21 · 12 · 2012

I AM YOU, YOU ARE ME

Use this sign. We want to build a new generous world. Have a look at www.see-socioecolo.com. Use our signs. Liberterra Networks. Justice and sustainability. 

Hope is our aim. No gestion, transformation. Art is politics.

Ouvrons la voie de perspectives généreuses pour un futur en commun, plurielles et d'avenir (plurofuturo), soucieuses de justice et de durabilité (www.see-socioecolo.com),  de libertés individuelles et collectives sur une planète nécessairement solidaire (Liberterra Networks). Les initiatives se multiplient partout. Faisons savoir. Echangeons en réseaux. Multiplions les actions de générosité. 

2013, année de la générosité !

16 · 12 · 2012

Commencer 2013 avec un regard neuf !

Vous n'en pouvez plus de la sinistrose française ? Vous avez des idées et considérez que le futur ne doit plus être kidnappé par quelques nombrilistes voulant faire porter à un pays entier le poids de leurs échecs ? Vous pensez qu'il faut redonner de l'enthousiasme et de la générosité dans une conjugaison des générations travaillant à plus de justice, plus d'innovation, dans une conscience des choix de durabilité nécessaires ?

Bref, vous voulez commencer 2013 d'un nouveau pied. Alors, achetez en ligne sur ce site Le local-Global. Changer soi pour changer la planète (rubrique "livres"), il vous sera livré à domicile. Cet essai de générosité, bouquet de vitamines, vous incitera à réfléchir et à regarder autrement votre quotidien. Il aide à favoriser la démocratie directe, la prise en mains de son univers "visible". Il offre des perspectives aux jeunes comme aux retraités. Offrez-le, faites savoir, faites circuler ! Stop à la résignation ! La crise est surtout une crise d'imagination.

10 · 12 · 2012

I am the Planet

The Doha Conference about the climate finishes. But countries always prefer to consider their short interest because the leaders are elected for a short time and others are not elected (they just work for their personal  interest). The day when they will consider in Doha that "petrol = poison" will be a new day for all of us ! We hope it will not be too late.

Look at the funny image coming from Tokyo (by Yoshiro Kimura).  Funny and true : an artistic action to move us !

Now, we have to struggle for a global permanent World Oganisation about our Common Environment. For this, people should change evrywhere in everyday life. That is why we will continue to travel with short messages all over the Earth. There will be some in New York, Istanbul, Seul, Mexico... Move locally to build our Global Survey.

Thanks to smiling Buddha in the trees ! We want to build the future !

Post Scriptum : This is a great day ! You can buy on this website  (look at "livres") the book (on paper) The Local-Global. Change yourself to change the Planet. It is in French but we hope we will get soon some translations. All the best to you moving everywhere !


01 · 12 · 2012

AUS BERLIN !

Après Hong Kong, Paris, Rio, les actions artistiques continuent à travers le monde (beaucoup se préparent). Ce sont de véritables piqûres d'aiguilles, des petites piqûres de sens instillées. Elles se réalisent sous le titre générique désormais bien connu de "Résistance des savoirs / Knowledge is Beautiful", manière de narguer l'inculture galopante et les acculturations massives.

A Berlin (merci Emeric Adrian), c'est un beau "crisis = chloroform" pour réveiller la vieille Europe ! Faites circuler l'image ! Reproduisez !

Wir sind Berliner !

Free copyright !

20 · 11 · 2012

Knowledge in Rio !

Nelson Vasconcelos did it in Morro Dona Marta, a "favela" in Botafogo (Rio, Brasil). Many thanks.   

We are preparing other artistic actions all over the world.

In France, we will soon get  the book "Le Local-global. Changer soi pour changer la planète" available on this website, where you will be able to buy it and translate.

 All the best !

11 · 11 · 2012

LOCAL-GLOBAL : réveillons-nous !

Lancement du livre LE LOCAL-GLOBAL. Changer soi pour changer la planète

La version complète maquettée va être achetable sur ce site en livre papier (tout est prêt et ce sera très vite dans la rubrique "livres"). Pour cet événement, une action artistique parisienne a été commencée symboliquement le 11 novembre 2012. Elle suit celle débutée avec Annie Wang à Hong Kong et prépare ce qui va se développer au Canada avec Pierre et au Brésil avec Nelson. Dans la France déprimée et névrosée du moment --un état sidérant pour celui qui revient  d'ailleurs--, incapable de se projeter dans l'avenir, l'électrochoc choisi est: "nostalgia = cancer".

Oui, la nostalgie est un cancer quand on passe son temps avec un torticolis rétro, quand on sert et resert les mêmes rengaines passées, quand on est incapable de libérer les énergies des jeunes comme des vieux voulant encore porter l'innovation. Il faut faire un tri rétrofuturo. Il faut sortir du tout mémoire qui instrumentalise le passé et ligote le présent. Ce pays a besoin d'un sacré REVEIL.


06 · 11 · 2012

HONG KONG STORIES

On October 3rd 2012, was performed the first artistic action in Hong Kong with the signs you may copy on this website (click on the moving image). Look also at the "regard" below.

"economy is a belief" was chosen. Now many friends are going to do it worldwide.

 Back to local ! Move ! Let us know, take pictures. All the best !

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Radio Hong Kong/World Vibes !

2012 11 10: Laurent Gervereau 's interview (1 hour) about artistic action in Hong Kong and the world of images

link :

http://programme.rthk.hk/channel/radio/programme.php?name=/worldvibes&d=2012-11-10&p=3501&e=196365&m=episode

(available until 2013/11/10)

05 · 11 · 2012

BACK TO LOCAL !

[world campain which began in Hong Kong 2012: images to move / moving images]


USA, CHINA, EUROPA... :

BACK TO LOCAL

TO BUILD GLOBAL

WE ENTER THE NEW WORLD OF RELATIVITY

NEVER BE AFRAID OF THE OTHERS

THERE IS JUST ONE SHIP

BUT MANY WAYS TO BEHAVE, MANY POINTS OF VUE:

MICRO IS NOW, DEMOCRACY AND DIVERSITY BEGIN RIGHT FROM THE BOTTOM !


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Send images to all populations and all governments and act everywhere !


BEGINNING THE MAKING OF HISTORY: HONG KONG 2012

With the help of Annie Wang and Jean-Michel Sourd, the first artistic and philosophical action was performed (November 3 2012) in the center of Hong Kong Island, near the main HSBC Bank building (and in one of the biggest commercial centers of the city).

"economy is a belief" was chosen there.

You may do the same thing in every place. Please send these photographs (free copyrights) from HK. Then, make your choice for images on www.gervereau.com (click on the moving sign). And send also your photographs.

WE BEGIN A LOCAL-GLOBAL DIALOGUE (look at Gervereau's THE LOCAL-GLOBAL. Change Yourself to change the Planet). From everywhere, we can begin to move and send the information. We need a World Democracy that is built right from the bottom ! Awake !

Saturday 10 morning: listen to an interview of Laurent Gervereau on Hong Kong Radio (podcast available during one year).

Hong Kong is the Gate of China. This is why this place was chosen to begin our first public action. A LONG STORY STARTS in this place of hybrid cultures...
15 · 10 · 2012

Moving Signs / Des signes mutants

L'expo "Les images mentent ?" est à Saint-Nazaire dans une galerie d'art contemporain. Bientôt, je serai à Hong Kong, Macao et Canton pour des conférences en passant certains de mes films. A cette occasion, des signes ont été créés pour être choisis et tirés en grand (installations urbaines, affiches) ou en petit (badges, autocollants), en sérigraphie sur toiles pour galeries et lieux publics ou pour circuler sur le Net.

Cliquez sur le petit signe qui clignote sur ce site et copiez-les. Free copyrights ! Entamons le temps de la générosité. Provoquons la réflexion. Retournons à la base.

Faites savoir et envoyez !

10 · 10 · 2012

Le ras-le-bol des savants et des créateurs

Nous relayons ci-dessous l'Appel pour la défense des savoirs (et des savoir-faire). Vous pouvez le soutenir en faisant circuler les petits signes fournis par ce site lorsqu'on clique sur le dessin qui clignote : les envoyer par le Net, en faire des badges, autocollants, images monumentales, affiches, installations artistiques ou interventions dans l'espace public... A Saint-Nazaire ou à Hong Kong. Il est temps d'enrichir nos débats trop hexagonaux, de rester dans une logique de transformations, de rééquilibrer la visibilité sociale et de repenser nos repères et nos valeurs.

Appel

à la Résistance des savoirs

En regardant (en 2012) le sommaire de la nouvelle émission culturelle de France 2 intitulée « Grand public », nous pouvons comprendre deux phénomènes lourds actuels qui consistent dans la déculturation et l’acculturation. Ce sommaire en effet, pour une émission de deuxième partie de soirée sur le service public, n’annonçait que des « people » passant en boucle sur toutes les autres chaînes. La commercialisation de vecteurs liée à leur multiplication en nombre a abouti à une offre en fait de plus en plus réduite : plus il y a de chaînes, plus elles se singent. La quantité n’est pas la diversité. Faut-il pour autant tomber l’aigreur et se replier sur quelques casemates de bien-pensance où « nous sommes entre nous » ? Sûrement pas.

La dévalorisation, la déqualification touche certes tous les milieux. Mais la résistance est aussi le fait de tous les milieux. Voyons d’abord le versant noir de l’affaire. La télévision reste l’emblème de l’écroulement culturel avec son public captif vieillissant. Le personnel politique parallèlement affiche des certitudes à mesure que son ignorance croit, en confondant la notion de populaire avec celle de simpliste (la génération « vu à la télé »). Les médias se copient les uns les autres dans une image du public de plus en plus trash et nombriliste. Les scientifiques se vendent à des firmes ou se mettent à faire du journalisme de bas étage. Les créateurs se transforment en lobbyistes de PME cherchant à épater les riches, à devenir des fonctionnaires culturels à vie ou à faire des produits marketing mainstream.

Et pourtant. Et pourtant, il existe quelques activistes rares du savoir et de la culture dans les télévisions (pas seulement sur Arte). Des élus ont un réel intérêt pour la création en marche et une connaissance ancrée du passé. Des journalistes se battent pour fournir des repères honnêtes et défendre des réflexions critiques. Des scientifiques restent à jamais dans l’ombre pour maintenir la rigueur de leurs recherches malgré le pillage sans citation de leurs collègues ou leur mépris. Des créateurs de toutes générations continuent dans un quasi anonymat et souvent de micro-publics leur voie singulière.

Alors, la Résistance des savoirs ne doit pas être celle d’une corporation contre une autre. Elle traverse les générations, comme elle traverse les opinions, comme elle traverse les spécialités. La responsabilité de l’écroulement est collective. L’énergie du redressement doit être collective. Elle nécessite comme préliminaire de sérier les notions de déculturation et d’acculturation. Si la notion de culture est cantonnée à la musique dite « classique » et celle de savoir à la physique et aux mathématiques, l’affaire est définitivement perdue. « Cultures de tous, cultures pour tous » constitue le seul axe possible pour la transformation des points de vue. Cultures de tous, car –sans pour autant les mélanger—désormais les individus aux identités imbriquées que nous sommes reçoivent simultanément des jeux vidéos ou la Joconde devenue image. Ouvrir à ces formes culturelles variées (de la gastronomie à la photographie, de la musique dite « classique » à la bande dessinée…) n’est pas les confondre mais affirmer la légitimité et les spécificités de chacune.

« Cultures pour tous » induit d’avoir le véritable souci d’une diffusion large pour tous les publics. C’est là qu’intervient la volonté d’un mélange des consommateurs-acteurs. Il importe pour cela d’abord de sortir d’une vision à la Guy Debord –celle de l’ère télévisuelle—des spectateurs-consommateurs passifs. Au temps d’Internet, beaucoup de consommateurs sont également des acteurs, des acteurs de millions de micro-initiatives, des acteurs d’ailleurs aussi par leurs choix de consommation, ce qui fait vivre par exemple ces petites scènes dites alternatives. Ne craignons plus parallèlement la défense de micro-traditions ou savoir-faire, à partir du moment où la démarche est choisie dans un esprit de tri rétrofuturo (ce qui est gardé et là où il faut innover). Ce n’est pas du poujadisme réactionnaire mais la base d’une structure de petits pôles d’excellence en réseaux.

Ainsi, la mise en valeur dans des plateformes régionales et nationales (pour un indispensable retour au local), manière de revivifier la démocratie de proximité, est le seul moyen d’agréger les énergies et de redonner le sentiment d’avoir prise sur son quotidien. Les élus –harcelés par les quémandeurs et les lobbys de toute sorte—comme les technocrates, formés à la dimension macro de l’économie ou de l’administration, ont peur des citoyens qu’ils ne considèrent que comme source de revendications. Ce faisant, ils passent à côté des énergies créatrices dans tous les domaines, des PME à toute cette économie de la gratuité rassemblant les générations.

De surcroît, par un de ces étranges paradoxes, les applicateurs, les techniciens ont pris le pouvoir --quand bien même ils se trompent et se contredisent, sans être publiquement décrédibilisés--, alors que les stratèges (visionnaires politiques, philosophiques, scientifiques) sont relégués au placard et montrés comme de doux illuminés (quand l’invisibilité totale n’est pas leur lot). Avec la sondagite et l’électoralisme démagogique lié au news market, la tactique prime sur la stratégie pour des objectifs fondés sur des intérêts à courte vue. Les deux catégories sont pourtant utiles à la société, mais dans un rapport d’autorité inverse : la stratégie détermine les tactiques.

Dans ce même souci de travail de fond, contre l’acculturation et la déculturation, il importe bien sûr également d’insister sur l’éducation à tout âge. Nous ne reviendrons pas sur la boussole éducative, celle à laquelle chaque société devrait réfléchir. Mais il faut prioritairement que tout le monde sache identifier ce qu’il voit. Face au maelström déqualifié du tout et n’importe quoi sur nos écrans, le besoin de repères devient essentiel. Voilà la tâche primordiale désormais sur ce terrain : apporter des éléments de compréhension de notre environnement local et global dans le temps et dans l’espace ; donner de la visibilité aux savants et aux créateurs. Les médias ont commencé la première tâche, timidement. Mais le besoin de savoir est immense, d’un savoir critique et d’un savoir puisé auprès des chercheurs de terrain, pas des vulgarisateurs n’ayant pas ou plus fait de recherche depuis des années.

Et puis il faut les valoriser, les montrer, qu’ils redeviennent un modèle social. Pour la France, nous avions Pasteur et Victor Hugo, stars à la fin du XIXe siècle. Ce n’est pas si mal. Mettons donc en pleine lumière les Annette Messager et les Michel Pastoureau. Ils ont autant de mérite que Zidane ou Johnny Halliday, Jean-François Copé et PPDA.

Repères et visibilité. Crédibilité aussi. La science est expérimentale, critique, évolutive dans ses savoirs, fondée sur la recherche. Les créations évoluent dans le temps et sont marquées par des modes. La Résistance des savoirs consiste à pouvoir continuer de mettre en exergue l’exigence et l’excellence du moment dans tous les domaines, du rap aux mathématiques. Cela conduit à veiller à l’indépendance politique et commerciale des chercheurs comme à celle des créateurs, à travers des structures de référence qui évoluent, pouvant marier spécialistes et béotiens tirés au sort. Désormais les sciences sont souvent en plein dans les débats sociaux, les créations ont des incidences multiples sur la vie quotidienne. Il n’est plus question de les laisser dans des micro-cercles opaques. Il faut ouvrir tout en permettant l’excellence.

Voilà pourquoi nous appelons à une Résistance des savoirs (et des savoir-faire). En dehors de l’élaboration de principes moraux terriens évolutifs acceptés partout –enjeu central pointé dès 2000--, la seconde grande question à venir sera bien celle de sciences indépendantes et mises en valeur avec des créations défendant la diversité tant des supports que des genres et des formes. Un enjeu éducatif, social, politique. C’est ainsi que nous lutterons partout contre la déculturation d’une société uniforme moyenne de consommation addictive et l’acculturation d’habitants qui, au nom d’une prétendue « modernité », sont sommés d’abandonner en bloc leurs traditions et leurs modes de pensée. La Résistance des savoirs est un éloge de la diversité et de la liberté.

25 · 09 · 2012

La vérité et ses soeurs cachées / Résistance des savoirs

Bruno Latour avait bien voulu participer au Dictionnaire mondial des images. J'avais vu certaines de ses expositions réalisées au ZKM de Karlsruhe avec Peter Weibel. C'est un esprit fécond et indépendant.

Je suis devant son dernier ouvrage Enquête sur les modes d'existence, dont le titre évoquerait une sociologie traditionnelle et qui ne l'est pas. Cet ouvrage riche mérite davantage que quelques lignes jetées hâtivement. Il se présente comme une série d'ouvertures métaphysiques (et malicieuses aussi) destinées à être continuées sur Internet. J'avais moi-même proposé une telle aventure en 2002 pour la Philosophie de la relativité : un livre sans fin, à prolongements sur la Toile par échanges.

Voilà d'ailleurs --en creux-- une leçon pour les politiques au XXIe siècle. Ils apparaissent menteurs et impuissants, manipulés par des forces qui les dominent (l'argent et les médias) sur une planète désorganisée. Ces crises à répétition sont pourtant l'occasion pour eux de se ressourcer. Ils doivent revenir au local, repartir du local, réenchanter la citoyenneté de proximité. Paradoxalement les élus rejoignent les bureaucrates des administrations centrales : ils pensent que les décisions ne peuvent venir que d'en haut et ne croient qu'à la macroéconomie. Harcelés quotidiennement par des milliers de solliciteurs et de lobbies, leur vision de la population est déformée. Il faut encourager les micro-économies, le tissu des économies de la gratuité, la volonté de toutes générations de faire de l'engagement social et n'avoir pas peur de référendums locaux en ligne : que chacune et chacun comprenne son pouvoir et sa responsabilité sur ce qui l'entoure, sur ce qu'on garde et ce qu'on supprime, sur des savoir-faire et des traditions à préserver et la force d'invention et d'innovation.

 Mais revenons à Bruno Latour. Je voudrais insister sur quelques aspects de son riche essai : d'abord, à travers son "anthropologie des Modernes", il appréhende à la fois l'échec de cette modernité rationaliste liée au Progrès et à la construction de sociétés idéales, tout en ne se satisfaisant pas d'un tel état dépressif intéressé (pour les puissants et les possédants), celui du relativisme, du post-modernisme où tout se vaut et rien ne vaut rien. Sa redéfinition du Moderne est une manière de relancer le mouvement et l'histoire, tout ce que beaucoup dans ma génération ne cesse de marteler contre l'escroquerie d'une fin de l'histoire ou d'une impuissance à transformer le social quand le commercial pollue la planète entière matériellement et culturellement.

 La 'Pataphysique est la science des solutions imaginaires postulait Alfred Jarry. S'il n'est plus une Vérité, ce n'est pas que la démarche expérimentale, critique, de la science cesse d'être une façon utile d'organiser les rapports sociaux et sa vision du monde. La relativité est une manière rationnelle de comprendre la pluralité de regards et de solutions. Voilà notre nouvelle dynamique, seule capable d'offrir des passerelles entre des civilisations qui se respectent et une conception aventureuse, dans le mouvement perpétuel, de notre être au monde. Elle utilise la raison et l'imaginaire. Elle est rationnelle et tolère des approches différentes. Elle conçoit des règles évolutives acceptées partout pour notre survie planétaire et des comportements individuels divers, des micro-économies, la variété des modes de pensée dans un rapport local-global, des identités imbriquées, une vie politique et une histoire stratifiées.

Ainsi, science et poésie s'interpénètrent et se respectent. Raison et intuition se complètent. A nous de toujours bousculer le réel avec la conscience de notre implication dans l'environnement et de ses interactions innombrables. Merci Bruno Latour de nous inciter à repenser.

PS Encore quelques réflexions sur ma marotte, la déformation médiatique. Le journal Le Monde a consacré deux fois 2 pages au livre de Bruno Latour (ce qui est à souligner, car méritoire et  exceptionnel dans le système actuel d'obsolescence du "visible"), Latour qui a parlé aussi sur France Inter. France Inter où j'ai pu d'ailleurs proférer quelques idées chez Stéphane Paoli sur les musées du XXIe siècle dimanche 23 septembre de 13h30 à 14h. France Inter qui fait un effort notable (Mathieu Vidard et d'autres) pour inviter quelques scientifiques et leur donner davantage d'audience. Mais leur visibilité ? Lorsque j'ai entendu le sommaire de la nouvelle émission culturelle de France 2 en seconde partie de soirée intitulée à dessein "Grand public", j'ai éteint : un florilège de "people" passant déjà en boucle sur toutes les chaînes. Ce n'est plus un panachage entre personnes connues et inconnues, c'est le martèlement des mêmes partout. Le divertissement fait office de culture. "Pas vu à la télé !" devient un nouveau label de dignité. Ainsi, le service public télévisuel coûte cher (France Télévisions) et il ne remplit nullement sa mission. L'acculturation généralisée opère qui va diviser la société entre une grande majorité (dirigeants compris) acculturée et des lumpenintellektuellen, rassemblant des savants et des créateurs de toutes générations n'ayant pas basculé dans le journalisme de plus bas étage. Le plus grave est que moins on est cultivé, plus on profère des certitudes sur tout. Il va falloir organiser la Résistance des savoirs en rassemblant les politiques qui continuent à croire aux valeurs de la connaissance, les journalistes pour qui vulgarisation est un terme noble et exigence intellectuelle une condition de la liberté, savants et créateurs refusant d'entrer dans la soupe dévalorisée du n'importe quoi vendeur à coup de rires et d'image de marque.



25 · 09 · 2012

La boussole éducative

Pourquoi les débats sur l’éducation ont-ils tendance à partir en vrille sur des sujets périphériques ? Pour convaincre, à force de chamailleries sémantiques, que le système en place est impossible à réformer ? Ce devrait pourtant être l’occasion de réfléchir sans barrières mentales aux contenus éducatifs et aux vecteurs de l’éducation à l’heure d’Internet. Parlons des contenus. L’éducation, fonction aussi ancienne que les humains, implantée solidement dans le monde animal, est le moyen d’aider les enfants à connaître leur environnement et à choisir ensuite leurs comportements. Cela peut être dévoyé en embrigadement des esprits pour limiter leurs actions et leurs pensées. Cela devrait être un éloge du savoir et un apprentissage de la liberté par le développement de l’esprit critique et du doute scientifique.

Tous les pédagogues constatent –au moins sont-ils à peu près d’accord sur ce point-- combien le premier âge est important. Le ou les parents, la famille, les tuteurs éveillent à l’environnement immédiat. Cela se passe dans toutes les civilisations et à l’heure d’homo relativus, de la relativité (qui n’est pas le relativisme) et du nécessaire respect des façons de penser sur divers continents, il serait idiot de nier le caractère indispensable de l’apprentissage de la langue locale et de l’environnement local, chez les Wayanas en forêt amazonienne ou en pays dogon. La connaissance fine des plantes et animaux dans la forêt est plus importante que la maîtrise des mathématiques en certains endroits. Cessons donc d’acculturer.

Il existe néanmoins un second étage de connaissances qui, adaptées à chaque lieu, apportent des repères scientifiques sur notre humaine condition : c’est ce que nous pourrions appeler la boussole éducative. Elle passe par la maîtrise de sa langue locale mais aussi très tôt par celle d’une langue internationale. Elle induit l’écriture, la lecture et le calcul. Mais aussi des savoirs qui permettent de se situer dans le temps et dans l’espace et préparent à la compréhension de son environnement.

Maîtriser les langues et la lecture ? Certes. Pourtant, nos enfants sont-ils aujourd’hui seulement en contact avec de l’écrit et de l’oral ? Bien sûr que non. Ils sont environnés d’images fixes et mobiles de toutes sortes. Sans aucun repère. Il est temps, largement au-delà de cette seule notion occidentale d’ « art », de leur apprendre l’histoire générale de la production visuelle humaine, dans laquelle les arts sont intégrés, mais qui identifie la diversité des supports, des continents et leur histoire et décrypte ainsi l’actuelle accumulation médiatique généralisée. Ne pas le faire ou le faire partiellement serait exactement comme jadis, à l’heure de la diffusion massive du livre, refuser d’enseigner la lecture ou n’apprendre que la lecture de la poésie. Ces repères s’accompagnent bien sûr d’initiations aux pratiques culturelles.

Parallèlement, l’histoire générale de notre planète fournit à chacune et à chacun des éléments de base de chronologie. Cette histoire s’impose de manière stratifiée aujourd’hui, partant de l’histoire locale –indispensable à Nevers comme à Ouagadougou—pour aller vers l’histoire nationale, continentale et planétaire. La chronologie forme ainsi un repère mental de base à l’heure de l’accumulation indifférenciée du tout-écran. La géographie, parallèlement, permet de comprendre l’espace et son évolution. Elle doit se combiner avec l’étude des mutations de l’environnement.

Cependant notre environnement est aussi sonore. L’histoire générale des musiques apporte alors des repères indispensables, partant de traditions locales jusqu’à la diversité des formes internationalisées aujourd’hui. Là encore, un équilibre doit être trouvé entre l’apprentissage de savoirs chronologiques et thématiques et une part d’initiation culturelle et de pratiques personnelles.

Cela conduit à l’éducation du corps et des sens. La gymnastique certes et les différents sports mais aussi la danse. L’éveil du goût et de l’odorat dans des cantines variant les aliments et initiant à des cuisines diverses. Et, nous l’avons abordé, une éducation culturelle large (spectacle vivant, expressions plastiques avec images fixes et mobiles, musique, gastronomie…) qui permette des initiations aux techniques de création et aux gestes créateurs (avec des créateurs), tout en ouvrant aux pratiques culturelles (théâtres, cinémas, musées…).

Ce programme de base sera évidemment enrichi, l’âge venant, à l’histoire des religions et des philosophies (base d’un code de valeurs universelles), aux théories économiques ou aux sciences de l’environnement. Enjeu fondamental quand les sociétés humaines affrontent l’égalité des chances comme condition de leur épanouissement, de leur innovation et de leur créativité.

Il est donc temps de cesser de partir de l’existant pour envisager quelques aménagements concertés à minima, mais, au contraire, définir des apprentissages essentiels et voir comment leur mise en œuvre peut être opérée en différentes étapes par l’outil éducatif. Cette vision stratégique permettra aux enseignants sur le terrain --dont on ne soulignera jamais suffisamment la difficulté de la tâche dans la société d’aujourd’hui—de cesser d’être ballotés de réformette en réformette pour comprendre vers quoi ils vont et pourquoi ils le font. Si nous voulons que l’éléphant accouche d’un éléphant et pas d’une souris, posons les bonnes questions de base et cessons de prendre le problème à l’envers.

05 · 09 · 2012

Homo relativus contre homo economicus

Daniel Cohen publie le livre Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux. Une ironie facile ferait remarquer qu'enfin les économistes découvrent que l'argent ne fait pas le bonheur. Mais le livre mérite d'aller plus loin dans la réflexion. D'abord, cette notion de "bonheur", comme celle de "paradis", sont des notions tout à fait inhumaines. Elles ont accompagné les pires dictatures et les illusions dangereuses de fin de l'histoire par l'établissement d'une société parfaite arrêtée. Il vaudrait mieux parler de plaisirs et de bien-être.

De même, il est temps d'arrêter de parler de "progrès", résultat d'une pensée occidentale scientiste. Ce n'est pas parce que nos connaissances augmentent dans certains domaines ou que la technologie se développe dans d'autres ou que la longévité physique augmente que les individus ont un meilleur bien-être en adéquation avec l'environnement. Là aussi, il vaudrait mieux parler de mouvement nécessaire, d'évolution, de perfectionnements, de recherches personnelles et sociales. Il est temps en effet de sortir de l'idée erronée que la multiplication des biens matériels ou la durée de vie sont de facto des "progrès". Voilà un des mérites du livre cité : montrer que nos sociétés économiques ne sont pas des sociétés du mieux être et, par voie de conséquence, que la notion de pauvreté est une notion relative (est plus pauvre une personne acculturée et pensionnée par rapport à une autre sans aucun revenu monétaire mais intégrée à un système social proche qui la protège).

Il importe d'adopter désormais un point de vue post-colonial. Nous devons accepter des modes de vie et des conceptions du monde variés, venant de continents et de civilisations divers. Nous devons entrer dans une ère expérimentale où les modèles sont multiples. Nous avons aussi à apprendre des sociétés nomades sans argent. J'avais écrit en 2000 "Le XXIe siècle sera moral", c'est bien cela qui nous occupe : le choix de nos valeurs. Et nous nous apercevons de l'importance des échanges non-monétaires (surtout à l'ère d'Internet, sur le réseau mais aussi autour de soi) et des économies de la gratuité, jamais mesurées car difficilement mesurables mais qui font "tenir" des peuples entiers de façon incompréhensible de l'extérieur.

Ainsi homo relativus lutte contre homo pyramidalibus et homo economicus. En effet, après la longue ère nomade, avec les néolithiques ont été bâties les villes et des sociétés  autoritaires pyramidales avec pouvoir sacré et profane. Cela n'a pas cessé et est encore en place dans beaucoup d'endroits ou hante la pensée de beaucoup de groupes : j'ai appelé cela les "monoretros", ayant une conception figée du monde et exclusive bâtie dans le passé. Ils côtoient l'homo economicus, cet être acculturé envahi de produits industriels diffusés massivement, n'ayant aucun pouvoir de décision au niveau local, soumis à la globalisation monétaire de la planète et obéissant à l'extérieur, au lointain parfois indéfini, dans son travail et sa consommation. Autre forme de servilité.

Dans une telle situation, les gouvernements --notamment socialiste en France aujourd'hui-- ont une chance unique de réveiller les bonnes volontés locales. Au lieu d'avoir peur du peuple, il est temps de célébrer homo relativus, cet être du local-global au temps d'Internet, capable de s'exprimer directement sur le réseau et d'intervenir dans son champ local. L'actuelle conjugaison des générations est d'ailleurs une opportunité dans les sociétés de vie plus longue : des jeunes à la première vieillesse, il existe beaucoup d'interventions citoyennes économiques et/ou culturelles. Réveiller et valoriser les initiatives locales dans des portails régionaux, nationaux et à l'export constitue la chance en temps de crise de bouger la société aujourd'hui, d'encourager l'économie de la gratuité, de favoriser le développement des PME et tout le tissu local. Ne la laissons pas passer.

De toute façon, la mise en avant du local-global et d'homo relativus sous-entend de cesser de penser uniformiser la planète dans un modèle politique parfait --ou le moins mauvais possible sous une idéologie du "moyen"-- avec des règles sociales intangibles et des comportements individuels standardisés. S'obnubiler de la macro-économie oblige à s'enfermer dans des paramètres très partiels, des mesures  très ciblées, et ignore les ressources des micro-économies.  Se bloquer sur une conception idéologique (religieuse ou profane) figée de l'organisation sociale est illusoire sur la durée et dangereux : lutter pour le "mieux" oui, faire croire à un état de bonheur terrestre atteint et irréversible, sûrement non, même comme objectif. Promettre le mieux-être, oui, pas le bonheur ! Décidément et au contraire, si une morale minimale évolutive est nécessaire et une conscience des enjeux de survie collective (dont des règles d'économie générale), ce sont bien les expérimentations de vie sociale et la diversité des comportements individuels qui permettront de poursuivre l'aventure humaine planétaire. En tout cas, pas une seule solution politique, une seule vision du monde, un seul modèle économique. Expérimentons.


Petit résumé :

L'humain relatif (homo relativus) est celui qui agit dans le local-global (directement autour de lui et par le Net), qui conçoit la relativité des points de vue et des civilisations, qui combine ses identités imbriquées et évolutives, qui connait nos histoires stratifiées et nos choix rétro-futuro. Il s'oppose à l'humain pyramidal  (homo pyramidalibus) des sociétés autoritaires, religieuses ou profanes, mises en place depuis les Néolithiques (idéologies monorétro). Il s'oppose aussi à l'humain économique (homo economicus),  ce consommateur standardisé passif, ce clone médicalisé des sociétés dépressives de l'insatisfaction et de l'addiction dans la mondialisation des produits.


12 · 07 · 2012

Respirer : un peu d'art frais !

Non, les ardeurs estivales d'un soleil absent ne me découragent pas pour achever un 7e long-métrage avec la complicité de Jean-Hugues Berrou et Emmanuel Chirache. J'en donne le résumé plus bas. Il est consacré à Noël Arnaud que personne --ou presque-- ne connaît. Et pourtant, Noël fait le lien entre Dada, le surréalisme de résistance sous l'Occupation, Cobra, les situationnistes, l'art et la vie. Personnage secret.

Dans notre monde de marketing documentaire, où il faut vendre ses sujets, ce film est résolument sans espoir. Pourtant, les colères saines de cet homme sont là pour continuer à inspirer une jeunesse qui ne doit jamais se résoudre à l'absurde et à l'injuste. Le rire, la parodie 'pataphysique, l'imaginaire au quotidien, renverseront toujours les dictatures et le formol de nos hospitalisations physiques et mentales au quotidien. Haïssez les médecins et mourrez heureux !

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POLITICALLY INKORECT !

Noël Arnaud
et Dada, Jarry, Picasso, Jorn, Duchamp, Debord, Vian, l'Oulipo...

Un film de Laurent Gervereau avec la complicité de Jean-Hugues Berrou et Emmanuel Chirache

Histoire d'un invisible : voilà le chaînon manquant --et longtemps caché-- entre Dada et les situationnistes ou Fluxus, en passant par le surréalisme clandestin pendant la guerre et Cobra. Il s'agit du seul film où cet homme secret parle de son parcours incroyable, à  la fois acteur et passeur des avant-gardes, ayant côtoyé tous les personnages essentiels cherchant à changer la vie, à sortir des frontières de la peinture de chevalet,  bousculant la littérature. Entre jazz, dérives, toiles provocations, fêtes-happenings, rires et absurde, une existence-oeuvre d'art totale.

Y sont insérés : un entretien inédit de Constant sur Cobra et les débuts de l'Internationale situationniste avec New Babylon ; un long et précieux extrait sonore de la conférence de Guy Debord avec Noël Arnaud en 1957.

 

25 · 05 · 2012

Québec et Rio : encore la JUSTICE ! JUST DU !

Cela fait des mois que nos amis québécois, avec Pierre, nous alertent sur l'incroyable soulèvement de la dignité des étudiants. L'accumulation des mesures obscurantistes depuis des années a bloqué soudain sur le relèvement des tarifs à l'université. C'est un combat qui occupe  en fait la planète : arrêter de favoriser les intérêts temporaires de quelques-uns pour prendre en compte les intérêts durables de tous. Cette question basique de JUSTICE est aussi une question de DURABILITE, quand certains s'octroient le droit de polluer et de détruire physiquement et culturellement des régions entières pour des intérêts à court terme, quand des politiques se voilent volontairement la face sur ce qui se passera dans 5, 10 ou 20 ans.

Nous sommes sur le même navire, avec les même enjeux que les Québécois (ou d'autres). Justice et durabilité ? Il y avait "just do it", nous entendons déjà des JUST DU !

Post Scriptum : Nous entendons parler de plus en plus ces temps-ci de "social-écologie". Tant mieux, car cela fait des années que j'affirme les enjeux de justice et de durabilité comme centraux (www.see-socioecolo.com). Il est indispensable de lier ces courants de pensée et de bâtir de grands mouvements sociaux-écologistes dans le monde. Quand, philosophiquement, ces organisations auront intégré la dimension évolutionniste (le choix du mouvement avec le refus de l'illusion d'une société parfaite) et le principe de relativité (la défense de la diversité et le rejet d'une société normée), nous aurons avancé dans une confrontation des idées toujours à mener. Cela permettra de disposer d'une vraie pensée du futur, de valeurs communes, au lieu de laisser le terrain aux néoréactionnaires et à la copie peureuse d'un passé mythifié (c'est-à-dire tel qu'il n'a jamais existé, en en oubliant toutes les horreurs et les tares). Ajoutons qu'à l'ère d'Internet, les technocraties vont vite s'apercevoir qu'il n'est plus possible de décider sans associer les populations. C'est donc à un réveil du local dans un dialogue global que nous allons assister, sur fond de crise de confiance généralisée. Soit la fermeture des frontières et le repli sur le passé, soit l'évolution et la solidarité planétaire.

A Rio ou ailleurs, le court-termisme est notre ennemi, il est lâche et souvent criminel. Ici, c'est dans une indifférence générale que nous apprenons la caractère cancérigène des moteurs diesels, tandis que nous subissons --sûrement pour des raisons croisées-- une épidémie de cancers. Ma mère meurt après s'être longuement ou brutalement dégradée. Partout, autour de nous, la mort lente nous accompagne.


06 · 05 · 2012

Défaite du nationalisme, victoire de la République !

Allez sur lemonde.fr lire l'article :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/11/defaite-du-nationalisme-victoire-de-la-republique_1699466_3232.html

Il est important désormais de ne pas laisser le champ libre aux néoréactionnaires mais de proposer de nouveaux regards et de nouveaux repères dans une vision rassembleuse et pragmatique du futur.

L'histoire se fait chaque jour et nous en sommes responsables. Ne gâchons pas la chance qui s'ouvre. Bâtissons durable.

Contre les néoréactionnaires, repensons avec pragmatisme le futur !



21 · 04 · 2012

UNE ELECTION, ET APRES ?

Soutenez CULTURES DE TOUS, CULTURES POUR TOUS ! sur la page Facebook de l'INSTITUT DES IMAGES, de manière à réveiller créations et partages des savoirs, sans retomber dans les paillettes éphémères, mais en valorisant durablement les initiatives de terrain. Pas une question de fric : nos crises sont des ruptures de modèles nécessaires !

Et n'oublions pas que nous sommes face à l'histoire pour la formation des citoyennes et des citoyens : IGNORER L'HISTOIRE ET L'ANALYSE DU VISUEL A TOUS LES AGES AUJOURD'HUI, CE SERAIT COMME REFUSER JADIS D'ENSEIGNER L'ECRIT AU TEMPS DE LA REVOLUTION DU LIVRE.

10 · 04 · 2012

Sous une campagne de cache-cache...

Cet article est paru dans le journal Libération du 17 avril 2012 . A la suite de cela est né un intéressant débat sur la blogosphère. Soyons clairs pour que chacun juge. Ma position a toujours été celle de la défense d'Internet comme espace de liberté. Je me méfie de toutes les censures larvées sous prétexte de bonnes intentions et ce n'est pas par hasard que le masque des "anonymous" apparaît dans les "unes" de ce site. Alors il nous faut constater que la réactivité à la moindre annonce des cellules de riposte a limité la campagne électorale actuelle à des annonces-slogans et des non-programmes frileux. C'est l'effet tweet asphyxiant. En revanche, le développement de la blogosphère est l'amorce pour moi du passage d'une société du spectacle à des sociétés de spectateurs-acteurs. J'aimerais que les transformations profondes de la société et de nos regards sur le monde entrent encore davantage dans les sujets quotidiens. Merci de préciser et de lire les livres présentés sur ce site ("idées..." et "livres"). Voici l'article en question :

Pourquoi la campagne électorale française de 2012 apparaît-elle comme aussi longue et aussi ennuyeuse ? Parce que chaque électrice et chaque électeur sent bien que tout se joue de façon masquée. Nous voici dans une campagne-twitter. Il y avait avec Lénine l’agit-prop (agitation-propagande), voici l’ère de la piqûre de moustique : la tweet-prop. Cette réactivité compulsive des cellules de riposte et des bloggeurs suractifs ne donne plus le temps pour les réflexions de fond. Il vaut mieux avancer masqué en martelant un ou deux slogans pour parler à la tribune ou sur les écrans, car la politique, c’est le verbe.

L’ensemble de la population a de toute façon intégré le fait que la dette d’Etat plombe les marges de manoeuvre. Donc les enthousiasmes sont vite refroidis, même chez les plus bravaches. Pourtant, comme toujours, il existe des surprises. Jadis (2002), la surprise tint dans le kidnapping thématique de la campagne par la « sécurité ». Ensuite, ce fut le débordement de la « peoplisation » (Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal s’imposant dans leur camp en s’étalant dans les magazines), provoquant, par contrecoup, l’émergence Bayrou. Aujourd’hui, la caractéristique est la volonté de rupture par rapport aux années Sarkozy vues comme les années de la finance triomphante, de la destruction de l’économie réelle et du vivre ensemble avec des injustices grandissantes. Cette rupture est affirmée partout, même par un candidat-Président voué à une schizophrénie qui ne lui déplaît pas, car il s’est montré l’apôtre de la réactivité immédiate (au risque assumé de se contredire).

Du coup, la « surprise » 2012 est Jean-Luc Mélenchon, car il est le meilleur tribun de la rupture avec le capitalisme financier. Son discours, de plus –et cela a été peu souligné—, est novateur par rapport à ceux traditionnels de la famille communiste. Il intègre ainsi la nécessité de s’inscrire dans une logique « verte » ; il ne tient pas la ligne nationaliste de la fermeture des frontières mais parle d’Europe, d’Europe transformée, et de mondialisation, d’échanges, de migrations positives. Le peuple français, à travers cette élection, commence en fait à comprendre que nous ne vivons pas des « crises » mais des ruptures de modèles. Cela brouille les lignes dans chaque camp : traditionalistes contre innovateurs.

Marine Le Pen a pris ainsi un tournant social qui était étranger à son père, même si  l'offensive sarkozyenne l'oblige à revenir à ses fondamentaux. Le candidat-président tente, lui, à nouveau d’apparaître comme le rassembleur de la droite nationale et de la droite réformiste. François Bayrou peine à renouveler un simple discours du « ni-ni », ayant laissé échapper la chance de fédérer droite réformiste et gauche modérée. François Hollande tient sa seule ligne possible, mais du coup sans indiquer qui triomphera au pouvoir : les gestionnaires productivistes ou les promoteurs de nouvelles formes démocratiques durables. Jean-Luc Mélenchon unit des bureaucrates bien peu démocrates et des penseurs d’une économie durable (des libertaires proudhoniens environnementalistes), grand écart aussi, qu’il lie grâce à un verbe républicain. Enfin, Eva Joly peine à additionner moralisation de la vie publique avec un véritable aggiornamento écologiste.

Si la justice a explosé comme thème central, l’écologie est en effet le non-dit assourdissant de cette campagne : comme si chacun voulait une rémission avant d’entrer dans cette perspective inévitable, comme si les catastrophes environnementales et les acculturations ne touchaient pas d’abord les plus pauvres. La crise financière est brandie, la crise environnementale est tue.

Cela s’explique par une lutte dans tous les camps entre conservateurs et rénovateurs. Alors, paradoxalement, cette élection masquée et frustrante se révèlera probablement dans l’Histoire comme une élection-tournant : la majorité des Français –cela traverse la pyramide des âges-- se rend bien compte des insatisfactions dépressives induites par les comportements de consommation addictive, par l’aberration d’une société qui a rendu ses savants invisibles au profit des bateleurs, par un besoin de valeurs face au tout-argent.

La vraie question aujourd’hui, dans ce cache-cache, reste : que va faire effectivement le futur gouvernement ? La crainte que nous pouvons avoir est que les difficultés financières paralysent les dirigeants dans des logiques surannées. L’heure en effet n’est plus aux paillettes. Ni aux blocages administratifs d’ailleurs. Ni à la simple gestion. Il est temps de secouer le système par le bas pour redonner espoir sur les questions de justice et de durabilité (les socioécologistes sont nés de ces deux nécessités). La refondation de la démocratie est indispensable en passant de la société du spectacle aux sociétés des spectateurs-acteurs. C’est par ce retour au local que va s’organiser le « remue-méninge » nécessaire partout sur les manières dont nous voulons vivre, l’aspect rétro-futuro : ce qu’on souhaite conserver et là où il faut innover. Traditions choisies et transformations.

Tout cela s’inscrit dans des pensées locales-globales, de prises en mains par chacune et chacun de son univers visible direct, par des mécanismes rapides d’expérimentations in situ, par des choix de consommateurs-acteurs qui défendent des productions locales, et une ouverture par pallier vers la planète. A l’Etat national de devenir ainsi un dynamiseur, un agent de structuration de pôles d’excellence en réseaux et d’aide à la diffusion planétaire. Le local-global, à l’ère d’Internet, est notre nouvelle échelle obligée, celle de nos identités imbriquées et des responsabilités stratifiées.

Alors, gageons que cette élection ennuyeuse va se révéler plus significative qu’on ne pourrait le penser. Le malaise général est éloquent et le sentiment de paralysie devient insupportable. La véritable question sera ensuite de savoir si le futur gouvernement saura rassembler et dynamiser par la mise en valeur du local et une structuration prenant en compte les mutations environnementales et culturelles en cours ou si –par cécité ou paresse—la seule mise à jour des comptes va désespérer un peu plus un peuple sans idéal, sans modèle, sans allant. Ce n’est nullement une question d’argent.


Message des socioécologistes :

Ce texte de Laurent Gervereau pose les bases des transformations à venir, que nous avons initiées au Brésil et au Canada. Beaucoup surnomment désormais le personnage avec une  ironie tendre : "le plus gros iceberg du XXIe siècle". Il est stupéfiant en effet d'avoir travaillé pendant 30 ans dans l'ombre sur le monde nouveau des images, la philosophie de la relativité, les humains planétaires et leurs identités imbriquées, l'écologie culturelle, la fracture générationnelle, la traversée des utopies, sans que ces idées n'aient été massivement visibles, même pour être contestées. Comme le dit paradoxalement Michel Serres (Le Monde du 13 avril 2012) à 82 ans, il est temps de penser autrement que les "vieux pépés" de la sinistrose occupant les écrans depuis les années 1970 en s'étant toujours trompés et en interdisant de façon scandaleuse toute innovation ou toute expérimentation au nom de leurs échecs.

L'heure est venue, avec notamment les socioécologistes (voir www.see-socioecolo.com  et la rubrique "idées, philo, politique" de gervereau.com), de regarder sous le niveau de l'eau et de diffuser enfin massivement des perspectives nouvelles.

31 · 03 · 2012

CULTURES DE TOUS, CULTURES POUR TOUS

Cultures de tous, cultures pour tous

En ouverture de ce texte qui cherche à permettre les conditions d'une vraie éducation culturelle pérenne et utile, je veux avoir une forte pensée pour Aminata Traoré, Samuel Sidibé et tous les amis du Mali, ce pays extraordinaire actuellement déchiré. Mon film "La pauvreté, c'est quoi ?", tourné entre Bamako-Ségou-Mopti-Sangha et le pays Dogon- Tombouctou et le Sahara-jusqu'à Kayes sur le fleuve Sénégal, totalement impossible à réaliser aujourd'hui, devient un document exceptionnel de peuples vivant en paix dans une incroyable diversité au nom d'une histoire très longue.


La culture tente de s’immiscer comme thème de campagne électorale. Mais outre le fait qu’elle apparaît pour beaucoup comme une « danseuse » en temps de crise, nous voyons combien le débat est faussé par des lobbies défendant avant tout leurs subventions. Si avoir une politique culturelle d’Etat consiste à dépenser 1% du budget général, la belle affaire. Certains pays d’ailleurs n’ont pas de ministère de la Culture, considérant que la culture est partout et du ressort de la société civile pour en assurer la diversité.

En France, nous sentons qu’il est temps d’une refondation à une époque de basculement générationnel et d’une nouvelle donne technologique avec Internet. Quelques auteurs ont pointé avec justesse plusieurs nouveaux enjeux. Sur le fond, Bernard Stiegler refuse à juste titre un tri sélectif : des cultures « populaires » et d’autres non, des publics cultivés et d’autres « éloignés de la culture ». Olivier Poivre d’Arvor, lui, a identifié deux aspects essentiels qui sont d’ailleurs liés entre eux : la révolution numérique et la question de l’exportation culturelle.

Pour ce qui concerne la définition de la notion de culture dans la société actuelle, il importe de sortir d’une vision cloisonnée qui n’est plus de mise. Le sociologue Bernard Lahire a bien montré l’hybridation des goûts et la capillarité des habitudes culturelles. Ce n’est pas d’ailleurs que l’individu pense faire la même chose en allant à un match de football ou en lisant un roman japonais. Posons les choses clairement : la relativité des attitudes n’est nullement un relativisme philosophique (tout se vaut, donc rien ne vaut rien). L’individu va voir un tableau de Vermeer différemment de la manière dont il lit une bande dessinée. Tout cela correspond de plus, dans notre monde d’aujourd’hui, à ce que j’ai défini comme des identités imbriquées et une histoire stratifiée du local au global. Nous vivons, non plus avec le High et le Low, la Culture et des formes d’expression populaires, nous vivons dans un ensemble d’expressions culturelles, dans un ensemble de cultures qui ont chacune une spécificité : cultures de tous.

Voilà pour le constat. Mais que faire ? Supprimer tout ministère et laisser prospérer ou dépérir ? Comment justifier l’aide publique en temps d’argent rare pour l’Etat ou les collectivités locales ? Souvent, seule l’argumentation d’une défense des budgets fait office de politique culturelle. C’est court.

Le soutien aux industries et aux métiers culturels est un aspect. La pensée d’un patrimoine conservé, valorisé et facteur d’image est un autre. Mais tout cela doit se faire par une mise à plat et des enquêtes du local au régional, du régional au national pour être porté vers le continental et le global. L’Etat dialogue avec les collectivités, il aide à une mise en réseau de pôles d’excellence sur tout le territoire. C’est un vrai big-bang de la visibilité locale qui s’impose. La question n’est pas alors financière, mais de valorisation et de dynamisation du tissu des initiatives.

Dans quel but ? Que la culture serve l’image, la visibilité locale pour porter notamment les entreprises. Que les savoir-faire dans tous les domaines adoptent une attitude « rétro-futuro » : préserver et innover. Que le tourisme soit rattaché à la culture d’un côté et l’exportation culturelle de l’autre. On comprendra ainsi qu’il existe une véritable économie culturelle d’une part et que d’autre part des apports culturels intangibles, non financiers, non mesurables, ont une importance primordiale.

Une culture pour porter l’économie et faire image ? Certes. Mais à quoi bon en élargir la définition si c’est pour s’adresser à des consommateurs addictifs, passifs. Le prochain gouvernement sera donc aussi jugé sur une véritable démocratisation culturelle : cultures pour tous. Elle pourrait passer par la création d’un ministère de l’Education et des Cultures en suivant le fil de la pensée de Jean Zay. En tout cas, il est nécessaire de créer un Secrétariat d’Etat à l’éducation culturelle (plutôt qu’une mission interministérielle qui risque de se perdre dans les limbes administratives). Ce Secrétariat d’Etat aura pour mission d’offrir les conditions de cette éducation tout au long de la vie depuis la maternelle.

Du point de vue du contenu, il importera d’abord d’initier aux pratiques culturelles : création, techniques, consommation. Ces initiations seront aussi un éveil au sensible. Il s’agit en second lieu d’inscrire durablement l’apprentissage de repères dans le domaine visuel et musical.

L’histoire et l’analyse du visuel doivent en effet être enseignés depuis la maternelle jusqu’à l’université et des modules ouverts à tout âge. Pourquoi cette urgence singulière ? Nous basculons d’une civilisation dans une autre. Jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’avons été ainsi en contact avec des images de toutes périodes, de toutes civilisations, sur tout support, créant une ubiquité constante. Et nos enseignements n’en tiendraient pas compte ? Nous raterions une étape primordiale (et serions obligés ensuite de courir après d’autres pays dans quelques années). Nous raterions aussi l’occasion de développer de la recherche et des produits exportables dans ce domaine. Il s’agit donc d’un impératif citoyen urgent.

Comment alors faire avancer les choses de façon décisive (nous avions eu de bonnes paroles de tous les candidats en 2007, sans aucun résultat) ? Il faut créer ce Secrétariat d’Etat pérenne. A charge pour lui de commencer par la base : l’inventaire rapide de toutes les initiatives –souvent remarquables—disséminées sur le territoire dans le domaine culturel et éducatif. A lui de les valoriser par des plates-formes régionales et une plate-forme nationale. A lui de créer des pôles d’excellence en réseau et des outils de formation des formateurs. A lui de lancer le périmètre d’un établissement public nouveau à partir des ressources existantes : Centre d’éducation culturelle, qui sera chargé d’animer cette question de façon souple en liaison avec tout le réseau local et en ayant le souci aussi de l’international. A lui d’aider France 5 à avoir enfin un rôle éducatif et valoriser les créateurs et les savants totalement disparus des modèles sociaux « visibles », ce qui pose une question morale et éducative fondamentale. Le savoir doit redevenir une valeur dans la société.

Nous en avons assez des bonnes paroles stériles, de l’argent public dépensé sans aucun effet, des initiatives nombreuses toujours isolées et méprisées. Nous attendons des engagements clairs dans ces trois domaines : visibilité des initiatives locales, démocratisation culturelle, introduction à tous les âges de l’histoire et de l’analyse du visuel.

Laurent Gervereau

Directeur de www.decryptimages.net avec la Ligue de l’Enseignement,

plus important portail d’éducation culturelle francophone

21 · 03 · 2012

Toulouse/Merah : médiaterrorisme et "miracle français"

Je suis, de par ma formation protestante, peu enclin à la célébration du miracle et n’ai jamais fréquenté Lourdes (peut-être malheureusement). Mais les derniers événements terroristes que nous venons de vivre réveillent en moi des sentiments ancrés de longue date.

D’abord, une grande défiance. Après Madrid, je parlais dans les colonnes du journal Le Monde de médiaterrorisme. C’est-à-dire un terrorisme conçu narrativement en une succession d’événements destinés à dicter leur attitude aux médias. Il s’agit d’un grand danger qui doit appeler en retour des efforts constants de distanciation (alors que l’horreur, au contraire, rompt la réflexion semblant indécente par rapport à notre émotion spontanée). Cet événement terrible est circonstanciel. Il nécessite enquête (et encore, que saurons-nous vraiment ?). Les Français ont, eux, à construire la société de demain en parlant de justice, de durabilité, de vie quotidienne. Attention au rideau de fumée.

Nous sommes désormais constamment pilonnés par ce terrorisme, comme par les faits divers ou les catastrophes : la négativité marginale. Ces éruptions défient le vivre-en-commun. Elles détournent des sujets cruciaux concernant la vie quotidienne, comme des enjeux du futur. Cela doit donc se contenir par des principes clairs : limiter la publicité, cesser de parler sans informer ; condamner le principe (suivant la non-violence de Gandhi et pas ce romantisme anarchiste qui déconsidéra les libertaires) ; toujours avoir à l'esprit que sur ce terrain, la manipulation est constante, la vérification impossible et la victoire d'une répression des libertés publiques généralement la conséquence. Terrorisme et faits divers sont des exceptions marginales et malheureuses de la société : il est insupportable d'en faire des stars du news market.

Il y a cependant aussi des leçons positives à tirer. Déjà, lorsque je montais avec Pierre Milza et Emile Temime en 1998 l’exposition Toute la France. Histoire de l\'immigration en France au XXe siècle, nous comprenions que les apports de l’immigration (Belges, Italiens, Polonais, Portugais, Africains, Asiatiques…) ne touchaient pas seulement le monde du travail manuel mais tous les domaines de la société, des arts au langage et même aux mœurs alimentaires, c’est-à-dire les racines profondes de notre vie en commun. Dans l’entrée de l’exposition, nous rappelions que « croissant » venait du siège de Vienne, « café » de l’arabe ou « baguette » de l’italien.

Alors, les images des représentants des communautés juives et musulmanes unis après les événements de Montauban et Toulouse résonnent fortement. Oui, nous habitons sur un territoire qui a tout pour être morcelé, divisé, et qui pourtant vit un destin commun. Voilà pourquoi d’ailleurs le débat sur l’identité nationale fut si inopportun et la stigmatisation brutale des Roms une faute, alors qu’il importe de défendre dans le monde les nomades souvent menacés. Vivant en décembre 2006 la campagne électorale néozélandaise à Wellington, j’eus la stupéfaction d’entendre le leader de la droite la plus dure commencer son discours par : « Nous, peuple d’immigrés ». Et il avait raison puisque les Maoris vinrent tardivement de Polynésie sur ce territoire, juste avant les Européens et aujourd’hui les Asiatiques.

La France est dans le même cas de figure, c’est un pays patchwork fait d’influences et d’immigrations successives. Nous savons désormais que les peuples celtes n’étaient pas homogènes et combien les mélanges se firent avec les Romains, combien les frontières furent poreuses entre les Gallo-Romains et ces « barbares » dont on découvre aujourd’hui qu’ils étaient dans des systèmes d’échanges et de modes de vie très proches. Il suffit, au niveau régional, de recueillir les influences anglaises dans le patois du Cotentin ou les traces de civilisation Viking en Normandie pour saisir sur la longue durée un jeu constant d’échanges entre notre territoire et d’autres peuples extérieurs. De plus, le fait d’être situé comme dernier lieu avant l’océan pour les migrations venant de l’est et zone de passage nord-sud accentue la porosité.

Il n’est pas besoin de faire de la généalogie ou de rappeler les statistiques indiquant qu’en moyenne tous les Français ont un grand-parent d’origine étrangère, pour comprendre que nous sommes un territoire d’immigration. Et pourtant, ce « miracle français » repose sur une appropriation culturelle et institutionnelle forte par l’ensemble du peuple. Notre « francitude » n’est pas molle ni honteuse (sauf à certains moments de l’histoire). Elle est spontanée et puissante, parfois plus vibrante d’ailleurs encore chez les Français de fraiche date.

Cela tient probablement à un attachement ancré à l’Etat. Cet Etat centralisateur sous Louis XIV, coercitif, est devenu la République pour toutes et tous. Contrairement à la tradition des Etats-Unis, profondément fédéraliste et se défiant de l’Etat (voir Thoreau), la France vit dans l’union autour de ses institutions centrales. C’est cette union qui permet de relier le morcellement culturel national. Pourtant, les écueils restent béants. Au-delà même des arrivés de fraiche date d’Afrique ou d’Asie et de leurs descendants, le climat, la géographie, les paysages, les mœurs, sont parfois extrêmement différents d’un lieu à un autre. Quand il faut prendre l’avion aux Etats-Unis pour appréhender la diversité du pays, il suffit parfois de marcher en France. Comparez Dunkerque et Ajaccio, Quimper et Colmar, Bayonne et Le Puy-en-Velay, la Creuse même et le Lot, Besançon et Dijon, la Corrèze et la Provence…

Et, partout, nous retrouvons ce que j’ai défini comme des identités imbriquées pour les parcours individuels et des histoires stratifiées pour les évolutions collectives, du local au national, du national au continental, du continental au global. Cela doit bien sûr avoir des conséquences sur notre boussole éducative, tant pour les questions d’histoire, de géographie, d’environnement, ou pour l’histoire du visuel ou celle des musiques. La pleine affirmation de ces richesses, dans tous leurs aspects (« cultures de tous »), permet d’opérer une vraie démocratisation culturelle (« cultures pour tous »). C’est le moment également, sur l’ensemble des aspects de la vie quotidienne, de faire un « tri rétro-futuro », de choisir ce qu’on conserve, ce qu’on abandonne, ce qu’on recycle, où il faut innover, ce qu’on pense durable ou pas…

La solution face à la crise est donc de jouer local-global, micro-macro. C’est parce qu’il y aura réveil des énergies locales que le pays exportera et échangera avec la planète. Il s’agit pour l’Etat de décentraliser à nouveau, mais aussi de ne pas perdre son rôle structurant : mettre en place des pôles d’excellence régionaux travaillant en réseau dans un maillage territorial (qui n’oublie pas l’outre-mer) ; organiser des plates-formes, des portails de visibilité régionaux et nationaux pour faire cesser l’invisibilité des milliers d’initiatives locales, souvent très pertinentes.

L’heure est ainsi à franchir un cap historique où la cohésion nationale se voit réaffirmée par une République qui défend la diversité, et permet de la diversifier encore à travers nos identités imbriquées. Le miracle français, celui d’un territoire aux 300 fromages, aux querelles de clochers ou qu’on veut embarquer dans des enjeux extérieurs comme le désolant conflit israëlo-palestinien, ce miracle est notre bien commun. Comme la Chine unit (parfois avec violence malheureusement) des peuples très variés, la France est un concentré de diversité. C’est une chance exceptionnelle dans le monde qui s’ébauche au XXIe siècle, avec des correspondances directes vers l’ensemble de la planète. Alors, ouvrons les yeux, cessons les débats stériles, libérons les énergies et protégeons ensemble notre formidable trésor commun, même si nous ne croyons pas aux miracles.

10 · 03 · 2012

Respirons ! Et, soudain, j'apprends la mort de Jean Giraud

Vous connaissez Chancel ? Non pas l'animateur culturel Roger Crampes qui hanta les étranges lucarnes et radioscopa les voix dans l'air du temps. Non, le dessinateur Jean-Louis Chancel, grand résistant pendant la Deuxième Guerre mondiale. Vous allez pouvoir le découvrir dans les mois à venir sur le site du Musée du Vivant grâce à une belle donation de la famille. 

Alors que nous avons aujourd'hui probablement la quatrième éclatante génération européenne (sans compter les Etats-Unis ou le Japon) de créateurs de bande dessinée, que les auteurs historiques (Moebius à juste titre, mais aussi Chris Ware, Tezuka ou Willem et Joos Swarte) sont célébrés en grands artistes qu'ils sont, le dessin de presse est un peu à la traine. Même Saul Steinberg est très oublié ou Gus Bofa. Dubout a bénéficié de l'action de Wolinski. J'ai, avec Christian Delporte, défendu Cabrol et Sennep.

Il est temps de REGARDER Chancel. Entre Hermann-Paul, Bofa, Forain et Grosz parfois, il a des fulgurances. Cela nous sort un peu de la campagne électorale, dont on aimerait raccourcir l'issue par peur des inepsies que les perdants putatifs risquent de nous inventer.

Poussons donc résolument à une éducation culturelle dans laquelle on puisse "apprendre à voir", découvrir des Chancel, ouvrir les yeux sur les medias, installer "Histoire et analyse du visuel" dans l'ensemble du système éducatif. Allez voir et soutenir l'Appel porté par de grandes organisations et des personnalités très variées sur ma page facebook : "L'éducation culturelle, une priorité citoyenne". C'est là une chance historique à saisir.

PS MOEBIUS  : Alors que je venais d'écrire cette chronique, j'apprends la mort de Jean Giraud/Moebius. Un paquebot s'engloutit. La semaine dernière, Schuiten à Bruxelles me le disait gravement malade. J'avais pourtant eu encore le bonheur de parler de façon décontractée avec lui de dessin dans les rues de Sienne en septembre dernier pour l'inauguration de l'exposition Manara. Heureusement, il avait connu un succès énorme à la Fondation Cartier. Que dire sur cet artiste majeur dans l'histoire des arts plastiques ?  Pratiquer une surenchère placide pour déciller le regard public et affirmer  calmement, sans hystérie, que nous perdons un Lautrec, un Hokusai, un Matisse, un Kertesz ou un Welles ? Qu'ajouter à ses derniers petits albums angoissés, à sa personnalité qui pouvait être cassante comme incroyablement disponible et simple (je me souviens avoir regardé avec lui un match de foot dans son pavillon de banlieue en 1998) ? Je pense à sa femme qui l'a beaucoup aidé. Je communie avec tous les artistes qui savent ce qu'ils lui doivent. Jean Giraud est un des leaders de la génération des auteurs de bande dessinée des années 1960 qui auront totalement sorti cette forme d'expression de la vision européenne d'un loisir futile pour enfants. Alain Resnais doit être triste.


27 · 02 · 2012

Notre vie, ce sont aussi les institutions

L'organisation de l'Etat semble indifférente. Pourtant,  sentant un formidable décalage entre le peuple et ses dirigeants, nos candidats (présidentielle 2012, France) proposent des réformes à la marge, de manière à sembler réformateurs et soucieux de démocratisation (référendums).

 Il est temps de proposer de vraies réformes structurelles d'ensemble. Pourquoi ignorer les questions de fond ? Pourquoi ne pas accompagner le basculement vers les sociétés des spectateurs-acteurs ?


L’avantage et l’inconvénient du choix démocratique est qu’il suppose l’évolution, les perfectionnements constants et l’esprit critique. Aucun système n’est parfait et tous, même excellents à un moment donné, ont tendance à se pervertir et se nécroser. Voilà ce qu’il en est de la cinquième République française. Nul étonnement alors à ce que chacun en appelle à des rafistolages divers de circonstance. Mais si nous repensions l’ensemble ?

Quel système constitutionnel ? Le système auquel finalement les Français semblent assez attachés, raillé souvent comme une sorte de monarchie constitutionnelle, est celui dirigé par un Président de la République révocable qui joue le rôle de stratège, d’arbitre, de recours, de porte-parole international. Le président fait le lien (comme tout l’Etat) du local au mondial. Sous sa direction, le Premier ministre développe la politique choisie, répond techniquement aux besoins de l’heure, fédère les énergies en réformant dans la concertation. Dans ce sens, l’aspect « chef d’équipe », celui qui permet la diversité des avis et des initiatives puis tranche, est probablement la version actuelle de ce que le Président doit être (et pas un « omni-président » qui devient forcément un « omni-incompétent »). Il s’agit de gérer efficacement l’usage des temps différents de l’impulsion, de la concertation et des débats, de la décision. Du respect des compétences et de la curiosité des points de vue. D’ailleurs, le général de Gaulle lui-même s’était entouré de personnalités fortes et variées (André Malraux, Léopold Sédar Senghor, Georges Pompidou…) dont il écoutait les avis. Un Président « normal » ?

Le pays a cependant aussi besoin d’une clarification de son fonctionnement à tous les étages, car chacun est en crise. Au niveau local, la commune ou l’intercommunalité doivent constituer des niveaux essentiels de décision de proximité (avec référendums d’initiative populaire qui profitent des nouvelles possibilités d’Internet). C’est au niveau local que se réveilleront les réflexes citoyens auxquels toutes les générations aspirent. C’est au niveau local que pourra s’opérer la conjugaison des générations contre le bourrage de crânes perpétuel de l’impuissance, ne créant que la rage, la frustration et le désespoir. Dans le dialogue local-global, le réveil du local est ainsi l’échelon fondamental, la première étape. Celui sur lequel chacune et chacun a prise, son univers « visible » directement.

Il est nécessaire aussi de consolider des régions fortes qui portent des pôles d’excellence en réseau avec une vraie pensée de l’aménagement du territoire. L’émiettement administratif français (cantons, conseils généraux…) est nocif car, non seulement il coûte mais affaiblit les régions. Quant à l’Etat central, il régule, coordonne (aménagement du territoire en pôles d’excellence répartis), impulse, aide à porter le local vers le continental et le mondial. Ce sont des réalités stratifiées.

Par le réveil du local, nous sortirons ainsi les citoyens du sentiment de dépossession de leur devenir. Nous pourrons valoriser les initiatives sans tomber dans le sentiment d’une invisibilité, d’une fracture générationnelle, d’une trahison des médias et d’un personnel politique totalement coupé des réalités quotidiennes de la population. A l’autre bout, il est nécessaire de renforcer la gouvernance continentale (ne serait-ce que pour la régulation des échanges) et d’organiser clairement une gouvernance mondiale quand les questions de circulations financières, de commerce, de changements climatiques, de pollutions, de migrations, de catastrophes, de disparition des énergies fossiles… dépassent les frontières. C’est aussi la question d’un comportement éthique planétaire minimal.

Mais revenons à la France. Notre République, pour plus d’efficacité, mériterait également quelques réformes de clarifications courageuses et pas seulement des bricolages à visée électorale. Osons des propositions. Comme le pensait Raymond Barre, l’élection d’un Président pour 7 ans non renouvelable permettrait de développer vraiment une politique et un programme, à condition d’allonger la durée de l’assemblée (pour éviter des cohabitations paralysantes). L’Assemblée nationale devrait devenir ce qu’elle annonce : une Assemblée de l’ensemble du peuple à la proportionnelle intégrale. Cela supprimerait l’aberration de courants de pensée très importants par le nombre de sympathisants (comme le Front national ou les écologistes) sans groupe parlementaire ou même sans député faute d’accords électoraux –déni démocratique. Le Sénat devrait, lui, au contraire, être élu au suffrage universel tous les 9 ans pour représenter les territoires. Nous aurions ainsi un bicamérisme clair et sûrement un renouvellement du personnel politique (avec l’interdiction du cumul et une limite d’âge à 75 ans).

Nous sentons bien le malaise actuel. Il résulte de deux sentiments profonds : l’impuissance et l’injustice. Par certains aspects, il est très spécifique à notre pays. Il est temps d’oser et de réveiller la France.

04 · 02 · 2012

SORTIR DE LA CRISE GRACE A L'EDUCATION ET A LA CULTURE !

Soutenez ce texte sur www.gervereau.com (contact), il est d'expression collective dans un contexte de débats utiles pour affirmer priorités et valeurs :


La crise est là, certes, nous le savons. L’argent public se raréfie. Le moral des Français est dans les chaussettes. Mais, quand nous regardons sur le terrain la somme des bonnes volontés, des énergies, de l’inventivité, des actes gratuits généreux, nous avons le sentiment de chances gâchées, d’un peuple dont on a tué l’espoir et l’énergie pour le jeter dans la résignation et la frustration. Pourtant, l’économie ne relève pas seulement de mesures techniques, elle dépend en grande partie aussi de psychologie sociale. Voilà pourquoi l’intuition de François Hollande sur l’envie du futur à redonner à la jeunesse est fondamentale pour contrer cette « fracture générationnelle » --que je dénonçais dès 2005-- en bâtissant une vraie conjugaison des générations.

Quoi faire alors pour l’éducation et la culture ?

Tout ne relève pas de dépenses supplémentaires mais d’objectifs clairs, de confiance à redonner aux professionnels (notamment par le respect des compétences), de valorisation médiatique de nos savants et de nos créateurs. Dans le domaine de l’éducation, il devient urgent de s’accorder sur ce que l’on pourrait appeler une « boussole éducative », qui est à donner dès le plus jeune âge, car c’est au primaire que les disparités sociales et individuelles peuvent être corrigées. Lire, écrire, compter, maîtriser des langues, certes, mais aussi savoir se situer dans l’espace (géographie et environnement), dans le temps (une histoire générale stratifiée sur la longue durée qui part du local pour parler du national, du continental et du planétaire). Parallèlement, à l’évidence, l’usage du corps (gymnastique, danse, théâtre) est essentiel.

Mais les enseignants baignent –ils le disent tous les jours-- dans le monde d’identités imbriquées de nos enfants, où ils se trouvent souvent démunis pour répondre à celles et ceux qui vivent dans des expressions culturelles mutantes. Il est donc urgent de leur donner des outils.

A cela, nous le voyons avec l’explosion médiatique, il faut donc ajouter une éducation culturelle, qui dépasse la seule éducation aux arts. En effet, les enfants, comme les adultes, sont désormais bombardés d’images de toutes les époques, de toutes les civilisations, sur tous les supports. Face à ce maelström incompréhensible, il devient fondamental d’apprendre des repères en histoire générale de la production visuelle humaine, qui donnent des renseignements temporels, géographiques et sur les supports. Cela se complète par des initiations aux pratiques culturelles : outils d’analyse, initiations à la création, familiarisations avec les créateurs et les lieux de diffusion culturelle. Dans ce cadre, il serait utile d’ailleurs de donner parallèlement des repères en histoire planétaire des formes musicales.

Nous pouvons comprendre que tout cela ne sera possible qu’avec un très fort décloisonnement entre éducation et culture. La déperdition d’énergies et d’argent est forte en effet quand les réalisations sont éclatées en autant d’institutions et de services. Ne constituons pas pour autant des monstres administratifs ingérables, mais il est vraiment temps de coordonner, de fédérer les activités pédagogiques des musées, les développements sur les médias du monde éducatif, les ressources des médias eux-mêmes, les outils de communication (télévisions et Internet), les ressources régionales en ligne, le monde de la recherche, l’appétit de savoir du grand public. Tout le monde a à y gagner et nous cesserons alors d’entendre, comme depuis vingt ans, des discours de bonnes intentions de ministres suivis d’initiatives croupions sans effet.

Cet effort pédagogique national pourra d’ailleurs s’exporter –et pas seulement dans le domaine francophone. Il renforcera parallèlement le rôle d’un ministère de la Culture, devenant un vrai ministère des Cultures, défendant clairement l’opéra comme la bande dessinée, opérant enfin la démocratisation culturelle par la perméabilité entre les genres, dans une conception qui pourrait se résumer ainsi : cultures de tous, cultures pour tous. Partant du local, sans avoir honte de la défense de pratiques traditionnelles, le ministère permettrait d’aider à valoriser et à structurer le territoire en pôles d’excellences régionaux (dans l’hexagone et pour l’outre-mer) et à les défendre au niveau international.

Les Etats-Unis ont compris depuis longtemps –voir leur hégémonie cinématographique depuis la Première Guerre mondiale-- que la défense et l’exportation des expressions culturelles (même très populaires comme le blues ou la country) servaient à tirer l’ensemble de l’économie en faisant image. A l’ère d’Internet, le phénomène s’est décuplé.

Voilà pourquoi il serait donc important de mettre en place une vraie boussole éducative –et de l’exporter. Voilà pourquoi il devient crucial qu’une structure interministérielle rassemble les institutions éducatives et culturelles pour lancer un grand plan d’éducation culturelle, donnant des repères aux jeunes et aux citoyennes et citoyens, en ouvrant des perspectives de recherche et de postes pour les étudiants. Voilà pourquoi il faut comprendre l’importance d’un ministère de la Culture (ou des Cultures), non pas élément coûteux et superfétatoire en temps de crise, mais vrai porteur des énergies locales vers le mondial (dans un système d’échanges), aide à structurer les territoires en pôles de référence, formidable outil de communication pour porter la créativité et le savoir national à travers Internet, les télévisions, et la dynamisation de médias indépendants indispensables non seulement à la liberté d’expression, mais à la diversité culturelle.

04 · 02 · 2012

Aider les colibris

Personnellement, j'ai toujours eu un peu de mal avec l'aspect gourou de Pierre Rabhi. Néanmoins, je suis les activités des colibris : info@colibris-lemouvement.org. Il faut bien reconnaître que les idées et les intentions de ces oiseaux ont l'air plutôt sympathiques. De plus, le fait d'agir ici et maintenant, dans le local, correspond véritablement à l'esprit de SEE, des socio-écologistes (voir le livre Le local-global. Changer soi pour changer la planète sur ce site dans la partie "idées, philo, politique"), comme d'ailleurs les combats des "anonymous" pour éviter la policiarisation et la commercialisation d'Internet (fausse défense de la création) sont sûrement utiles.

Refusons les conventions, la vie formatée, et allez tenter de voler un peu.

23 · 01 · 2012

Quel Président en France ? Quel programme ?

 [élection présidentielle française 2012]

Face à l’hyperactivisme de Nicolas Sarkozy, cumulant les fonctions de Président et de Premier ministre, François Hollande a dû se justifer (notamment lors du discours du Bourget) sur l’autorité de sa personne-même et son programme. Voyons les deux aspects et réfléchissons à ce que pourrait être la fonction présidentielle.

D’abord, le programme. Après des programmes précis non respectés, la classe politique dans son ensemble s’est « bayrouisée ». Elle a compris d’une part que les Français ne croyaient plus dans l’annonce de mesures destinées à faire plaisir à chaque catégorie sociale et d’autre part que la moindre mesure précise annoncée faisait immédiatement le miel des cellules de riposte. Alors, nous assistons à une campagne cache-cache, une campagne de slogans généraux dont François Bayrou est le champion incontesté. Les seuls –Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon—qui ont besoin d’annoncer des mesures-phares pour trancher et marquer la rupture se font rattraper sur le terrain de la crédibilité.

Nous risquons ainsi de ne pas avoir une campagne de catalogues programatiques mais une campagne d’intentions, de signes : au Bourget, François Hollande a donné des signes pour rassembler la gauche ; puis, à la Maison des Métallos, il a voulu démontrer sa crédibilité budgétaire. A la décharge des candidats, le jeu de masques devient nécessaire également car la conjoncture étant mauvaise, les promesses peuvent devenir des sacrifices et les prévisions être dangereuses dans un brouillard international où le pragmatisme comptera. A cet égard, François Hollande a choisi sagement un « phasage » dans l’action, entre l’immédiat et les objectifs.

Il n’empêche que la gauche a aussi intérêt à affirmer clairement des principes : la justice, la proximité, la durabilité. Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus d’argent que les réformes ne sont pas nécessaires –au contraire--, à la fois dans les comportements et dans le fonctionnement d’un pays désemparé et déprimé. La justice est indispensable et le parti socialiste remet heureusement ce thème en avant, en particulier en luttant contre les dysfonctionnements de la financiarisation et les prévarications. Elle seule peut rendre les sacrifices acceptables. C’est le moteur de la refonte du lien social : assainir et innover.

Ensuite, la proximité consiste à revivifier le niveau local. Petit à petit, tous les partis s’aperçoivent qu’il s’agit à la fois du niveau abandonné, abandonné économiquement et démocratiquement. Le mettre en valeur avec son tissu économique (productions de proximité, réseau de PME), l’accompagner par une nouvelle décentralisation, stimule la démocratie locale et l’action de consommateurs-citoyens et de spectateurs-acteurs qui nous sortent de la société du spectacle pour entrer dans les sociétés des spectateurs-acteurs en réseau. Voilà le niveau où la citoyenne et le citoyen ont une grande marge de manœuvre : leur univers directement visible. Voilà ce que l’Etat devra porter : mettre en place des plates-formes intermédiaires de valorisation. Le local doit en effet être porté vers le global dans des bouquets d’échanges.

Enfin la durabilité réside dans le fait d’avoir une pleine conscience de la planète relative et interdépendante dans laquelle nous sommes. Inutile de continuer à mentir et à nous leurrer sur des frontières de papier. La planète est interdépendante car les catastrophes ignorent les barrières, comme les propagations de pollutions aériennes, terrestres ou maritimes. De plus, les destructions sont physiques (énergies fossiles), mais aussi économiques (avec migrations de populations) et culturelles (acculturations généralisées et fulgurantes). Parce que les plus pauvres sont les plus touchés par les pollutions, la déculturation ou la malbouffe, il est donc urgent de réorganiser l’économie avec des objectifs de durabilité et d’efficacité grâce à des entreprises éthiques dans leur comportement, leur fonctionnement interne et leur rapport aux fournisseurs et aux consommateurs. L’injustice économique actuelle est une maladie de l’organisation économique, pas du marché.

La planète est relative aussi parce qu’il nous faut accepter --à l’heure des masses déprimées de consommateurs addictifs robotisés chez nous-- l’absence d’un « progrès » uniforme et d’un modèle unique de vie. La pluralité de comportements est une valeur universelle, permettant de choisir et de changer dans le respect de tous les groupes humains. Le parti socialiste doit là décoloniser sa pensée : l’image dix-neuvièmiste d’un progrès uniforme pour le monde entier, fondé sur l’accumulation de biens industriels et de technologies partout semblables est un leurre néfaste. Cela est compréhensible pour la grande majorité de notre population déclassée, vivant difficilement et angoissée par le décrochage social. On ne veut pas vivre partout de la même manière et chacun se situe, non seulement dans un rapport local-global mais dans des choix rétros-futuros. Le mouvement n’est pas le « progrès », mais des évolutions, des progressions, des choix. Le second tour de l’élection permettra peut-être d’avancer sur ce front du pluralisme, des sociétés ouvertes.

Voilà pour la question du programme. Venons-en à la personnalité de celui ou celle que nous voudrions pour diriger le pays. L’hyperprésidentialisme a clairement montré ses limites. Nicolas Sarkozy en fait s’est autodétruit médiatiquement à force de se surexposer dans une geste réactive. Il est probablement le plus mauvais communicant de la Ve République --là-même où il pensait exceller. Celui qui parle tous les jours au gré d’une actualité allant d’un accord franco-allemand à une jeune fille violée, se contredit en effet inévitablement, apparaît comme totalement illisible et ne peut résoudre tous les maux, donc ment factuellement. Au temps de la mémoire vidéo en boucle sur les télévisions et Internet, l’exercice est assassin. Même si nous omettons ses fautes de communication graves du début de mandat (Fouquet’s, yacht, hausse de son salaire…), en faisant un « président enrichi et président des riches », il a délivré des messages brouillés (le Grenelle de l’environnement puis « L’environnement, ça suffit ! »). Sa seule solution est donc à nouveau celle de la rupture : affirmer qu’il s’est trompé sur différents points et qu’il veut entamer une présidence nouvelle avec un nouveau Premier ministre (Juppé ? Borloo ?...) jouant pleinement son rôle pour reconstruire la France et la réformer dans la concertation.

Cette élection marque ainsi sûrement la fin du Président-omnipotent, inquiétante figure autoritariste sans autorité. Mais, en face, François Hollande est-il un futur Président qui se cache, une personnalité faible, un Président « mou du genou » ? Il a compris –reconnaissons-lui ce mérite—plusieurs choses. D’abord, l'importance de la "fracture générationnelle" que j'analysais dès 2005 (dans Bas les pattes sur l'avenir ! chez Sens & Tonka) et cette incroyable privation de perspectives pour les jeunes, comme d'ailleurs pour toute une partie de la population active. Mais fera-t-il émerger des têtes nouvelles et comprendra-t-il les enjeux du futur ? Ensuite, en temps de crise, les excès de la « peoplisation », comme lors de la pré-campagne de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal en 2006, deviennent insupportables. Les peuples veulent des personnalités solides, honnêtes, claires dans la ligne définie.

Dans quel système constitutionnel ? Le système auquel finalement les Français sont assez attachés, avec un Président de la République qui joue le rôle de stratège, d’arbitre, de recours, de porte-parole international. C’est lui qui doit faire le lien (comme tout l’Etat) du local au mondial. Sous sa direction, le Premier ministre développe la politique choisie, répond techniquement aux besoins de l’heure, fédère les énergies en réformant dans la concertation. Dans ce sens, l’aspect « chef d’équipe » de François Hollande, celui qui permet la diversité des avis et des initiatives puis tranche, est probablement une version plus actuelle de ce que le Président doit être. Ce n’est pas une preuve de faiblesse mais l’usage des temps différents de l’impulsion, de la concertation et des débats, de la décision. Du respect des compétences et de la curiosité des points de vue. D’ailleurs, le général de Gaulle lui-même s’était entouré de personnalités fortes et variées (André Malraux, Léopold Sédar Senghor, Georges Pompidou…) dont il écoutait les avis. Un Président « normal » ?

Le pays a cependant aussi besoin d’une clarification de son fonctionnement à tous les étages, car chacun est en crise. Au niveau local, la commune ou l’intercommunalité doivent constituer des niveaux essentiels de décision de proximité (avec référendums d’initiative populaire). Il est nécessaire aussi de consolider des régions fortes qui portent des pôles d’excellence en réseau avec une vraie pensée de l’aménagement du territoire. Quant à l’Etat central, il régule, impulse, aide à porter le local vers le continental et le mondial. Réalités stratifiées.

Notre République, pour plus d’efficacité, mériterait également quelques réformes constitutionnelles de clarification courageuses. Comme le pensait Raymond Barre, l’élection d’un Président pour 7 ans non renouvelable permettrait de développer vraiment une politique et un programme, à condition d’allonger la durée de l’assemblée (pour éviter des cohabitations paralysantes). L’Assemblée nationale devrait devenir ce qu’elle annonce : une Assemblée de l’ensemble du peuple à la proportionnelle intégrale. Cela supprimerait l’aberration de courants de pensée très importants par le nombre de sympathisants (comme le Front national ou les écologistes) sans groupe parlementaire ou même sans député faute d’accords électoraux –déni démocratique. Le Sénat devrait, lui, au contraire, être élu au suffrage universel tous les 9 ans pour représenter les territoires. Nous aurions ainsi un bicamérisme clair et sûrement un renouvellement du personnel politique (avec l’interdiction du cumul et une limite d’âge à 75 ans).

Voilà des chantiers essentiels dans un pays à revivifier et qui a besoin de retrouver confiance en lui-même pour se servir des formidables énergies locales et à nouveau porter des messages dans le monde. Pour cela, nous n’avons sûrement pas l’utilité d’un président suractif et illisible mais d’un chef d’équipe qui développe une stratégie et valorise les forces du pays.

[post-scriptum pour mes amies et amis libertaires : même si nous connaissons les limites de l'action publique représentative --ce qui doit d'autant plus inciter à prendre en mains son quotidien directement--, je ne crois pas à l'équivalence des dirigeants, après avoir directement vécu le marasme général de l'ère Sarkozy en France]


08 · 01 · 2012

Michel Onfray, si proche, si loin

Image : un petit clin d'oeil aux Monsters de Motomichi Nakamura.

Michel Onfray me pose problème car nous sommes dans la même famille de pensée, tout en étant très différents par la biographie et les idées. A l'heure où il sort son livre sur Albert Camus, quelques réflexions.

1. Rien n'est plus énervant que l'émiettement groupusculaire. Je l'ai détesté depuis le début des années 1970 et cela explique d'ailleurs mon absence de carte dans aucun parti depuis cette époque. SEE, dont je m'occupe, est un groupe de réflexion, en aucun cas un parti ni une secte. Je hais les gourous. Voilà pourquoi, il faut se réjouir que Michel Onfray se réclame du mouvement libertaire, un mouvement libertaire conduit à rénover nos pratiques sociales avec des organisations coopératives, mutualistes et fédéralistes, trop mises entre parenthèses depuis le XIXe siècle et qui sont susceptibles de dynamiser le XXIe siècle, avec les démarches éthiques (ce que j'ai montré dans le film A travers les utopies)..

Sur la  base du refus ferme du terrorisme --qui a fait tant de mal à l'anarchisme, en renforçant toujours la répression policière-- et du parallèle "anarchie = foutoir" avec absence totale de règles sociales --ce qui n'est pas viable sauf isolement autarcique de micro-structures--, chacune et chacun a cependant sa propre vision et ses propres choix d'un comportement libertaire. Autant d'individus, autant de courants. Néanmoins, quelques orientations générales peuvent rassembler tout le monde et permettre de "diversifier la diversité".

Voilà pourquoi il faut se réjouir du développement des idées libertaires et détester les jalousies de chapelles. Ces idées seules d'ailleurs peuvent régénérer le courant socialiste pour agir sur l'un des objectifs essentiels aujourd'hui : la justice.

2. En tant que personne, je ne connais pas Michel Onfray. Nous avons juste fugacement correspondu par mail. Nos profil sont très différents. Il a choisi une part "visible", alors que j'ai oeuvré dans une grande part "invisible". Même si je ne me reconnais pas dans son assurance professorale affichée, j'ai de l'admiration pour son université populaire, de la sympathie pour ses expérimentations gustatives et son hédonisme, et suis touché par son activisme (cette incroyable production angoissée, cette course contre le temps). Même si j'aurais plutôt critiqué la religion psychanalyste inopérante et lucrative des actuels descendants de Freud que la biographie de ce dernier (expérimental et ayant des pressentiments fulgurants), même si j'apprécie aussi Sartre avec ses excès sans nier ses rivalités et ses intolérances avec Camus, Onfray se retrouve trop souvent en position de devoir "vendre" ses thèses dans un monde médiatique où la subtilité ne paie pas.

Il a le courage d'ouvrir des pistes, d'écrire clair pour tous.

3. Deux choses de fond me séparent de lui. A plusieurs reprises, il s'est rapproché de l'extrême-gauche, de l'étatisme, d'une tradition autoritaire, qui me font frémir. J'ai très peur des relents nationalistes de l'antimondialisation et des tendances bureaucratiques autoritaires de la défense d'un Etat non renouvelé et qui n'a pas de comptes à rendre sur son efficacité et la justice de son fonctionnement. Face à ces dangers, c'est toute l'organisation locale-globale qu'il faut repenser, en démarrant par la base : la reprise en mains du vivre-en-commun de notre univers directement visible par chacune et chacun. Passer de la société de consommation passive et addictive aux consommateurs-citoyens et de la société du spectacle aux sociétés des spectateurs-acteurs.

La seconde chose est la philosophie de la relativité. Au temps des périls climatiques, des catastrophes sans frontières, des migrations économiques, des pollutions planétaires, de la malbouffe pour les plus pauvres, de l'acculturation exponentielle, le big-bang de l'écologie matérielle et culturelle impose de repenser tous les fonctionnements locaux et globaux. La pensée occidentale n'est pas un progrès et n'est pas supérieure aux autres conceptions du monde. Il faut s'inspirer de tout et de tous, et expérimenter, bouger.

Non, nous ne voulons pas vivre dans les Alpes comme à Rouen  ou à Ouagadougou et nous n'y pratiquerons pas la même agriculture. Voilà les grands enjeux d'aujourd'hui. Ils sont ceux à la fois d'une reprise en mains de l'hyper-local avec nos identités imbriquées et nos histoires stratifiées et d'une pensée de la diversité globale fondée sur le refus de l'uniformisation moyenne, de la normalisation, du grand hôpital planétaire pour le "bien" commun. Les Massaï comme les Inuit ont le droit de continuer à chasser. Entre préserver, retrouver, innover, s'opèrent les choix rétro-futuros évolutifs.

Voilà qui nous ouvre à notre planète en transformations.

4. A ces différences près, je crois qu'il est important, dans une époque de tant d'incurie et de manque d'imagination (le banquier Attali, d'une prétention  abyssale, donnant des leçons de rafistolage d'un système injuste), d'exprimer sa sympathie et son respect pour des personnes comme Michel Onfray qui sont sur des routes parallèles. Nous allons dans le même sens. Salut donc Onfray !

 P.S. Grâce à l'article de Philippe Dagen dans Le Monde, je suis allé au Musée archéologique de Guiry-en-Vexin : quelle étrangeté et quelle poésie que ces bas-reliefs soviétiques  de  l'exposition internationale de 1937 brisés, retrouvés en 2004, reconstitués à côté de statues gallo-romaines et de tombes...

03 · 01 · 2012

Réveillons 2012

Pour démarrer une année qui doit bouger, mon nez en plein vent à l'île de Molène, une île sans impôts, sans voiture et sans police, vivant à l'heure solaire ! NOUVEAU à la suite de vos demandes : vous pouvez devenir membre gratuitement du SEE-socioecolo Network en nous écrivant sur "contact" (prénom et nom, ville et pays, email, et vous recevrez la newsletter)


« Ce qui n’est pas vécu, est toujours une surprise », bonne ou mauvaise d’ailleurs, disent les Yaos de la forêt nord-laotienne. Et nous voici face à une année 2012 qui nous fait frémir par avance. Les prévisionnistes –souvent des statisticiens, continuateurs de tendances—nous annoncent du sang et des larmes sans espoir. Nous serons sûrement surpris donc. Mais dans quel sens ?

Il peut être très négatif si nous continuons à écouter ce mot « crise » asséné depuis 1973. En effet, les seules solutions proposées sont le retour à un nationalisme protectionniste d’un côté --qui n’a plus de sens à l’heure où les périls écologiques et les migrations liées à des événements géopolitiques mondiaux obligent à mettre en place des gouvernances planétaires-- et de l’autre, l’acceptation passive d’une mondialisation productrice d’injustices, de déculturations et de destructions du capital énergétique et vivant planétaire. Comment croire à de telles solutions ? Et ce n’est pas le communisme d’Etat qui peut prétendre à être une solution alternative : tous les gouvernements autoritaires, laïques ou religieux, apparaissent, partout dans le monde (et singulièrement dans les pays musulmans aujourd’hui), comme inacceptables au temps des identités imbriquées et des individus en réseaux.

Alors ? Alors, si, en France, l’offre persiste à consister dans ce choix stérile entre nationalisme et mondialisation aveugle, nous allons dans le mur et creusons le sillon du simplisme comme ce nationalisme (à la hongroise) habillé en gaullisme social prôné par Marine Le Pen --oubliant par ailleurs que le général de Gaulle fut un décolonisateur et un constructeur de l’Europe. Le malaise est si grand et la part « invisible » de la population française sans perspective, « ramant » au quotidien, si importante, que tout regard illusoire vers un passé mythifié semble protecteur : Marine apôtre des Sixties (ce qui est un paradoxe au regard de l’histoire de son courant de pensée). Elle joue avec habileté sur le local, celles et ceux à qui on ne parle plus, sur ces micro-réalités diversifiées qui font le vivre-en-commun, et sur la rupture consommée avec les puissants. Elle défend les savoir-faire et la préservation des traditions.

Voilà pourquoi il est temps d’ouvrir d’autres perspectives politiques, en tenant un discours de vérité et d’espoir, car les crises peuvent servir à s’écrouler dans la passivité ou justement à se réorganiser profondément suivant des règles acceptables et compréhensibles par toutes et tous. Regardons alors quelles sont les perspectives d’avenir pouvant être apportées par chacune des grandes familles politiques françaises.

Le meilleur de la droite n’est pas son conservatisme ni un nationalisme qui a produit 200 ans de guerres. Le meilleur de la droite est de ne pas oublier le passé, tous les passés, dans des histoires stratifiées sur la longue durée qui vont du local au global. Sans aucun esprit de « paradis perdu » qui n’a jamais existé, ni de flagellation rétrospective perpétuelle incompréhensible pour les générations actuelles. Le meilleur de la droite est aussi sa défense des traditions (même culinaires), mais dans une perspective de transformation. Voilà pourquoi la dimension locale-globale est essentielle (descendre les décisions au plus près des citoyens, diversifier les solutions) et que l’Etat aide à organiser, réguler, pour porter vers le global. Nous ne voulons pas vivre à Guéret comme à Bordeaux. Nous ne cultiverons jamais en Beauce comme dans les Alpes. Nous sommes attachés à la langue bretonne et au kouign-amann comme à Montmartre, sa commune libre et son vin. Tout cela se fait dans un esprit de tri rétro-futuro : ce qu’on veut garder, ce qu’on veut changer, ce qu’on veut retrouver, ce qu’on veut inventer.

Du côté du centre, il existe deux tendances : libérale et démocrate chrétienne. Le libéralisme --même s’il est devenu dans l’esprit français une caricature financière inacceptable-- a eu dans l’histoire internationale des vertus indiscutables : l’affirmation de la nécessité du marché et de la concurrence a stimulé fortement l’innovation (associée trop facilement au « progrès ») et stimulé les initiatives ; des formes de gouvernements ouverts aux débats démocratiques et un formidable développement des médias (de la presse jusqu’à Internet). Ses théoriciens considèrent d’ailleurs que l’accumulation de l’argent par quelques-uns, l’héritage des entreprises et les monopoles sont néfastes à la bonne marche économique. De son côté, la démocratie chrétienne, telle qu’elle s’est développée après la Deuxième Guerre mondiale, a favorisé la réconciliation des peuples à travers l’Europe, l’antiracisme, la tolérance entre les religions. Message fort.

Il faut donc pousser les atouts de ces idées libérales en développant des micro-marchés, en panachant les préférences locales et des productions mondialisées, en reprenant conscience de l’importance des petites et moyennes entreprises, de tous ce micro-tissu économique (la disparition du dernier pêcheur à l’île de Molène serait un non-sens), en innovant par des organisations coopératives, mutualistes, en créant des labels d’entreprises éthiques et éco-responsables, en demandant des comptes à des administrations efficaces… C’est par le bas que l’économie peut être relancée alors que les connaissances et les énergies sont là. C’est par le bas que s’organisera la mobilisation sociale de chacune et chacun dans les emplois concurrentiels ou d’utilité collective.

Parallèlement, il est temps de défendre au niveau mondial un pacte moral commun (notamment en redonnant une prééminence aux choix politiques sur l’économique), une police planétaire qui puisse permettre de supprimer les armées, un code de conduite écologique évolutif. La voix de la France doit être une des voix du réveil d’un devenir collectif global dans une vraie vision philosophique de la relativité. Cesser de tirer des leçons à posteriori de l’histoire pour avancer vers une vision pluraliste du monde : un monde de tolérance avec des religions et des conceptions de la vie différentes, des modes de vie variés, un monde où le Berlinois n’est pas supérieur ou plus « avancé » que le Wayana, un monde où chacun choisit et évolue.

Quant aux socialistes, qui ont l’air aujourd’hui tétanisés, entre un complexe gestionnaire, des errements affairistes et une allergie à l’écologie ? A ces leçons de proximité et d’organisation globale, ils doivent ajouter leur cœur de métier : la justice. Elle passe d’abord par l’œuvre éducative à travers la vie, en renforçant la « boussole éducative » délivrée au primaire, qui est le fondement de l’égalité des chances et aussi la possibilité d’évoluer dans ses connaissances tout au long de la vie. La justice passe aussi par une réforme de la fiscalité urgente pour arrêter les passe-droits et les inégalités flagrantes, pour réduire aussi les disparités par le patrimoine encore plus injustes que celles des salaires. La justice suppose également d’exercer une pression pour mieux assurer le fonctionnement d’entreprises et d’administrations éthiques dans leur organisation, leurs services, leurs conditions de travail, la répartition des rémunérations, leurs produits. La justice demande parallèlement de stimuler les énergies et de reconnaître l’importance de tout un tissu associatif de bénévoles qui forme une passerelle nécessaire entre les générations et une formidable plus-value non-financière. Il est temps en effet de passer de la consommation passive aux consommateurs-citoyens et de la société du spectacle aux sociétés des spectateurs-acteurs. C’est enfin à un big-bang culturel qu’il est urgent d’appeler pour défendre la diversité des médias, développer des structures intermédiaires de valorisation, permettre des choix directs des citoyens à côté de ceux de jurys professionnels.

Il est temps enfin que les socialistes réalisent leur Bad Godesberg écologiste. La défense de la justice ne peut se réaliser que dans la défense de la durabilité. L’écologie –disons-le une bonne fois pour toutes—n’est pas une question pour bobos qui ma ngent des germes de soja. L’écologie est la grande question planétaire : les ouragans, les sécheresses, les pollutions massives des mers, des terres et de l’air, la malbouffe, l’acculturation galopante (en 2 ans, 2000 ans de traditions peuvent voler en éclats), tout cela touche avant tout les plus pauvres. L’écologie est donc une question de survie commune et de justice. C’est en plus, si on sort des visions sectaires, le moyen de repenser beaucoup de façons de se comporter, d’apporter des solutions variées, de choisir individuellement, d’expérimenter. Le monde paysan ne peut que se rapprocher des écologistes pragmatiques, et les écologistes doivent tolérer les partisans d’une chasse ou d’une pêche raisonnée. La production n’est pas antinomique d’expérimentations nouvelles et de durabilité, au contraire voilà la source d’innovations nombreuses.

Alors, si nous regardons 2012 avec ces perspectives positives apportées par tous les courants de pensée, et si un candidat les prend en compte et les porte avec sincérité et honnêteté, la population ne lui fera pas grief de n’avoir pas tout réussi, mais le pays aura des buts, un cap, des idées, des objectifs. Ce sera la bonne surprise Yao. La France, pour l’instant, court, folle et désespérée, comme un poulet décapité. Il est temps de reparler à chacune et à chacun. De cette manière, nous reparlerons au monde d’une voix cohérente, respectée et crédible. Cessons de subir et de gâcher nos énergies.

A signaler, la sortie de l'article " Coincés entre nationalisme et mondialisation" sur le site globalmagazine.info, rubrique "jus de crâne" : http://www.globalmagazine.info/article/171/96/Coinces-entre-nationalisme-et-mondialisation