voilà la nécessité d’un Pacte terrien évolutif, qui n’impose pas les règles de la bonne conscience occidentale, mais rebatte les cartes et oblige à examiner toutes les questions de différents points de vue, même la peine de mort ou l’absence de liberté politique.

Pour enfin une explosion comportementale ? La constatation de nos identités imbriquées ? Une démocratisation grâce à Internet ? Des sources plurielles ? Ou des volontés de tout contrôler et d’accroître l’exercice de consommateurs passifs ? La dispersion des modèles avec des îlots autarciques ? Je n’ai cessé d’écrire que la mondialisation, avec ses tendances à l’uniformisation, créerait ipso-facto des réactions grégaires de sociétés figées vivant en blocs, tandis que le grand combat à venir pour les autres serait entre le modèle de la diversification et celui de la robotisation, des clones.

Dans l’état des sociétés actuelles, les monos-rétros se fixent ainsi sur un aspect d’hier pour n’en plus changer. Les rétros-futuros choisissent, trient. Les pluros-futuros y ajoutent une exigence de diversité fondamentale dans leur conception du monde : ils cherchent à ce que personne ne se ressemble, considérant l’altérité comme une richesse et comme une exigence. Nous, pluros-futuros, défendons l’altérité, moteur du devenir.

La restitution des œuvres d’art participe du même phénomène. Le principe paraît indiscutable. Mais la réalité l’est moins. Les objets ont circulé de tous temps sur la planète, créant des influences multiples (les « routes de la Soie » étant un des plus célèbres exemples). De plus, les frontières ont changé. Appliquer aujourd’hui un nationalisme artificiel à des œuvres ou objets considérés comme artistiques est aberrant. La France va-t-elle faire rapatrier tous les objets fabriqués sur son territoire et désormais aux Etats-Unis ? Va-t-elle réclamer de l’argent pour les travaux scientifiques et les fouilles réalisés outremer ? Va-t-elle monnayer ses inventions et leurs utilisations, comme la photographie ? Les historiens du Sénégal, eux-mêmes, considèrent la phase coloniale comme un temps de leur histoire avec ses aspects positifs et négatifs. Ils se réjouissent des objets sauvés, des traces photographiques, des films réalisés. Quant à l’Egypte, qui regorge d’œuvres antiques, n’a-t-elle pas beaucoup gagné en images (et en tourisme) à être une des civilisations les plus répandues dans le monde ? Le chantage à l’histoire dans les institutions internationales n’a jamais servi qu’à renforcer des personnalités corrompues et à engraisser des pouvoirs autoritaires sans que rien ne parvienne aux peuples.

Le temps d’une pensée envisageant un patrimoine commun est donc venu, d’une conservation partagée. Il importe que les pièces puissent circuler. Il est fondamental qu’elles soient visibles sur le Net. La planète est un bien commun. Nous sommes responsables des Bouddhas de Bâmiyân comme de la défense de l’époisses au lait cru.

Notre temps doit être un vrai temps d’échanges, de partages, d’inversion de points de vue. C’est un monde singulier-pluriel que nous voulons bâtir --refusant les pièges idéologiques du passé-- où chaque individu parle et est responsable du tout.

 

24 · 04 · 2010

é - pa - nou - i

Déjeunant frugalement avec un ami sagace qui ne m'avait point aperçu depuis longtemps --qui a un "oeil" de surcroît, un photographe-- je me suis entendu dire à plusieurs reprises une sentence dont je ne suis toujours pas remis : je te trouve  é - pa - nou - i . Pas épanoui, bêtement et sec, court et définitif, non : é - pa - nou - i.
 
J'avoue que cela rassure et fait plaisir, alors qu'on se sent très fatigué, de paraître heureux dans le regard d'un autre. Avais-je le sourire bonhomme et mécanique du dépressif juste avant de se flinguer ? Nenni : é - pa - nou - i , vous dis-je.
 
Pourtant, je reste un naïf pragmatique, refusant la combinazione. De plus, imaginez-vous que, depuis l'enfance, l'injustice m'est insupportable et me mets dans des colères épileptiques. Alors, vous imaginez le décalage avec la société qui m'entoure... Petit à petit, j'ai appris le mépris. L'indifférence pour les cloportes m'est venue en voyageant loin. Alors : é - pa - nou - i .
 
Tiens, un certain Bertrand Tillier découvre que des artistes de gauche pouvaient faire des dessins antisémites pendant l'affaire Dreyfus. Naturellement, il ne cite aucunement mes travaux sur le dessin de presse (ni d'ailleurs ceux sur l'art de son collègue d'université Philippe Dagen). Tillier, vous ne le connaissez probablement pas. Il n'est ni pire ni meilleur que d'autres (et réalise des textes plutôt sérieux, même s'ils peuvent sembler parfois trop anachroniques, liés à notre actualité d'aujourd'hui, pour vendre ses thèses). Son exemple illustre cependant la dérive actuelle du travail scientifique vers l'aimant médiatique.

L'oubli, l'inculture et le manque de scrupules développent en effet une vague de petites frappes prêtes à tout. Déjà nos "nouveaux philosophes" sentaient le racorni marketing en découvrant les méfaits du communisme d'Etat à la fin des années soixante-dix. Maintenant, c'est la foire d'empoigne pour des récupérations tous azimuts. Bon, ils en seront encore à ramasser nos crottes, que nous seront loin... Eéé - pa - nou - iiiiii.
 
Me voilà à Dijon. Temps radieux. Je m'octroie une des rares terrasses farniente de l'année. Place centrale, blanche sur ciel bleu, face à la mairie. Quelques copeaux de lomo, bien peu bourguignons, mais bons. Et puis un essaim apparaît à gauche tandis que personne ne bouge. Un gros essaim avec des bourdons à caméra et des perches à micro, façon bataille de San Romano. Une Reine se déplace entraînant toute la troupe énervée, affairée, bruissante, électrique. Et stengin monstrueux avance. D'un seul coup, ne vlati pas qu'il fonce vers notre groupe de tables. Je frémis, prêt à gicler, m'enfuir pour échapper à la mêlée.
 
Mais ouf, la Reine, longue, filiforme, bronzée, dents blanches et sourire scotché, brushing et laque, sort de la meute qui se dispose en haie et mitraille. Mitraille rien. La Reine n'a rien à dire. Elle parade, fait semblant de serrer les paluches de copains inconnus 2 secondes avant, bise des femmes anonymes comme de vieilles tantes. Et ça prend des images. Des images de rien. Puis l'essaim part dans le brouhaha vers une rue à droite.
 
On me glisse qu'un certain Villepin est en campagne électorale. Eé - pa - nou - iiiii. Je crois que je vais me taper une andouillette aux graines de moutarde. Eé - pa - nou - iiiiii.
 
Voilà. Encore une erreur de casting. Où sont les déchets ?

Ce faisant, s'inaugurait à Dijon une très grande manifestation culturelle titrée "Tout garder ? Tout jeter ? Et réinventer ?". Elle met en réseau d'avril à septembre quelque 100 événements différents dans la ville sur ce thème fondamental quant à l'avenir de nos sociétés. Je lançais avec Othello Vilgard le film Où sont les déchets ? tourné en Inde, un long poème entre rêve et cauchemar du "cinéma espresso".
 
Epanoui ? En tout cas dégagé, sachant ce qui est accompli, s'occupant de l'essentiel. L'heure est au tri sélectif , parmi les personnes, parmi les événements. Profitant de tout, ne se satisfaisant de rien.

21 · 04 · 2010

La mode du disparate

Le collage, le ready made, le cut up, le détournement furent assurément des caractéristiques majeures du XXe siècle. Une forme d’insolence face aux produits industriels que Picasso et Braque utilisèrent tôt dans le cubisme. D’une façon nonchalante, le groupe de Bloomsbury sut user du dépareillé, de la récupération, entre brocante et réinvention. Voilà ce qui hante nos temps.

Non pas, comme on l’a cru à tord, un post-modernisme, car le modernisme contenait en lui-même son auto-dérision entre Dada et pop-art. Ni même une vague de compilations nostalgiques (parfois vomitivement kitsch comme celles du décorateur Jacques Garcia). Mais une forme de concordance des temps et des civilisations. Au moment où le portable hante les steppes et les savanes, le tissu dogon se propage, même fabriqué en Chine.

L’interpénétration devient patente, tandis que le « second hand » ou third, ou fourth… permet de recycler. La consommation à outrance d’un « nouveau » pas si nouveau arrive à son terme. Nous pénétrons le temps du choix, qui peut être aussi celui du mouvement et du caprice.

Chacune et chacun diversifie la diversité. Voilà vraiment notre ère rétro-futuro et locale-globale, où nous allons pouvoir nous déterminer et évoluer. Plus que jamais "pluro-futuro". Amusons-nous. La mort arrivera assez vite.

Il fait bô...

21 · 04 · 2010

Les vertus de l'ingratitude

Depuis plus de dix ans, j’aurais dû quitter le pays où je suis né. Donner des cours dans les universités américaines, par exemple, là où j’ai fait des conférences, ou me laisser tenter par les sirènes du Brésil, pays que j’apprécie tant et où j’ai monté un congrès mondial de musées en 2004. Mais, autant mes voyages sur tous les continents ont construit ma pensée, autant je suis malheureusement un casanier affectif.

 

De plus, étant peu courtisan et ayant toujours privilégié l’indépendance d’esprit, je l’ai payé cher –au sens propre. Mes amis me parlent --pas plus tard qu’hier-- de quarantenaires médiocres occupant des postes à 5000 euros par mois et j’hallucine. J’ai passé ma vie à travailler gratuitement, à aider bénévolement, à publier pour ne strictement rien toucher comme argent. Je rembourse désormais avec difficulté un prêt immobilier dans une ville (Paris) où la vie quotidienne est très chère. Bon, on ne va pas pleurer dans les chaumines, quand d’autres basculent dans la clochardisation. Mais c’est injuste et usant.

 

La formidable chance de tout cela est que cette situation me laisse totalement libre. Libre vis-à-vis de celles et ceux qui se trompent depuis 40 ans, virevoltent au gré des modes et nous rabâchent quelques idées marketing, pour garder le pouvoir et l’argent. Totalement libre politiquement, n’ayant jamais eu aucune carte et même indemne des médailles dont on vous plastronne à peine la sénilité arrive. De surcroît, n’émargeant à aucun média, je puis rester parfaitement indépendant dans mes analyses, sans entrer dans ces jeux pervers de haines-copinages qui n’ont jamais le fond comme mobile. Enfin, j’ai réussi à choisir les étapes de mon parcours : histoire contemporaine, cinéma, écologie. Et chacune fut une vraie immersion, permettant de bouger les lignes.

 

C’est bien sûr l’inverse de la technique actuelle : les pragmatiques adeptes du saut de puce professionnel et de l’imperméable (tout me glisse dessus, je me fous de là où je suis et de celles et ceux qui m’entourent, je m’occupe seulement de limiter les risques et de rebondir plus loin). C’est la nouvelle stratégie du TPMP : tout pour ma pomme. Idées, souci social, œuvre, aucun intérêt : ma carrière et mon confort. Les crises nivèlent et forment des esclaves dociles. Très français. On administre.

 

Je suis et resterai à l’inverse de tout cela. Il m’a fallu attendre et souffrir longtemps pour comprendre mon inadéquation avec l’époque. Désormais, mes proches n’en voient que des avantages : cette façon de penser différente, en prise avec le monde, ouverte, intéresse et correspond parfaitement aux sociétés de spectateurs-acteurs se développant sur notre planète multipolaire. La philosophie de la relativité, les humains pluriels, l’écologie critique, le dialogue micro-macro, sont des pensées du futur qui se construit : pluro-futuro. Mes 5 longs-métrages posent des questions actuelles dans des formes variées. Ce site Internet, les livres qui vont sortir avec ceux en ligne, constituent des façons de voir différentes du martèlement mainstream.

 

Oui, nous, les sidestreams, émergeons. Respirons. Et beaucoup nous envient. Des échos parviennent du monde entier. Les faits confirment les pressentiments. Alors, il va falloir, si je dure encore un peu, résister à un nouveau péril : la récupération. Beaucoup vont m’apprécier tout soudainement. Là où j’ai été rejeté, on m’accueillera. Postes et honneurs peuvent advenir,  comme des hochets dangereux. Les idées seront volées sans vergogne.

 

Ainsi, en pataphysicien et en ami de Roland Topor, je rirai. L’ingratitude m’aura contraint à toujours innover, inventer, passer par des chemins de traverse. Cela fut commun aux temps passés. Cela est probablement encore plus en adéquation avec les temps à venir.

 

20 · 04 · 2010

Parlons économie

J’ai toujours pensé que l’économie n’était pas une science, mais un territoire à l’intersection de beaucoup d’autres. Pendant longtemps, les communistes m’expliquaient que l’économie dépendait purement et simplement de la politique. Puis, après la chute du mur de Berlin, ce fut le triomphe des économistes, gourous du laisser-faire. Désormais, je crois qu’il nous faut apprendre à passer les frontières, à comprendre la porosité. L’économie est du laisser-faire mais aussi de la politique, mais aussi de la psychologie sociale…

 

Cela fait longtemps que je déteste pareillement l’idée d’une croissance aveugle toujours plus injuste et destructrice de l’environnement d’un côté, et de l’autre celle d’une décroissance, d’un apauvrissement généralisé. Cela ne tient nullement compte des histoires, des pensées, des cultures. L’idée de croissance est celle d’une évolution, mais elle correspond à des évolutions différentes. Car le retour au local suppose des modes de vie différents suivant les quartiers de la ville, la ville et la campagne, New York et chez les Wayanas. Nous avons besoin de croissances diversifiées.

 

Même chose en ce qui concerne les entreprises. Certains les laissent se développer au profit quasi exclusif des propriétaires-actionnaires. D’autres voudraient qu’elles soient des administrations sans profit. Nous pouvons songer à des entreprises éthiques, qui font un profit redistribué en partie et réinvesti, avec des buts commerciaux choisis concernant le développement durable local et mondial. La puissance des consommateurs est, à cet égard, considérable. Elle concerne tant des micro-entreprises d’une seule personne que d’autres installées sur tous les continents. Elle concerne aussi le rôle de banques qui, ne l’oublions pas, sont nées pour certaines du mutualisme et de l’esprit coopératif.

 

Et que dire de la notion de travail ? « Ne travaillez jamais » écrivait Guy Debord sur les murs du Paris des années cinquante. Ce n’était pas le slogan d’un rentier paresseux, pour quelqu’un qui a beaucoup travaillé à faire ses revues, mais la contestation de la notion de travail. Dans les entreprises ou administrations éthiques (redevables à la collectivité, efficaces, supposant même le don gratuit pour la cité), il faut donner la possibilité de réaliser, supprimer les tâches uniquement pénibles et les rémunérer à mesure de leur pénibilité, permettre la dignité et l’épanouissement de l’individu. La frontière travail-loisir doit s’estomper, quand elle n’a pas trop de sens dans les forêts du Laos et que l’allongement de la durée de vie fait reconsidérer la barrière activité-retraite. Chacune et chacun se construit et apporte une contribution sociale, en fonction de ses goûts et de ses capacités, par des biais différents.

 

Ainsi, nous ne sommes ni actifs ou inactifs, ni jeunes, ni vieux, ni au travail ou en retraite, mais vivants ou morts, dans la société, pour bouger cette société, ou gravement malades. L’économie est une conception du monde. Abolissons les frontières !

 

20 · 04 · 2010

Je prends date...

Au temps des médias de masse, les conversations de café du Commerce sont proférées par des spécialistes-alibis, philosophes, sociologues, psys en tous genres. C’est pratique parce que n’importe qui s’affuble ainsi de ces titres. Et les journalistes comprennent, cela les rassure.

 

Dans les années 1970 (il en reste des séquelles) la mode était plutôt à la dissimulation par l’abscons. Moins on pigeait, plus c’était profond. Autre excès.

 

Il est difficile de se mouvoir dans ce marasme. J’ai plutôt choisi de faire simple et concis, mais sans rien céder –je l’espère—d’une exigence de pensée qui perturbe.

 

Vous le savez : il ne faut pas avoir trop d’idées. Il faut les labourer en délayant, en additionnant les citations-alibis qui font chic, à la cour de ses pairs, dans l’emphase du kougelhof gonflé, le millier de pages sérielles d’un même développement : au poids, ça compte. Répéter dans la caricature de soi-même, comme en France un Jean-Pierre Coffe, bon client multi-écrans pourfendeur de la bouffe merdique. Quel combat courageux…

 

Et pourtant il y a des phénomènes de société insupportables, qui seront sûrement jugés insensés dans l’avenir. Mais dont il convient de ne pas parler : incroyable cécité contemporaine, omerta bienséante. Faisons court. D’abord, observons toutes celles et tous ceux qui s’avancent parfois masqués et utilisent l’histoire et le communautarisme pour défendre leurs intérêts directs. La perversion est poussée loin quand il s’agit d’user de la repentance envers des personnes totalement innocentes des crimes du passé.

 

Jamais je n’utiliserai, par exemple, les persécutions subies sous Louis XIV par la partie protestante de ma famille. De quel droit ? C’est à chacun de prouver ici et maintenant ses vertus. Et il importe surtout de regarder désormais vers le futur pour construire autrement, car ce torticolis perpétuel n’a jamais rien réparé, souvent instrumentalisé les faits, et paralyse l’action pour avancer.

 

L’autre question délicate concerne les droits de l’homme. J’ai plusieurs fois rencontré quelqu’un comme Robert Badinter, que je respecte infiniment. Mais il faudra probablement intégrer le fait que des pensées et des conceptions du monde différentes se confrontent sur la planète. Ce n’est certes pas la raison, à l’inverse, pour défendre des comportements semblant indéfendables (comme l’excision), au nom de « coutumes ». Mais cela posera la question d’une base morale commune et de variantes, de possibilités de varier les variantes d’ailleurs, sans poser en diktat les « avancées » européennes. Pas des droits (et devoirs ?) de l’homme, mais un « Pacte des humains », un Pacte terrien, pouvant évoluer.

 

La relativité est aussi un échange des valeurs.

 

 

17 · 04 · 2010

Rumeur de nuage

Nous, Européens, vivons en avril 2010 le passage d'un monstre noir totalement invisible. Un deuil transparent de cendres diaboliques. J'étais à Berlin sous un soleil intense et un ciel transparent : tous les aéroports fermés. Après m'être fait arnaquer par les hôtels surbookés montant les prix sans complexe, j'ai traversé à prix d'or, dans des trains bondés avec mult changements, une Allemagne radieuse et agricole.

Paris resplendit aussi, tandis que les aéroports sont fermés pour trois jours. Tout le monde est calme. Pourtant, les gares explosent avec une grève parfaitement opportune de la SNCF (j'en viens).

Très étrange. Soit le danger est encore plus grand et nous sommes couverts de radioactivité. Soit cela se passe tellement haut que la poussière est diffuse et totalement invisible. Soit le principe de précaution a encore frappé et certains ont des intérêts cachés à cette fumisterie. Mais c'est pas clair. Pas clair du tout ce nuage invisible, cette rumeur de nuage virtuel.

Peut-être nous faudrait-il une émission de Fred et Jamy pour l'expliquer. Moi qui grogne et tempête contre mes amours télévisuelles définitivement déçues par le cloaque ambiant, j'ai été scotché par la dignité, la variété, la qualité d'un regard sur les Pygmées à 20h30 sur France 3. Sur le tas de boue, un crocus fleurit...

Pendant ce temps, à peine avais-je le dos tourné, que Michel Onfray assassine Sigmund Freud. Je ne l'avais pas attendu pour dénoncer l'aspect d'immonde secte que recouvrent souvent ces activités, devenues des flics de la normalité (psys en crèches et "cellules psychologiques"). J'exècre ces business de la douleur jouant sur la perte des repères et le malaise des sociétés occidentales. Cela dit, c'est plutôt le côté onéreux et placébo qui m'horripile, jargonneux aussi. Les fous qui m'entourent n'ont jamais guéri de rien. Moi non plus d'ailleurs, heureusement.

Alors, que Freud ait eu beaucoup de défauts, à vrai dire on s'en fout un peu. Les penseuses, les penseurs n'ont pas de certificat de sympathie à nous donner. Reconnaissons seulement qu'il a eu quelques presciences fortes, même à partir d'obsessions personnelles. La question est de savoir l'usage qui en est fait.

Personnellement, je ne pense pas qu'enfermer les individus dans des maladies toujours plus nombreuses soit, ni curatif, ni émancipateur. Cela en fait des esclaves dociles. A cela, il faut opposer un message de connaissance, de culture, de choix, de responsabilité, d'ouverture, de volonté et d'action. Tout le contraire de la plainte perpétuelle. Etre pluro-futuro, c'est cela.

Quand le typhon souffle la porte, on reconstruit la porte.

11 · 04 · 2010

Un pas de côté / Vu d'ailleurs

Profitons du beau temps sur Paris pour tâcher de regarder autrement, couché dans l'herbe.

Notre pays s'occupe sans s'occuper (c'est l'art de la prétérition médiatique : je ne parle pas de ceci, tout en en parlant pour dire que je n'en parle pas) d'une rumeur sur le couple présidentiel. Bon, n'y aurait-il pas intérêt du côté de l'Elysée, après une cuisante défaite électorale, à marteler le terrain avec n'importe quoi d'autre moins dangereux ? 

Nicolas Sarkozy a très bien compris qu'il fallait vendre des nouvelles chaque jour (le news market), donc qu'il valait mieux "inventer l'actualité" (titre d'un de mes livres) plutôt que de subir les inventions des autres. Mais le péril est alors de tirer dans tous les sens en rendant son image totalement incompréhensible. Dans le retour du verbe en politique, nous avons peut-être un Obama de retard...

Autre pas de côté. Vous savez que sur écran il existe autre chose que le Net, cela se nomme "télévision" et passe en boucle dans les maisons de retraite avec un animateur dédié et enbaumé nommé Michel Drucker, qui a d'ailleurs placé sa famille dans la boite publique et invite des morts (par exemple, un certain Claude François, qu'heureusement personne ne connaît à Londres ou à Berlin).

Il parait qu'une des chaînes (France 5) de cette "télévision" publique (avec l'argent d'une redevance très inégalitaire) fut créée pour être éducative. Elle n'a jamais permis à aucun scientifique dans aucun domaine d'inventer la moindre émission. C'est désormais le lieu de pâture des journalistes radio qui s'essaient à la télévision et des vieux journalistes de télévision en manque de caméra (un certain PPDA).

Mais, dans un pays où l'hypocrisie règne (avant des révolutions passagères), qui s'en soucie ? Ainsi, sur France 3, les petits vieux des médias discutant entre eux depuis trente ans, se sont retrouvés chez Frédéric Taddéi pour dire combien ils sont déontologiques. Taddéi leur a salutairement lancé en cours d'émission un plus jeune opérant sur le Net. Il n'a pas pu proférer 3 mots sans que des multicartes terrorisés à l'idée de perdre leur pouvoir (car, depuis longtemps, il n'est plus question d'idées ou de goûts) l'aient assassiné : vade retro Netanas !

Ce n'est pourtant pas grâce à la stratégie du bunker assiégé que ces assistés de l'Etat et vendus aux marques vont pouvoir défendre leur nécessité. D'autant que la question essentielle n'est nullement de tuer les médias intermédiaires mais, grâce à la diversification et à la multiplication des sources, de changer leur rôle et leurs méthodes. Dans ce contexte, aboyer qu'Internet n'est qu'une boite à rumeurs, alors que souvent elles sont arrêtées par les internautes eux-mêmes, est un peu court.

Un exemple concret récent des nouvelles pratiques nécessaires. Sur les côtes françaises, il y eut un petit débordement de mer (le Chili pâtissait au même moment bien davantage). Acceptons que la proximité justifie de surcouvrir l'événement. Le courage dans l'analyse aurait dû cependant permettre d'entendre, parmi les bêlements, que dire à ces populations sinistrées le caractère "inadmissible" de la catastrophe est leur mentir. L'Etat n'est pas, ne sera pas une assurance tous risques abolissant les accidents. Il doit apporter des règles et des évaluations de risques. A chacune et chacun de prendre ses responsabilités. Philosophiquement, le fatalisme dynamique qui existe tant en Afrique qu'en Asie (regardez la situation du Japon) peut-il être écouté ? Je persisterai jusqu'à être relayé, en tout cas. Au nom de quelle suffisance en effet ce qui est en ligne (analyses, livres, photos, films...) a-t-il moins de valeur intrinsèque que ce qui "paraît" sur papier, hors petits gags ?

Deuxièmement, le vrai travail journalistique aujourd'hui, le vrai décryptage dont nous avons besoin, n'est pas de faire hurler les populations aux maisons rasées (pour des procès lucratifs, n'est-ce pas Madame super-écologiste Corinne Lepage ?), mais d'enquêter sur la nature des autorisations de construction, les pressions des propriétaires, les intérêts directs des élus. Voilà ce dont nous avons besoin : du vrai courage pour des idées diversifiées et un vrai travail de fond sur la nature des "événements".

Allez, il est temps de me détendre. Je me sens un peu crispé. Pfffffffffff......

Je me retourne dans l'herbe et regarde le ciel.

05 · 04 · 2010

Mainstream ou Sidestreams ?

Le lancement bruyant du livre de Frédéric Martel correspond à son sujet : mainstream ne peut qu’intéresser les médias mainstream. Même si cela peut choquer, pour avoir aussi beaucoup circulé dans le monde, je partage son constat et son analyse. Je lui reproche juste de ne pas les avoir inscrits dans une réflexion plus large concernant ce que j’ai qualifié dans un ouvrage de Guerre mondiale médiatique. Trois remarques à cet égard.

La Guerre mondiale médiatique à l’œuvre aujourd’hui est la continuité des grands moments de la propagande mondialisée commencée avec la Première Guerre mondiale. Elle y ajoute un aspect instantané et global : des milliards d’individus la subissent dans un monde où le portable court désormais dans les forêts les plus lointaines, comme les succédanés cheap de la consommation mainstream. Elle mélange en effet les questions idéologiques, commerciales ou culturelles. La science, elle-même, est constamment instrumentalisée. Les rumeurs sont légion. Barack Obama est venu redresser l’image déplorable des USA, terriblement négative pour les exportations industrielles. Il est un VRP, comme des scientifiques payés sont des alibis politiques ou de marketing produits. Plus de frontières de genres.

Martel ne traite (bien) qu’un des aspects de l’enjeu. Il n’en donne pas non plus vraiment l’historique. J’ai montré dans l’Histoire du visuel au XXe siècle que 1914-18 avait été le moment de la construction d’une industrie du cinéma de masse où la côte ouest (Hollywood) remplaçait Paris comme centre. C'est la deuxième phase de diffusion planétaire des images industrielles (après l'ère du papier, commencée au milieu du XIXe siècle). Serge Guilbaut, lui, a démontré pour l'après Deuxième Guerre mondiale que, en pleine guerre froide naissante, les services américains promouvaient toute leur culture (même des artistes de gauche) pour imposer le modèle de l’American Way of Life. Sur un aspect plus limité mais significatif, je me suis attaché à souligner que les films de science-fiction transformaient les Soviétiques en Martiens dans une propagande déguisée, métaphorique. Désormais, chaque pays émergent commence à comprendre que sa puissance politique et commerciale dépend aussi de sa puissance dans la construction des imaginaires de masse.

Troisième point, la diversité des fonctions à remplir. Dans le journal Le Monde du 14 janvier 2008, j'insistais sur les missions d’un Ministère de la Culture. A côté de la question du patrimoine (du choix du patrimoine, des regroupements patrimoniaux, de la conservation), deux aspects s'imposent : l’industrie culturelle et la défense de la diversité. Les deux sont d’importance égale et il faudrait vraiment réfléchir dans ces termes. La culture fait image et l’image extérieure d’un pays est essentielle pour l’ensemble de son économie. Un Président de la République devrait avoir comme premier souci cette question d’image nationale. Elle dépasse culture, affaires étrangères ou industrie, en les englobant. Voilà un des grands mérites du livre de Frédéric Martel : enfin oser insister sur l'aspect économique et sur le fait de faire image.

C'est pourquoi les pratiques doivent changer avec une vraie réflexion sur les fonctions des organismes culturels. Il n’y a pas de honte, par exemple, dans un grand établissement public, à faire de l’argent, et aider à réaliser des produits mainstream, intervenir dans une culture globale qui reste un lien entre les continents et où nous pouvons montrer des lieux, des valeurs, des mythes. Le Japon est à cet égard un pays très fermé, très soudé autour de traditions polythéistes, qui produit des images pour le monde entier, absolument hybrides.

L’expansion de telles industries permet parallèlement de défendre les sidestreams, ce que nous faisons ici, de la couture fine pour des publics exigeants. Blogs, webtv, cinema espresso, art numérique, news en ligne… Diversifier la diversité reste en effet le contrepoint nécessaire au développement de produits de masse intelligents. Son facteur d’équilibre, le seul moyen de conserver une part d’exploration à côté de réflexes comportementaux.

Martel a donc le mérite de détailler des enjeux réels trop souvent méprisés. Il a raison de compléter en ligne ses références (chose que je n'ai pu faire avec de lourds travaux statistiques coupés par les éditeurs), même si elles sont très anglo-saxonnes (le complexe franchouillard où il n'est de vérité que d'outre-atlantique, fût-ce par des Français parlant d'ailleurs). Il devrait surtout restituer ces réalités dans un contexte plus général (la Guerre mondiale médiatique), en rappeler les origines historiques et mettre en évidence l’autre terme du balancier : l’émergence des sociétés de spectateurs-acteurs, apte à rééquilibrer la consommation de masse.

post-scriptum : j'ajoute à ce commentaire sur un travail intéressant dans son propos et argumenté, que le contraste de l'actualité nous offre l'inverse en pâture : la guignolade d'un ballon baudruche Generali. Je ne suis pas à même de juger l'intérêt scientifique des mesures de cet Etienne au dessus du Pôle, mais me doute qu'il est inutile de faire un tel cirque pour alerter sur les questions climatiques. Ce sponsorisé chronique (par Total précédemment) intervient pour ne rien dire en direct de radios et télévisions. Cela suffit. On a déjà un malade de la photo en hélico... Laissons-le dériver et regardons ailleurs.

Dans nos temps de confusion nivelante, j'appellerais cela pollution scientifique, comme la récupération musicale par la publicité doit être qualifiée de viol artistique. L'inverse du détournement.

05 · 04 · 2010

Celui qui choisit

A tout bout de champ, il faut se qualifier, se définir. C’est insupportable quel que soit l’âge. Dès l’enfance, catalogué par sa famille et celles des autres. A l’adolescence, étiqueté en fonction de son physique, de son habillement. Un bras trop court, des grandes oreilles, voûté, ne sachant pas danser, timide et rougissant ou partant dans une réponse avec une voix de fausset, se répétant des heures après ce qu’on aurait dû dire… Et puis les gravures de mode, mecs ou nanas, qui ont le geste qu’il faut en poussant la mèche, qui grattent la guitare avec délicatesse, que le jean ne boudine pas parce qu’ils ont les hanches pas trop larges… J’ai haï mon adolescence, comme beaucoup de filles et tant de garçons qui se sentent hors normes, avec en plus des adultes vous traitant de « godiches » pour arranger les choses. L’âge de la bêtise est éternel. Sidéral et spatio-temporel parfois.

Et que dire de l’âge adulte ? Vous vivez quelque part. Vous avez une fonction sociale. Vous côtoyez d’autres, affectivement ou pas. Tout est destiné à vous inscrire. Alors, quand on me demande ce que je fais, comment je me définis, ma seule tentation est de répondre : « comique troupier ! ».

La vérité est que j’aimerais –folle ambition—toujours être et rester celui qui choisit. Dès l’enfance, j’avais compris que mes parents me mentaient et que le Père Noël n’existait pas. J’ai choisi de continuer à sembler y croire pour leur faire plaisir. Autour de moi, des personnes estimables avaient des avis totalement divergents. Je n’y ai pas gagné une mentalité d’aquaboniste, d’équivalentriste désabusé ou de bofiste professionnel. Car je me rendais bien compte que les nihilistes ne vivaient pas leur nihilisme. Mais cela m’interrogea.

J’ai alors pris conscience de deux nécessités : la recherche du savoir, l’éducation à tout âge, la curiosité, et la remise en question. Cela permet d’explorer et de refuser l’enfermement dans des comportements pré-fabriqués, quelles qu’en soient les (bonnes ?) intentions. Nos sociétés n’ont de cesse en effet de nous imposer des moeurs « naturelles », des idées-réflexes. Elles cadenassent chacun dans des attitudes collectives souvent aberrantes (la consommation indéfinie et toujours frustrée, la recherche du normal, du moyen, du modèle, la conformité au groupe).

Or il est indispensable de se poser constamment les questions de ses actes personnels et des décisions collectives. Nous subissons, nous partons de pioches successives, d’accidents, de résistances, de pesanteurs, d’horreurs, de faveurs dangereuses, mais avec la possibilité de jouer. Cela impose probablement des changements, des conversions, des doutes, de la volonté, mais comment peut-on fonder une conduite et des convictions autrement ? Il est indéniable que ce que j’ai appelé la relativité –dans l’espace géographique et dans le temps—forme le mécanisme de base des options de choix possibles.

Inventer c’est tout remettre à plat, connaître, changer. Voilà pourquoi la vraie compréhension des diversités par le voyage sensible est si fondamentale. Voilà pourquoi des zones géographiques entières me font frémir quand elles vivent comme des « blocs de pensée » obligatoire, en apparence intangibles. Voila pourquoi le « politically correct », comme les dogmes religieux ou idéologiques, me semble si insupportable.

Autant que le plus pernicieux, qui nous chloroforme dans l’évidence : les modes intellectuelles, ces coups de balancier médiatiques radicaux stigmatisant un temps l’entreprise comme lieu de l’oppression capitaliste pour en faire accepter ensuite tous les crimes éthiques ; marginalisant la question de la volonté planifiée des nazis d’exterminer les juifs d’Europe puis plaçant cela comme seul aspect de la Deuxième Guerre mondiale. Dans pareil ordre d’idées, je lançais en 1992 (avec Benjamin  Stora et Jean-Pierre Rioux) une exposition-bilan sur la guerre d’Algérie dans l’indifférence générale et en 2002 les journalistes me couraient après pour récupérer le catalogue (sans pour autant le citer évidemment).

Mais j’étais déjà ailleurs, heureusement.

J’aimerais donc surtout qu’on se souvienne de moi comme « celui qui a choisi », qui n’a cessé d’essayer de choisir. J’espère même pouvoir choisir jusqu’au bout, garder la lucidité de disparaître avant de devenir la honte de ce que j’ai pu être, le poulpe crapoteux esclavagisant mes proches.

02 · 04 · 2010

Hope or Despair ?

Je devisais hier avec quelques plus jeunes sur un sujet somme toute assez banal et qui doit revenir de génération en génération : faut-il désespérer ? Là, généralement, deux camps s'affrontent radicalement, les optimistes à tout crin et les pessimistes névrotiques.

D'abord, en prenant du recul, il est très difficile de restituer le passé dans toutes ses dimensions, tant notre mémoire est faite de trous chroniques, d'oublis immenses. Cette gaieté que nous voyons maintenant dans les années 1960 et le début des années 1970, il est difficile d'en restituer la part d'ombre. Elle fut pourtant celle d'un ordre moral totalement insupportable dont on ne peut plus avoir idée, qu'aucun jeune d'aujourd'hui ne peut imaginer, touchant à tout : les goûts, les moeurs, les mots. Il existait des mots imprononçables, notamment concernant le sexe (terme banni). L'"underground" était réellement la résistance d'une minorité.

Certes, l'infect "politically correct" tend à dresser de nouvelles barrières, une nouvelle omerta, mais la liberté concernant l'expression politique ou sociétale est sans commune mesure, arrivant d'ailleurs à une nouvelle clandestinité, une nouvelle résistance : l'invisibilité. Nous parlons souvent dans le vide et dans l'invisibilité médiatique totale ou la déformation caricaturale, à partir du moment où nous refusons le "package" de l'image de marque et le marketing.

En terme de vie quotidienne, il est indéniable que je n'ai jamais connu une vie aussi chère et inégalitaire qu'aujourd'hui où tous les produits de la vie quotidienne et les logements sont hors de prix. La prime est donnée aux nantis. Pour ce qui concerne le chômage et l'ascenseur social, ma génération (né en 1956, post-68) n'a vécu qu'avec les crises et les mauvaises nouvelles. Bassinés par les soixante-huitards triomphants et donneurs de leçons, nous sommes arrivés sur le marché du travail à la fin des années 1970 avec, en France, le plan Barre et le dégoût punk. La précarité, nous l'avons vécue immédiatement. Puis nous avons regardé la génération d'avant prendre le fric et les postes, avec la gauche se roulant dans l'entreprise : années Tapie. Le train passa. Il passe toujours.

Aujourd'hui, nous n'avons aucune nostalgie. Je crois --du moins pour ma part-- aucune amertume non plus. Car tout cela ne nous a pas empêché d'oeuvrer, de comprendre les mutations, de s'infiltrer dans toutes les percées de l'époque.

Ainsi, le présent est constamment ce qu'on en fait (nos prédécesseurs, comme Noël Arnaud ou François Caradec, se retrouvant embourbés dans la Deuxième Guerre mondiale, ont eu des choix plus cruciaux à gérer...). Je ne me situe donc pas du tout dans l'optimisme ou le pessimisme, mais dans le pragmatisme. La relativité, c'est cela : prendre en compte les paramètres et agir, trouver la catastrophe normale si elle arrive, et résister. Internet est un moyen de contrôle et un étouffoir cacophonique mais aussi un formidable vecteur d'expressions, de relais communautaires. Vivre autrement, repenser nos réseaux, changer notre conception du monde, voilà ce que le Laos nous apprend et des personnes dans notre quartier. Pensons local en liaisons avec d'autres locaux du monde global. Local to local.

Alors, nous n'entretenons aucun regret d'un âge d'or stupide, aucune rancoeur d'être né au mauvais moment, ni d'ailleurs aucun triomphalisme technologique (robocops du "progrès moderne", au temps du tri rétro-futuro), mais nous saisissons notre époque. Une période, des sociétés, il faut les secouer, il faut les utiliser.

30 · 03 · 2010

Socio-enviro

J'ai décidé cette année de m'amuser à lancer des idées multiples avec des slogans en "o". C'est rigolo, c'est esperanto (pour se comprendre dans beaucoup de langues), c'est pluro-futuro (pour remettre en marche la machine à imaginer et bouger notre monde).

Quand j'écrivais en 2007 sur l'écologie culturelle, il ne s'agissait pas seulement de lutter contre la normalisation planétaire destructrice de toutes les différences pour des consommations de masse indifférenciées. Il s'agissait aussi de faire le lien indispensable entre le souci de la flore et de la faune avec les questions sociales (rassurez-vous, je ne suis ni le premier, ni le seul dans ce domaine). Pas de rupture entre les évolutionnistes de la croissance et les rétros de la décroissance : la nécessité de croissances diversifiées, d'évolutions plurielles. Tout cela s'accompagnera d'attitudes isolationnistes figées mais aussi de "décrocheuses/rs" refusant la drogue de l'accumulation compulsive d'argent ou de biens, le cirque médiatique, sans pour autant négliger les plaisirs, le mouvement, l'expérimentation.

Aujourd'hui, tout le monde commence à intégrer le fait que l'environnement est une globalité, liant des périls globaux avec des devenirs très locaux. Ce local-global (localo-globalo ?) indique que la manière dont est réalisé l'habitat, l'architecture ou les organisations sociales et économiques est aussi importante que les environnements naturels. Le socio-enviro (ou socio-écolo) dépasse alors tous les clivages politiques, car il concerne plus de 80% de la population planétaire. Et même les 5% qui ont le pouvoir et la richesse apparentes ont-ils véritablement intérêt à perpétuer l'auto-destruction ? L'accumulation de l'argent et les disparités dans des entreprises non éthiques, produisant de surcroît des pollutions planétaires, sont-ils des bienfaits économiques durables ? 

Le retour puissant au local qui s'annonce ne peut donc être une fermeture, car les enjeux communs sont devenus trop importants. En revanche, ils consacreront les deux nécessités prioritaires partout : la qualité de l'environnement alliée à la qualité du vivre-en-commun. Nous seront toutes et tous bientôt "socio-enviro".

 

post-scriptum : un artiste taïwanais de "Bio-Art" vient de s'inscrire sur Twitter pour suivre l'actualité de gervereau.com. Il me souvient alors que je proposais aux autorités du Centre Pompidou en 2005 une exposition sur "Eco-Art" ou "Bio-Art" pour s'interroger sur existence et frontières de cette notion. Je n'eus jamais aucune réponse. La même chose d'ailleurs m'arriva avec un travail proposé sur l'histoire mondiale du visuel au Louvre (comme pour mes 4 ou 5 projets d'émissions télévisées autour des images). Cela n'empêche nullement des récupérations sans vergogne, quand la déchéance médiatique érige la coutume du vol intellectuel sans citation en règle, poussant d'ailleurs les scientifiques à agir de même : une cacophonie du choc d'egos pillards dans la bourse du news market.

Tout cela n'est pas seulement pour ironiser sur l'aspect visionnaire et sans scrupule des institutions françaises, mais plutôt pour insister sur la nouvelle mode --que je n'applique jamais-- du silence, de la non-réponse. On ne pratique même plus comme avec les lettres standards des éditeurs, on se défile, telles les opaques commissions paritaires de nos administrations ne justifiant jamais aucune de leurs magouilles. Le règne de l'hypocrisie, où chacun pense y gagner un petit avantage, caractérise véritablement ce pays d'héritiers dans lequel l'injustice est devenue une règle tacite.

23 · 03 · 2010

Se sigler ? Cinglé ?

Aaaaaaaaaaaaaaarbroup de mille brouettes. Chacun a sa petite marque de fabrique. Faut se sigler. Oui, c’est cinglé la course aux étiquettes. Moi, je n’achète pas ou je découpe, je porte les sacs à l’envers : devenir un porteur de pub gratos, propagateur, non mais ! De même, quand chaque artiste ou politique cherche et choisit un créneau, un combat, une litanie, j’ai évité d’être Monsieur Images ou Monsieur Relativité ou Monsieur Ecologie culturelle (Ecologie critique aussi). Bref, en multipliant les concepts et en intervenant sur divers fronts, je suis parvenu à suffisamment brouiller mon image publique pour échapper aux répétitions bêlantes face aux médias. Ouf. Je suis pluriel, comme vous.

 

Et pourtant, à l’occasion de la sortie d’un coffret avec les cinq longs-métrages réalisés cette année, revoilou la question d’un sigle posée. Elle l’était déjà avec le signe placé clignotant sur le site gervereau.com. Des internautes de différents continents voulaient un petit logo pour exprimer cette pluralité (jusque sur les t-shirts ?). Etait-ce bien raisonnable ? Nous n’allons surtout pas commencer une secte (chose que je hais par-dessus tout). Il vaudrait mieux d’ailleurs des logos, des variantes où chacun pourrait improviser et exprimer son tempérament, même son humeur –et changer.

 

Alors, j’ai inventé un nom amusant et simple « pluro-futuro», compréhensible assez largement et qui forme une sorte d’esperanto rigolo. Il manifeste cette volonté profonde de diversifier la diversité planétaire dans une perspective résolument évolutionniste, sans illusions mais sans répit, en triant dans l’ancien, le nouveau, le proche, le lointain, et en changeant (disons : rétro-futuro et local-global). Pas de perfection, pas d’arrêt de l’histoire et pas de norme. Cela veut dire des êtres multiples, des choix individuels de personnes éclairées (par l'éducation et la curiosité à tout âge), des économies diversifiées, des organisations sociales variées, des éthiques d'entreprises et des consommations durables, le refus des barrières figées entre travail et loisirs, avec la compréhension d'un destin commun de l'humanité et la mise en place de règles minimales acceptées partout.

 

Pour l’exprimer, j’ai repris l’étoile multidirectionnelle et placé en dessous un poisson des abysses. Le monstre des profondeurs constitue la métaphore visuelle des passagers clandestins de tous les continents que nous sommes, des obscurs qui s’obstinent, avec une forme drôle de biodiversité. Cela dit, à chacune et à chacun d’y mettre ce qu’elle ou il souhaite. Et de permuter. Cyril Stern m’a fait l’amitié d’interpréter l’image avec un positif-négatif assez taoïste, qui exprime bien la relativité. 

Ainsi, les pluros-futuros joueront au club des quelques-uns pour être au rendez-vous de personne, ils seront des sans-filistes insolents, des Yaos paisibles, des renégats à la société normée. Et nous allons nous amuser, tout en bougeant les lignes et en n’acceptant jamais l’inacceptable banalisé.

20 · 03 · 2010

Images ou arts ?

Je me sens bien seul. La question de l'enseignement d'une "histoire des arts" me fait bouillir. Pourquoi ? Après tout, c'est indéniablement un progrès. Qui s'élèverait contre le fait de montrer à notre jeunesse l'histoire des belles oeuvres réalisées sur notre continent européen ? Cette histoire est suffisamment riche et singulière pour avoir d'ailleurs influencé directement d'autres civilisations.

Les historiens de l'art sont heureux. Les historiens s'en moquent, quand leur souci est de trouver de l'iconographie qui "colle" aux cours. Les anthropologues, sémiologues, adeptes des "visual studies", continuent à mixer un peu tout dans leur shaker à idées, méprisant généralement chronologie et contexte --donc ils se tiennent avec mépris à l'écart de ce qu'ils considèrent comme un peu "studieux". Les spécialistes d'un support (photographie, cinéma, bande dessinée...) cultivent leur pré carré et n'ont aucune envie d'être mêlés aux autres. Le grand public (notion vague) s'en fout complètement, estimant qu'il est déjà très chic de parler d'"arts" en classe. Bref, aucune raison de s'émouvoir pour personne.

Pourtant, en quoi cette "histoire des arts" résoud-elle une des questions éducatives majeures de notre époque : le bombardement indifférencié --pour les jeunes ou les moins jeunes-- d'images de toutes les périodes, de tous les continents, sur tous supports, qui s'accumulent sur le même écran, avec le même effet d'actualité ? Comment pouvons-nous choisir si nous ne savons pas qualifier ces images, comprendre d'où elles viennent, pourquoi elles apparaissent ?

Déjà, la notion d'histoire des arts est très confuse. L'histoire de l'art a sa parfaite légitimité. C'est une notion apparue à la Renaissance en Italie, qui se propage (et revendique des sources dans le monde gréco-romain). Au XXe siècle, elle a un tel succès qu'elle annexe des civilisations qui n'ont aucun rapport (art khmer) ou même des objets industriels (l'urinoir de Marcel Duchamp). Ainsi, aujourd'hui, prudemment, parle-t-on d'"arts" avec un "s", ce qui permet d'englober qui la photographie, qui les arts décoratifs, qui les objets Senoufo ou de l'Egypte antique, qui les dessins d'enfants. Mais d'une part, il est choquant de plaquer une notion occidentale datée (si flatteuse soit-elle, comme le mot galvaudé de "chef-d'oeuvre") sur tout ce qui n'a absolument rien à voir, au risque de la plus grande confusion, d'autre part, où s'arrêter dans cet amalgame ?

Voilà pourquoi il est absolument nécessaire de livrer des repères concernant l'histoire générale de la production visuelle humaine, des premières traces aux jeux vidéos et à Internet. Cette histoire d'ensemble --et elle seule-- donne à toutes et tous la chronologie, la profondeur du temps et les différences dans l'espace avec tous les continents --alors que nos enfants sont souvent issus d'ailleurs de tous les continents et qu'Internet nous place dans un univers d'expression et de travail globalisé. Elle se complète par des initiations aux diverses techniques et par la compréhension des processus de création avec des créateurs. Enfin, à un âge plus avancé, l'explication des méthodes d'analyse d'images permet d'éclairer les futures citoyennes et les futures citoyens.

Voilà pourquoi, sur www.decryptimages.net, nous venons de travailler à la mise en évidence (avec animations) de 10 étapes fondamentales dans la production visuelle humaine, où l'art a bien sûr sa place légitime et essentielle. A chacune et chacun de s'en emparer, d'adapter, d'enrichir, d'accompagner. Cela permet en tout cas, dès le plus jeune âge, de sensibiliser à la différenciation dans ce que nous regardons. Se construire, c'est en effet d'abord disposer des connaissances générales qui permettent un choix. Sinon, même avec des savoirs spécialisés, nous devenons des consommateurs passifs et malléables.

13 · 03 · 2010

Godard enterre le cinéma ?

Antoine de Baecque vient de publier une lourde biographie de Jean-Luc Godard. Je ne l'ai pas lue encore dans le détail, mais l'entreprise titille les neurones. J'ose jeter quelques bribes.

Après le très beau travail factuel sur l'oeuvre de Nicole Brenez au moment de l'exposition au Centre Pompidou, Antoine entreprend plus ambitieux. Godardophile sans être godardolâtre, il décortique précisément vie et travaux. L'ambivalence du personnage s'y dégage. Elle est indéniable, tant ce dernier --je l'ai vécu-- peut se montrer doux et affable, timide, passionné, ou sec, cruel, grossier, pervers. Mais Vermeer était-il sympathique ? Chacun a le droit par moments de pisser vinaigre et de haïr l'humanité.

N'ayant rien à attendre de lui (il m'a juste fait faux bond pour un colloque que je dirigeais, où il devait avoir un échange public avec Pierre Soulages), nos rapports sont quasi inexistants. J'étais venu à Rolle le rencontrer, après avoir parlé cinéma très agréablement avec Freddy Buache. Le matin, cigare au bec (j'en aurais volontiers volé un), il m'a regardé, pris les livres apportés, et nous ne nous sommes à peu près rien dit. Fermé comme une huitre (quelques bons amis du cinéma avaient probablement savonné la planche...), il m'a reconduit en pensant que, spécialiste des "images", j'ignorais tout du grand écran.

Je fais partie pourtant de la dernière génération cinéphile, faisant la queue à la Cinémathèque de Chaillot, à s'écraser contre les grilles, se pelotonnant près de la petite Lotte Eisner en milieu de salle et achetant des revues spécialisées pour des débats entre amis spécialisés. Mais j'ai le tort de m'être intéressé aussi à la peinture, la bande dessinée, la photographie, la télévision...

Godard est un très grand créateur qui m'a toujours interpelé, même quand il pouvait être fastidieux (se cachant dans l'abscons pour se protéger) ou s'égarer idéologiquement ("le plus con des Suisses pro-chinois", selon les situationnistes). Le faux débat sur son anti-sionisme a peu d'intérêt. C'est surtout un vrai amoureux du cinéma, ayant joué à sa manière sur tous les registres.

Deux éléments pourtant dérangent. D'abord, sa révérence vis à vis des grands peintres, des écrivains ou philosophes de l'art occidental. L'admiration est nécessaire, je l'ai souvent dit (et son absence louche). Là, cela devient parfois alibis : on cite pour se grandir, pour se rassurer, pour se statufier. Et, monté soi-même en haut des cimes, on marche sur les mains des postulants (cela me rappelle une bande dessinée de Gotlib). Ou, à l'inverse, paradoxalement, on éprouve la nécessité de justifier la valeur du support film par rapport au Panthéon de la culture européenne classique.

Et surgit alors le second aspect, très déplaisant, de Godard : claironner que le cinéma meurt avec lui. Il n'est déjà pas né avec lui, loin s'en faut... Sinon, Picasso n'a pas décidé que la peinture disparaissait le jour de son décès. Cela fait un peu vieux con. Même si une certaine forme de cinéma --l'ère des producteurs-- est concurrencée avec le numérique par d'autres --ére des multi-diffusions, des multi-images--, le cinéma se revitalise et s'ouvre géographiquement.

Personnellement, je n'ai pas moins d'amour pour les films des années 1920. Les jeunes cinéastes du Brésil, d'Inde, du Mali, des Etats-Unis, même s'ils s'intéressent à la photographie ou aux jeux vidéos, restent toujours scotchés par Hitchcock ou Vertov.

Alors, que Godard maintienne l'exigence de son cinéma non formaté, sans alibis, et qui doit faire modèle, mais qu'explosent aussi parallèlement toutes les manières de montrer et de raconter. Le cinéma avance (quel que soit le vecteur). Il avance en dévorant Godard, comme Godard a dévoré Gance.

Soyons iconophages !

09 · 03 · 2010

Ceux qui savent

Le public n'a probablement pas idée de ce qui est fait en son nom. Il peut probablement l'entrapercevoir dans l'abêtissement télévisuel (un naufrage) : parce qu'on s'adresse à ceux qu'on considère comme des cons, on fait des programmes les plus veules, les plus scandaleux, les plus clinquants (c'est la victoire du nul, le plus petit dénominateur commun, le vertige du précipice). Il s'agit bien sûr d'attirer l'attention du plus grand nombre le plus longtemps possible pour vendre n'importe quoi ou cibler des groupes particuliers, "segmenter" les consommateurs addicts.

Mais le public n'imagine pas à quel point les médias dans leur ensemble sont soumis à "ceux qui savent", c'est-à-dire ceux qui jugent de façon péremptoire ce qu'on doit et ne doit pas dire et comment le dire. Le direct radio y échappe un peu quoiqu'il est devenu indispensable de couper la parole toutes les 10 secondes pour ramener l'interlocuteur au seul sujet qu'on veut entendre ou le pilonner sur ce qu'on pense être un problème ou un scandale.

En tout cas, dans la presse écrite et dans l'édition, "ceux qui savent" pèsent de façon drastique. Ils "savent" donc que le public ne lit plus et qu'il ne peut comprendre qu'une idée à la fois. Les textes sont coupés, réécrits sans vergogne de manière à ce que leur titre suffise à les comprendre : une accroche et un petit développement de cette accroche, des mots simples, des phrases courtes. Journalistes et écrivains, charcutés jour après jour, filent doux...

La pensée moyenne, qui est la pensée médiocre, celle des plus dangereuses modes intellectuelles moutonnières et de la lâcheté, triomphe ainsi. Dans ce cadre, il faut soi-même se résumer, se caricaturer, se vendre en ayant une image de marque, avec une idée répétée inlassablement en perroquet, en trépané bêlant, ou un chapeau, une écharpe, un tic... 

Face à cela, c'est l'omerta générale, car chacun tremble de perdre sa place ou de subir des boycotts, des disparitions médiatiques. Je crois et appelle donc à la révolte des spectateurs-acteurs, toutes celles et tous ceux qui refusent la bouffe insipide, les solutions "définitives" comme les nanotechnologies, et sont prêts à descendre dans la rue pour les fromages au lait cru (c'est une image, cela peut être le canard laqué de ferme traditionnelle). Tous les sans-filistes exigeants en réseau.

Pourquoi un moule codé ? L'écriture  prolonge l'individu. Elle véhicule sa pensée comme ses affects. Nous voulons des écritures différenciées, pas des passe-plats de dépèches standardisées ou des romans (et essais) formatés, nous voulons des ruptures, des scories, des maladresses, des naïvetés, des fulgurances, des écritures expérimentales avec des phrases courtes ou longues, des mots savants ou grossiers, de la discontinuité.

"Ceux qui savent" méprisent de fait le public et nivellent les médias, comme les expressions culturelles. Moi, je suis ainsi souvent à côté de la plaque. Ce faisant, j'espère (et ce site le confirme) parler pour beaucoup subissant le laminoir, la dictature inouïe des penseurs patentés, se trompant avec aplomb jour après jour et qui ensuite ne cessent de récupérer, paniqués mais avec un culot d'acier, les idées de ceux qui ne savent pas, poissons des abysses, obscurs besogneux.

Rassemblons vite les êtres fragiles des noirceurs marines, les atypiques. Que des jets d'encre fusent de partout. Bannissons la norme.

 

 

03 · 03 · 2010

Cinéma espresso !

Oh oui, il est temps de se cacher, de montrer sa nature patibulaire patchwork mafio-japono-dogon... Orlan, artiste très intelligente et dont j'apprécie (évidemment) beaucoup les derniers travaux sur l'hybridation, m'envoie un avis de "finissage" d'exposition. C'est une belle idée venue d'Allemagne : on fait la fête pour le vernissage et on refait la fête pour le finissage, ce qui incite les retardataires à venir.

Là, je suis en finissage de film. Tous à Yverdon le 7 mars à 16h pour le lancement officiel, dans le cadre de l'année Utopies & Innovations, du premier des cinq longs-métrages du "cinéma espresso" (voir "Films" sur ce site). "La fabrique des images hybrides" (titre choisi et annoncé depuis des mois, dois-je préciser, bien avant notre Descola pathétique...) traite du Japon : censure à Hiroshima, fascination pour le vainqueur super-héros (Etats-Unis), tradition insulaire très puissante tout en inventant une culture globale mixant les influences...

Le finissage enfiévré est l'étape la plus terrible car il faut rester lucide en l'occurrence entre la volonté d'une proposition rigoureuse, atypique, esthétique et les explications nécessaires pour que puissent être comprises les traces d'une longue et très difficile enquête. Maux de crâne avant. Maux de crâne (terribles) pendant, car il ne fallut pas relâcher l'attention d'une seconde. Maux de crâne après en attente du moment décisif (et de tout ce qui peut l'empêcher ou le pervertir).

Je suis un patchwork en décomposition.

28 · 02 · 2010

La honte

Je me suis réjoui de l'Ours d'argent donné à Roman Polanski à Berlin et me félicite de la couverture ces jours-ci du magazine Le Monde magazine. En effet, Roman Polanski a subi depuis plusieurs mois des silences gênés et hypocrites, ce qu'il faut qualifier de honte médiatique collective.

C'est un peu ce qu'aurait pu endurer Daniel Cohn-Bendit si la ficelle réchauffée bayrouenne n'avait pas parue trop grosse... Car "pédophile" fait désormais office de marqueur définitif d'infamie. 

D'habitude, la France a la détestable et snobinarde habitude de ne reconnaître le talent de ses enfants qui ne sont pas dans le "moule", dans le "main-stream", bref ceux qui dérangent et innovent en marge, que lorsque ces derniers ont été encensés à l'étranger. Là, ils peuvent revenir en filles ou fils prodigues. Sinon, pour peu qu'ils restent collés au bitume parisien comme à la glaise du Lot, il leur faut mourir pour se voir reconnaître quelques mérites, sinon devenir gâteux tout juste bons à se faire piquer de médailles.

En revanche, les étrangers has been ou never been en goguette ou les immigrés de luxe (culturels) bénéficient d'un prestige exotique parfois excessif.

Roman Polanski --même si on peut estimer ses derniers films plus convenus-- a apporté au cinéma des merveilles de récits déjantés, pantalonnades existentielles, à apparences multiples, comme d'ailleurs Roland Topor, auteur du Locataire chimérique. Il s'est réfugié en France, persécuté par un système judiciaire rapace aux Etats-Unis, ce qu'avait fait plus tôt un autre génie du double sens : Charlie Chaplin (en allant en Suisse). Mais, à peine dernièrement fut-il arrêté pour une affaire vieille de dizaines d'années et dont la plaignante ne voulait plus entendre parler, que l'omerta se mit en place.

Ce retour de l'ordre moral, cette méconnaissance de l'état d'esprit libertaire propre à ces années, en plus chez quelqu'un qui fut une victime grave (l'assassinat sauvage de sa femme enceinte), sont indécents et d'une bêtise crasse. D'abord, on peut être un salaud et un grand créateur (voir Aragon avalant les purges partisanes, tout en restant un très lumineux écrivain ou --plus insupportable encore-- Céline). Ensuite, Polanski n'a rien fait de plus que de pratiquer l'esprit de jouissance, de rêve et d'oubli, propre à son temps. Qui l'en blâmerait ? Il n'était pas un Gilles de Rais, un Barbe-bleue ratissant la campagne pour assouvir ses perversions, un Dutroux.

Alors cessons de donner des leçons à postériori, d'être des résistants 30 ans après, d'avoir des certitudes anachroniques. Je suis heureux que Roman Polanski soit honoré comme le mérite cet entomologiste de nos névroses et de nos dérèglements. Merci Roman.

27 · 02 · 2010

La faillite des images

J’avais décidé de ne jamais écrire ces lignes. En effet, je suis sorti furibard de l’exposition « La fabrique des images » de Philippe Descola au musée du Quai Branly. Pour moi : tout ce qu’il ne faut pas faire. Et puis, je me suis calmé et ai choisi de me taire, d’oublier. En effet, comme j’ai consacré trente ans de ma vie à travailler sur ces fameuses « images » (mises aujourd’hui à toutes les sauces), je me suis dit que tout bémol apparaîtrait immanquablement comme une marque de jalousie.

 

Ma nature en effet est plutôt indulgente et je préfère encourager des démarches thématiques osées, casse-gueule (des présentations qui bousculent), plutôt que l’alignement monographique facile sur des murs blancs : l’expo hôpital. Ainsi, Yves le Fur avec « D’un regard l’Autre » m’avait séduit à l’inauguration du quai Branly, comme, plus récemment, Jean-Hubert Martin jouant à « Une image peut en cacher une autre » ou --quoi que l’on pense de ses positions-- le formidable « œil » de Jean Clair et sa « Mélancolie ». Des aspects pouvait sûrement être critiqués, mais il y avait dans les trois manifestations une vraie compréhension du visuel et un sens de la mise en scène qui dépassaient la glose : une exposition n’est pas un livre.

 

L’article de Philippe Dagen dans Le Monde du 27 février 2010 me fait sortir de mon silence. D’abord, je souscris à chaque ligne de l’article. Ensuite, je crois, sur le fond, utile de pointer dans cet échec trois dangers à ne pas renouveler.

 

Premier danger : même si aujourd’hui tout fait image et tout circule par représentation sur écran, cessons d’employer n’importe comment ce mot pour faire mode sans essayer de comprendre les statuts des images, leurs rapports aux objets, et leurs fonctionnements (Descola ignore complètement les trois). Deuxième point grave : prendre un thème artificiel, comme ce classement de la création humaine en quatre parties (pourquoi pas six ? pourquoi celles-là ?) et ensuite les remplir au hasard, montre un mépris total de l’objet et de l’image : le processus devrait être inverse et ce sont de longues années à côtoyer les pièces qui généreraient alors éventuellement des hypothèses de classification. Dissuadons tout étudiant de pratiquer ainsi. Enfin, ajouter au méli-mélo actuel un méli-mélo proclamé est pernicieux : voilà les errements des « visual studies » où, avec séduction, on associe une main à une autre, qui ont mille ans de distance et des civilisations totalement différentes.

 

Disons-le, la hardiesse intellectuelle est permise à condition de reposer sur un vrai travail premier d’inventaire et de contextualisation. Voilà la nécessité de bases historiques sur les images, de repères. Si tout le monde consomme des images, réfléchir sur ces images nécessite enquêtes et labeur. Hors de cela, nous basculons dans la création artistique subjective. Mais, pour cela, encore faut-il un amour du visuel et une réelle capacité créative, pas des livres sur les murs.

 

Donc tout faux. Bancal et prétentieux, a-scientifique et même pas séduisant visuellement. N’y emmenez personne. Passez au large quand vous vous promenez au Quai Branly et bannissons tout scolaire de cette catastrophique entreprise de foutoir mental.

26 · 02 · 2010

Survivalists and 2012 ?

Le film 2012 (ou les Mayas : fêtons donc dignement le 21 décembre 2012 censé être la fin du monde) et la vieille manie des survivalistes hantent certains Etats-Uniens faibles du bonnet et des Européens de l'Ouest consommateurs frileux, habitués de la plainte et de la jérémiade, victimes avant même d'avoir subi quoi que ce soit. Quelle perspective que de se perpétuer dans des abris anti-atomiques ! Quel bonheur que de passer des années à végéter comme des produits avariés ou du congelé ! Quelle utilité que l'hygiénisme à tout crin pour attraper des allergies ! Sociétés de la déploration, sociétés d'esclaves passifs, sociétés moisies.

Cette Europe névrosée ou cette Amérique cinglée sont en train de contaminer, par la manie de l'assistanat tous azimuts, des peuples d'autres continents élevés dans le pragmatisme et la responsabilité individuelle. Il est temps de réagir, d'inverser les points de vue. C'est la lutte des plurofuturos, de ceux qui construisent leur devenir, sans illusions, avec la détermination des désespérés, qui alertent la planète et veulent des solutions plurielles, contre les monorétros, les tenants du passé (toujours meilleur dans son idéalisation), de l'arrêt de l'histoire et d'une conception unique du monde : la leur.

La question en fait n'est pas de survivre mais de vivre. La question n'est pas de durer comme un poulpe baveux mais de jouir et profiter de chaque petit moment. La question n'est pas d'avoir peur du futur et de se sentir impuissant, mais de prendre en mains la nature de son existence et repenser notre vivre-en-commun, ici d'abord, dans ce que l'on voit.

La responsabilité de chacune et chacun est première. Et puis, quand tout s'écroule, comme en Thaïlande ou à Haïti, on ne perd pas son temps en lamentations, on aide, on agit, on reconstruit. Le drame est aussi normal que son absence. Il est temps que la restitution de la mort et de la souffrance dans notre quotidien, de leur potentialité, soient des moteurs d'énergie, de jouissance, de créativité.

No survivalism. We want to live day after day ! 2012 is shit. We build here and everywhere : that is the struggle of Plurofuturos against Monoretros !

21 · 02 · 2010

Fils de

J'ai trop tendance à traiter ici de sujets graves. Probablement comme un anti-poison à la soupe ambiante et parce que je n'aime pas que le lecteur perde son temps, au risque du pudding. Alors égrenons un peu de jazz manouche avant de retomber dans mes manies.

Hier soir, j'ai passé au théâtre Traversière un moment merveilleux avec Angelo Debarre et les musiciens qu'il a rassemblés, dont un petit timide dans un coin appelé Thomas Dutronc, qui poussa la chansonnette. L'aspect virtuose et jubilatoire de cette musique me fit penser en contrepoint à la néantisation télévisuelle actuelle. Comment des émotions si fortes et si directes --entre allégresse papillonnante et encre noire dans la bouche, façon blues, fado, mélodies arabo-andalouses ou certaines d'Inde...--, qui ne nécessitent aucun savoir pour être ressenties, ne sont pas davantage montrées ?

Et puis j'ai aussi songé à notre petit T. D. Si vous croisez ses parents, vous leur direz que c'est une belle réussite. Pourtant nous sommes dans une période glauque de dynasties, partout. Des ratés variétoches n'en finissent plus de braire outre-tombe et leurs enfants tentent de se placer. Petites magouilles locales car ces piquettes sont inexportables.

Chacun sait que je suis pour la suppression de l'héritage matériel, source évidente d'inégalités injustifiables et malédiction pour les déshérités ou les trop héritiers. J'ai laissé mes enfants faire ce qu'ils souhaitaient, en leur disant toujours que mon seul souci n'était pas la nature de leur rôle social mais la joie potentielle avec laquelle il pouvaient jouir de chaque matin.

Alors, T. D. fut doublement stigmatisé. Il aurait pu sombrer dans l'angoisse de ceux qui tombent dans l'abîme de n'être que par rapport à d'autres, jamais sûrs d'exister vraiment. Il aurait pu aussi grossièrement exploiter les bijoux de famille. Il suit une voie musicale particulière et dispose d'un humour froid qui calme les crétins et les crétines.

Mais, dans notre temps de rapacité dynastique où 2% des adultes les plus riches possèdent 50 % de la richesse planétaire, il s'agit probablement d'un contre-exemple. Heureux, souhaitons-le, car fondé sur un projet ludique. Décidément, le nomadisme, qui interdit l'accumulation et limite la propriété individuelle, a du bon. En tout cas musicalement, quelle claque éblouissante...

19 · 02 · 2010

Le nouveau négationnisme

Ouvrons les vrais débats. D'accord ou pas d'accord, un regard plurofuturo à diffuser :

A la fin du XXe siècle, quelques-uns, sous des dehors scientifiques et accompagnés par une cohorte de paranoïaques imbibés de théories du complot, visèrent à nier l'extermination des juifs par les nazis. Ils s'engouffrèrent dans les excès et approximations médiatiques de personnes qui n'avaient ni vécu les événements, ni étudié précisément leur histoire. La mauvaise réaction française fut d'excommunier, d'interdire, ce qui renforça le sentiment de vérité impossible à dire.

Lorsqu'en 1995, nous réalisâmes avec François Bédarida une exposition sur le système concentrationnaire nazi, nous décidâmes, en plein accord avec toutes les associations de déportés, de dire les faits vérifiés : tous les camps n'étaient pas des camps d'extermination et n'avaient pas de chambre à gaz ; de la correspondance pouvait s'envoyer de camp à camp ; les situations matérielles changèrent notablement entre les années 1930 et 1945 ; des chiffres avaient été exagérés... De toute façon, l'horreur patente fut telle et la volonté planifiée (expliquée clairement déjà dans Mein Kampf) d'apporter la "solution finale de la question juive" avérée, qu'il était inutile et nocif de ne pas être précis.

Aujourd'hui, rebelotte. La vague écolo fait des esprits chagrins. Dans ces colonnes, contre la religion écologiste, nous défendons une écologie critique, évoluant, scientifique et expérimentale. Mais la conjugaison d'erreurs du GIEC, d'incertitudes scientifiques normales, de jalousies de chapelles et d'intérêts (lourds comme le pétrole) contrariés, organisent un révisionnisme médiatique.

Pour le contrer, là encore, l'interdiction serait stupide et contre-productive. Le catastrophisme, l'appel à l'Apocalypse façon hululements du planeur photographe, font jeter le bébé avec l'eau du bain, puisqu'il est facile d'en montrer sur des points précis les exagérations et les incertitudes.

Alors, la question fondamentale n'est pas celle des doutes climatiques, mais ce qui s'observe partout (photo de pollution atmosphérique à Bombay) : les pollutions galopantes des terres, de l'air et de l'eau. Notamment à cause du pétrole et de son dérivé le plastique. La poubelle Terre tue. Et la production de masse, loin d'apporter des bienfaits, acculture et fait régresser la qualité du vivre-en-commun. C'est donc un aggiornamento planétaire qui est nécessaire, n'aboutissant à aucun modèle d'ensemble, mais des décisions drastiques de sauvegarde collective et une infinité de choix individuels et collectifs locaux : repenser la différenciation.

La réponse aux négationnistes écologiques est double : d'abord chercher d'où ils parlent et les intérêts inavouables qu'ils défendent ; ensuite, ne pas s'empêtrer sur la question du climat, quand la pollution tangible tue tous les jours et salit l'ensemble du globe.

Rappelons alors, pour éviter les amalgames pernicieux, que chaque phénomène historique est spécifique, unique. Seuls des parallèles peuvent s'établir. Donc. Oui, Hitler a voulu exterminer les juifs dans un régime basé sur le racisme. Oui, les activités humaines depuis le XIXe siècle ont transformé radicalement l'aspect et le contenu de la planète : flore, faune, minéraux, air, liquides, humains.

17 · 02 · 2010

Erro et la circulation planétaire des images

Il faut rire. Alors, nous rions. Trois colosses façon première ligne de rugby, comme dit Erro. Mais Erro est fatigué. Comment exprimer l'affection que nous lui portons --homme admirable et généreux-- mon ami Hans-Joachim Neyer, qui monta la grande exposition itinérante de Hanovre, et moi-même ?

Allez massivement voir l'extraordinaire donation de collages faite au Centre Pompidou, subtilement choisie par Christian Briend. Ce sont ces collages réalisés dans une fièvre automatique qui sont au coeur de la création de cet immense artiste, souverainement indépendant, et qui a compris avant les autres l'absurdité de la guerre froide et le vertige de la circulation planétaire des images.

J'ai failli, durant un vernissage bondé, faire un grave incident diplomatique. En effet, d'un seul coup, une espèce de criquet agité me bouscule violemment, à tel point que j'ai failli écraser l'insecte contre le mur en réaction de défense. Quelle ne fut pas ma surprise quand je m'aperçus qu'il s'agissait d'une autorité locale... Les temps sont médiocres.

L'exposition aurait décemment mérité le double de place pour faire respirer les oeuvres. Quand un établissement reçoit un pareil ensemble d'un créateur aussi important, cela s'imposait. L'ouvrage, en revanche, est très bien conçu (pas juste parce que j'y ai commis un article).

Et, avec Jean-Jacques (Lebel), qui était probablement le visiteur le plus légitime dans ce brouhaha, parce que c'est lui qui a accueilli Erro à son arrivée à Paris il y a cinquante ans pour lui faire découvrir "celles et ceux qui bougeaient", nous avons devisé. En pensant d'abord à notre amie Laurence, dont le drame ne nous quitte pas. En observant banalement ces pingouins occupés de tout sauf des oeuvres, récupérateurs imbéciles de succès dont ils ne comprennent rien. En étant jubilatoires devant la fulgurance prometteuse des collages les plus anciens.

Erro, pudique et volontaire, nous t'aimons et t'admirons profondément.

11 · 02 · 2010

L'ordre psychique

Se faire convoquer en 2010 par un psy dans une crèche pour un enfant en pleine forme de 2 ans et demi ! Dans quelle société sommes-nous ? Après les flics du corps et leurs pilules de perlimpinpin, les flics de l'esprit. Il faut être normé, pas de caractère entier, pas de colère, pas de passions...

Les sociétés occidentales --et notamment la société française-- traversent une mauvaise passe. C'est la déresponsabilisation totale, l'assistanat général pour consommateurs passifs. Le psy est le prêtre obligé des institutions laïques. Au nom de quoi ce parasite payé par l'impôt collectif existe-t-il ? Pour distiller des crétineries de comptoir destinées à destabiliser les mères ? Si quelqu'un souhaite consulter, cela relève du domaine privé.

Voilà donc un signe de plus de la normalisation en cours. On veut faire des clones dociles. Après le politically correct qui masque le retour violent de la censure, les psys en crèche !

Le phénomène n'est pas isolé, dans les dérives charriées par ce sale "politically correct", cette gouvernance d'affichage démagogique. Ainsi, une loi veut condamner le "harcèlement psychologique dans le couple". Faut-il que nos sociétés soient malades pour pareilles dérives. Jadis, on riait grassement des femmes battues en disant qu'elles l'avaient mérité ou qu'elles aimaient cela. Notons que l'acte même serait aberrant pour la société laotienne, par exemple. Dans nos pays, que je sache, battre --parfois jusqu'à la mort-- qui que ce soit est gravement condamnable. Bon, on renforce les mesures afin de stigmatiser un interdit particulier. Pour faire signe. C'est salutaire. Mais assortir cela subrepticement de mesures sur le harcèlement psychologique (3 ans de prison et 75 000 euros d'amende...) en dit long concernant nos dérives.

Qui va juger du harcèlement ? Les couples vont vivre maintenant avec avocats et huissiers à demeure ? Chacun installera des caméras-témoins ? Déjà, l'épidémie de séparations avec enfant crée des imbroglios destructeurs, des cancers mentaux de longue durée. La judiciarisation kafkaïenne franchit un pas de plus, avec le risque du mensonge absolu pour faire chanter quelqu'un, s'en débarrasser ou se venger.

Disons-le, les psys et les avocats --gangrène proliférante et intéressée-- sont l'expression même de la déresponsabilisation des individus et de la destructuration de notre pacte social (la dépression collective française décrite en 2010 par le rapport Delevoye). N'en rajoutons pas une couche.

Regardons ailleurs. Ayons la modestie de nous apercevoir que d'autres civilisations fonctionnent mieux, que notre modèle est pervers et usé, que nous construisons une grande maison de retraite pour grabataires râleurs, que nous ne savons que bourrer de vieilleries rétros nos jeunes et leur parler de peur, que nous sommes terrorisés et repliés au lieu de profiter de la grande chance d'un monde de circulations et d'échanges.

De plus, sachez que c'est par l'accident et par la transgression que les sociétés avancent et innovent. Refusons l'esclavage psychique déjà suffisamment organisé par la crétinerie télévisuelle.

06 · 02 · 2010

Principe de précaution, principe de lâcheté

Ouvrons les perspectives. Permettons de vrais débats. D'accord ou pas d'accord, voilà un regard plurofuturo à citer, à diffuser :

Pourquoi donc la France est-elle allée inscrire le principe de précaution dans sa constitution ? Ce pays, ayant si peu confiance dans ses habitants et dirigeants, passe son temps à légiférer pour ensuite se prendre les pieds dans le tapis (voir tous les lobbies communautaires).

Alors il faut se protéger contre tout et, les tempêtes pouvant advenir, les arbres sont en survie. Principe de précaution, principe de lâcheté, absurdité du risque zéro, culte de la normalité. Notre société entretient l'individu dans l'idéologie de la durée et l'illusion de la protection. La lâcheté interdit d'affirmer que l'accident est aussi normal que son contraire, que la catastrophe n'a pas forcément des responsables, que c'est à l'individu de se battre pour sa survie. Les habitants d'Haïti furent des modèles de dignité à cet égard.

Sans compter la gabegie bouffonne du H1N1. Pourquoi n'avoir pas fait le même cirque pour la grippe "normale", qui tue aussi ? Pendant ce temps, l'épidémie de cancers continue, la pollution de l'air, l'usage des matières plastiques...

Il faut se protéger et normer : beaucoup de médecins, de psys, d'économistes et de juges ont perdu et la raison et le sens commun. Ils parlent des langues étrangères. Echappons-nous de cet asile moyen, de la survie, où des jeunes Français râlocheurs à 25 ans comptent leurs points de retraite et s'ils peuvent travailler 10 minutes de moins par jour, anesthésiés de la vie... Vivons et crevons sans faire chier des générations de garde-malades. Un peu de dignité. Un peu d'exigence. Un peu de lucidité.

Peur. Peur de tout. Aucun risque. On s'étouffe pourtant aussi au lit ! Le principe de précaution est ainsi appliqué avec excès et sans logique (pas d'interdiction des biberons en plastique). S'il s'agit d'empêcher les OGM, un simple principe de prudence au coup par coup suffit (en quoi avons-nous besoin des produits Monsanto ?). Je pars en voiture à travers l'Inde en acceptant d'y mourir sans rien faire pour, mais ici aussi la mort me guette. J'ai appelé cela une conception du fatalisme dynamique.

Les options collectives doivent de toute façon permettre des débats. En plaçant l'individu éclairé devant des choix. Maintenons des parcs arborés en centre ville, au nom de risques bien compris. Supprimons en revanche les émissions du pétrole au nom d'un principe de prudence et une réflexion basique d'agrément.

Plurofuturo, pensée prospective. Cela consiste alors à la fois en certains principes de vigilance, le choix averti du risque; balancés avec la réévaluation de la responsabilité individuelle et de la volonté. Mais en tout cas pas l'absurdité de l'assurance universelle du principe de précaution et la lâcheté individuelle organisée dans la compétition médiatique à la victimisation.

Supprimons la mauvaise odeur de moisi qui règne ici.

06 · 02 · 2010

israelopalestinia : penser au-delà

Ouvrons les perspectives. Permettons de vrais débats. D'accord ou pas d'accord, voilà un regard plurofuturo à citer, à diffuser :

Mémoire, certes. La table rase et l'oubli total ne sont pas des réactions saines, souvent louches. Mais besoin d'histoire aussi pour ne pas être juste Fabrice à la bataille de Waterloo et comprendre les enjeux plus vastes. Mais aussi la nécessité aujourd'hui de ne pas rester englué dans la boue d'hier : pensée plurofuturo.

Pour prendre une zone terrestre nocivement surmédiatisée, regardons Israelopalestinia (c'est ainsi qu'il faut nommer prospectivement cette zone : vous verrez, le regard change ipso-facto).  De fait, la majorité des Israelopalestiniens révèrent aujourd'hui le même Dieu. Ils ne peuvent oublier les horreurs de leur guerre civile. Et il ne faut pas oublier --exercice artificiel. Pardonner non plus (pourquoi ?). Mais penser au-delà, penser plurofuturo, songer, après des querelles fratricides, à une vie commune et à une cité internationale : Jérusalem. Voilà ce qu'est le plurofuturo : réinventer un avenir dans un sens pluraliste, sans rien cacher. Petit chemin de scarabée dans le désert.

30 · 01 · 2010

Burqa de Nouvel An

Ouvrons les perspectives. Permettons de vrais débats. D'accord ou pas d'accord, voilà un regard pluro-futuro à citer, à diffuser :

Quand nous voulons raisonner sur une question délicate, souvent seule la méthode comparative parvient à nous éclairer. C'est par la comparaison que nous remettons les choses à leur place ou grâce à la mise en évidence du principe dans sa nudité (par exemple, le principe d'inégalité des chances absolu que recèle l'héritage).

Pour le piège mental que constitue la burqa, il en est de même. On peut en effet partir d'une règle simple qui est celle de la liberté individuelle et militer pour foutre la paix à ces femmes --d'autant plus si elles sont marginales-- au nom de la défense de la diversité. On peut également considérer que cette liberté est un prosélytisme de fait pour une pratique qui contrevient aux moeurs communes européennes et à la façon dont les femmes sont considérées sur ce continent dans notre pacte tacite du vivre-en-commun.

Voilà pourquoi je propose de créer un nouveau mouvement (une foi ?) : les ZZ, les "Zélateurs de Zorro" qui se promènent toujours en dehors de chez eux dans leur tenue masquée favorite de redresseurs de torts. Passé le rire éventuel (insulte pourtant à leur croyance en Zorro --bientôt réprimé par la loi ?) et l'étonnement, ne se feraient-ils pas arrêter en France par la police et interdire de toute démarche officielle ? En Arabie saoudite, leur sort risquerait d'être pire pour finir par croupir dans des geôles.

Cela veut-il dire que les femmes masquées soient aussi persécutées que les ZZ ? Non, puisqu'elles peuvent circuler sans difficulté dans nombre de pays à majorité musulmane, alors qu'il faudrait de longs combats pour que les ZZ aient facilement droit de cité déjà chez nous.

Cela nous conduit à penser une planète relative où les habitudes sociales et les vêtements ne soient pas partout les mêmes, qui ne s'uniformise pas. Cette planète devrait fonctionner --je l'ai écrit-- sur un pacte moral minimal évolutif (par exemple l'interdiction générale de patiques cruelles comme l'excision) et des variantes locales (à condition qu'elles ne soient pas imposées à toutes et tous). Dans ce sens, si chacun s'habille comme il veut chez soi ou dans des lieux de culte, c'est à dire dans des espaces privés, il peut être concevable d\'interdire la burqa et les tenues de Zorro dans la rue et les administrations en France ou en Europe.

Alors, au Nouvel An, battus par les vents des îles bretonnes, repus et au chaud, riant avec Medi et Alexandra, le dessinateur Willem et moi-même avons joué aux justiciers masqués, dans un incognito gagné parce que personne ne se doutait que nous portions notre burqa.

Conséquence adjacente, le champagne a fait exploser pour des semaines tous les barêmes rationnels de mes analyses, tandis que je pense maintenant à chaque instant à mon amie Laurence Bertrand Dorléac qui vit l'horreur.

29 · 01 · 2010

Réinventer l'avenir !

 

(avec un clin d'oeil amical à Aminata Traoré à Bamako)

 

Deux signes doivent nous alerter : l’Appel pour une République multiculturelle et postraciale ; le lancement de l’année Utopies & Innovations. La France serait-elle enfin apte à sortir de son torticolis passéiste et de penser le monde en transformations, de laisser émerger des générations nouvelles, de permettre des lectures prospectives des événements ?

Il serait temps. Cela permettrait de donner un autre sens à nos débats récents autour de l’histoire, la mémoire, l’identité. En effet, ayant circulé au Laos, en Mongolie, au Japon, au Mali et en Inde, les controverses sur l’identité nationale, le musée d’histoire de France ou la suppression (sectorielle) de l’enseignement de l’histoire, paraissent vraiment étranges. Des contrées aux peuplements composites et à la grande diversité de langues comme l’Inde ou le Mali ne se les posent pas. Des pays d’immigration, telle la Nouvelle-Zélande (où les Maoris sont eux aussi des immigrés tardifs), vivent en tournant leur regard vers l’avenir.

L’histoire est partout, quand elle se voit contestée et canalisée par des « barrières mémorielles ». Pourtant, comment pouvons-nous vivre et choisir sans connaissance du passé collectif ? Et n’est-il pas temps, comme ailleurs dans le monde, d’avoir une vision prospective de ce passé ?

 

Connaître le local et accepter la multidiversité en mouvement

 

Lorsque beaucoup tentent d’instrumentaliser le passé avec le devoir de mémoire, qui est de fait souvent l’affrontement des mémoires, il devient urgent de proclamer un besoin d’histoire général. Cette histoire ne doit cependant pas être une reconstitution à posteriori du chant national mêlant rois et dirigeants, ni la glorification de l’émancipation du peuple, ni une succession de repentirs anachroniques. Le Mallet et Isaac est mort, comme la geste communiste. L’histoire est une reconstruction problématique du passé.

 

Sur quelle base ? Le travail historique n’échappe évidemment pas aux demandes sociales et aux modes intellectuelles. L’urgence actuelle semble constituée d’abord par le besoin de chronologie longue car tout s’accumule avec la même actualité sur les écrans. La seule réponse logique et légitime devient celle d’une histoire-territoire. Le territoire national actuel possède en effet une histoire longue. Qui pourra contester que chaque individu passant sur ce territoire ou habitant ce territoire n’ait utilité à savoir son passé ? Il peut être rappelé, depuis les premiers peuplements humains, en grandes étapes jusqu’à aujourd’hui. Constatons-le, tout autre démarrage chronologique (Gaulois, Romains, Francs…) prêterait à contestation comme une option idéologique.

De ce fait, la chronologie longue conduira inévitablement à traiter des variantes locales (l’histoire de ma ville et ses spécificités) et de grands mouvements européens et mondiaux (Rome excède le territoire national). Cette histoire-territoire se projette ainsi du local au global. Les explorations et les colonisations le nécessitent quand la France aujourd’hui résonne territorialement sur plusieurs continents et que le français se parle dans un nombre de pays conséquent dans le monde (voir Haïti).

L’histoire-territoire ne peut donc être qu’une histoire stratifiée. Elle se complète naturellement par des repères concernant l’évolution longue de chaque continent. Qui niera aujourd’hui, à l’heure du commerce globalisé, le caractère indispensable de notions sur l’histoire longue de la Chine, de l’Inde, des différentes parties de l’Afrique ou de l’Amérique, de l’Australie ? Nos enfants, quels qu’ils soient, doivent bénéficier de ces repères, aptes, de plus, à encourager les échanges dans les classes et à les souder dans un contexte de multidiversité en mouvement.

Au Mali, en pays dogon, l’enseignement démarre en dogon avec des récits locaux, puis il s’ouvre au national et à l’international, apprenant aux enfants des savoirs universels et l’histoire d’autres continents (France et Europe, par exemple). Cette histoire stratifiée, du local au global, est ainsi indispensable partout sur la planète.

Elle participe d’un combat du savoir fondamental. La manipulation des individus, leur esclavage mental ou physique, sont en effet portés par l’ignorance et l’acculturation. Il faut alors impérativement défendre les savoirs locaux, les cultures et langues en perdition, en les associant à des outils de compréhension plus large.

Besoin d’histoire, oui, ici et partout, pour construire une planète diverse et solidaire. La relativité est là : émiettement et forum planétaire. 

 

 

 

Identités imbriquées et sociétés des spectateurs-acteurs  

 

Mais comment propager cette histoire ? Quels outils ? Pour quels effets ?

 

Je l’ai démontré depuis trente ans à travers de nombreux ouvrages (L’homme planétaire ou Pour une philosophie de la relativité), nos identités sont imbriquées. Elles sont liées à un passé variable suivant les individus et des influences de croyance et de goût : être catalan, espagnol, juif, passionné de culture japonaise et pratiquant intensivement le tennis. C’est justement parce que ces identités sont imbriquées que le fait de recevoir dans l’éducation des repères sur le passé local et global devient de plus en plus important.

 

Dans un contexte multiculturel et postracial ? Certes. Mais qui ne signifie pas pour autant le brouillage du sens et l’uniformisation générale. Par la connaissance, par des connaissances du local au global, l’individu doit pouvoir choisir et changer, bâtir localement en prenant des solutions singulières et parler mondialement en triant entre le rétro et le futuro, en expérimentant toujours dans une conception de l’histoire perpétuellement évolutionniste. Ce singulier-pluriel permet de comprendre des enjeux planétaires et de diversifier les diversités sans imposer de « moules » figés. C’est la lutte de celles et ceux qui veulent la pluralité de modèles en mouvement et les tenants d’un système unique bloqué. Notre temps, qui n’est plus la société du spectacle avec télévision unique à consommer passivement mais les sociétés des spectateurs-acteurs en réseau, le permet.

 

Voilà pourquoi il est difficile, par exemple, de comprendre l’hostilité à la création d’un musée d’histoire de France. Certes, le nom de Maison d’histoire en France lèverait toutes les équivoques. Mais pouvons-nous critiquer une initiative sans en connaître le contenu, alors que nos voisins allemands ont paisiblement ouvert le Deutsches Historisches Museum à Berlin ? Est-il illégitime de donner à chacune et à chacun à la fois des repères chronologiques concernant l’aventure humaine de son territoire et d’interroger toutes ses correspondances avec le reste du monde ? Vaut-il mieux multiplier des musées spécifiques, au risque de l’instrumentalisation, qui n’auraient aucun lieu de synthèse ?  

 

D’autant qu’associant les musées français et travaillant avec des institutions internationales, un tel lieu pourrait utilement devenir une tête de réseau (rappelons que notre pays a porté l’Association internationale des musées d’histoire, le Conseil européen et le Conseil français des musées d’histoire). Il permettrait de plus d’aider à valoriser la recherche française –notre pays a toujours été en pointe dans ce domaine--, jusque dans ses aspects novateurs (l’histoire culturelle ou l’histoire du visuel), en l’associant à la recherche internationale. C’est en effet un nouveau souffle qui est nécessaire aujourd’hui, tant concernant les objets d’études, que l’appel au comparatisme et aux travaux sur les circulations, confrontations, influences. Dans ce cadre, la construction du niveau national sera un aspect essentiel, mais replacé naturellement en rapport avec des histoires locales, continentales et mondiales. Nous comprendrons mieux nos spécificités, les fondements de notre vivre-en-commun et les messages universalistes que ce pays a pu porter et --souhaitons-le-- porte encore.

Le besoin d’histoire s’avère en effet d’autant plus patent que nous vivons une crise de l’ethnologie, du moins dans ses formes les plus décalées du contemporain. Certes, la mise à plat anthropologique des structures sociales a eu le mérite de briser la barrière hiérarchique entre Europe et reste du monde (souvent colonisateur et colonisé), en faisant comprendre la relativité des situations sur chaque continent et en commençant à imposer un respect mutuel. Mais actuellement, du Mali ou du Brésil, des voix s’élèvent pour faire comprendre que cette démarche a eu aussi l'inconvénient de figer le regard sur les sociétés d’autres continents (ou d’ailleurs les campagnes européennes). Partout, il importe alors d’affirmer que ces peuples ont une histoire, bien antérieure à leurs premiers contacts avec les Européens et qu’ils continuent à évoluer considérablement au temps du téléphone portable en pays dogon islamisé. Autant l’écologie culturelle devient fondamentale pour défendre les diversités, autant il est inadmissible d’enfermer des territoires entiers dans une sorte d’Age d’or folklorique factice --pour les villages français ou les Bambaras. L’histoire-territoire longue devient nécessaire partout.

 

Pour toutes ces raisons, à l’heure où des signes annoncent un réveil salutaire, le besoin d’histoire doit mobiliser de nouveaux outils et aider à bâtir des travaux historiques qui aident à la fois à connaître le passé long, mais aussi à mieux discerner le monde d’aujourd’hui en mutation profonde. Voilà ce qui pourra lutter le mieux contre les dangers d’uniformisation planétaire par une consommation acculturée de pacotilles. Oui, de plus en plus, nous avons besoin d’histoire pour exister, choisir, nous définir. D’une histoire qui transforme ses outils et ouvre ses champs d’étude. D’une histoire promue par des lieux et des échanges inédits.

 

 

 

 

 

14 · 01 · 2010

inutilité médiatique et propagande caritative

[écrit à "chaud" le 14 janvier 2010, cet article d'humeur a plutôt été confirmé par les faits]

Ouvrons les perspectives. Permettons de vrais débats. D'accord ou pas d'accord, voilà un regard pluro-futuro à citer, à diffuser :

Haïti, comme toutes les catastrophes à venir (et passées, tel le tremblement de terre en Algérie où j'étais en 2003), ne peut que susciter de l'émotion et de l'empathie pour une population tellement accablée par des épreuves successives.

C'est dit et c'est beaucoup. Du point de vue de l'information, nous savons que les journalistes vont arriver en retard. Ils n'auront rien à nous apprendre sinon radoter sur les souffrances et hurler à chaque réplique pour maintenir le suspens, susciter le lacrimal et la colère, attendre des émeutes et des pillages. Ils lutteront contre la sagesse immémoriale des peuples, celle qui rejoint le constat scientifique : la catastrophe est aussi plausible que la non-catastrophe. Disons-le, qu'ils restent chez eux, cela fera des économies et imposera une règle de décence face à la compétition et aux surenchères du news market.

Du côté des organisations internationales, nul doute que leurs interventions sont nécessaires, car tout manque et tout est déstructuré. Mais nous allons assister à un ballet politique où chacun vient se montrer sans grande cohérence pour étaler son logo dans une surenchère indécente et inefficace. Il vaudrait mieux que l'ONU (ou autre organisme plus opérationnel) analyse vite les besoins d'urgence, puis ceux sur le long terme. Ensuite, les organisations les mieux adaptées seraient associés en fonction de cette analyse. Les autres resteraient chez elles.

Enfin, de quoi pourraient nous parler les médias ? Probablement de l'histoire longue d'Haïti, pas comme un pis-aller au manque de matière du sensationnalisme. Oui (voir le "regard" précédent), nous avons besoin d'histoire, d'une histoire du local au global, d'une histoire qui nous explique nos liens avec Haïti.

Les médias pourraient aussi nous parler du futur, de l'après désolation, de la réorganisation nécessaire pour que ce pays puisse disposer d'une économie autre qu'assistée-détournée par prévarication, pour saisir les questions écologiques à bras le corps, pour permettre la vie et le rayonnement d'intellectuels et d'artistes auxquels seul souvent l'exil devient le moyen de la survie.

Il n'existe pas de malédiction haïtienne.

Cependant, je détesterais qu'une telle réflexion aboutisse à une condamnation banale des médias, de l'aide internationale ou de l'écologie. Précisons alors les vrais combats à mener : pas de polarisation médiatique mais défense de la diversité médiatique, pas d'hystérie de l'écologisme mais une écologie critique, pas de religion caritative mais des aides pragmatiques évaluées.

Et puis, en ces moments, je pense à Hervé Télémaque.

08 · 01 · 2010

Rétromonos contre plurofuturos !

Les bouleversements provoquent des raidissements. Au XXIe siècle, la France s'agrippe à la panoplie nationale du XIXe siècle, en oubliant les messages universalistes de la fin du XVIIIe. De quoi a-t-on peur ? De la pluralité ? Et est-on moins français quand on s'active du local au global ?

Partout, l'avancée des idées incite à défendre les pluralistes contre les monomaniaques. Non, nous ne voulons pas un monde uniforme mais un monde pluriel. Non, la nation ne résume nullement une aventure collective nommée France --ce qui fait rire quand ce surnationalisme est porté par des descendants d'immigrés ou issus d'autres territoires. Non, les transformations de la vie quotidienne ne doivent et ne peuvent être uniques, ni l'écologie écarter la critique, ni les relations mondiales oublier les pensées variées. Non, la production capitaliste standardisée ne peut demeurer un modèle unique face à ses échecs moraux et environnementaux, quand les situations multiples appellent des évolutions diversifiées. Non le "progrès" n'existe pas, quand il s'agit d'une notion relative sans modèle unique ni histoire arrêtée, à évaluer constamment à partir de partout (renverser et mixer les points de vue), et à inscrire dans des co-évolutions diversifiées au sein de mouvements perpétuels. Non, l'idée d'une religion unique n'est nullement tolérable, sans l'acceptation du refus de la religion ou de croyances différentes. Non, l'hygiénisme et l'idéologie de la durée ne sont nullement valables, quand chacun, par la connaissance, doit pouvoir choisir ses comportements --et changer.

Le pluralisme est un message d'avenir et un combat à mener sans relâche, par-delà la vanité de chicaneries obsolètes. Voilà le grand enjeu du futur.

Suivant ce regard inédit et notre nouvel esperanto en "o", il va falloir raconter la saga des monos contre les pluros, comme d'ailleurs celle des rétros contre les futuros (allez voir les résultats de 30 ans de réflexions sur ces sujets dans la partie "livres" ou "films") : rétromonos contre plurofuturos...