Pour démarrer une année qui doit bouger, mon nez en plein vent à l'île de Molène, une île sans impôts, sans voiture et sans police, vivant à l'heure solaire ! NOUVEAU à la suite de vos demandes : vous pouvez devenir membre gratuitement du SEE-socioecolo Network en nous écrivant sur "contact" (prénom et nom, ville et pays, email, et vous recevrez la newsletter)
« Ce qui n’est pas vécu, est toujours
une surprise », bonne ou mauvaise d’ailleurs, disent les Yaos de la forêt
nord-laotienne. Et nous voici face à une année 2012 qui nous fait frémir par
avance. Les prévisionnistes –souvent des statisticiens, continuateurs de
tendances—nous annoncent du sang et des larmes sans espoir. Nous serons
sûrement surpris donc. Mais dans quel sens ?
Il peut être très négatif si nous continuons
à écouter ce mot « crise » asséné depuis 1973. En effet, les seules solutions
proposées sont le retour à un nationalisme protectionniste d’un côté --qui n’a plus de sens à l’heure où les périls
écologiques et les migrations liées à des événements géopolitiques mondiaux
obligent à mettre en place des gouvernances planétaires-- et de l’autre,
l’acceptation passive d’une mondialisation productrice d’injustices, de
déculturations et de destructions du capital énergétique et vivant planétaire.
Comment croire à de telles solutions ? Et ce n’est pas le communisme
d’Etat qui peut prétendre à être une solution alternative : tous les
gouvernements autoritaires, laïques ou religieux, apparaissent, partout dans le
monde (et singulièrement dans les pays musulmans aujourd’hui), comme
inacceptables au temps des identités imbriquées et des individus en réseaux.
Alors ? Alors, si, en France, l’offre persiste
à consister dans ce choix stérile entre nationalisme et mondialisation aveugle,
nous allons dans le mur et creusons le sillon du simplisme comme ce
nationalisme (à la hongroise) habillé en gaullisme social prôné par Marine Le
Pen --oubliant par ailleurs que le général de Gaulle fut un décolonisateur et
un constructeur de l’Europe. Le malaise est si grand et la part « invisible »
de la population française sans perspective, « ramant » au quotidien,
si importante, que tout regard illusoire vers un passé mythifié semble
protecteur : Marine apôtre des Sixties (ce qui est un paradoxe au regard
de l’histoire de son courant de pensée). Elle joue avec habileté sur le local, celles
et ceux à qui on ne parle plus, sur ces micro-réalités diversifiées qui font le
vivre-en-commun, et sur la rupture consommée avec les puissants. Elle défend
les savoir-faire et la préservation des traditions.
Voilà pourquoi il est temps d’ouvrir d’autres
perspectives politiques, en tenant un discours de vérité et d’espoir, car les crises peuvent servir à s’écrouler dans la
passivité ou justement à se réorganiser profondément suivant des règles
acceptables et compréhensibles par toutes et tous. Regardons alors quelles sont les perspectives
d’avenir pouvant être apportées par chacune des grandes familles politiques
françaises.
Le meilleur de la droite n’est pas son
conservatisme ni un nationalisme qui a produit 200 ans de guerres. Le meilleur
de la droite est de ne pas oublier le passé, tous les passés, dans des
histoires stratifiées sur la longue durée qui vont du local au global. Sans aucun
esprit de « paradis perdu » qui n’a jamais existé, ni de flagellation
rétrospective perpétuelle incompréhensible pour les générations actuelles. Le
meilleur de la droite est aussi sa défense des traditions (même culinaires),
mais dans une perspective de transformation. Voilà pourquoi la dimension locale-globale est essentielle
(descendre les décisions au plus près des citoyens, diversifier les solutions)
et que l’Etat aide à organiser, réguler, pour porter vers le global. Nous ne
voulons pas vivre à Guéret comme à Bordeaux. Nous ne cultiverons jamais en
Beauce comme dans les Alpes. Nous sommes attachés à la langue bretonne et au
kouign-amann comme à Montmartre, sa commune libre et son vin. Tout cela se fait
dans un esprit de tri rétro-futuro :
ce qu’on veut garder, ce qu’on veut changer, ce qu’on veut retrouver, ce qu’on
veut inventer.
Du côté du centre, il existe deux
tendances : libérale et démocrate chrétienne. Le libéralisme --même s’il est
devenu dans l’esprit français une caricature financière inacceptable-- a eu dans
l’histoire internationale des vertus indiscutables : l’affirmation de la
nécessité du marché et de la concurrence a stimulé fortement l’innovation
(associée trop facilement au « progrès ») et stimulé les initiatives ;
des formes de gouvernements ouverts aux débats démocratiques et un formidable
développement des médias (de la presse jusqu’à Internet). Ses théoriciens
considèrent d’ailleurs que l’accumulation de l’argent par quelques-uns,
l’héritage des entreprises et les monopoles sont néfastes à la bonne marche
économique. De son côté, la démocratie chrétienne, telle qu’elle s’est développée après la Deuxième Guerre
mondiale, a favorisé la réconciliation des peuples à travers l’Europe,
l’antiracisme, la tolérance entre les religions. Message fort.
Il faut donc pousser les atouts de ces idées libérales
en développant des micro-marchés, en
panachant les préférences locales et des productions mondialisées, en reprenant
conscience de l’importance des petites et moyennes entreprises, de tous ce
micro-tissu économique (la disparition du dernier pêcheur à l’île de Molène
serait un non-sens), en innovant par des organisations coopératives,
mutualistes, en créant des labels d’entreprises éthiques et éco-responsables,
en demandant des comptes à des administrations efficaces… C’est par le bas que
l’économie peut être relancée alors que les connaissances et les énergies sont
là. C’est par le bas que s’organisera la mobilisation sociale de chacune et
chacun dans les emplois concurrentiels ou d’utilité collective.
Parallèlement, il est temps de défendre au
niveau mondial un pacte moral commun (notamment en redonnant une prééminence
aux choix politiques sur l’économique), une police planétaire qui puisse
permettre de supprimer les armées, un code de conduite écologique évolutif. La
voix de la France doit être une des voix du réveil d’un devenir collectif
global dans une vraie vision philosophique
de la relativité. Cesser de tirer des leçons à posteriori de l’histoire
pour avancer vers une vision pluraliste du monde : un monde de tolérance avec des religions et des
conceptions de la vie différentes, des modes de vie variés, un monde où le
Berlinois n’est pas supérieur ou plus « avancé » que le Wayana, un
monde où chacun choisit et évolue.
Quant aux socialistes, qui ont l’air
aujourd’hui tétanisés, entre un complexe gestionnaire, des errements
affairistes et une allergie à l’écologie ? A ces leçons de proximité et
d’organisation globale, ils doivent ajouter leur cœur de métier : la
justice. Elle passe d’abord par l’œuvre éducative à travers la vie, en
renforçant la « boussole éducative » délivrée au primaire, qui est le
fondement de l’égalité des chances et aussi la possibilité d’évoluer dans ses
connaissances tout au long de la vie. La justice passe aussi par une réforme de
la fiscalité urgente pour arrêter les passe-droits et les inégalités
flagrantes, pour réduire aussi les disparités par le patrimoine encore plus
injustes que celles des salaires. La justice suppose également d’exercer une pression
pour mieux assurer le fonctionnement d’entreprises et d’administrations
éthiques dans leur organisation, leurs services, leurs conditions de travail,
la répartition des rémunérations, leurs produits. La justice demande
parallèlement de stimuler les énergies et de reconnaître l’importance de tout
un tissu associatif de bénévoles qui forme une passerelle nécessaire entre les générations et une formidable
plus-value non-financière. Il est temps en effet de passer de la consommation passive aux consommateurs-citoyens et de la société du spectacle aux sociétés des
spectateurs-acteurs. C’est enfin à un big-bang culturel qu’il est urgent
d’appeler pour défendre la diversité des médias, développer des structures
intermédiaires de valorisation, permettre des choix directs des citoyens à côté
de ceux de jurys professionnels.
Il est temps enfin que les socialistes
réalisent leur Bad Godesberg écologiste. La défense de la justice ne peut se
réaliser que dans la défense de la durabilité. L’écologie –disons-le une bonne
fois pour toutes—n’est pas une question pour bobos qui ma ngent des germes de soja. L’écologie est la grande question planétaire : les
ouragans, les sécheresses, les pollutions massives des mers, des terres et de
l’air, la malbouffe, l’acculturation galopante (en 2 ans, 2000 ans de
traditions peuvent voler en éclats), tout cela touche avant tout les plus pauvres. L’écologie est donc une question de
survie commune et de justice. C’est en plus, si on sort des visions
sectaires, le moyen de repenser beaucoup
de façons de se comporter, d’apporter des solutions variées, de choisir
individuellement, d’expérimenter. Le monde paysan ne peut que se rapprocher des
écologistes pragmatiques, et les écologistes doivent tolérer les partisans
d’une chasse ou d’une pêche raisonnée. La
production n’est pas antinomique d’expérimentations nouvelles et de durabilité,
au contraire voilà la source d’innovations nombreuses.
Alors, si nous regardons 2012 avec ces
perspectives positives apportées par tous les courants de pensée, et si un
candidat les prend en compte et les porte avec sincérité et honnêteté, la
population ne lui fera pas grief de n’avoir pas tout réussi, mais le pays aura
des buts, un cap, des idées, des objectifs. Ce sera la bonne surprise Yao. La France, pour l’instant, court, folle et
désespérée, comme un poulet décapité. Il est temps de reparler à chacune et à
chacun. De cette manière, nous reparlerons au monde d’une voix cohérente,
respectée et crédible. Cessons de subir et de gâcher nos énergies.
A signaler, la sortie de l'article " Coincés entre nationalisme et mondialisation" sur le site globalmagazine.info, rubrique "jus de crâne" : http://www.globalmagazine.info/article/171/96/Coinces-entre-nationalisme-et-mondialisation