02 · 12 · 2013

[decryptcult] #4 : montrer sa trombine ?

Aragon masqué à la télévision analysé par Daniel Bougnoux, le secret en littérature avec les lettres de Perec, les zones d'ombres d'Internet avec F.B. Huyghe, les "invisibles" de banlieue par la photographe Nadine Barbançon, le clip ou la cinéphilie... et tant d'autres sujets passionnants dans [decryptcult] #4. Le magazine culturel mensuel indépendant a trouvé son succès et son rythme : de l'exigence, des gens compétents (Cité de la Musique, les "paysages de banlieue" vus par l'écomusée du Val de Bièvres, la "scénographie de la rupture" au MEN de Neuchâtel...), des créateurs variés (BD et les éditions Polystyrène ou Roberto Platé avec Marie Binet ou l'Indus Experimental Noise à Saint-Nazaire), des expériences innovantes de terrain racontées par Gilles Luneau (la CoopCultu sur globalmagazine.info)...

C'est très désagréable de montrer sa trombine mais le plaisir du talent des autres forme une sacrée compensation, une belle bouffée d'espoir et d'énergie, dont nous avons tous besoin !

24 · 11 · 2013

ET SI ON REGARDAIT LE FUTUR ? La schizophrénie écologique

(dessin de Cabu)

Ce texte exprime à la fois une exaspération devant le "Hollande bashing" et la volonté d'aider à secouer les consciences pour remettre le pays en marche, ce qui est l'intérêt de tous, droite comme gauche. Il porte des propositions à partir des principes de justice, de durabilité et de diversité (biodiversité et culturodiversité). Parallèlement, s'est ouverte une page facebook "France-Monde" pour affirmer la volonté d'un antiracisme décomplexé dans une France ouverte, toutes générations confondues, de façon à continuer l'innovation, la prospective, à porter encore des messages universalistes, contre les tenants minoritaires d'une France rabougrie et peureuse. Soutenez, bougez !


Dès 2005, alors que Jacques Chirac tentait de parler aux « jeunes » en se montrant tout à fait déconnecté de leurs préoccupations, j’identifiais une « fracture générationnelle » et publiais chez Sens & Tonka Bas les pattes sur l’avenir !. Cette fracture a depuis été confirmée dans les chiffres et dans les faits, entre une partie des retraités ayant l’argent et les leviers de pouvoir et une jeunesse dans la précarité, sauf à être cooptée par des parents favorisés. En 2011, je publiais gratuitement sur un site lancé par des étudiants (www.fauteuiltronik.com ) Halte aux voleurs d’avenir ! (désormais en lecture gratuite dans la rubrique « idées… » de ce site) avec un dessin-préface de Willem et une post-face d’André Stas. Constatant l’existence désormais d’un troisième âge et d’un quatrième âge dû à la longévité faisant qu’une bonne partie des « jeunes retraités » restent socialement actifs et ont des solidarités intergénérationnelles notamment avec leurs petits-enfants, j’ai développé le concept de « conjugaison des générations ».

Alors, qu’est-ce qui ne va pas pour ces générations conjuguées ? La panne idéologique. Après le trop-plein d’idéologies fermées, l’absence de cap. C’est grave et tout le monde le dit. Comment redonner espoir et buts concrets pour des gens qui n’attendent que cela ? Le petit livre Tu es plurofuturo ? est une réponse à cette question en dessinant les nouvelles fractures planétaires. Ainsi, remettre en marche la boite à idées dans une vision qui ne soit pas passéiste et réactionnaire ou xénophobe (les « monoretros ») nécessite en fait de se replonger dans les racines de la pensée libertaire et utopiste du XIXe siècle, en y ajoutant les expérimentations et les innovations liées à l’impératif écologique matériellement et culturellement (le « rétrofuturo »). Tout cela à l’aune d’un big bang mental qu’est la philosophie de la relativité (Pour une philosophie de la relativité, voir la rubrique « livres » de ce site), leçon de tolérance du vivre-ensemble planétaire et défense de la diversité contre l’uniformisation commerciale et la normativité de sociétés de la surveillance généralisée.

Alors, allons-nous enfin regarder le futur en France ? Donner des buts, des perspectives à nos générations conjuguées ? Les socialistes vont-ils enfin devenir socioécologistes avec un vrai Bad Godesberg dans ce domaine plutôt que d’avoir l’air de traîner des pieds et de céder à des lobbies d’arrière-garde ? Nos écologistes rassemblés dans une fédération vont-ils jouer leur rôle de laboratoire du futur ouvert, de force de propositions même contradictoires, plutôt que d’adopter les pires attitudes sectaires et partisanes ? En France, le rôle du Président de la République reste crucial, même affaibli par le quinquennat. François Hollande a la chance historique de prendre de la hauteur en donnant des perspectives. Voyons donc comment et pourquoi nous pouvons sortir de notre schizophrénie écologique.

La schizophrénie écologique française

Vu de l’étranger, le rapport qu’entretient la France avec la notion d’écologie stupéfie. La population est prête à hurler à la première crise sanitaire ou sur les scandales de la malbouffe. Le jour où se produira un léger accident nucléaire ou la preuve des effets cancérogènes des pollutions des eaux ou de l’air, sans compter les inondations climatiques, tout le monde sera en émoi. Aucune Française ou aucun Français n’ignore la destruction de la biodiversité, ni la disparition accélérée de cultures anciennes traditionnelles sur d’autres continents comme chez nous. En attendant, la mode est à moquer l’écologie en la considérant comme une pratique sectaire pour bobos. Le parti politique qui est censé porter ses valeurs n’a jamais été aussi affaibli, pendant que le « green washing » sert à vendre. La France a donc un comportement schizophrénique par rapport à cette question.

Tout cela vient d’abord d’une méconnaissance totale de ce qu’est l’écologie et ensuite de partis politiques –écologistes compris—qui masquent trop en public les grandes mutations de l’époque.

Une écologie pour tous

Le mot « écologie » a été inventé par un disciple de Darwin, l’Allemand Ernst Haeckel, en 1866 pour désigner une discipline scientifique. Et c’est resté une discipline scientifique jusque vers 1970. Pour autant, les questions touchant l’écologie, c’est-à-dire les rapports des humains avec l’environnement, sont prégnantes depuis l’aube de l’humanité, faisant d’ailleurs que la conception animiste d’un « tout » liant humains-animaux-végétaux-minéraux-cosmos rejoint celle des scientifiques aujourd’hui. Malgré la volonté de mettre la nature au service des humains ou aussi d’en faire l’inventaire (Cook, Humboldt, Bougainville…), des penseurs comme Goethe, Rousseau, Thoreau, Reclus, ont insisté sur l’importance environnementale.

Même si l’idéalisation de la nature au temps des villes et des industries a servi les totalitarismes, comme la défense des traditions locales (sous Pétain), les libertaires et socialistes avaient déjà ouvert la voie du retour à la nature et au corps « sain » et sportif. La critique de la société de consommation dans les années 1960, portée par la pop musique et la jeunesse, a donné un éclat singulier à ces aspirations. Si l’écologie, comme le féminisme, sont absents des revendications de mai 1968 (alors que présents déjà dans le mouvement hippie), elle s’impose en 1970 avec le symbole de la première journée de la Terre lancée aux Etats-Unis. Très minoritaire d’abord, comme lorsque René Dumont montre son verre d’eau à la télévision en 1974, cette question est portée par des associations puis des partis.

Après le sommet de Stockholm en 1972 où René Dubos et Barbara Ward lancent « penser global, agir local », la prise de conscience planétaire grandit jusqu’à aujourd’hui, submergée d’ailleurs par les réalités. Car si les catastrophes ont accompagné les prises de conscience, toutes les questions de 1970 ont changé complètement d’échelle. C’est bien la qualité environnementale du devenir humain qui est en jeu. Et pas pour demain. Les mers, les terres, l’air sont pollués massivement sur tous les continents. Se nourrir durablement, c’est-à-dire sans abîmer l’environnement ni la santé par la malbouffe, n’est assuré nulle part. Partout dans le monde, les populations sont entrées dans une consommation addictive qui les asservit en provoquant la surproduction de biens et l’hyperconcentration financière. L’acculturation et la déculturation sont générales, provoquant des états de dépression massive ou des raidissements communautaristes violents. La biodiversité est attaquée comme la culturodiversité, alors que nous vivons sur une planète interdépendante, une planète relative.

L’écologie est donc notre enjeu commun, à la fois d’un point de vue individuel et collectif. L’écologie est une question de philosophie, de politique, d’économie, de culture, de vie quotidienne. Comment peut-on pourtant la minorer aveuglément et en faire un sujet politicien ou sectaire, marginal, un gadget énervant ?

Une Fédération écologiste, laboratoire devant s’ouvrir aux agriculteurs et aux entreprises

Depuis les origines, la question de la légitimité et de la nécessité d’un parti écologiste s’est posée. L’écologie, concernant l’ensemble du peuple dans sa vie quotidienne, traverse les courants, les convictions, comme les frontières. Issue de la recherche scientifique, il est nécessaire qu’elle continue de toute façon à s’appuyer sur des réseaux de terrain variés et des expériences qui peuvent être dissemblables voire opposées. C’est là où, quand certaines personnes peuvent avoir des positions radicales et très arrêtées, la mouvance écologiste ne peut être qu’une fédération de sensibilités différentes et n’a d’intérêt que si elle apparaît comme telle.

Une mouvance écologiste est un lieu de réflexion et un laboratoire à propositions. Au lieu de moquer les dissensions, il faut affirmer cette pluralité : c’est ce qui montre justement que ce n’est nullement une secte. Il s’agit au contraire d’un endroit pour débattre et proposer des solutions multiples à la population et à ses représentants, en liaison avec les réflexions planétaires. Un lieu d’accueil des associations, des acteurs économiques, des chercheurs, des créateurs, ouvert, qui permet d’alerter et de défendre des solutions pour l’intérêt collectif contre les lobbies circonstanciels. Daniel Cohn-Bendit l’avait bien senti avec son idée de coopérative.

Voilà ce dont notre pays a besoin urgemment : un rassemblement pluriel écologiste pour porter les grands débats de notre présent et de notre futur. Une fédération laboratoire avec deux chantiers prioritaires sur lesquels nous voudrions insister.

Vue la mutation profonde des campagnes et du monde paysan, il est essentiel en effet de réaliser un nouveau pacte environnemental avec les agriculteurs et les ruraux. Au-delà de la seule agriculture biologique, il faut affirmer l’importance des agricultures raisonnées, des circuits courts, du maintien de services publics et de commerces de proximité, d’un tissu ville-campagne en continuité et en synergie par les activités économiques. Il est temps de se soucier de la qualité des sols, des paysages et de la faune, certes, mais aussi de prendre en mains toute une écologie culturelle qui défend une vision rétrofuturo : marier la défense de traditions choisies et les innovations. C’est pourquoi les écologistes devront se poser par exemple la question d’une chasse raisonnée, question que nous comprenons en pays Inuit et pas ici.

En dehors de cette réconciliation avec les campagnes, une Fédération écologiste doit plus clairement se convertir à la mutation économique, affirmer ce fer de lance de l’avenir : la transition écologique. Parler d’économie et défendre les entreprises, en les encourageant à des pratiques éthiques en interne et en externe –dans leur intérêt d’ailleurs. Le développement durable est là, liant impact environnemental et social. Bien sûr, les économies non-monétaires, alternatives, les coopératives, l’économie sociale et solidaire, l’action économique des associations… tout cela est à encourager. Mais il faut prendre à bras le corps aussi les chantiers des nouvelles technologies, de l’agroalimentaire, de la transition énergétique, des modes de déplacements. C’est un verdissement général de l’économie qui est souhaitable et durable. C’est cela qui créera des emplois et une nouvelle conception noble du travail pour les jeunes : l’écologie, c’est aussi du social. Il faut cesser ainsi un discours du « il ne faut pas » pour montrer ce qu’il faut. Passer de l’outil de la peur à celui de la proposition et de l’invention.

Toutes ces pistes ne pourront se faire utilement et concrètement néanmoins que si le parti socialiste remet lui aussi en route son logiciel prospectif. Il a montré qu’il savait gérer depuis les années 1980. Maintenant, les habitants attendent de lui qu’il sache inventer et donner de l’espoir et des buts.

Un PS redynamisé autour de la justice, des nouvelles technologies et de l’écologie

Le parti socialiste a en effet tous les pouvoirs dans notre pays. Il est délégué par les Français avec une représentation massive. François Hollande s’est fait élire nettement, mais sur le rejet de Nicolas Sarkozy. Il a commencé à avancer masqué : ce que j’ai appelé la « shadow policy ». Cela ne peut plus suffire maintenant sans la définition de caps fondés sur des valeurs et une analyse de ce que c’est qu’être dans une France-Monde (voir « Nous sommes tous des Africains » dans « idées…» sur ce site et sur www.globalmagazine.info ). Lionel Jospin l’a vécu cruellement : même de bons chiffres éventuels à venir ne permettront nullement, à eux seuls, de rebondir.

François Hollande a démarré sa campagne électorale en axant son programme sur la jeunesse. Il a eu raison. Beaucoup d’analystes politiques le soulignent : il doit à nouveau parler à la jeunesse pour parler à l’ensemble du peuple au temps de la conjugaison des générations. Ce n’est plus du « jeunisme », c’est le moyen de se montrer prospectif. Certes, pour satisfaire un électorat vieillissant, la gauche avait besoin de montrer qu’elle n’était pas laxiste et que la sécurité est aussi un gage d’égalité. Mais elle est d’abord attendue sur des thèmes forts pour construire la société de demain.

La justice en premier lieu avec notamment –on en parle abondamment aujourd’hui-- un grand plan de justice fiscale annoncé qu’il faudra vraiment et courageusement mettre en place. Au temps du désabusement, seul le courage paie. Mais la justice, c’est aussi n’oublier personne dans une société qui ne doit plus avoir des territoires « maudits » (campagnes ou banlieues) et des habitants laissés pour compte. Cela implique, nous l’avons dit, toutes les générations. Il faut donc encourager la conjugaison des générations et supprimer les retraites-couperets. La démocratie locale et l’engagement culturel et social sont de toute façon le socle de notre réalité stratifiée locale-globale qui a besoin de relais et de revivification dans un retour au local, à ce sur quoi nous pouvons agir directement.

Parier sur la jeunesse, ce n’est donc pas faire du jeunisme, ce n’est pas se couper des vieux. Parier sur la jeunesse, c’est mettre en mouvement l’ensemble de la population dans des solidarités désirées. Et qu’est-ce qui intéresse les jeunes ? Qu’est-ce qui les mobilise ? Les nouvelles technologies et l’écologie, deux domaines destinés à transformer profondément nos organisations économiques planétaires. Ce n’est donc plus la peine de reculer et d’attendre que les mégalopoles chinoises ou indiennes nous apprennent les bonnes pratiques.

Ne faisons pas plus long (j’ai développé cela à travers de nombreux livres, articles et films depuis des années) sur ces pistes inévitables. La « voie » (comme l’écrivait Edgar Morin) est limpide : n’ayons plus peur, n’utilisons plus cette peur délétère qui paralyse et favorise les extrêmes, qui est en plus un dépresseur économique. Remettons le pays en marche positivement.

Le court-termisme et l’obsolescence accélérée de l’actualité –perversions de notre époque—sont de toute façon très dangereux en rongeant complètement la crédibilité des représentants. Une pensée durable, stratégique, devient plus que jamais nécessaire et gagnante. Contrairement à ce que pensent les agences de communication sur l’accompagnement progressif des décisions par le mensonge public et l’orientation périphérique de la focalisation médiatique, les populations récompenseront la clarté et la vision. Il faut naturellement ensuite en tirer les conséquences et anticiper : par exemple, cesser d’entretenir des espoirs sur des techniques vouées à l’échec. Faire d’une nécessité à venir un choix du présent. Tout le pays (même la droite) l’attend et a intérêt à ce que le climat détestable actuel cesse. Réfléchir ensemble.

Les pistes sont donc là. C’est au Président de la République de prendre la mesure de son rôle historique, alors que nous basculons vraiment d’un monde dans un autre. Il aura son parti élargi mobilisé sur des caps et une population qui sortira de la peur pour inventer à nouveau et encore notre futur collectif.

16 · 11 · 2013

NOUS SOMMES TOUS DES AFRICAINS !

NOUS SOMMES TOUS DES AFRICAINS ! (peinture de l'ami franco-togolais Yao Metsoko)

Allez voir sur www.globalmagazine.info cette évidence : Nous sommes tous des Africains ! Il n'est plus question en effet de laisser le terrain aux réactionnaires xénophobes de toutes obédiences en France. Leur message est une humiliation pour un pays dont ils donnent une vision recroquevillée et raciste. Ils insultent le passé français, quand la plus grande fierté collective réside dans le fait d'avoir pu porter des messages universalistes, grâce à une population de tous temps bigarrée (basques, bretons, alsaciens, provençaux et autres...) d'immigrés successifs.

Il est temps donc d'affirmer de nouveaux concepts, que les débats soient autour de ces concepts d'avenir et plus sur la mortification dépressive de vieux penseurs éculés ou les hurlements répétitifs de politiques exploitant le mal-être des habitants et de journalistes faisant un fond de commerce de positions réactionnaires censées être courageuses. Le courage, c'est de dire la vérité de base : nous sommes des Africains et nous sommes tous des immigrés.

Ensuite, nous sommes de vrais Français comme tous les immigrés qui nous entourent et qui décident de participer à la vie collective et au devenir de ce pays. N'ayons pas peur de le proclamer : nous aimons la France et y sommes restés, malgré parfois notre intérêt financier ou de carrière (c'est mon cas). Nous avons choisi la France. Nous aimons nos villes et nos territoires. Nous avons d'ailleurs une "Local Pride" (fierté locale), même si nous voulons choisir ce que nous conservons et défendons comme traditions et là où nous voulons innover (le rétrofuturo).

Mais nous l'inscrivons dans le mouvement (futuro). Avec nos identités imbriquées, dans des réalités définitivement stratifiées (locales, régionales, nationales, continentales, terrestres), nous vivons en effet l'ubiquité locale-globale : notre sphère directement visible et l'ailleurs représenté sur écran. C'est pourquoi notre combat doit se situer autour de trois enjeux fondamentaux sur cette nouvelle échelle locale-globale de responsabilités stratifiées à construire : la justice, la durabilité, la diversité (défense de la biodiversité comme de la culturodiversité). C'est un message plurofuturo : pluro avec une lutte pour le pluralisme d'expressions et de modes de vie, futuro pour la construction nécessaire ici et là-bas de conditions d'existence sortant de l'injustice galopante et de la destruction de la planète dans l'uniformisation des comportements autour d'une consommation addictive.

Partons donc sur un nouveau pied. Réveillons-nous et ne faisons aucune concessions aux partisans d'une France rabougrie, passéiste, déprimée (les monoretros, voir mon livre "Tu es plurofuturo ?" sur www.gervereau.com ). Remettons en route l'imagination dans une conjugaison des générations. Et disons-le haut et fort : nous sommes dans une France-Monde. Cette France-Monde doit porter des messages généreux pour être digne des meilleurs moments de son passé. Cette France-Monde doit participer à bâtir notre planète future.
31 · 10 · 2013

Besoin de visions du monde

A l'époque du news market, de l'obsolescence généralisée des infos spectaculaires qui se succèdent, de l'asservissement d'individus robotisés, décervelés, surveillés, rendus addictifs aux médicaments et à la consommation, normés et dont les statistiques sont devenues la seule liberté d'expression dans le monde de l'apparence, il est temps de faire circuler des antidotes. Partout sur notre planète, dans l'unité nécessaire et dans la diversité à défendre, nous avons besoin de repères. Le livre Tu es plurofuturo ? est destiné à décrire nos grands enjeux actuels pour que chacune et chacun puisse construire sa vision du monde (achetable sur "livres" de ce site pour 6 euros, version papier livrée à domicile). Il résume 40 ans de réflexions, d'ouvrages et de créations. Dans sa version française, il est complété par un court texte : "L'écologie culturelle contre les peurs et les populismes".

C'est un plaidoyer pour le savoir et la réflexion individuelle. C'est un appel pour fédérer en réseau au niveau planétaire toute cette immense "base" des énergies locales écrasées par le pouvoir financier de quelques-uns. Tout cela s'opère avec un large sentiment d'impuissance qui n'est pourtant qu'un consentement au pire, comme l'aurait décrit La Boétie : fonctionnement absurde et délétère autour d'une accumulation d'argent sans aucun sens au détriment de l'épanouissement individuel et du devenir environnemental de notre planète commune. Il ne suffit plus de le dire mais il importe de multiplier les signes, les initiatives dans des portails intermédiaires qui aident à structurer la multitude (des milliards sans organisation pèsent moins que des milliers organisés). Nous appartenons en effet à la périphérie, aux invisibles, mais la périphérie est le centre : nous sommes l'immense majorité et --nous le proclamons-- "nous sommes le réel".

Faîtes donc circuler ce livre pour inciter à un autre regard sur le monde, en comprenant nos vrais clivages idéologiques : "plurofuturos" contre "monoretros". Sachez que des traductions pour une version internationale sont en cours au Caire en arabe, à Hong Kong (en anglais et chinois) et au Brésil.


24 · 10 · 2013

Johnny Rotten, Public Image Limited et Artkronik Localglobal

Sacrée claque que ce Johnny Rotten à la Cité de la Musique, devenu John Lydon de Public Image Limited (un nom très situ...). Il a tout compris, entre éructation de rage et de folie à la Artaud, pantomime, poésie et humour l'oeil à vif. Il explique bien (Le Monde du 17 octobre 2013) que son "no future" des Sex Pistols était une dénonciation de la société sans avenir proposée à la jeunesse multiculturelle des classes sociales pauvres parquées (cela résonne-t-il pour vous aujourd'hui : ascenseur social en panne et aristocratie bureaucratique au pouvoir ?). "Le slogan "Faîtes-le vous-même" ne signifie pas qu'il faut ignorer les autres ; au contraire, il y a derrière un esprit de générosité."

Générosité était mon slogan pour 2013 dans la France déprimée. Nous l'appliquons avec la formidable émission généreuse pour valoriser les savants et les créateurs sur www.decryptimages.net  : [decryptcult]. Je commence à l'appliquer avec une nouvelle aventure dangereuse (mais il faut se mettre en danger pour inventer, s'amuser, défier la mort et l'usure), les petites vidéos artkronik localglobal sur Dailymotion, mêlant humeurs, humour, gratouillis visuels sur papier, résidus d'images, musiques parfois, ready-made chantés... Ils sont lancés, allez voir : http://www.dailymotion.com/video/x16gl5x_camera-et-grandes-oreilles-par-laurent-gervereau-artkronik-localglobal-3-26-10-2013_creation?search_algo=2

Work in progress. Je continuerai cette expression libre. Cela pourra aussi s'exposer en pièces UNIK dans deux caissons métal accolés, vidéo à gauche et résidu papier à droite.


06 · 10 · 2013

[DECRYPTCULT] VIDEOMAG MENSUEL CULTUREL INDEPENDANT !

[DECRYPTCULT] VIDEOMAG MENSUEL CULTUREL INDEPENDANT !
Allez sur www.decryptimages.net    !

Allez, voilà un nouvel espace de liberté, de défense du savoir et de la création, et d'exigence avec des invités et des collaboratrices et collaborateurs de qualité ! Work in progress ! Le numéro deux de ce mensuel est en ligne et toujours un éloge de la diversité et du mouvement: les toiles de Mayenne et l'écologie, ORLAN et Jean-Hubert Martin, le cinéma par François Albera, la bd avec Alter Comics et les monnaies alternatives, Anne van der Linden et ses tableaux et revues, Michel Dintrich à la guitare à 10 cordes ou la musique chauve de Jean Dubuffet...

Bref, un festin de l'esprit dans un cadre volontairement antispectaculaire (une bibliothèque historique) mais pour des pratiques nouvelles : l'internaute picore les séquences suivant ses envies et tout reste en ligne longtemps. Oui, "Knowledge is Beautiful !" et nous commençons notre K-Pride (K pour Knowledge), notre Résistance des savoirs, avec cet éloge régulier de ce qui bouge partout ! Faites connaître, soutenez, proposez, diffusez !
20 · 09 · 2013

L'écologie culturelle contre le Front national

L’écologie culturelle

contre

le Front national

Le texte qui suit circule depuis quelque temps sous diverses formes. Il part d’un constat très stupéfiant : droite comme gauche en France semblent avoir pris comme fait acquis et irrémédiable la sociologie vieillissante du pays conduisant à une pensée majoritaire réactionnaire et au réveil d’un nationalisme sécuritaire : la panne française, la peur du présent dangereux, la paralysie face à toute possibilité de réinventer le futur. C’est pourtant une partie seulement de la vérité, quand il existe des générations conjuguées ayant pleinement conscience de nos réalités stratifiées du local au global, s’auto-organisant sur le terrain en réseau, inventant et ayant complètement décroché de la strate dirigeante vue comme impuissante, oligarchie auto-reproduite.

Pourquoi accepter ainsi de perdre le combat idéologique face à un parti attrape-tout, le Front national, qui défend un modèle totalement irréaliste (barricader les frontières ? trier les vrais Français et les faux Français ? faire une économie dirigiste ?) ? Le texte suivant porte haut les couleurs de citoyennes et de citoyens qui ne confondent pas la République et l’amour de là où on vit avec un nationalisme étroit et sanglant qui a montré ses errements. Oui, être Français, c’est porter un discours d’empathie qui dépasse les frontières et se soucier du devenir commun de notre planète. Oui, être Français, c’est choisir ce qu’on veut garder, défendre et protéger, et innover. Oui, être Français, c’est tenir un discours généreux, digne des meilleurs moments de notre histoire, qui imagine et porte haut les valeurs universelles de la justice et de la qualité de l’environnement commun.

L. G., septembre 2013

La culture n’est plus à la mode. En temps de crise, elle fait figure d’élément décoratif, premier financement supprimé, car il existe plus grave, plus urgent. Effectivement, pour un élu, entre une facture d’aide sociale et une compagnie théâtrale supplémentaire, il est difficile de trancher pour la seconde quels que soient ses mérites.

La culture a pourtant son ministère, elle est identifiée, elle s’est professionnalisée, draine des foules (festivals, spectacles de rue, jardins, journées portes ouvertes, cinémas…). L’ère des loisirs a multiplié les pratiques artistiques. Le vieillissement de la population nourrit les lieux de tous les apprentissages. Des clubs de marche, de visites patrimoniales, ou des activités caritatives rassemblent ainsi un troisième âge décidé à rester actif. Les jeunes scolaires connaissent des initiations aux pratiques artistiques. Chacune et chacun rêve devant les écrans de devenir chanteuse ou chanteur célèbre du jour au lendemain, rêves de stars. Bref, même si souvent les mêmes vecteurs attirent toujours les mêmes couches de la société, nous sommes entrés dans une ère du tout culturel.

Ce tout culturel a des effets désastreux, car personne n’en tire vraiment les conséquences. Il provoque une ghettoïsation de la notion (chaque lobby défendant ses intérêts sectorisés, faisant la queue au guichet, en ayant peur d’être inclus dans un plus vaste ensemble). Parallèlement, la rupture est très grande entre la multiplication des pratiques culturelles et un secteur professionnalisé très restreint et spécialisé (voir l’art contemporain). Cela conduit à un ministère affaibli, paralysé, harcelé par les lobbies, qui pare au plus urgent, et à la marginalisation de la question culturelle dans les politiques locales, quand il ne s’agit pas de pratiques agressives (coupures de crédit, choix de ce qui est « vraiment » de la culture, demande de retour immédiat en terme de notoriété auprès des électeurs…).

Le paradoxe se révèle patent : extension des pratiques culturelles mais marginalisation de la notion dans la vie publique. La culture est partout mais la culture est devenue très fragile.

Défendre la culturodiversité, vitrine politique et économique

La question fondamentale aujourd’hui demeure d’abord la définition du mot culture. En effet, on peut en avoir des visions très diverses. Certains, mettant un grand « C » au mot Culture, en appellent aux catégories européennes héritées du berceau gréco-latin. Cela conduit, non seulement à une vision élitiste qui touche une partie minoritaire de la population, mais à ne pas prendre en compte l’élargissement du champ aujourd’hui. D’autres sont résolument entrés dans le tout-culturel qui pose, lui, le problème de la sélection et de l’excellence. A ce premier dilemme, s’en ajoute un second. Le mot culture est parallèlement écartelé entre une économie culturelle, des industries culturelles, et des millions de pratiques individuelles, désormais souvent diffusées sur la toile.

La culture, c’est donc tout cela à la fois. On pourrait imaginer d’y répondre par un laisser-faire. Mais, au pays d’André Malraux et de Jack Lang, on passerait à côté de ce que peut être encore une politique culturelle ambitieuse.

Porter la bannière de la diversité au plan international : une éthique du pluralisme

Une politique culturelle volontariste passe par l’énoncé de quelques principes clairs. D’abord, comme il y a une défense de la biodiversité, il doit exister une défense de la culturodiversité. C’est un message humaniste à porter partout sur la planète : nous ne voulons pas d’une Terre uniforme dans ses comportements, son habillement, ses langues, ses goûts alimentaires, ses modes de pensée. L’uniformisation commerciale de la planète est nocive, comme l’eugénisme ou l’exclusivité religieuse, idéologique, philosophique. La culture est un élément essentiel du vivre en commun, du choix dans ce vivre en commun. La culture rassemble quand elle est tolérante et permet la variété et l’évolution. Cette culturodiversité, défense de la liberté de conscience et de comportement, reste une valeur essentielle du message républicain auquel nous sommes attachés.

Il ne faut pas laisser son drapeau dans sa poche sur ce terrain, de la même manière que désormais il est temps de réconcilier le High et le Low. Nous n’apprécions pas de la même manière et nous n’organisons pas la confusion pourtant. Je suis fasciné par Vermeer et ai beaucoup de tendresse pour le rugby des campagnes. Sur des plans différents bien sûr. Alors, s’émerveiller avec J.S. Bach n’interdit pas d’aimer Theolonius Monk, trouver Watteau un grand dessinateur n’enlève rien aux qualités de Moebius. De même, la force du cinéma américain a toujours été de pouvoir conjuguer Titanic et Cassavetes. Aujourd’hui, le fromage de brebis au lait cru fabriqué en campagnes françaises est un vrai plus culturel à défendre, comme le travail de Michel Pastoureau sur les couleurs. Sans tout mélanger.

Indispensable alors : l’offensive contre la standardisation de la planète en érigeant la culturodiversité comme valeur essentielle de notre vision du futur et l’ouverture de la notion de Culture vers « les » cultures, les formes culturelles complémentaires qui nous touchent toutes et tous. Au niveau de l’Etat, il convient pour cela d’élargir le champ culturel en lui agrégeant les nouvelles technologies, le tourisme et la diffusion culturelle dans le monde. Cessons l’inefficacité par la séparation au temps du Net. Le ministère de la Culture doit disparaître ou devenir un vrai ministère vitrine des expressions culturelles nationales, relai entre les régions et l’international. Un ministère d’expertises, de conseils et de passeurs.

La culture est une vitrine. Elle fait image pour la France. Les Américains l’ont bien compris quand, depuis la Première Guerre mondiale, leur industrie du cinéma est une formidable vitrine de l’American Way of Life. La France peut montrer la vigueur de ses expressions régionales, porter des industries et des penseurs au plan international, soutenir partout la culturodiversité.

Faire image en valorisant la France et ses régions

La puissance des images n’a pas encore été suffisamment prise en compte. Il faut des gestions de crise dans les entreprises pour qu’elles découvrent l’importance du capital-confiance lié à la marque et à sa notoriété ancienne. Il faut des personnalités politiques effondrées par une réforme avortée, car descendue en flèche sur un point de détail tandis que le cœur vertueux du programme est resté invisible, pour qu’ils comprennent l’importance de l’accompagnement, du geste symbolique, du mot synthétisant l’enjeu.

Si les nouvelles se vendent (news market), l’action politique aussi comme le développement commercial. Inutile de tergiverser, de chercher des boucs émissaires ou de s’en désespérer, c’est ainsi désormais. Voilà pourquoi l’Etat a un rôle citoyen à jouer. Il peut devenir à la fois un média-relai et une vitrine.

Un média-relais d’abord. En effet, il existe de plus en plus de contenus sur le Net. Le nombre tue le choix. Ils sont épars et l’internaute a besoin de médias-relais, de portails qui valorisent ce qui se fait. Voilà ce qu’il faut instituer au niveau régional. Voilà ce qu’il faut structurer au niveau national. C’est du portage d’information et de l’organisation du paysage.

C’est aussi une aide aux contenus. Car relayer permet d’aider à faire émerger les sources complémentaires, les pôles d’excellence en réseau. Relayer permet de porter des grands programmes au niveau national et international. Il est temps en effet de valoriser nos scientifiques et nos créateurs, de leur donner une visibilité publique égale à des chanteurs, des chefs d’entreprises innovants ou des sportifs. Il est temps aussi de réaliser une œuvre de salut public : comme savoir lire est un impératif citoyen dans nos sociétés (grand combat du XIXe siècle), éduquer au visuel constitue le défi du XXIe siècle. Pour ce faire, l’analyse des images fixes ou mobiles et la connaissance de l’histoire de tout ce que les humains ont produit visuellement (arts, comme médias) constituent des nécessités de base pour un apprentissage à tout âge. Connaître, c’est choisir de façon éclairée, c’est éviter l’abrutissement par l’ignorance qui fabrique des consommateurs addictifs, zombies politiques prêts à se jeter dans n’importe quelle entreprise démagogique.

En effet, le volontarisme culturel peut seul porter le pluralisme quand le laisser-faire impose le matraquage massif des mêmes choses. L’Etat y retrouve son rôle essentiel. Il doit le faire en liaison avec les régions, suivant une conception stratifiée des niveaux d’action. Municipalités, régions et Etat ont à réfléchir ensemble. Ils sélectionnent les points forts à valoriser (qui peuvent évoluer), de manière à devenir des étendards locaux, régionaux, nationaux. Tous ces niveaux d’action ont à choisir, de façon concertée, ce qui va faire image et porter culture comme économie localement et mondialement. Réfléchir aux images régionales et nationales est devenu fondamental, comme d’ailleurs une conscience européenne positive (qui ne soit pas juste floue ou de culpabilité historique), car leur absence ou des images subies deviennent un lourd préjudice aux conséquences politiques et financières incalculables.

Enfin, la conscience et la défense des diversités planétaires sont une manière d’établir des passerelles entre les Français issus de tous les continents et les populations variées de chaque pays. C’est le moyen de créer une solidarité planétaire fière de ses richesses culturelles et, incidemment, d’aider aux exportations et aux échanges.

La culture c’est donc aussi le volontarisme médiatique.

La Local Pride, moyen de contrer le développement de la pensée réactionnaire

Qu’est-ce donc que la Local Pride ? Décalage de la Gay Pride, comme l’est la K Pride (K pour Knowledge, défense de l’éducation à tout âge et de la connaissance), il s’agit d’affirmer sa fierté d’habiter quelque part, sa fierté locale : j’aime où je vis (un slogan qui pourrait inspirer nombre de concours locaux auprès des jeunes ou des adultes). Cet exercice se distingue tout à fait de ce que Georges Brassens brocardait : l’esprit de clocher. Il est une appropriation du territoire par les habitants (récents comme anciens). Il provient d’une réflexion concernant ce qu’on apprécie en mettant à égalité les traditions choisies et les innovations. Voyons ces deux aspects.

Face aux peurs, la réappropriation du local

Le combat semble perdu. Et pourtant, les faits sont têtus. Répétons-le, l’enjeu politique principal de demain consiste dans la réappropriation du local. Sur ce terrain comme dans d’autres, la volonté obstinée de tenter d’agir sur son époque au nom de ce que l’on considère comme le bien public incite à sans cesse réaffirmer ce qui devrait sembler des évidences.

Peut-on continuer ainsi à laisser le terrain fondamental du vivre-en-commun aux réactionnaires ? Comme si eux seuls avaient le droit de défendre des traditions. En France, le succès du journal télévisé de Jean-Pierre Pernaud (mis en scène d’ailleurs par Michel Houellebecq dans La Carte et le territoire), célébrant à l’envi l’artisanat d’autrefois et le folklore pour des téléspectateurs vieillissants, indique bien la force des idées conservatrices. C’est d’ailleurs un des indicateurs sur un pays structurellement à droite.

Comment l’écologie culturelle peut-elle alors contrer ce glissement droitier basé sur un principe simple : hier idéalisé est mieux qu’aujourd’hui ? En affirmant la nécessité de faire un tri rétrofuturo : choisir les traditions qu’on veut défendre et là où on veut innover. Cela conduira d’ailleurs les écologistes des campagnes à se poser la question de la chasse raisonnée, comme ceux des villes se frottent avec l’urgence sociale.

Mais le propos est plus large, plus ambitieux. La pensée écologiste (dans son sens premier généraliste d’étude sur le long terme des rapports des humains avec leur environnement) peut vraiment servir d’avant-garde idéologique pour la reconquête des esprits. En effet, l’écologie, par son histoire, a œuvré dans le sens de la défense des langues régionales, des patrimoines, des arts et traditions populaires. Au risque d’ailleurs de dérives (assimilation à la pensée pétainiste). Désormais, ce qui sépare les traditionnalistes et l’écologie culturelle réside dans le « mix rétrofuturo » de l’écologie culturelle. L’écologie culturelle affirme la nécessité de défendre des traditions choisies, pas forcément toutes les traditions (comme l’excision, par exemple). L’écologie culturelle mêle ces traditions à l’innovation, au mouvement perpétuel dans un sens darwiniste : le savoir-faire des couteliers n’empêche pas de penser de nouvelles créations à côté des modèles traditionnels et d’exporter (le local-global). L’écologie culturelle n’est pas le repli sur un pré carré (hier est mieux que demain) mais un principe dynamique. Elle nourrit la nouvelle tendance des productions de proximité et des circuits courts, facteurs de solidarité.

L’écologie culturelle, de surcroît, ne consiste pas dans une simple nostalgie rurale (le mythe du petit village autour de son clocher). Elle est une défense des attachements locaux partout (« j’aime où je vis ! »), aussi bien dans les fameuses « cités » que dans les quartiers des mégalopoles. Guy Debord avait d’ailleurs théorisé la psychogéographie urbaine, car nos attachements se font souvent par zones avec des micro-histoires changeantes. L’écologie culturelle est une façon de préserver, de conserver, et d’inventer dans les villes, dans les banlieues, dans les nouvelles réalités rurbaines.

Elle accompagne puissamment ainsi trois enjeux décisifs : la revitalisation de la démocratie locale et son tissu économique choisi ; la conjugaison des générations dans des métiers qui fondent les identités multiples de chacun au sein d’un ancrage territorial (« là où je vis », « là où est ma base ») ; le fait de faire image pour chacun des territoires, ce qui est un atout, un liant du vivre en commun ainsi qu’un argument à l’exportation.

Il est temps donc que politiquement les écologistes et les socialistes (et la droite ? et le centre ?) se saisissent de cette Local Pride. Sans elle, il y aura éclatement du pacte républicain tiraillé entre des replis sécuritaires, des exclusions communautaristes et le laisser-faire de la standardisation commerciale planétaire. A travers ce concept, il faut reconquérir la démocratie de proximité, lutter contre les peurs et offrir des perspectives à des habitants se sentant abandonnés, jetés en pâture à l’uniformisation industrielle de la mondialisation et dont les repères disparaissent.

Le pari rétrofuturo pour des croissances diversifiées

L’écologie aujourd’hui est considérée comme majeure en terme d’environnement mais déconsidérée au plan politique, comme étant élitiste : un système sectaire qui ne peut pas marcher pour le plus grand nombre, un retour à la « préhistoire », répète-t-on en utilisant le terme de « bobos » pour désigner des snobinards parisianistes honnis. Il est temps que l’écologie ne se serve pas seulement du levier du catastrophisme mais qu’elle pose les questions de santé publique et s’adresse aux masses. Il est temps aussi qu’elle montre comment elle est une source d’emplois, de croissances diversifiées, de respect des territoires. L’écologie, ce devrait être la recherche du savoir pour orienter le bien commun en ville ou à la campagne.

Le discours sur la croissance négative ou la croissance zéro est à peu près inaudible pour des personnes perclues de dettes et menacées par le chômage. En plus, il n’est pas exact car ce qui va se passer sera plutôt des croissances diversifiées : on ne vit pas dans le Cantal comme à Paris et on ne veut pas vivre dans le Cantal comme à Paris. L’écologie culturelle impose le respect des spécificités locales (histoire, géographie, mentalités) pour chaque projet de développement. D’essence darwiniste (Haeckel, inventeur du mot « écologie », était un disciple de Darwin), l’écologie est un principe d’expérimentation et d’évolution. Variée dans ses effets, elle permet aux exigences éthiques des consommateurs-acteurs de s’instiller ou de s’imposer.

C’est une revivification indispensable à la base des processus démocratiques. L’écologie culturelle permet ainsi de parler aux foules à la fois de leur santé et des enjeux planétaires (local-global). Elle milite d’ailleurs pour l’introduction dans le droit universel de la notion de crime financier (au nom d’intérêts financiers, tuer des populations à cause de la nourriture ou des pollutions, supprimer des civilisations par destructions brutales de l’environnement). Elle inscrit l’action politique dans une pensée de la diversité, des choix rétrofuturos où chacun reprend la main sur son destin local en réseau. L’écologie culturelle sert à appréhender des territoires à portée de vue directe sur lesquels chacune et chacun développe des projets individuels et collectifs en pratiquant l’innovation sociale. L’écologie culturelle parle ainsi du présent et du futur.

Aux élus de se saisir de cet outil. C’est urgent, sous peine de laisser le terrain idéologique à une pensée conservatrice ou réactionnaire triomphante, heureuse de dire qu’elle est la seule à protéger contre la dépossession d’un destin individuel broyé dans les mâchoires impitoyables de l’économie mondialisée guidée par la seule multiplication des profits financiers.

La culture ne consiste en effet pas seulement dans la consommation de produits. Il s’agit du grand enjeu de notre vivre ensemble : ce lien spirituel tolérant se félicitant des différences, qui meut les sociétés et poursuit les longues lignées de biens immatériels et matériels admirables, contribution humaine à une planète forte de son exceptionnel environnement.

Laurent Gervereau

(SEE-socioecolo Network, www.see-socioecolo.com)

15 · 09 · 2013

De Buckminster Fuller et Pink Floyd ou Soft Machine à Blue Green : Graham Stevens

Oui, Graham Stevens boit de l'eau ! Vous ne le connaissez pas et vous avez tort. Architecte de formation à Sheffield, il est assistant de Buckminster Fuller en 1964 à Paris pour le Congrès International d'Architecture. En 1965, s'apprêtant à traverser une rue de Londres, il a l'idée qui orientera tout son travail : grâce à des structures gonflables, faire décoller des architectures dans l'espace à significations multiples. Ainsi, dès 1965, il conçoit "Spacefield", environnement gonflable et multimedia. Dans la foulée, il participe en 1966 au "Destruction in Art Symposium".

Cet élégant et subtil personnage pourrait se la jouer... En effet, il est alors totalement associé au bouillonnant Swinging London, participant à des scénographies expérimentales et sensorielles à la Roundhouse pour le Pink Floyd de Syd Barrett et ses amis de Soft Machine avec les light shows de Mark Boyle ou lors de l'intervention de Bob Dylan à l'ïle de Wight. Tout cela dans une atmosphère d'imagination complice transdisciplinaire où les arts se croisent pour submerger la société dominante. Et chacun connaît chacun : il est présent naturellement chez son copain galeriste pour l'inauguration de l'exposition de Yoko Ono --qu'il connaît déjà-- lorsque vient John Lennon sévère d'abord puis, étant monté sur un escalier pour lire une petite inscription, séduit par un humour proche du sien et commençant une nouvelle phase de sa vie affective --et de sa vie tout court.

Mais cessons de faire les groupies avec quelqu'un qui ne se la pète pas. Il y eut un moment magique à Londres à ce moment-là, dont j'ai pu rendre compte en 1996 dans l'exposition sur les Sixties. Graham Stevens a eu le mérite de poursuivre sa route poétique, installant un nuage solaire dans le désert en 1972 et désormais travaillant pour le mouvement Blue Green (www.bluegreenuk.com), écologistes voulant transformer les villes en intervenant notamment sur les questions d'eau.

Tout cela pour dire qu'il est venu à la maison avec Jacqueline Stanic (que je fréquente depuis les grandes expositions Paris-Berlin et Paris-Moscou au Centre Pompidou de Pontus Hulten) et que nous avons passé un moment sobre mais délicieux, la conversation roulant de l'un à l'autre dans le plaisir d'évoquer des amis communs et des événements, sans nostalgie, comme une force pour continuer à faire. Blue Green est d'ailleurs sur www.see-socioecolo.com.  J'irai bientôt à Londres et Graham passe dans le mag vidéo sur www.decryptimages.net  en janvier.

Un des plus grands plaisir de la vie est d'avancer en découvrant des oeuvres généreuses et des personnages délicieux qui nous donnent réellement envie de poursuivre contre toutes les médiocrités.

21 · 08 · 2013

Les grands enjeux planétaires

L'abêtissement est une stratégie. L'absence d'idées et de perspectives dans un pragmatisme inefficient forme le moyen de faire perdurer les monstruosités d'un système à bout de souffle.

Et les mêmes se plaignent d'un manque de buts et du décrochage des peuples !

Mais nous changeons d'époque !...

Allez lire "Contre la panne idéologique" sur www.globalmagazine.info  (qui a succédé à une contribution d'Edgar Morin, very chic !...). Faîtes circuler. Vous aurez nos grands débats d'aujourd'hui et de demain. Vous saurez où vous situez en dehors des nuages de fumée et du décervelage.

L'exigence et la résistance intellectuelle sont en effet les vraies nécessités de notre temps. Ce texte de synthèse philosophique est en cours de traduction (Brésil, Canada, Chine, Egypte). Diffusons.


05 · 08 · 2013

ART - A Real Trauma

Vous savez que circulent sur la planète des signes mobiles (à voir en cliquant sur le petit signe clignotant de ce site) destinés à vivre sous des formes diverses : du t-shirt et de l'autocollant au monument et à la toile signée dans des espaces d'expositions. C'est de la philosophie en kit, petites maximes de nos existences mouvantes au XXIe siècle. Il en existe 45 à ce jour.

Certaines sont arrivées facilement, tirées de la philosophie de la relativité ou de la socio-écologie. D'autres prirent davantage de temps. Comment, par exemple, parler de la finance qui est devenue le paragon du mal moral ? Dire que l'accumulation exponentielle est absurde ? Que l'argent corrompt ? Qu'il n'a que le sens de son utilisation ? Banalités inopérantes. Il a fallu des mois pour créer : Stop CRIMES financiers. C'est-à-dire l'idée qu'il faut introduire désormais une nouvelle catégorie de meurtres, les meurtres financiers. Au nom de l'intérêt financier, des personnes tuent physiquement ou psychologiquement des individus. C'est le cas des déforestations massives comme des ventes de produits dont on connait les effets dangereux.

Pour la question de l'art, dont je suis très proche depuis mon enfance, j'ai séché pendant plus d'un an. Sortir des banalités du genre "l'art c'est la vie" ? Parodier Duchamp en disant que le regardeur fait l'oeuvre ? Constater l'explosion de l'Art dans une multitude d'expressions artistiques (Moebius inférieur à Boltanski ?) ?

Bof. Pas terrible. L'idée, mon idée, est venue de ce qui m'arrive de plus en plus : le dégoût, l'écoeurement face au tout-artistique, ce phénomène fatiguant où tout le monde produit des formes artistiques et que n'importe quoi vient combler les paysages, les places publiques et les musées de plus en plus grands. Bref, on décore.

Contre l'art décoratif de mon temps, pléthorique, j'ai écrit : "ART - A Real Trauma" pour affirmer la rareté de la rencontre artistique, ces moments précieux qui vous bouleversent, ne sont pas plaisants et anodins mais traumatiques. L'Art, pour moi, est une conjonction momentanée (le goût individuel peut évoluer, comme le goût collectif), grave, d'ordre magique au sens des transes animistes les plus anciennes que j'ai pu observer, un instant où sa personne est traversée et remise en cause. Tant dans la perception que dans l'ambition de l'acte créatif, tentative vaine, désespérée mais parfois opérante sur un ou des millions, maintenant, demain, jamais.

ART - A Real Trauma va circuler, nous motiver, me motiver, affirmer l'exigence et la puissance du moment artistique. Eloge de la rareté, choix du précieux. Je vomis l'art décoratif, palanquée d'apparences au temps du confusionnisme généralisé.

25 · 07 · 2013

Aïe, Bernadette Lafont, saloperie de vie !

Ca pue parfois la vie quand c'est dégueulasse. Bien, sûr Bernadette Lafont a eu une existence riche, même si elle ne fut pas sans drames. Mais il y a tellement de médiocres qui prospèrent et de salauds qui perdurent, de zéros qui pèsent, emmerdent, coûtent à la collectivité. J'ai toujours un sentiment amer devant ces disparitions de personnes merveilleuses, jubilatoires, intelligentes, belles, décapantes, motivantes, éprises naturellement de liberté. Je salue au passage Nelly Kaplan pour sa merveilleuse fiancée.

Et je vous raconterai ma fierté : avoir fait l'intermédiaire entre Bernadette et Jonas Mekas. Nous étions en 2002 et je dirigeais le Musée du cinéma-Henri Langlois. Foire du livre de cinéma dans la cour de l'école des beaux-arts à Paris. L'affable Kiarostami dans un coin et le grognon Mocky dans un autre. Jonas Mekas dédicaçait un de ses derniers livres traduits. Je le connaissais et parlais avec lui en anglais. Nous badinions et nous promenions à travers les films. Puis un acheteur se présente pour une dédicace et je les laisse. A ce moment, une femme timide s'approche de moi et me demande, très hésitante, si je pourrais faire l'intermédiaire avec Jonas car elle parle très mal anglais.

Elle me précise : "Je m'appelle Bernadette Lafont et je serais tellement heureuse de dîner lundi avec Jonas Mekas s'il est libre. Je viendrai avec une amie pour traduire. Pouvez-vous faire l'intermédiaire ? Je ne sais pas jusqu'à quand il reste à Paris, mais je change de jour s'il veut, je me rendrai disponible, cela fait si longtemps que je veux le rencontrer."

Très fier de ma mission, j'ai arrangé ce dîner du lundi entre ces deux symboles d'un cinéma aérien, ces deux symboles gentils, modestes, pleins d'humour. Et Bernadette, cette fois-là, m'a griffonné ses coordonnées sur deux papiers, l'un pour lui et l'autre pour moi, en me disant : "Oui, je suis Bernadette Lafont, une actrice. Je ne sais pas si vous voyez ?..."

Je vois tellement bien Bernadette que je suis à la fois triste et heureux de ton éternité.  Ta générosité m'inspire.


02 · 07 · 2013

Un mag tv culturel !

[decryptcult] est un nouveau magazine télévisé culturel. Il est diffusé sur le portail www.decryptimages.net. A une époque où la futilité et l'ignorance fière prévalent, il défend la création et le savoir en invitant des savants et des créateurs de toutes générations, en leur laissant le temps de parler de ce qu'ils connaissent. Cette émission est chapitrée et conçue pour Internet. Elle marie un aspect "rétro" (décor statique de vieille bibliothèque et tour de table des intervenants) et des sujets "futuros", dernières découvertes de la recherche, décryptages, économie innovante (de la gratuité, sociale et solidaire, écologique...), créateurs crossmedia...

Dans la première émission, vous trouverez : analyses critiques de la notion de "zoo humain" ou de la mort de la télévision, actualité du photographe suisse Christian Lutz, du cinéaste Ossang ou du dessinateur Nikita Mandryka, inventeur du célèbre "concombre masqué"... Thématique : Les basculements.

Les sujets seront toujours divers et valoriseront les initiatives locales. Prochain numéro le 1er octobre sur le thème : Une Renaissance rétrofuturo ? Face à la morosité et la médiocrité, il importe d'entrer dans la reconstruction planétaire, en France comme ailleurs. Jeunes et vieux s'y attellent sur le terrain et refusent de se résoudre au désespoir. Nouvelles images et nouvelles musiques au sommaire. Rythme mensuel ensuite. Suivez, recommandez, proposez !

08 · 06 · 2013

SUBITO !

Que ce soit à Notre-Dame-des-Landes ou en Turquie (merci à Daniel Colagrossi à Istanbul pour cette photo prise juste avant la répression) ou en Italie et désormais au Brésil, la placide détermination à s'auto-organiser à la base pour une conception différente des valeurs communes est patente. Inutile de tout mélanger ni de vouloir récupérer les uns et les autres, chaque groupe et mouvement a --heureusement-- ses caractéristiques. Mais la chape de plomb craque. Tout le monde a compris l'absurdité et l'hypocrisie ambiantes.

A Istanbul la répression frappe, comme ce fut le cas à Téhéran. Mais les lobbies étouffent aussi les expressions alternatives à Paris ou Rio ou New York. "Taisez-vous !" d'un côté, "Cause toujours..." de l'autre. Partout, ce sont des mouvements à la base malgré tout qui s'inventent. Dans ce cadre, nos petits signes pacifiques "Knowledge is Beautiful" se disséminent comme autant d'invitations à réfléchir, piqûres d'éveil critique. C'est désormais "ici et maintenant", dans cette exigence sereine où personne n'attend plus rien. On fait : SUBITO ! (allez voir l'article sur www.globalmagazine.info). Demain, j'enregistre le premier magazine culturel tv indépendant francophone : [decryptcult].

22 · 04 · 2013

FRANCE BOUGE !

Des textes, des appels divers et sans effet, vous en avez vu passer...

Pourtant, est-il possible de supporter encore l'ambiance délétère et autodestructrice qui s'est installée en France ?

Soutenez ce texte (here@see-socioecolo.com) et faites-le circuler, comme je le fais. Il insiste sur 6 axes d'actions prioritaires pour sortir du marasme actuel en redonnant des objectifs communs avec une lisibilité stratégique. Notons que parallèlement le malaise profond touche beaucoup de peuples engagés dans le mouvement SUBITO ! (voir l'article à ce sujet sur www.globalmagazine.info), c'est-à-dire qui n'espèrent plus rien des super-structures et des Etats dépassés ou corrompus mais s'organisent de façon alternative à la base en réseaux

France bouge !


Nous ne supportons plus le climat délétère qui s’est installé en France. La morosité règne en effet partout dans un esprit de dépréciation idiot et nocif. Ce pays a pourtant des atouts mais il se comporte de façon bipolaire comme un grand déprimé : des cocoricos hors de propos ou, au contraire, la morne résignation du pré-suicidé.

Il est temps d’ouvrir des perspectives grâce à une vision claire de la situation et du futur. L’actuel Président de la République a axé sa campagne électorale sur le changement et la jeunesse. Alors, parlons changement et donnons des perspectives à la jeunesse. Balayant la petite tambouille comptable qui occupe les écrans, parlons orientations stratégiques :

- La France est à la fois un grand et un petit pays. Elle est un grand pays par son histoire et le rôle de ses intellectuels dans une conception universaliste de la condition humaine. Elle est un grand pays par sa culture, son tourisme et certains aspects de son économie, ainsi que par la pratique de sa langue au-delà de ses frontières. Elle est un petit pays par l’étendue limitée de son territoire et de ses ressources. Elle dépend de l’Europe et s’inscrit sur une planète multipolaire interdépendante. Elle n’est plus le lieu central des arts et des idées. Voilà. Mais cela empêche-t-il d’inventer ? De proposer, avec d’autres, des solutions d’évolutions planétaires ?

- Le repli sur soi est de toute façon devenu impossible à l’ère d’Internet, quand la défense du local, elle, devient indispensable. Même les partisans du Front national croient-ils vraiment à la fermeture des frontières ou voient-ils leur attitude comme un baroud d’honneur pour défendre une vision du pays héritée du nationalisme version XIXe siècle ? Notre réalité est stratifiée entre le local, le régional, le continental et le terrestre. Il importe à cet égard de simplifier enfin dans l’hexagone les niveaux de décision. Surtout, avec ce nouveau contexte local-global, l’urgence réside dans la revivification de la démocratie du plus proche : consulter régulièrement les citoyens, soutenir les initiatives de terrain, laisser émerger les propositions. Cela se conçoit définitivement dans une perspective rétrofuturo, c’est-à-dire de choix entre des traditions que l’on veut perpétuer et là où la population souhaite innover. Dans ce cadre, la conception de l’économie s’ouvre, en prenant en compte tout ce qui fait le vivre-en-commun, économie de la gratuité, de l’échange, micro-marchés, coopératives et mutualisme, pratiques aidées publiques-privées, protection des productions locales…

- La crise politique et morale actuelle ne saurait se résoudre ni dans un « tous pourris », ni dans des réformes de façade. Disons-le, personne n’a intérêt à l’écroulement du pouvoir socialiste malgré son inertie coupable ne donnant aucune perspective réelle hors les restrictions budgétaires. Personne, ni la droite, ni la gauche, ni donc surtout le pays. Pourtant, la coupure de l’oligarchie avec l’immense majorité de la population est grave. Les notables se perpétuent en meute, volant un véritable choix démocratique. Nous avons donc majoritairement à craindre des désordres et des solutions radicales liberticides. La démocratie se reconstruit d’abord par la moralisation, la mise au jour des patrimoines (sans chasse aux sorcières) et surtout l’arrêt des possibilités de détournements d’argent, la justice fiscale, l’impossibilité des collusions d’intérêt, la lutte contre l’opacité et des lobbies identifiés, le bannissement des cumuls délétères (ou des postes à vie). L’usage du référendum local et national doit être revivifié, non comme une forme de plébiscite mais comme moyen d’obtenir sur certains points des arbitrages réguliers du peuple. Parallèlement, il est temps de diversifier l’origine des représentants à tous niveaux et de placer la mixité sociale comme un impératif premier.

- Cessons de stigmatiser d’un côté un Etat bureaucratique et inefficace, de l’autre des entreprises d’exploitation capitalistique. Réformons. L’Etat n’a de sens que s’il est efficace. Au temps d’Internet, il doit repenser son organisation et ses missions en limitant la part des administrations centrales pour valoriser celles et ceux qui oeuvrent en contact avec le public : décongestionnons et décentralisons l’Etat, clarifions le contenu de ses missions. Du côté des entreprises, la question n’est plus ni celle du profit ni celle du marché, mais celle de la répartition du profit et de l’usage du marché. Les entreprises apportent de l’innovation qu’il faut absolument encourager (notamment tout ce tissu si précieux des petites et moyennes entreprises), comme d’ailleurs l’économie sociale et solidaire. Aux citoyennes et citoyens de devenir des spectateurs-acteurs et des consommateurs-acteurs. Alors, nous verrons fleurir des entreprises éthiques par intérêt, éthiques par rapport aux fournisseurs, éthiques en fonctionnement interne et dans leurs relations avec les clients.

- Il importe de clairement s’engager vers la durabilité environnementale. L’électoralisme hypocrite à court terme a assez duré. Cessons de prendre les ouvriers et les employés pour des imbéciles en leur faisant croire à la pérennité d’industries polluantes ou de produits sans avenir. Cessons aussi de penser que la croissance verte va se mettre en place ipso-facto, mais affirmons la nécessité de tout penser en terme de transition verte. Cela permettra de réconcilier le monde paysan avec des pratiques durables et de changer le rapport campagnes-villes. Cela fera comprendre aussi –quand les pollutions, les catastrophes, la malbouffe ou les dérèglements climatiques excèdent les frontières en touchant les plus pauvres—que la mise en place d’instances terrestres de préservation de la planète, comme d’ailleurs de police planétaire sur des principes moraux communs, est indispensable. Tirons-en les conséquences chez nous, sachons anticiper. L’écologie expérimentale et évolutive –loin des oukases ou d’une nouvelle religion—est la seule solution de devenir collectif qui ne soit pas destructeur. Il ne s’agit pas de muséifier la planète mais de permettre d’avoir une conception globale d’environnements variés en mutation, en en tirant les leçons locales.

- Les cultures sont des visions du monde. Il faut faire accepter partout l’idée de la relativité des points de vue en cessant de propager des conceptions exclusives, sur le plan religieux, idéologique ou des modes de vie. Nous ne souhaitons ni une planète uniformisée dans la consommation addictive, ni le morcellement agressif de communautés en concurrence. Affirmer l’importance des cultures est pour nous affirmer l’importance de l’éducation qui doit donner des options de choix à l’être adulte et la tolérance nécessaire de toutes les visions du monde, à condition qu’elles ne tentent pas de s’imposer dans un espace public devant rester pluraliste. La diversité est pour nous toujours à défendre.

Sur ces bases, nous souhaitons que notre pays --que nous aimons--, qui a de formidables atouts, sorte de son gouffre actuel. Nous savons toutes les initiatives qui se multiplient sur le terrain, dans une conjugaison des générations, par des personnes refusant de se résigner et continuant à agir concrètement et à inventer. La paralysie et l’autodestruction doivent donc cesser. Oui, nous voulons une France qui bouge et regarde vraiment en face notre planète commune en transformations profondes.

Faites circuler et soutenez en écrivant à : here@see-socioecolo.com

30 · 03 · 2013

Le monde bouge !

Oulalala ! Il s'en passe des choses ! J'avais placé 2013 sous l'angle du réveil et de la générosité. Eh bien, ça bouge dans ce pays déprimé et technocratique qu'est la France.

Nous n'allons de toute façon pas nous laisser chloroformer dans le désespoir.

Bon, alors, qu'est-ce qui bouge ? D'abord, allez sur le plus grand portail d'éducation culturelle francophone : www.decryptimages.net. Vu son succès, il s'ouvre maintenant en version web 2.0 avec une équipe de rédaction augmentée, rajeunie et internationale. Un Réseau décryptimages et une newsletter se mettent en place. L'actualité sera davantage abordée et des ouvertures vers le spectacle vivant et la musique. Avec toujours nos ressources de base exclusives et gratuites en éducation aux images depuis le primaire. Nous allons bouger les conceptions éducatives, en réseau, par la base. La culture des jeunes change profondément, les demandes des éducateurs sont insistantes : agitons-nous en réseaux faisant se croiser les expériences pratiques.

Deuxième date : la Coopcultu s'ouvre sur www.globalmagazine.info.  J'ai imaginé cet outil indispensable aujourd'hui avec la complicité de Gilles Luneau et l'équipe de global : signaler et demander de se signaler gratuitement en ligne à tous les acteurs d'initiatives culturelles au sens traditionnel et de l'économie sociale et solidaire, écologique, de la gratuité... Bref, tout ce qui bouge, invente, fait du lien social : cultures de tous, cultures pour tous. Informer, c'est agir. En permettant d'abaisser les barrières des catégories, nous voulons permettre les échanges. Désormais, face aux crises, il nous faut un REVEIL DU LOCAL.

Troisième événement, l'article sur www.see-socioecolo.com  (en bas de la home page) : "Hep ! François Hollande, le monde bouge !". Il est temps en effet de stimuler non seulement le Président pour qu'il tombe le masque de sa shadow policy gestionnaire sans perspectives, mais inciter les socialistes et les écologistes à ouvrir d'urgence la boîte à idées. Cet article offre une vision de la planète et du futur claire. Les médias ne peuvent se désoler en effet du manque d'objectifs et d'imagination (rétablir la croissance et réduire le chômage, certes, mais quel type de croissance ? Quelles modalités de travail ? Quelle société ?), tout en relayant toujours les mêmes points de vue éculés depuis 30 ans. Il est temps de bâtir notre environnement socioécologiste dans ce que j'affirme depuis des années : un espace local-global de décisions avec des instances stratifiées ; des choix rétrofuturos, bannissant la notion de progrès et l'idée d'une société idéale, pour intégrer une philosophie de la relativité et la volonté de l'évolution, du mouvement perpétuel. Bougeons nos têtes ! Faîtes circuler !

Quatrième (et non des moindres, car c'est une joie particulière pour moi), voilà enfin la projection en avant-première de mon 7e film long-métrage (voir ci-dessous). Il permet de nous replonger dans ces mouvements du XXe siècle qui voulaient mélanger l'art et la vie en bousculant les normes. Plus que jamais nécessaire, non ? Un antidote à la médiocrité résignée des temps.

Je concluais en 2000 Les Images qui mentent. Histoire du visuel au XXe siècle, publié aux éditions du Seuil, par : Le XXIe siècle sera moral. Prémonitoire ? Il est temps d'ouvrir les yeux, de réinsuffler des idées novatrices dans le débat public (le local-global...) et de donner de l'air avec des personnes neuves, non seulement "propres" mais hors de l'oligarchie visible au pouvoir depuis 30 ans --non représentative de la société-- et de la panne technocratique.


C'est du lourd (des mois ou des années de préparation). Faites circuler ces 4 informations ! Faites savoir !


Première projection du film le mercredi 17 avril à 18h30 à la Bibliothèque nationale de France :

Politically InKorect !

Noël Arnaud

et Dada, Jarry, Picasso, Jorn, Duchamp, Debord, Vian, l'Oulipo...

Un film (1h10) de Laurent Gervereau avec la complicité de Jean-Hugues Berrou et Emmanuel Chirache

Histoire d'un invisible : voilà le chaînon manquant --et longtemps caché-- entre Dada et les situationnistes ou Fluxus, en passant par le surréalisme clandestin pendant la guerre et Cobra. Il s'agit du seul film où cet homme secret parle de son parcours incroyable, à la fois acteur et passeur des avant-gardes, ayant côtoyé tous les personnages essentiels cherchant à changer la vie, à sortir des frontières de la peinture de chevalet, bousculant la littérature. Entre jazz, dérives, toiles provocations, fêtes-happenings, rires et absurde, une existence-oeuvre d'art totale.

Y sont notamment insérés : le manuscrit original de Liberté de Paul Eluard; un entretien inédit de Constant sur Cobra et les débuts de l'Internationale situationniste avec New Babylon; des extraits sonores de la conférence de Guy Debord et Noël Arnaud en 1957.

25 · 03 · 2013

Musée du Louvre

Pour les historiens, voilà le projet que j'avais déposé le 28 janvier 2013 de manière à proposer des pistes de concertation pour orienter l'avenir du musée du Louvre, en postulant à sa direction.

Propositions de pistes pour un projet d’établissement

Le Louvre,

un musée-monde

pour tous les publics !

Ce texte est une proposition de développement du Musée du Louvre. Il s’agit de pistes qui mériteront d’être confortées en deux temps : d’abord en prenant contact avec tous les intervenants liés à l’établissement, ensuite par une concertation avec la tutelle sur la base d’une liste concrète d’actions pour un plan d’évolution. Ces propositions sont donc indicatives et seront soumises à ce double dialogue, de manière à être réalisées dans l’assentiment collectif.

Le constat

Le Musée du Louvre a évolué de façon considérable depuis une dizaine d’années. Il faut saluer l’action de son directeur, Henri Loyrette, et des équipes en place. Beaucoup de pratiques nouvelles ont été initiées, jusqu’à l’ouverture récente du Louvre-Lens.

Fort de ces impulsions, il est temps d’imaginer, dans la concertation, des pistes pour un musée qui tient une place centrale en France et dans le cercle des grandes institutions internationales. Ce musée, comme l’a écrit J.M.G. Le Clézio, est un « musée-monde ». C’est la seule grande institution encyclopédique française avec son frère scientifique, le Museum national d’histoire naturelle. Voilà des atouts pour aller au-delà du succès touristique, en renforçant son rôle pilote et en l’ouvrant à des pratiques innovantes permettant d’y faire venir de nouveaux publics. Le but n’est pas de bouleverser une institution qui fonctionne bien mais de l’orienter dans la concertation vers des développements nécessaires dans un paysage culturel en profondes transformations.

Fédérer les professionnels et mieux valoriser les savoirs, renforcer l’éducation culturelle

Le Louvre est un trésor exceptionnel de collections, c’est aussi un trésor de savoirs et de compétences. Sa chance en est l’aspect encyclopédique. Il rassemble ainsi des collections précieuses tout en agrégeant des spécialistes divers. A l’époque où tout s’accumule sur écran sans aucun repère, quel lieu peut ainsi redonner de la profondeur de champ dans l’espace et dans le temps ? Ce musée est un vecteur de beauté et un vecteur de connaissances. Il faut fédérer l’équipe de conservation et valoriser leurs savoirs dans un projet culturel fondé sur des repères pour toutes et tous.

C’est au Louvre que toutes les générations et toutes les origines sociales peuvent se retrouver pour comprendre l’émergence des grandes civilisations et les systèmes d’influence. C’est au Louvre que l’on peut saisir la façon dont des conceptions du monde différentes, depuis l’animisme, ont produit des réalisations esthétiques tellement diverses et tellement complémentaires. C’est au Louvre que l’aventure singulière décrite par Edouard Pommier comme l’ « invention de l’art » (apparu dans l’Italie de la Renaissance) se comprend à la fois dans la fascination des œuvres et dans un regard éclairé par la connaissance de sa diffusion en Europe puis dans le monde. C’est au Louvre que nous pouvons croiser histoire des arts, histoire, histoire des religions et des philosophies avec la géographie.

Le Louvre peut ainsi devenir, davantage qu’aujourd’hui, un lieu de démocratisation et d’éducation culturelles. Basé sur le socle de son personnel scientifique, en liaison avec l’Ecole du Louvre et l’INHA, en liaison avec le ministère et d’autres musées ainsi valorisés sur le territoire (en incluant évidemment les DOMTOM), il peut développer des programmes pour tous publics (des scolaires au troisième âge) à la fois sur Internet, sur les chaînes de service public et in situ. Le musée aujourd’hui –je l’avais écrit dans un ouvrage paru aux éditions du CNRS—est un « musedia » un musée-média, dans et avec les médias. Son rôle change et sa fonction sociale va bien au-delà de la simple exposition.

Ainsi, ce musée sera conduit à impulser une visibilité nouvelle sur les expressions plastiques de toutes époques. Ce faisant, il poursuivra une politique active d’acquisitions et de donations complémentaires aux fonds existants, tout en jouant sur une ouverture à diverses formes de la création contemporaine. Lieu pour la recherche, il la valorise et la fédère en permettant la diffusion la plus large de ses résultats.

Mon expérience : Ayant conseillé des musées en France et dans le monde (château de Versailles, Musée d’histoire de France aux Archives nationales, Musée château des ducs de Bretagne à Nantes, camp du Struthof ou de Rivesaltes, musée de la mine de Lewarde, musées sud-africains, musées brésiliens, chinois…) et réfléchi aux évolutions profondes de ces institutions, je puis aider à donner une nouvelle impulsion au Louvre en fédérant les équipes. Ayant créé l’histoire générale de la production visuelle humaine (Histoire du visuel) et dirigé le Dictionnaire mondial des images avec 475 spécialistes du monde entier, je puis impulser un plan d’éducation et de diffusion culturelle. J’ai de plus contribué de longue date aux recherches sur l’art (et les différentes formes de création) de toutes périodes, aussi bien au Musée d’histoire contemporaine, comme au Centre Pompidou, à Neuchâtel et au Musée des Beaux-Arts de Münster ou pour l’année « Utopies et innovations » 2010 sur 16 villes entre France, Suisse et Allemagne, dont je fus commissaire général. Ayant travaillé avec de nombreux artistes contemporains ainsi que de multiples collectionneurs, je puis enfin poursuivre une politique active de complément des collections et de confrontations heuristiques des formes de création.

Un musée-monde et non le monde dans un musée, une passerelle avec toutes les civilisations


Les deux reproches majeurs apportés aux musées sont leur côté mortifère –un embaumement, le musée contre la vie—et le fait d’être des « bunkers de pillards ». Cela a repris une certaine actualité quand des institutions comme le Te Papa Museum en Nouvelle-Zélande ont été créées. Issue de l’ancien musée colonial de Wellington, cette institution s’est voulue encyclopédique mais à travers le regard croisé entre la conception européenne et maorie du monde. Sur beaucoup de continents en effet, la façon dont les musées occidentaux accumulent des pièces de toutes origines dans des présentations semblables au nom d’un « Beau universel » choque. C’est même vu comme une forme de néocolonialisme car –ainsi que le note l’anthropologue Jacques Maquet—tout ce qui est antérieur à la Renaissance ne relève pas de l’art (des pierres taillées aux cathédrales), ni non plus ce qui appartient aux civilisations extra-occidentales. Il s’agit en l’occurrence d’une « esthétisation de l’utile », alors que l’art suppose de créer dans le seul but de la délectation esthétique.

Comment alors parer à cette petite bombe politique à retardement ? En affirmant clairement le Louvre comme un musée-monde, c’est-à-dire un musée dont le but est d’établir des passerelles entre les civilisations. Il n’est pas l’accumulation et la mise sur le même plan de pièces d’époques et de lieux très différents. Il est un moyen de comprendre et de pénétrer des civilisations variées dans le respect de chacune en expliquant le rôle spécifique de chaque pièce. C’est un musée-monde pour la tolérance et la compréhension de l’histoire, pas le monde dans un musée.

Mon expérience : Ayant créé en 1991 l’Association internationale des musées d’histoire que j’ai dirigée pendant 13 ans, j’ai été confronté non seulement au management d’une organisation lourde avec des susceptibilités nationales vives, à la gestion de gros budgets (notamment travers des projets européens comme EUROCLIO), mais aussi à des types d’institutions très variés. Les musées d’histoire ont en effet des collections qui vont de l’art à la vie quotidienne. Ils touchent toutes les civilisations et toutes les époques, ce que nous avons affirmé lors du dernier congrès que j’ai présidé pour cette organisation avant de passer volontairement la main (en 2004 au Brésil) : « Comment organiser un monde multipolaire ? ».



« Traduire l’art » afin d’ouvrir le musée à des publics nouveaux, faire comprendre le rôle des femmes comme la diversité des modes de création


Disons-le, nous connaissons une mutation profonde de toutes les institutions patrimoniales (qui rapprochent d’ailleurs de fait les musées, bibliothèques, médiathèques…), dans une époque où les publics et leurs attentes changent profondément. La civilisation de l’écran est commencée. Les musées scientifiques et les musées d’histoire en ont pris la mesure quand ils se sont aperçu que leurs publics jeunes et moins jeunes n’avaient pas ou plus les repères de base pour appréhender les parcours muséographiques. Les musées d’art savent désormais qu’ils n’attirent pas toute une partie de la société se considérant comme « étrangère » à cette production artistique, parce que les formes sont trop éloignées des médias contemporains et les éléments pour en saisir le sens manquent.

Une peinture religieuse du XVIIe siècle nécessite d’être expliquée désormais, autant qu’un masque Dogon ou un objet égyptien. La rupture culturelle est profonde. C’est une chance pour les musées qui sont incités à inventer. J’avais ainsi monté une exposition au château de Versailles, à l’époque où Jean-Jacques Aillagon le dirigeait, dans la Galerie des Batailles, intitulée La Guerre sans dentelles. Née du constat que le public marchait dans cette galerie sans souvent regarder les grands tableaux, il s’agissait de confronter la photographie de guerre et la peinture de guerre. Le résultat fut très heureux, car le public, intrigué, s’est alors penché sur les deux (peinture et photo). Le film ou la vidéo auraient aussi bien pu atteindre le but assigné, en faisant comprendre, par un média familier, combien ces peintures étaient constituées comme une bande dessinée en une image où le regard individuel suit, dans ces compositions impossibles en photographie, les différentes étapes visuelles de la narration de l’événement.

Il faut ainsi « traduire » l’art, comme il faut expliquer le contexte de création des œuvres exposées. Ainsi les publics comprendront aussi que l’acte créatif, depuis les origines, ne fut pas seulement masculin mais que les femmes y prirent une grande part, et qu’il ne fut pas juste destiné aux couches puissantes mais répandu dans les vies quotidiennes de tous. L’ouverture de la notion d’art à toutes les civilisations et à différentes formes d’expression (« les arts »), déjà mise en œuvre dans les parcours du Louvre, permet de mettre en valeur ces nouveaux modes de compréhension. Il faut parallèlement l’expliquer en inventant des événements, ouvrir de micros-expos dossiers temporaires qui apportent des éclairages ponctuels et rompent les longs déroulés d’œuvres et d’objets, tout en permettant des animations en ligne.

A nouveaux regards, nouveaux publics. C’est en jouant sur la passion historique des Françaises et des Français, en même temps que des initiatives neuves et originales (à destination des banlieues, des handicapés, par des programmes en ligne, des initiatives en partenariat régional…), que le Louvre deviendra familier à de nouveaux publics. Il a des collections d’exception, désormais il importe de développer de nouveaux regards sur ces collections. De plus, en terme scolaire, cela peut en faire un lieu-repère de base fédérateur pour pénétrer tant l’histoire nationale que la diversité des civilisations.

Mon expérience : Je dirige avec la Ligue de l’Enseignement le plus important portail culturel francophone : www.decryptimages.net, dont le Louvre est un des partenaires. Ayant développé de 1978 à 2001 le Musée d’histoire contemporaine, j’ai pu constater la passion pour les grands sujets d’histoire (j’ai ainsi monté la première grande exposition sur la guerre d’Algérie en 1992, sur l’histoire de l’immigration, sur la propagande sous Vichy, Images et Colonies ensuite co-adaptée à Dakar avec mes collègues sénégalais…). Les musées d’histoire attirent ainsi des couches de la population qui ne vont jamais dans les musées d’art. Il est temps, comme je l’avais projeté quand j’ai pris la succession de mon ami Antoine de Baecque à la direction du Musée du Cinéma-Henri Langlois, de généraliser ces pratiques d’ouverture à des publics variés.

Développer l’aspect tête de réseau avec les collectivités locales, utiliser les nouvelles technologies comme outil de valorisation en temps de gestion rigoureuse, ne pas oublier l’impératif écologique


L’offre culturelle in situ et en ligne est considérable, comme jamais elle n’a été. La hausse qualitative patente partout. Mais la visibilité publique en pâtit. Tant d’initiatives n’atteignent pas leurs publics potentiels. C’est désolant et constitue une forme de déperdition d’un argent (généralement public) devenu rare.

La faute ne peut en être imputée aux médias qui ont du mal à vivre et dont les rubriques sont limitées (presse ou télévision). Il importe alors que les structures étatiques servent de relais médiatiques, permettent au public de se repérer, mettent en valeur les initiatives. Cela concerne les DRAC, le Service des musées de France, la RMN et les grands établissements. Le Louvre apparaît encore, même si les grands départements collaborent activement avec les musées de province, trop isolé, ne jouant pas assez son rôle de pilote.

Dans une concertation très large, notamment avec les élus locaux de l’hexagone et des DOM-TOM et avec les professionnels, un portail Internet pourrait aider à donner plus de visibilité aux initiatives, même de très petites institutions, aux collections, à toutes les ressources en ligne. Des partenariats « Label-Louvre » pourraient se multiplier, et pas seulement avec des musées de beaux-arts.

Le Louvre est un producteur d’images et de savoirs en ligne, il peut devenir aussi un portail de valorisation. Cela n’est pas une question lourde en termes financiers, alors qu’elle devient indispensable pour la « visibilité » culturelle au sens large du territoire. Il doit aider davantage encore aux grandes avancées réalisées notamment par le site culture.fr. Enfin, le Louvre doit être exemplaire et innovateur, tête de réseau, concernant l’écologie au musée. Il s’agit d’un impératif matériel comme d’un impératif culturel.

Mon expérience : Ma vie a été consacrée à la constitution et à l’animation de réseaux. J’ai fait partie à Paris, en province et à l’étranger, de nombreux conseils scientifiques. J’ai collaboré avec de nombreuses institutions, comme en 2012 avec le Centre Pompidou-Metz ou le Musée d’art moderne de la ville de Paris. J’ai beaucoup circulé, en France dans le cadre notamment de ma présidence du Conseil français des musées d’histoire et à l’étranger pour le Réseau des musées de l’Europe. Je préside l’Institut des Images comme l’Ecology and Sustainable Development Network à l’ICOM-UNESCO (fondé au Te Papa Museum en Nouvelle-Zélande). Depuis 1999, j’ai créé des portails sur le Net et ai réalisé 7 films longs-métrages. Je dirige le musée international sur l’écologie et, en 2012, ai présidé le colloque « Patrimoine de l’écologie et écologie du patrimoine » avec des représentants de tous les continents.


Travailler avec la tutelle et « faire image » à l’international, porter le local vers le global


Le Louvre, grâce à son prestige et à toutes ses initiatives déjà engagées, a de fait un rôle de modèle. Le Louvre n’est pas un musée comme les autres. Il est le premier musée de France et le plus grand musée généraliste au monde. Il sert ainsi l’image de la France dans le monde : le Louvre est une vitrine qui fait image pour la France tant par ses opérations physiques que par le développement nécessaire de sa production en ligne. Voilà pourquoi sa direction doit travailler en synergie avec sa tutelle, au service des messages que le Président de la République et son gouvernement veulent faire passer. C’est un porte-étendard. C’est un producteur de sens, un producteur de programmes aussi pour la francophonie et au-delà.

Grâce à cette synergie avec les tutelles et en répondant à leurs attentes stratégiques, il jouera ce qui est attendu aujourd’hui de l’Etat et de ses grandes institutions : un rôle de « passeur » du local au global. Ce musée –nous l’avons dit—peut aider à valoriser en réseau les initiatives régionales pour leur donner plus de visibilité. Il peut développer partenariats, labellisations et portail référent en ligne, de manière à sortir de l’émiettement des ressources. Il peut aussi accompagner la politique étrangère du pays et sa volonté de valorisations culturelles.

Le Louvre, musée-monde, est un lieu-passerelle entre les civilisations. Le Louvre n’est pas seulement un musée d’art (d’ailleurs, il conserve des objets de la vie quotidienne antique ou des arts décoratifs), il est un grand musée de civilisations. Par une politique d’accords internationaux sur tous les continents, il peut défendre la vision tolérante et universaliste des Lumières, en liaison avec le Musée du Quai Branly. Il peut faire comprendre les richesses locales de nos territoires tout en s’axant sur les systèmes d’échanges et d’influences entre les civilisations. Son discours, basé sur la beauté esthétique, peut véhiculer l’idée forte d’une évolution collective des créations humaines, dans leurs diversités et leurs sensibilités qui font leur richesse, mais avec des aspirations communes fortes. Ne pas tout mêler comme cela est réalisé brutalement sur nos écrans, expliquer les différences de sens, mais aussi les influences, les parallèles. Cette action a d’autant plus de sens et de nécessité en termes pédagogiques que les enfants de nos classes sont souvent issus de tous les continents : il leur faut des repères. Le Louvre peut montrer l’exemple.

Une telle politique culturelle d’établissement s’établit pas à pas, sans heurt, dans la concertation interne et la valorisation des pôles d’excellence déjà fortement dégagés. Elle se lance avec l’assentiment de la tutelle et en synergie avec la ministre de la Culture et son cabinet. A cet égard, les milieux professionnels français du patrimoine ont beaucoup souffert du manque de relais auprès des tutelles. La nomination d’une ou d’un professionnel du patrimoine qui soit référent serait un signe fort pour toute la profession et le gage d’un travail immédiat avec les personnalités compétentes internes, les réseaux français et internationaux. Cela permettrait de tenir le bon équilibre souhaitable entre la coordination interne et es liaisons externes : une direction qui définit une politique culturelle après concertation avec la tutelle, une direction qui l’applique en coordonnant les services administratifs et financiers avec la nécessité de diffusion, de communication et de commercialisation.

Il ne s’agit pas de bousculer un établissement comme le Louvre, car tout doit se faire dans la confiance en un projet commun et dans la concertation, mais de l’accompagner pour des évolutions nécessaires et profitables à toutes et à tous. Parier sur l’évolution et l’innovation serait un signe fort pour les professionnels comme pour l’opinion publique.

Mon expérience : Mon parcours atypique correspond probablement aux savoirs divers nécessaires aujourd’hui pour faire évoluer un établissement aussi important et complexe que le Louvre : l’habitude de gérer des grandes équipes et de les dynamiser dans des projets communs, une longue connaissance de tous les patrimoines et de leurs réseaux français et étrangers, le montage de très nombreuses expositions d’art et d’histoire, une utilisation depuis 1999 des nouvelles technologies et de leurs possibilités confortée par une pratique personnelle de l’écriture et du cinéma, enfin une réflexion de fond sur les grandes mutations en cours (Vous avez dit musées ? Tout savoir sur la crise culturelle, publié aux éditions du CNRS). Cela a alors probablement du sens que le Louvre m’ait demandé d’ouvrir et de présider en 2007 le colloque des journées professionnelles : Le musée ça fait du bien ? ou que France Inter m’ait invité à parler en direct, au moment de l’ouverture des salles des Arts de l’Islam, des musées du XXIe siècle.


Laurent Gervereau

Janvier 2013


25 · 02 · 2013

Il faut réveiller l'Histoire

[Ce texte de fond vient à son heure : l'heure où triomphe le futile et la gestion égoïste à courte vue. La mort de Stéphane Hessel résonne d'autant plus. Quand je l'ai associé à l'exposition sur l'histoire de l'immigration en France en 1998, il était âgé déjà mais ignoré des médias et du grand public. Vif, ouvert, c'était pourtant un vrai plaisir de l'accompagner en devisant. Je fus marqué des années plus tard, lors de l'inauguration de la Cité de l'immigration : anonyme, debout dans le fond près du mur droit, ignoré, caché. Si bien que je suis allé causer avec lui. Un bel esprit pour lequel j'avais du respect, comme pour Jean-Louis Crémieux-Brilhac, que j'apprécie infiniment, ou Michèle Bernstein. Leurs propos vous honorent et vous contraignent à une certaine hauteur de vue : un bonheur que cette culture spontanée, fine et drôle. Ils nous illuminent, même si résister à la médiocrité est sûrement plus ardu que résister à la répression. Au nom de ces personnes, il ne faut rien lâcher de l'exigence, quitte à être sans cesse à rebrousse-temps. Les sourds finiront par entendre (ou leurs enfants).

Au nom de ces personnes, il importe ainsi de persévérer à tenter de regarder "large", grand angle, malgré la purée de pois ambiante.

Alors, aujourd'hui, nous pourrions probablement considérer le XIXe siècle comme un temps d'utopies se voulant progressistes (même à travers les errements de l'industrialisation et du colonialisme) après les révolutions américaines et françaises. Le XXe siècle, à rebours, peut se lire comme le temps de l'autodestruction humaine : guerres mondiales, pollutions planétaires, épuisement des énergies fossiles, bombes atomiques, exterminations, destruction des cultures, hyper-concentration de la finance, surpopulations, misère généralisée des consommateurs addictifs... Tâchons donc de faire du XXIe siècle le siècle de la morale, du choix moral, et, ce faisant, le siècle de la reconstruction planétaire. Soyons des utopistes du XIXe siècle avec le pragmatisme hérité des catastrophes du XXe siècle. Mêlons toutes les bonnes volontés, car nos nouvelles sociétés seront issues d'initiatives de terrain, comme veut en rassembler la Coopliberterra, ouvertes, de l'économie sociale et solidaire, des B Corporations (B Corps) ou des Colibris et de tant d'autres mouvements : l'emploi et le vivre-en-commun ne peuvent venir de la seule macro-économie mais des micro-actions en réseau par la mobilisation de chacune et chacun : RECONSTRUISONS par nous-mêmes]

[et, c'est un signe, je reçois ce matin --1er mars--, au sujet de l'article ci-dessous, ce mot délicieux envoyé du Collège de France : "Frère Gervereau, Je fais circuler autour de moi. Merci. Amitiés. Daniel Roche"]


La sortie de deux livres récents doit nous alerter sur un basculement nécessaire en ce qui concerne la science historique, celle que Gérard Noiriel considérait déjà en 1996 comme en « crise » (en demandant alors le développement de la « socio-histoire »). En effet, Christophe Charle d’abord, dans Homo Historicus (commenté dans ces colonnes par Antoine de Baecque), rassemble des articles où il stigmatise l’invention d’un « âge d’or supposé » permettant de se désoler de la perte d’influence du modèle historiographique national. Il y voit le moyen pour quelques mandarins de verrouiller nostalgiquement un système qui leur profite et dont ils ne veulent pas comprendre l’obsolescence. Le second livre est celui d’un mandarin justement, qui fut un des acteurs de cette déploration (L’Histoire est-elle encore française ?, 2011), Jean-François Sirinelli. Ce dernier appelle désormais à Désenclaver l’histoire. Prenant en compte une « culture-monde » au XXe siècle, il tente d’en reconsidérer la périodisation.

Voilà des signes, des signes que la science historique doit maintenant sortir d’égarements et de sujets battus et rebattus. Il existe paradoxalement toujours une dimension anachronique dans la manière dont les individus, à chaque époque, se penchent sur le passé : nous nous intéressons à hier pour des raisons d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs à l’historienne et à l’historien de sans cesse rappeler le contexte pour éviter des distorsions et des instrumentalisations.

Aujourd’hui, dans notre paysage en complet bouleversement, il importe donc d’offrir de nouveaux caps aux jeunes professionnels dont les intérêts se sont considérablement élargis. Pour ce faire, mettons en avant trois chantiers prioritaires : réaffirmer l’importance du travail historique par rapport aux multiples dérives de la « mémoire » ; commencer à mettre en place une « Histoire stratifiée » (« Laminated History »), comparatiste, du local au planétaire ; prendre en compte la multiplication exponentielle des documents iconographiques en en faisant des sources comme d’autres (l’Histoire ne peut se baser seulement sur l’étude de l’écrit) et l’objet d’une Histoire spécifique du visuel, histoire générale de la production visuelle humaine (qui englobe l’histoire de l’art ou des arts).

Sortir des errements de la mémoire

Lorsque Pierre Nora fait paraître en 1984 le premier tome des Lieux de mémoire, cela intervient dans un temps de basculement de civilisation dont la vogue des écomusées est l’expression. Les campagnes françaises se sont modifiées dans les années 1970 comme jamais. Les bases de la construction nationale élaborée au XIXe siècle, et dont Notre premier livre d’histoire de Bernard et Redon illustré en 1955 par Henri Dimpre est exemplaire (il servira largement au cours des années 1960), s’effritent. Les luttes politiques et culturelles contre la société de consommation accréditent alors ce basculement du milieu des années 1960 (1967 probablement d‘ailleurs) mis en avant par Jean-François Sirinelli.

Les lieux de mémoire furent ainsi une sorte d’inventaire des signes de l’identité nationale dans le temps de son délitement. Reconnaissons au directeur de l’entreprise –Pierre Nora—d’avoir saisi les dangers de l’exercice dès son introduction générale. Il séparait bien conceptuellement l’histoire, « reconstruction problématique du passé », et la mémoire, qui est un « absolu », un absolu pouvant inclure des erreurs factuelles. La grande dérive est venue du succès de la notion. En effet, des groupes, souvent communautaristes, ont sauté sur l’occasion pour réclamer un « devoir de mémoire » dans des mémoires victimaires concurrentielles (Shoah contre esclavage, par exemple). Les politiques s’en sont emparés pour confondre commémoration et histoire, fondant des institutions commémoratives au futur précaire, au lieu de cérémonies et de monuments du souvenir.

Dès la fondation de l’Association internationale des musées d’histoire en 1991, j’ai moi-même alerté sur ces dangers en insistant sur la nécessité de créer de vrais musées d’histoire en liaison avec les scientifiques. La mémoire peut y être racontée ou collectée, à condition qu’elle vienne en complément de parcours historiques solides. Ce fut le cas au Deutsches Historisches Museum de Berlin comme au Musée-Château des ducs de Bretagne à Nantes. Et le retour à l’histoire s’est manifesté ensuite à Saint-Quentin-en-Yvelines, passé d’écomusée à « Musée d’histoire de la ville ». Tout aussi significatif, à Caen, le Mémorial est désormais : une « Cité de l’histoire ». Nous passons ainsi du devoir de mémoire au besoin d’histoire, quand les repères de base manquent.

Mais il y eut de nombreuses dérives dangereuses. Elles se cristallisèrent autour des fameuses lois mémorielles, aboutissant à la création de l’association Liberté pour l’Histoire, fondée autour de René Rémond en 2005. Ironie des temps, Pierre Nora la dirige désormais, ce qui est un signe. Les politiques se sont rendu compte que la mémoire ouvrait la porte au communautarisme et à la fracture dangereuse du vivre-en-commun dans notre pays. Les historiens, de leur côté, se sont émus d’une histoire instrumentalisée et orientée dans ses buts et dans ses recherches.

Pour avoir réalisé des manifestations publiques pionnières sur la propagande sous Vichy ou la guerre d’Algérie, l’histoire de l’immigration en France ou l’affaire Dreyfus, je puis témoigner que seul le travail historique problématisé collectif permet d’aborder et de présenter au grand public des éclairages sur des questions délicates. Il est donc important aujourd’hui d’inciter la jeune génération à s’inscrire dans les voies exigeantes de la recherche historique, même s’il pourrait être tentant d’accompagner des entreprises mémorielles ou de céder à la vague commerciale de l’histoire-anecdote et de l’histoire-célébration des puissants (posant d’ailleurs la question de la fonction du service public télévisé).

Voilà pour la méthode. Mais faire travail historique sur quoi ? Quelles sont les priorités ?

Le local-global, dimension permanente d’une « histoire stratifiée »

Pour comprendre nos nécessités actuelles, il faut se promener dans les classes du primaire, ou des collèges et lycées. Nous avons partout des enfants issus de tous les continents. Il n’est plus possible donc de juste leur expliquer l‘histoire de la construction nationale, ni à leurs camarades d’ailleurs au temps de la mondialisation des échanges.

Pour ce faire, d’aucuns pourraient vouloir « noyer » les histoires nationales dans une histoire mondiale. Ce serait une erreur. Notre compréhension du présent et du passé suppose désormais d’en saisir l’aspect « stratifié » : du local au national, du national au continental, du continental au planétaire. Il s’agit donc d’une histoire-territoire qui, partant de la constatation des frontières du moment, embrasse le temps long (depuis la préhistoire) de ce territoire en l’inscrivant aussi dans le passé de ses composantes et d’échanges et d’influences qui excèdent ce territoire.

il est très important pour ce faire d’abord de réveiller l’histoire locale. Elle a un sens fort à Nice, à Guéret, à Quimper, Strasbourg ou Pointe-à-Pitre. Et ce sont des histoires locales et régionales fortes, tellement différentes. Chaque enfant doit savoir où il habite, le passé de là où il réside. Il habite sur un territoire avec un peuplement humain depuis la préhistoire. Cela nous contraint alors à expliquer aussi l’histoire continentale et l’histoire terrestre (dite « globale ») depuis l’apparition d’homo sapiens (et même avant). Ce faisant, les circulations seront mises en avant, comme les influences : il n’existe aucune civilisation « pure ». Et même les religions ont une histoire.

La mondialisation est en fait constitutive de l’humanité. C’est ce que nous apprennent les préhistoriens, des chercheurs comme Serge Gruzinski pour la Renaissance, ou des cas particuliers (trésor de Begram en Afghanistan, rassemblant des pièces grecques antiques, chinoises, de la vallée de l’Indus ; tombes de Mapungubwé au nord de l’Afrique du Sud, avec objets africains, de Pondichéry ou de Chine (dynastie des Song)). Voilà pourquoi tous les enfants doivent disposer des rudiments d’une histoire planétaire avec tous les continents, qui sera aussi un moyen de comprendre la diversité des civilisations et de sortir d’une vision coloniale européo-centrée.

Mais bien-sûr, dans cette histoire stratifiée comparatiste, il est essentiel de comprendre la construction de l’histoire nationale, ses éléments culturels (dont la langue), et, pour le cas de la France, ce que furent et ce que sont ses messages universalistes. Cette histoire n’est ni une histoire des dirigeants, ni une histoire des peuples. Elle aborde tous les aspects. Elle n’est ni laudative ni de contrition, elle étudie les faits et en montre les diverses facettes. Bref, elle essaie de rester scientifique, de prendre en compte les dernières remises en question, les derniers états de la recherche. Enfin, même si elle est problématisée, elle se fonde sur la chronologie, car le besoin de repères spatio-temporels se révèle essentiel aujourd’hui. Elle reste un ciment central de compréhension du vivre-en-commun.

Ainsi, les besoins pédagogiques vont dégager des pistes considérables pour une histoire stratifiée ouverte, indispensable partout sur la planète, rappelant le passé local et nos grands mouvements mondiaux.

Mais peut-on pour cela continuer à survaloriser le texte comme source (et comme outil pédagogique d’ailleurs) ? C’est impossible à Begram comme à Mapungubwé. C’est absurde pour la guerre d’Algérie comme pour les Twin Towers.

Le visuel : source d’études parmi d’autres et matière d’une histoire générale nécessaire

Lors du colloque-bilan de 2006 que j’avais organisé avec Christian Delporte Quelle est la place des images en histoire ?, deux conclusions sont apparues nettement : les images (ou le visuel pour adopter un terme plus général) sont des sources parmi d’autres pour les historiens ; de même qu’il existe une histoire de l’art, ou des histoires des arts, il est légitime et nécessaire de travailler aujourd’hui sur une histoire général du visuel combinant la production artistique et non-artistique.

Que le visuel soit une source indispensable, les préhistoriens, historiens de l’Antiquité (Jean-Pierre Vernant, François Lissarague) ou du Moyen-Age (Jacques Le Goff, Michel Pastoureau, Jean-Claude Schmitt) et des périodes classiques (Daniel Roche ou Joël Cornette), l’ont intégré depuis longtemps, d’autant que pour certaines périodes l’écrit manquait. Il n’en fut pas de même pour des pionniers comme Michel Vovelle sur la mort ou la Révolution française, Marc Ferro avec le cinéma, Maurice Agulhon et ses études sur Marianne. Désormais, les barrières sont franchies. Christian Delporte est passé du dessin de presse, à la presse et à la télévision. Antoine de Baecque a étudié les caricatures de la Révolution française tout en développant ses études sur le cinéma. Il y a longtemps que des historiens d’art comme Laurence Bertrand Dorléac ou Philippe Dagen ont fait sauter les frontières entre histoire et histoire de l’art.

Il est donc temps d’affirmer le second point : la nécessité d’une histoire générale de la production visuelle humaine. Cette nécessité est d’abord pédagogique. A l’ère d’Internet et des jeux vidéo, il n’est plus possible de ne donner des repères aux enfants que sur l’art ou les arts. Ils ont besoin de repères généraux au moment de la production, de la circulation et de l’accumulation exponentielle des images. Tout se brouille avec la même actualité sur écran, alors les enseignements doivent intégrer trois dimensions : des méthodes d’analyse des images ; des repères en histoire générale du visuel ; des initiations aux techniques et à l’acte créateur.

Nous vivons un basculement de civilisation et de générations. Il faut promouvoir une prise de conscience complète. L’art, invention européenne à la Renaissance, est une notion qui a proliféré au XXe siècle en faisant exploser ses frontières. Frontières temporelles : il a absorbé les périodes antérieures où s’opérait une « esthétisation de l’utile », selon les termes de l’anthropologue Jacques Maquet. Frontières spatiales : l’art européen s’est diffusé sur la planète ; les productions utilitaires (masques, armes…) d’autres continents ont été présentées comme de l’ « art », au risque d’accusations de néo-colonialisme ; désormais, il existe un marché de l’art planétaire avec des artistes de toutes origines. Frontières techniques : après que Marcel Duchamp ait présenté des objets utilitaires comme œuvres d’art, la notion d’art s’est ouverte aux « arts », land art, photographie, cinéma, vidéo…

Ce mouvement englobant dans lequel les frontières entre arts, arts décoratifs, arts appliqués (quel sens en effet gardent les frontières, quand « le regardeur fait l’œuvre » et les musées multiplient les « installations » ?) est aussi un mouvement englobé. Si un tableau constitue désormais un objet-image premier, unique, il est généralement perçu grâce à des images secondes à l’ère de « sa reproductibilité technique » (selon l’expression de Walter Benjamin) : photographie, film, écran, carte postale, poster…

Pourtant, même avec ces extensions, les images dites artistiques sont minoritaires par rapport à la production visuelle globale. Voilà pourquoi il est devenu indispensable pédagogiquement de donner des repères en histoire générale du visuel. Voilà pourquoi il est urgent d’insérer les études d‘histoire de l’art ou des arts dans des études plus larges d’histoire du visuel qui intègrent les spécificités du territoire artistique et la nécessité aussi d’études très spécialisées et pointues sur ce territoire. Voilà pourquoi, symboliquement, il serait temps de rebaptiser --en étendant ses missions—l’Institut national d’histoire de l‘art (dont nous protestions déjà à l’origine, à quelques historiens d’art, contre la dénomination) pour qu’il donne de l’allant à l’élargissement des études nécessaires en devenant un Institut international d’histoire du visuel.

Il faut prendre date. Cela ne sert à rien en effet de ressasser la notion de « crise », qui est une couverture pour l’immobilisme et la cécité. Les trois pistes d’avenir rapidement développées ici peuvent permettre de secouer les conservatismes décalés de la réalité du terrain. Elles permettront alors de conforter la discipline, de répondre aux nouvelles nécessités pédagogiques et d’ouvrir à des champs indispensables de recherches. A circuler dans le monde, je le constate : ce sont là de vraies attentes, partout. Il est temps de sortir du repli sur soi et de la morosité.

21 · 02 · 2013

COLORS : Blue Economy or Black and Green Way of Life ?

Le magazine WE DEMAIN vient de lancer un manifeste pour "l'économie bleue", inspiré des théories de Gunter Pauli. Il s'agit en fait de réconcilier économie, entreprises avec écologie et éthique. Cela fait longtemps que dans ces colonnes, la notion de "décroissance" est contestée à cause de sa négativité. En revanche, les livres ou films ici présentés et le site des Brésiliens et Canadiens (www.see-socioecolo.com) défendent des économies diversifiées dans un contexte local-global. Là où François Mitterrand a eu raison en France fut de convaincre par la preuve que l'économie étatique et centralisée ne fonctionnait pas. Mais, du coup, nous avons eu droit  par effet de balancier aux années Tapie avec une sorte de voyoucratie capitaliste ("plus je m'en mets dans les poches, mieux je me porte"). Ce dévoiement même des théories libérales a abouti à l'immoralité financière actuelle, impossible à maîtriser sans accords globaux au temps des paradis fiscaux et de l'argent caché partout. Cette crise morale est une insulte à 90% des populations. Après la chute du  communisme avec l'ouverture du rideau de fer, nous vivons celle du capitalisme avec la multiplication de l'argent virtuel hors économie réelle.

En noir et vert, reconstruisons une conception d'avenir

Face à cela, ayons définitivement conscience de l'échec patent des 2 courants de pensée extrémistes du XXe siècle : le nationalisme autoritaire et xénophobe ; le communisme d'Etat et les gauchismes anti-démocratiques et étatiques. Alors, il serait peut-être temps que les médias intermédiaires --occupés des mêmes "penseurs" depuis 30 ans, qui se sont trompés sur tout en clamant les seules vertus du "marché"-- aillent aux bonnes sources. Pensons à nos jeunes et passons aux préoccupations de l'ère Internet.

Ces sources plongent dans le socialisme mutualiste et coopératif du XIXe siècle allié aux théories émancipatrices libertaires (Reclus, Thoreau) soucieuses de l'environnement. Elles combattent la conversion socialiste à un capitalisme non régulé et les errements anarchistes (le terrorisme et le refus d'organisation sociale). J'y ajouterais immodestement --mais qui le fera sinon ?-- deux de mes apports théoriques essentiels (en dehors des travaux scientifiques pionniers sur images et médias, à découvrir sur www.decryptimages.net) : la théorie de la relativité (qui est une ouverture à différents modes de vie et de pensée, de civilisations, dans une défense de la diversité et de la diversification) et celle du mouvement (pas de société parfaite, figée, la nécessité d'évolution perpétuelle et d'expérimentation). Tout cela s'inscrit dans un rapport des humains avec l'environnement depuis la Préhistoire que j'ai voulu synthétiser avec Une Histoire générale de l'écologie en images.

Voilà donc un courant qui plonge ses racines dans le XIXe siècle  (et avant, chez Montaigne ou Rabelais, par exemple) et réapparaît dans l'après 1968 (où l'écologie était absente). Nous, les libertaires écologistes, n'avons jamais renié en effet nos convictions fondatrices. Nous, les noirs et verts (si l'on veut s'en tenir aux couleurs politiques traditionnelles), ne nous sommes jamais convertis au rouge ou au bleu. Le bleu, nous dirait Michel Pastoureau, est la couleur de la droite, de la permanence. Mais notre tolérance (comment être contre l'économie bleue ?) et notre répugnance à l'organisation partisane (avec autant de variantes que d'individus) nous pénalise médiatiquement par une invisibilité totale alors que nous sommes des millions et avons un "corps de pensée" beaucoup plus solide à l'épreuve des faits que nos adversaires, et sur une durée longue.

Voilà pourquoi a été lancée la Coopliberterra (sur see-socioecolo.com) : pour rassembler beaucoup de mouvements différents à travers la planète, qui se disent politiques ou non. Il est temps d'être vu, connu, reconnu dans son cercle. A titre personnel, j'ai passé ma vie à tenter de devenir un penseur complet, un nouvel honnête individu du XXIe siècle. C'est déjà pas mal et c'est probablement le cas aussi de mon libraire-dépositaire. D'accord ou pas d'accord, il faut comprendre la montée de ces types de réflexions : les noirs et verts ont désormais droit à la parole, à la visibilité publique, même s'ils n'aiment pas se montrer.

Le temps du LIEN / LINK

Ce qui déroute les médias intermédiaires, réside dans l'aspect disséminé de nos actions et la diversité de nos pensées. Un moment, un papy oublié (Stéphane Hessel) rappelle la nécessité d'indignation, mais les mouvements sont beaucoup plus larges. Il n'existe pas de parti structuré, ni de "leader" naturel, car nous n'en voulons pas.

Un exemple : Michel Onfray tente de revivifier en France les théories libertaires. Cela ne peut être regardé que comme sympathique, de même que ses théories hédonistes et ses activités autour du goût. Mais parfois ses positions proches de gauchistes étatiques autoritaires ou son défaut de prise en compte des théories écologistes me heurtent. Il faut pourtant désormais oublier cela et rassembler toutes celles et ceux qui vont dans le sens de faire bouger les sociétés vers plus de justice et de durabilité : l'université populaire d'Onfray ou l'économie bleue ou les Colibris (et Rabhi) ou un électron libre comme Daniel Cohn-Bendit (éloquent, Européen sincère, mais peut-être pas  toujours suffisamment ouvert sur le monde).

Nous devons fédérer, inventorier, dans la plus grande ouverture possible. C\'est ainsi qu'outre la Coopliberterra, se crée sur www.globalmagazine.info la Coopcultu (Coopérative culturelle, dont l'originalité est de recenser systématiquement toutes les initiatives innovantes, des AMAP aux expos). Tout ce qui vise à changer le lien social. Dans ce cadre, les entreprises adoptant une attitude éthique en interne et avec leurs fournisseurs et clients ou les administrations innovantes (création de café, épicerie, poste, banque, lieu de vie dans les petits villages ; diffusion d'opérations gratuites pour une économie de l'échange non-financier...) ont leur pleine place, comme l'économie de la gratuité ou sociale et solidaire.

La base parle à la base. Elle peut réveiller les sociétés en transformant les consommateurs-spectateurs passifs en spectateurs-acteurs et en consommateurs-acteurs. Le réveil de la démocratie et la mobilisation locale directe sont indispensables. L'économie ne peut en faire l'impasse. Car ce n'est pas en multipliant les multinationales que les territoires vont se réveiller, mais en dynamisant les PME et en rendant plus responsables et efficaces les administrations.

Nous vivons en micro-réseaux. Il faut les lier, les rendre plus visibles, qu'ils prennent conscience de leur force et de leur caractère incontournable. Les grandes structures de l'Etat doivent jouer avec cette base, c'est çà la culture, la reconstruction du vivre ensemble : un localisme ouvert sur le monde. Je l'ai écrit dans Le Local-Global. Changer soi pour changer la planète. Je souhaite le faire au service de tous à la tête de grandes institutions, pour aider à opérer une vraie démocratisation culturelle. Il est temps en effet d'ouvrir les yeux sur le futur : donner des perspectives, c'est associer le peuple ; maintenir l'opacité dans l'effort nécessaire, c'est courir le danger d'une hostilité générale.

Reconstruire un futur, c'est penser le présent, un présent sur lequel chacune et chacun peut peser. En bleu, noir et vert, en espoir en tout cas.

02 · 02 · 2013

L'Islande : expérimentations boréales

Matthias Abhervé surpris par les Islandais en pleine opération "Knowledge is Beautiful". Les signes se répandent sur la planète avec toutes les météos. L'Islande a d'autant plus de sens que ce petit pays isolé s'est sorti avec vaillance et de façon originale de la cameuse crise financière, qui serait plutôt une crise de nos valeurs et, après la crise du communisme d'Etat, celle du capitalisme sans contrôle (dénoncé, par exemple, à travers les positions des "économistes atterrés" ou remis en cause par le "pouvoir latéral" de Jeremy Rifkin). Ils nous envoient ainsi un message local pour notre fonctionnement global.

Cette dimension --comme je l'ai écrit (Le local-global. Changer soi pour changer la planète)-- est devenue fondamentale partout. Elle introduit une nouvelle structure horizontale en réseau, sortant des seuls fonctionnements pyramidaux en place depuis les Néolithiques. Les Egyptiens de l'Antiquité, comme les Mésopotamiens ou les Aztèques, avaient symbolisé la société de leur temps par cette montée au ciel élitiste. Désormais, le symbole de nos réalités serait plutôt ces immensités planes, comme en Islande, qui nous intègrent ou --des artistes le traduiront-ils ?-- un immense filet au-dessus du sol dans lequel nous sommes et qui nous lie aux autres. La solidarité n'est plus une vertu ni un choix, elle est une nécessité. Merci pour ce regard boréal !

 Et merci à l'ami Erro !


20 · 01 · 2013

Il neige : je pense au Mali

Un troupeau rentre le soir au Sahara, partie nord de Tombouctou.

Quand j'ai tourné fin 2009 le film "La pauvreté, c'est quoi ?", au titre volontairement provocateur, je m'imaginais peu qu'il deviendrait un témoignage précieux (je devrais d'ailleurs faire un second film avec les centaines d'heures de rushes inutilisées, comme celles du long historique de Tombouctou et la visite de toutes les bibliothèques publiques ou privées). Seuls des Maliennes et des Maliens, célèbres ou non, y parlent. Il nous promène --en interrogeant les stéréotypes sur l'Afrique-- entre Bamako, Ségou, Mopti, le pays Dogon, Tombouctou et le Sahara, jusqu'à l'ouest à Kayes et au fleuve Sénégal près de la frontière mauritanienne, frontière de l'immigration.

Ici, il neige sur la butte Montmartre. Montmartre-sur-Canada. Par ailleurs, j'ai 57 ans depuis hier et suis heureux d'aller vers la soixantaine, accompagné par un tanuki malin et épanoui. Oui, il est temps d'avancer. Glissant sur les flocons, je pense à mes amis maliens, à ce pays des Peuls, des Bambaras, des Dogons, des Bozos ou des Touaregs, que j'ai vu vivre en paix, en harmonie, en complémentarité. Bientôt, l'exposition à succès du parc René Dumont "Le Mali, derrière les images" du Musée du Vivant sera téléchargeable gratuitement en ligne sur le site www.decryptimages.net. Elle a été écrite en croisant les mains dans l'amitié entre Aminata Traoré, Abdoulaye Camara, Marc Dufumier et moi-même. Voilà une seconde façon de mieux connaître ce pays, les enjeux de l'Afrique aujourd'hui et la question des représentations du continent.

19 · 01 · 2013

Les étrangetés du mariage

Comme toujours, dans les débats tranchés et polémiques, il existe toute une frange de population qui se sent extérieure et inécoutée. J'ai beaucoup hésité avant de m'exprimer sur le mariage gay car il faut plus que 3 secondes de slogan pour traiter correctement cette question.

Qu'on le veuille ou non, le fait de s'engager solennellement à vivre en couple ne peut avoir de sens que religieux. A l'heure du record de divorces, cette promesse folle et présomptueuse nécessite une croyance pour pouvoir être tenue. Si ce n'est devant le divin, est-il rationnellement acceptable de pouvoir ainsi se promettre pour des années ? Personnellement, voulant être honnête, je ne l'ai jamais fait et ai pourtant été probablement plus fidèle et plus constant dans mes deux vies de couple successives (avec 2 enfants dans la première et un troisième enfant actuellement) que beaucoup de personnes mariées. Mais ce fut par choix réciproque dans une sorte de contrat renouvelé chaque jour.

Voilà pourquoi je suis fondamentalement hostile au mariage et à tous ses succédanés civils genre PACS : ils me semblent relever d'une malhonnêteté intellectuelle de départ (dont d'ailleurs les divorces faciles et fréquents sont la preuve), sauf à croire en Dieu et à placer cet engagement sous le signe irrévocable du divin, comme on entre au couvent ou au monastère. Au nom de ma laïcité foncière, je respecte d'ailleurs tout à fait cet engagement religieux qui relève de la liberté absolue de conviction individuelle.

Pourquoi les homosexuels veulent-ils alors adopter une coutume civilement hypocrite et religieusement interdite pour eux ? Personnellement, je leur conseillerai de continuer à avoir des vies libres et à éviter de se marier, comme d'ailleurs les hétérosexuels.

Néanmoins, la phase positive de ce combat est la banalisation de l'homosexualité. Même si elle est une réalité minoritaire dans les sociétés, elle est --n'en déplaise aux religieux-- constitutive de cette fameuse "nature" humaine depuis les temps les plus reculés. D'où d'ailleurs des prêtres qui ont de telles pratiques en cachette et des pays où elle est passible de peine de mort mais où des puissants sont homosexuels. Sans compter que chaque être humain a en elle ou en lui des aspects ambivalents.

N'oublions pas alors qu'au-delà de la question marginale du mariage homosexuel, le grand enjeu véritable dans la constitution d'un Pacte planétaire évolutif est la suppression universelle (du moins dans notre univers terrien) de toute répression contre les homosexuels. Nous sommes en effet très loin du compte et vivons dans beaucoup de pays des situations scandaleuses, parfois dramatiques et toujours hypocrites.

Alors que chacun fasse comme elle ou il veut mais moi je continuerai à refuser le mensonge du mariage pour vivre les joies d'une fidélité à ma vie de famille chaque jour renouvelée contre vents et marées de la vie.

10 · 01 · 2013

Avec Charlotte, René Dumont disparaît une deuxième fois !

Quelle tristesse. Pour qui a connu Charlotte Paquet-Dumont, la veuve de René Dumont, sa disparition est la fin d'une personne exceptionnelle d'intelligence, de modestie et de passion. Tellement vive et attachante.

Admise à l'hôpital dimanche dernier 6 janvier à Windsor au Québec, avec un diagnostic d'insuffisance cardiaque sévère, elle a subi un accident vasculaire cérébral fulgurant pendant les examens.

J'avais passé une semaine chez elle à classer tous les objets et archives de René Dumont. Elle était venue au Musée du Vivant (www.agroparistech.fr)  où je l'avais interviewée. La Fondation Dumont l'avait accueillie pour un hommage à René Dumont.

Surtout, j'ai pu apprécier son enthousiasme, son énergie, son empathie que je n'oublierai jamais. Là voilà devant ma cabane à Montmartre. Je vous embrasse Charlotte.