18 · 12 · 2008

Salon des Indépendants 2008

Le Grand Palais a un petit air rétro. Le Salon des Indépendants vient d'y rouvrir. Souvenez-vous, vous passiez en revue des centaines de croûtes, à n'y plus pouvoir repérer un Vermeer, même pour l'oeil le plus exercé. Pataphysique en diable : du n'importe quoi, le confusionisme abouti. Eh bien, c'est pareil aujourd'hui, en version projections, pour faire mode et beaucoup plus cher. Notre nouvel artiste officiel n'est plus Yves Brayer mais Alain Fleischer, créateur d'Etat subventionné à vie, comme certains théâtreux.

Je propose le retour de Staline pour parfaire le décor.

Furieusement Fifties !

17 · 12 · 2008

Economie-croyance et drôle-de-paix

Je reviens (-17) du Canada et rapporte l'urne funéraire de René Dumont, avec des archives précieuses. Ce retour des cendres (sans cendres, déjà dispersées) fut, au matin glauque à Roissy, assez différent de celui réservé à Napoléon. L'époque est à la panique. Et pourtant.

Chaque jour apporte des chiffres irréels, tandis que les uns et les autres courbent la tête en attendant que la mitraille redescende, fauche les masses. Drôle de paix. L'économie est décidément une croyance. Croyance, par psychologie collective, dans un fonctionnement qui n'est qu'un choix convenu. Croyance dans son caractère inéluctable.

Le retour non seulement au local mais à l'individuel montrera que chacun peut peser sur le cours global, comme pour l'information. La confiscation par quelques-uns du destin de milliards d'individus n'est qu'une acceptation par ces milliards d'individus de ce diktat. Cela dessine une organisation qui refuse certes l'accumulation injuste et inefficace de l'argent (sans aucun sens et menant de plus à des périls écologiques), mais aussi le retour des vieilles conceptions étatiques et bureaucratiques. Nous n'en sortirons pas par plus d'Etat, mais par plus d'initiatives locales fédérées.

A chacun de reprendre en mains son destin à portée de vue, pour parler au monde. Une ère micro-macro s'ouvre.

03 · 12 · 2008

Nouvel économiste

A la demande générale, l'analyse parue dans Le Nouvel économiste du 30 octobre 2008, ou comment la crise financière pousse à oser publier des pensées différentes :

Pendant des siècles, des croyances successives ont voulu figer l’humanité dans un système clos, arrêté, prosélyte. Pourtant, nos sociétés sont hybrides. Les identités de chacun sont imbriquées. Il importe d’en tirer les conséquences en entrant dans une philosophie de la relativité, c’est-à-dire en concevant un devenir commun à cette planète, mais avec une infinité de modes de vie et de pensées : écologie culturelle. Cela signe le retour du local, des individus en réseau, fédérés, du global-éclaté, du politique au sens du choix de vie, et des savoirs.

 

 

 

La nouvelle organisation planétaire peut résulter de deux mouvements en apparence opposés : des périls obligeant à une gouvernance commune, à un pacte terrien évolutif ; le retour vers le local, les micro-marchés. Voilà bien d’ailleurs la dimension inédite d’Internet : surgissement d’un forum planétaire et mise en évidence de l’hyper-local pour tous. Cela signe la crise des intermédiaires avec une mise en cause des systèmes d’information, incitant non seulement à des échanges équitables mais aussi à des éthiques d’entreprises.

 

 

 

Alors, contre la double erreur d’une vision standardisée de l’économie globale pour toute la planète dans une hyper-consommation suicidaire et celle de la décroissance, il existe une autre vision pragmatique : des croissances diversifiées pour des modes de vie variés. Voulons-nous vivre à Paris, comme à Rambouillet, à Sidney comme à Dakar ? Pour réinventer le futur, la diversité devient un concept à inventer.

 

 

 

24 · 11 · 2008

réalité de la fiction

Nulle part ailleurs dans Paris humide. Au coin de la bibliothèque de l'Arsenal, lumière noire derrière les travaux, et une affichette pour Gaston Leroux. Mais c'est plus loin qu'il faut montrer chandelle blanche pour monter les escaliers d'une messe sombre. Quelques repris de littérature viennent toucher les pièces du mythe. Une fugitive exposition Lautréamont. Tout doit disparaître à minuit comme Cendrillon. Les Lefrère reçoivent. Jean-Jacques a réussit l'exploit de concevoir un album illustré (chez Flammarion) sur l'auteur le plus fugitif, caché, de la littérature : Isidore Ducasse. Sous le signe de Leroux. Trace après trace.

L'envers de notre temps : des petits signaux pour une oeuvre totale. Au temps des biographies surexposées pour des pensées minimales, voilà un joli guide. Nous, très particuliers, recommençons à penser général. Occupons-nous des affaires du monde. 

19 · 11 · 2008

la confusion des sentiments

Tout s'entrechoque. Pire que Castaneda en vol plané mycologique. Pellaert, encore un disparu anonyme. Discret, modeste, gentil (très gros défaut en France), pour un art du kitsch, de l'excès. Je le mettais en valeur dans Les Sixties en 1996. Il était surpris. Forest aussi : des originaux de leurs dessins dans un musée... Des couvertures de leurs albums en images génériques à admirer, avec Losfeld : Pravda, Barbarella, Jodelle.

D'une façon générale, il doit exister un masochisme inavoué à rester en France. Ce pays humilie, rabaisse, occulte systématiquement ses individualités brillantes, par conservatisme mandarinal ancré, esprit cire-bottes/pas de vagues, poigne de fer de petits potentats médiocres. Seuls le gâtisme ou la mort permettent de transfigurer le végétal désespéré en héros posthume. Certes, trop d'honneurs pourrit, mais trop d'ingratitude systématique use. Pays d'esprits sénescents.

Sinon, pour parler de plus intéressant que cet aveuglement général, le bonheur de découvrir Aline Kominsky Crumb, qui n'est pas juste Madame Crumb. Son livre Need more love. A Graphic Memoir est épatant, comme disait Renoir dans La Règle du jeu, mêlant textes, dessins, photos. Trouvable chez BD Spirit (69 rue Labat, 75018 Paris). Faut connaitre. C'est fait.

16 · 11 · 2008

Caradec passe

En 1956, je naissais et François Caradec publiait une biographie du père de la bande dessinée française : Christophe, préfacée par Raymond Queneau. Comme Noël Arnaud, son ami, François Caradec a toujours eu un goût sûr. C'était quelqu'un, au parcours sans compromission, l'exact envers des pipoles d'aujourd'hui. La télévision l'aura totalement oublié, alors qu'il aurait pu nous conduire musarder chez tant de personnages atypiques. Voilà vraiment le signe de l'échec patent de ce medium. Heureusement, la radio avait un peu ouvert ses micros.

Homme complet, Caradec n'est nullement un génie ombrageux ni un savant obsessionnel. Il est et restera pour ses proches celui qui a su choisir à toutes époques, dans une droite ligne à côté des chemins convenus. Pour moi, et pour longtemps, celui qui vint à la maison avec la merveilleuse Caroline et les Lefrère, pour se réchauffer autour d'un vieux whisky sur la butte, après avoir traversé tout Paris depuis Montsouris. Celui qui déboulait au Musée d'histoire contemporaine, enlevé par Noël et sa bouffarde, après quelques agapes et avant d'autres (et des nuits joyeuses). Caradec me parla aussi longuement chez lui des débuts du Collège de 'Pataphysique et de la pissotière en bas de son immeuble, fleurie et pleurée après son enlèvement.

Je ne pisserai plus sans penser à ce Monsieur occulté.

Post scriptum : un immense gag posthume involontaire, et qui en dit long, du journal Libération illustrant la nécrologie de Caradec par une photo de Noël Arnaud, créditée sur le côté du nom du photographe ayant pris le cliché de Caradec (Noël Arnaud). Tous deux auraient hurlé de rire de cette preuve ultime de l'inculture et de la crétinerie ambiantes. Ce ne serait certes pas arrivé à la nécro de Paris Hilton. Tout est dit.

11 · 11 · 2008

Violence, piège absolu

L'envers du décor. Ouarzazate, studios en plein désert. Jean-Christophe Rufin (qui a participé au Dictionnaire mondial des images) a réfléchi au péril humanitaire, à son instrumentalisation politique. La médecine est en effet à l'origine de la déstabilisation d'un continent entier par explosion démographique : l'Afrique. Il faut donc sûrement corriger. Mais sans intégrisme vert (montré avec Le Parfum d'Adam). Nous avons débattu de tout cela sans fard au Musée international de la Croix rouge à Genève, la semaine dernière (ce fut passionnant). Aujourd'hui, dans l'évolution générale, des économies diversifiées, des micro-marchés, des développements adaptés et le droit à l'isolement doivent préserver et varier nos singularités. Sans néo-colonialisme de la pensée ni violence, qui sert toujours les mêmes.

Dans les sociétés européennes aussi, la violence est un piège récurrent. Depuis le XIXe siècle, les anarchistes ont payé très cher leur romantisme de l'action directe. Comme le pensait Debord, le terrorisme sert toutes les répressions. Quand les libertaires sauront-ils oublier Ravachol ou Mesrine, Bonnot ou Baader ? La lutte des idées et la transformation de la vie n'autorisent jamais de prendre les armes de l'adversaire. Pour combattre ton ennemi, ne le copie pas.

Il reste tant à faire, tant à imaginer pour préserver et transformer ce monde par d'autres voies, que la bêtise --s'il ne s'agit pas d'un montage opportun-- de quelques "anarchistes", "ultra-gauchistes", répugne de connerie stratégique patente. Je me souviendrai toujours de ma rencontre avec Nelson Mandela et de l'incroyable révolution pacifique alors en cours dans son pays. Regarder ailleurs.

06 · 11 · 2008

Obama, homme planétaire

Rabat, lever du jour sur les paraboles. Je reviens d'un tournage sur le Moyen Atlas, le Haut Atlas, jusqu'au désert, en régions berbères. Levé à 4h (5h à Paris), je suis la victoire large d'Obama. Large et Obama, deux paris gagnés facilement. J'écris une analyse sur les symboliques de ce nouvel homme planétaire, justement relatif et qui sait qu'il ne pourra pas tout faire mais décide de mobiliser pour réinventer le futur. Intelligent, brillant : enfin un signal contre la bêtise repue des ignares pipoles ?

En tout cas, au temps d'Internet, l'action individuelle bouge le paysage global. Les Chleuhs sont sur panneaux solaires et paraboles, en haut des montagnes, battus par la neige. Obama sourit et a peur. Saura-t-il parer à l'immédiat en tirant vers la novation ?

L'Afrique fut l'humanité, l'humanité repasse par l'Afrique.

25 · 10 · 2008

ERRO/PICSOU

Erro offre à ma compagne sa sérigraphie de Picsou 2002 ("Hara-Kiri de la banque de Tokyo"). Quel à-propos. C'est toujours un immense plaisir de le retrouver pour une soirée. Je l'ai défendu vers 1980 alors que la figuration narrative était au plus bas, ringardisée comme peinture et peinture politique de plus. Erro s'en foutait heureusement et a continué un travail très important sur notre monde visuel. Aujourd'hui, il est sollicité de toute part. Mais fidèle à quelques personnes comme Gunnar Kvaran à Oslo et Danielle, qui vient d'achever chez Hazan un très bel ouvrage biographique. Une de ses oeuvres va faire la couverture de "Quelle est la place des images en histoire ?" (bilan chez Nouveau monde), comme j'avais choisi un tableau de lui pour l'article "art" du Dictionnaire mondial des images. Périodiquement, il faut se replonger en Erro, l'artiste essentiel et ce sacré bonhomme généreux, avec AAA (admiration, amitié, affection).
04 · 10 · 2008

Monde et Bakounine

Suivant ces collisions mentales que je prise fort, le journal Le Monde daté du vendredi 3 octobre 2008 publiait un article sur l'"écologie culturelle" qui résume différentes réflexions théoriques mises en ligne sur ce site, et j'étais en repérages dans les montagnes sur les traces des utopistes du XIXe siècle entre France (Fourier, Proudhon à Besançon) et Suisse (phalanstère du manège à La Chaux-de-Fonds, hôtel de l'Internationale anti-autoritaire à Saint-Imier...). Ainsi, on m'appelait pour parler d'écologie culturelle, alors que je discutais avec un jeune paysan de Sonvillier, en pleine campagne, au sujet de la petite bâtisse derrière la ferme qui fut le refuge de Bakounine en 1871. Je ne pense pas que tout cela soit sans rapport : il faut, encore et toujours, réinventer le monde.
12 · 09 · 2008

Auto-pub

Voilà la première histoire mondiale des images : des repères pour 14 millions de familles en France, une avancée internationale décisive sur notre bombardement visuel, la fin du cloisonnement des savoirs (peinture ou photo, Inde ou Grèce, cinéma ou architecture...). Alors, pardonnez-moi, mais les histoires de cul des unes et la xième bouillie sur la "peoplisation" de la politique, tout en l'entretenant et en s'invitant entre soi, très très ringard...

L'ouvrage reçoit déjà un accueil très enthousiaste (merci aux réactions sympathiques envoyées de partout). J'en suis heureux. Maintenant, il faut le faire vivre. C'est un combat. La propagation du savoir devient un acte de résistance.

16 · 08 · 2008

cercles entre JO et musique

Il faut organiser des passages dans sa vie, peut-être moins dramatiquement qu'Aragon ou Walter Benjamin. Je reviens du cercle mégalithique d'Almendres au Portugal et tombe dans un 12e arrondissement parisien désert sur une réunion d'amis autour de Pierre Henry pour le dernier de ses concerts chez lui. Ce fut délicieux et pathétique. Quelle belle idée pour ce monsieur fatigué de recevoir dans sa maison-oeuvre, couverte de compositions. Elles ne sont ni d'avant ni d'arrière-garde, elles forment un tout, une grotte d'époque qui me rappelle Royan et Schaeffer, l'ORTF, avec un travail où il flirte avec des appétits sonores divers. Cercle de complicité de vieux baba cools et de jeunes étudiants à l'heure où les JO tentent d'unifier le monde des images collectives et qu'une guerre Russie-Géorgie semble si pathétiquement ringarde. Voilà une nouvelle version de ce que je souhaite, un antidote à toutes les normalisations : l'interprétation (pour le Daily Bul en Belgique) du petit signe "je suis pluriel". Alors, partons vers d'autres cercles, pas fermés, imbriqués.
22 · 07 · 2008

Censure préventive

J'ai eu Siné au téléphone, parce que je suis choqué de son éviction de Charlie-Hebdo. La censure préventive est quand même un signe des temps. Voilà un dessin de 1961, traduit dans une revue allemande, où un para propose de la viande de "musulman", "intellectuel" et "juif", en pleine guerre d'Algérie. Je n'ai pas toujours été d'accord avec Siné dans ses prises de position, mais c'est un grand dessinateur qui a, avec Bosc, lié politique et humour absurde à la fin des années cinquante, en bravant la censure. C'est le vrai père de Charlie. Aujourd'hui, une telle censure préventive vise, sous prétexte d'antisémitisme possible, à laisser attaquer les catholiques ou les musulmans, mais à interdire toute critique de juifs, de la religion juive ou de la politique de l'état d'Israël, quand des Israëliens eux-mêmes sont très sévères et la fameuse "communauté" juive en France constituée de personnes extrêmement variées dans leurs convictions, dont des antireligieux notoires et des anticapitalistes fougueux. Ca sent très mauvais tout cela. Avec deux risques patents : la propagation d'une censure larvée au nom des meilleurs sentiments (la France est bien plus liberticide que les Etats-Unis) dans tous les domaines, religieux ou politiques ; le retour d'un antisémitisme virulent ("Comment ? Les juifs seraient les seuls à ne pas pouvoir être critiqués ?") et la mort connexe de tout humour juif. Au secours Groucho !

13 · 07 · 2008

malaises : Betancourt show et hystérie monastique

Comment oser parler à contre-courant ? Inaudible face aux bonnes consciences --qui penseront le contraire dans 6 mois. J'ai déjà écrit il y a des semaines, ici même, contre la "photogénie des otages". Le show Betancourt récent écoeure et laisse dubitatif. De même en est-il pour nos pleureurs des droits de l'homme, amoureux de la théocratie des moines et ignorants de la Chine en mouvement d'aujourd'hui. Spécialistes du marketing émotionnel, de la pensée congelée. Abolissons donc la pensée réflexe !

Alerte emballement ! Stop, prenons le temps de réfléchir, de sortir des rabâchages, des fausses évidences. Pas sur la complexité (tout est complexe, même les droits de l'homme) mais la complétude. Nous avançons sans tête. Entendre les arguments divergents.

A feuilleter pourtant de jeunes dessinateurs chinois, on découvre l'incroyable aspiration à s'ouvrir vers l'extérieur. La vitalité créatrice hybride également du "manhua", entre peinture traditionnelle et numérique. La précarité aussi de ce grand pays composite où un Pékinois ne comprend pas un Cantonais, où on détruit aussi vite qu'on bâtit. Le danger planétaire enfin d'une explosion éventuelle, désorganisant l'économie et jetant des millions d'émigrés sur les routes et les mers.

Alors, j'aime les Miaos et veut leur préservation mais souhaite, pour ce faire, une Chine ouverte, parlant d'écologie, corrigeant ses catastrophes naturelles, ou industrielles, ou humaines.

12 · 07 · 2008

Fourier à la plage

L'année dernière, incubant et récupérant d'une naissance, je lisais, atone, "Les milieux libres" à la plage, en emplissant aussi des nuits de coton fébrile sans sommeil. Ce fut prémonitoire. Depuis, je retrouve à travers la manifestation "Utopies et innovations" (2010), dont j'ai accepté le commissariat général sur l'axe Rhin-Rhône, Fourier, Proudhon, et tout un mouvement coopératif visant à "inventer la société". Ce sera une rude tâche, mais passionnante, permettant de croiser des amis beaux esprits en France et en Suisse, réveillant des utopies locales concrètes que le rapport local-global vient nourrir à l'heure des "développements diversifiés". Réinspirer un peu le XXIe siècle en enjambant les échecs sanglants du XXe.

Alors, quand d'autres partent se mettre au vert ou au sable, je relis Proudhon et sa mutuellisation, tout en travaillant au choc des images entre peintures de batailles à Versailles et photographie, et en attendant qu'enfin le site dédié à la documentation et au patrimoine culturel d'AgroParisTech (avec le Musée du Vivant, vision pluridisciplinaire et critique sur l'écologie) s'ouvre. Ouf, mon histoire mondiale des images est partie chez l'imprimeur. En avant pour des utopies concrètes... avant Fourier à la plage.

 

29 · 06 · 2008

Dintrich fabrique des icebergs

Hier, il fit beau, miracle parisien du déréglement climatique. Nous fîmes terrasse et eurent une soirée douce d'intelligence avec Karina et Michel. Voilà de beaux esprits, souriants en glissando de la mort. Elégants. Michel (Dintrich)eut une belle rétrospective à Agen. Ils oeuvrent désormais tous les deux sur les Nouvelles-Hébrides et Michel est invité par les Navajos. Comme le fait Honeybee en Inde qui recueille des savoirs traditionnels, il est temps en effet d'imposer le relatif à la planète, cette imbrication de cultures où l'économie du plus fort n'a raison ni sur les milliers de micro-économies locales ni sur leurs manières de penser. Michel, musicien, artiste, voyageur, subtil, fait de l'écologie culturelle et j'ai trouvé le prétexte à réaliser un reportage sur lui. Voilà qui réconforte face à la bêtise bétonnée au quotidien.
26 · 06 · 2008

tv public ?

Sollicité à la va-vite ce matin par l'AFP (Agence France Presse) sur la suppression de la publicité pour le service public télévisé, j'apporte ici quelques réflexions. Quel étrange impôt que cette "redevance", panier percé à exonérations diverses, fraudé largement, très inégalitaire ? Personne n'en parle. Et pourquoi un service public ? Pour voir quoi ? Et quel publics ? Il doit sortir d'un club fermé pour quelques journalistes et producteurs. En faisant agir des spécialistes divers de la société, il pourra lutter contre la crise de modèles. Dans le même temps, en quoi reflète-t-il la France en mouvement dans le monde ? En quoi de plus, par exemple, la musique télévisée a-t-elle un rapport avec la musique écoutée partout ? Des milliers de micro-télévisions vont bousculer le paysage. Modèles et reflets.

J'en profite pour faire une signe amical à l'Etna d'Othello Vilgard et Raphaël Girault, à l'Usinagaz, revue croisée au Marché des poètes, et à ma fille primée pour un court-métrage projeté au cinéma Le Méliès de Montreuil...

17 · 06 · 2008

L'image Obama (2)

En avant-première pour les visiteurs réguliers de ce site, notamment chinois, égyptiens et américains (merci aussi aux autres, partie 2) :

Le savoir est un enjeu. Une nouvelle mode aux Etats-Unis (et ailleurs) consiste à le stigmatiser comme néfaste. En effet, pour suivre des prescriptions, nul besoin de les questionner, d’enquêter, de comparer. La science (par exemple la théorie de l’évolution) devient ainsi un danger. Parallèlement, nous vivons clairement une crise de modèles : un faux égalitarisme aujourd’hui érige ainsi l’inculture comme objet de fascination. Tout cela ne se produit pas par hasard. Le rapport au savoir conditionne la vision de la société. Indispensable dans un cas pour effectuer des choix évolutifs conscients, il est néfaste dans un autre quand il s’agit de se conformer à des principes intangibles --religieux ou non, car il peut s’agir de multiplier les consommateurs passifs. Obama, à cet égard, incarne clairement l’homme issu d’un milieu hors establishment qui avance grâce à une intelligence brillante. Il réhabilite de fait le savoir et la réflexion, comme d’ailleurs l’art de l’éloquence, le verbe.

De plus --cela est souligné partout-- il est l’exemple même de nos identités imbriquées. Je puis être barcelonaise, juive, socialiste, mais espagnole aussi, passionnée d’échecs, végétarienne et adorant le Japon tout en pratiquant la samba, travaillant dans les assurances... Individus planétaires. Nous évoluons ainsi, suivant les moments (mes identités sont toutes fortes), dans un transculturalisme qui devient une école du goût, de la réflexion, de la fantaisie. Un au-delà du racisme. Un au-delà des culpabilités du XXe siècle (et d’avant). Un monde croisé. Alors, mon rapport physique et mental au monde me construit et construit le monde, parce qu’il bâtit des environnements immédiats différenciés. L’altérité est ma richesse.

Alors, Obama, le métis (descendant de Jefferson Davis et Cherokee et Kenyan d’un père musulman non religieux), ne va pas abolir le racisme. Il ne va pas abattre le capitalisme aveugle, le communautarisme autoritaire, l’intégrisme religieux, le nationalisme agressif. Mais il porte en lui les valeurs d’un monde nouveau. Saura-t-il triompher sans se renier ? Saura-t-il n’être pas qu’une image ? Saura-t-il ouvrir la voie d’une planète autre qui correspond à la vie « ubique » de milliards d’individus ?

Nous, les foules, aimons croire un peu. Un temps

17 · 06 · 2008

L'image Obama (1)

Voilà, déjà en ligne (avant le papier ?), ce texte pour les visiteurs chinois, égyptiens et américains réguliers de ce site (et les autres), merci :

Dans notre monde d’images, nous aspirons constamment aux contes de fées. Rien d’étonnant à ce qu’aujourd’hui Barack Obama ne soit lancé comme un nouveau parfum. Dans la guerre mondiale médiatique, les Etats-Unis avaient perdu leur leadership de l’imaginaire avec un Bush contre-modèle. Obama incarne le passage à un monde nouveau en ayant la jeunesse d’un Kennedy, mais avec l’intellectualisme d’un Kissinger. Trop bien. Il est Africain, tout en étant métis et citoyen des Etats-Unis. Il est croyant, tout en ayant pris ses distances avec son église locale trop radicale. Il a fait Harvard, tout en venant d’une famille modeste qui peut comprendre la précarité. Il incarne ce XXIe siècle que les peuples du monde ne voient pas arriver et pour lequel nous manquons de modèles. Ce n’est pas la Chine, pour l’instant, ni l’Inde, qui peuvent rivaliser en imaginaire dans ce monde multipolaire. Le Brésil ? L’Australie ?

 

Il ne s’agit pas de construire des contes, des histoires à rêver. Il s’agit, à travers elles, de donner des impulsions à l’organisation générale du monde et aux valeurs de la planète. Le capitalisme a probablement chu --malgré les apparences-- après le communisme car il a perdu la bataille morale, qui est désormais un dysfonctionnement économique. Les religions pâtissent de leurs ultras. Le nationalisme devient un attachement local parmi des identités qui sont, pour tout le monde, imbriquées. Obama intervient sur ces terrains et fait image exemplaire sur ces terrains. Chacun alors le regarde comme un sportif proche de l’exploit ou comme un héros de film catastrophe : tiendra-t-il ? Et s’il tient, réalisera-t-il tout ce pour quoi l’affection des foules le porte ? Ne sera-t-il pas un leurre, un « character » mis en exergue ?

 

Le lieu du clivage est dans l’espace social, quand religions ou idéologies cherchent à régir totalement –c'est-à-dire sans contradiction—l’ordre social. Avec les intégrismes montants, la chose est claire. Avec les totalitarismes du XXe siècle voulant une société à l’histoire arrêtée du bonheur absolu, ce le fut aussi (dans le sang), comme d’ailleurs pour toutes les volontés de conquêtes religieuses par la force dans le passé. La morale, c'est-à-dire le choix des règles de relation à l’autre et aux autres, devient alors le terrain d’expérimentations central. Le XXIe siècle ainsi ne sera pas religieux, il sera moral. A cet égard, il est hautement significatif, par exemple, que les critiques concernant le fonctionnement des entreprises, leur finalité, la répartition des richesses de plus en plus inégalitaire et n’ayant rien à voir avec le mérite, jaillissent de tous bords. Cela s’amplifiera : Internet devient le lieu, certes des rumeurs, mais aussi d’une démocratie directe en ligne. C’est bien l’organisation planétaire de l’économie qui est nécessaire mais pour permettre des développements pas seulement durables, mais diversifiés. Veut-on vivre au Mali comme à New York ? Doit-on vivre au Mali comme à New York ?

Soulignons dans ce domaine qu’il est un danger subreptice peu souligné. Il s’avance masqué par les plus louables sentiments : le dogme de la norme, le « bien » pour toutes et tous. C’est lui qui rétablit la censure, c’est lui qui prototype nos comportements. Les meilleurs principes l’épaulent : médecine, actions caritatives, droits de l’homme, écologie. Le dogme de la norme est à nos portes par ces voies-là --même celles du mythe de la durée, de la santé, de la « normalité » mentale et physique. Quand nous parlons d’écologie, par exemple, ou de développement durable, nouvelle sainte notion désormais si floue et galvaudée, il importe que cela reste un objet de discussions, d’expérimentations, de débats, de travaux scientifiques, pas une nouvelle idéologie totalitaire (en parlant d’ailleurs de développements diversifiés). Autre exemple : caritatif et droit-de-l’hommisme ne doivent en aucun cas devenir les voies massives d’une uniformisation néo-colonialiste de la planète, abrasant toutes les cultures en détruisant des éco-systèmes mentaux, des micro-climats économiques. Oui, l’écologie culturelle est aussi importante pour préserver nos diversités et les multiplier en autant de choix possibles, que la défense de la biodiversité de la flore et de la faune. L’univers forme –nous le comprenons désormais-- un tout, un tout de l’unité et de la diversité. Unité du devenir global et diversité des parcours singuliers.   (à suivre)

 

 

 

 

 

 

06 · 06 · 2008

Sur papier ou sur le Net, faire des livres durables

Image : mon collier de la forêt sur almanach du crime.

 

Alors, ce n’est pas parce que cela s’envoie, cela s’électrise, cela s’écrase sur écran, qu’il faut concevoir le Net comme un dico automatisé ou une poubelle à pets éphémères. Il devient un lieu de résistance et de création pour d’autres horizons, d’autres façons de faire. Voilà donc un nouveau livre en ligne Vers une écologie culturelle. Ecrit depuis des mois, il est réclamé alors que je prépare la télévision en ligne ecolibtv et que la Fondation Chirac, par exemple, entame une action de défense des langues autochtones. Ma perspective d'"écologie culturelle" est plus large, car je considère qu'il faut diversifier la diversité, c'est-à-dire à la fois préserver mais aussi évoluer, inventer, faire vivre. Ou quand les Wayanas envahissent le numérique.

 

Nous sommes tous des peuples autochtones. J'en profite pour faire un petit coucou à mon amie Barbara Glowczewski, si active, courageuse et passionnée. Sans tomber dans le mythe du bon sauvage et de la dernière tribu isolée (voir photos récentes en Amazonie) le "droit à l'isolement" constitue probablement le pendant d'une coordination globale. N'uniformisons pas la planète. N'imposons pas des règles et des médecines qui ont montré leur relativité. Ne soyons pas des néo-colonialistes en blouses blanches. Tolérons aussi des formes de retraits dans nos propres sociétés.

Alors, un nouveau livre, dense et à plusieurs voix sur le Net ? Par là, je ne deviens pas pour autant un absolutiste de la toile et crois à la nécessité du papier, pour les médias intermédiaires de contenu et les livres durables. Il faut en effet désormais défendre cette notion de "livres durables", contre l'obsolescence du n'importe quoi. J'aime le papier et commence d'ailleurs une bande dessinée. Mais bousculons la pensée marketée et les bouquins kleenex.  

Tiens, un "vrai" livre. Ami de Michel Lebrun au temps de la littérature policière encore ghettoïsée (années 1970), j’ai « raté » Jean-Patrick Manchette, bien qu’appréciant ses polars. Je me trompais sur son succès en apparence facile. Je le découvre vraiment aujourd’hui en lisant le début de son journal, un traité de vie. Une exigence pour tous. A rebours, quand je me promène sur les écrans télévisés, je songe à cette nouvelle égalité par le bas. Nous sommes noyés dans le rien. Il faut restituer la haine. Manchette dis des conneries (à mon avis), traitant Sunset Boulevard de « soufflé », mais il cherche le rare, l’intense, se met en jeu. Katerine parodie notre robotisation pendant ce temps, acide. Nous allons visiter Carmontelle, l’illusion XVIIIe siècle. Tirons la chasse pour y voir plus clair.

29 · 05 · 2008

Orlan, tout à l'heure

J'ai marché pour revoir Orlan. Jadis déjà, j'allais lui parler à l'école des Beaux-Arts (en 1995 au moment du colloque Où va l'histoire de l'art contemporain ?), alors qu'elle était délaissée dans un coin comme un phénomène bizarre. Je ne suis pourtant pas un fanatique de l'automutilation, ni de la transformation chirurgicale (trop douloureusement subie jadis). Mais je ne me suis déplacé que pour elle, alors que tout le Saint-Germain bruissait de gros replets aveugles et de jeunes greluches plus hautes que hautes. Son travail sur l'hybridation m'intéresse profondément. Je la vois comme un personnage de "transplanet". J'aimerais la faire figurer dans le film Regarder ailleurs. Nous ne nous sommes rien dit. J'irai la visiter.
29 · 05 · 2008

Pas lu, pas vu

Vous le lisez ici et nulle part ailleurs : 

 

 

Les choses se sont totalement inversées. Autrefois, vous écriviez pendant des années, pas à pas, développant éventuellement votre vision du monde et puis, souvent après votre mort, certaines ou certains tentaient éventuellement de mettre cette écriture en correspondance avec des éléments biographiques. De nos jours, la « bio » devient l’objet même du livre. Chacun découvre ses plaies ou statue sur les « media-people », énervés cathodiques qui pissent sur les tables et hurlent comme des chiens à la radio.

 

Aujourd’hui, des personnes connues pour des raisons diverses font des bouquins-alibis (souvent écrits par d’autres) ou des personnes inconnues sont vendues à cause d’un épisode biographique particulier. Freaks. La campagne marketing est organisée autour d’une « révélation ». Chaque livre devient un dossier de presse, un slogan pour bandeau. Une phrase fait article, un article fait ouvrage, un ouvrage fait œuvre.

 

La jactance codée militante nous gonflait dans les seventies marxisantes ; aujourd’hui, le degré zéro de l’intime nous afflige et pourrait nous plonger vers Kierkegaard, comme une bouffée d’air frais. Un zeste de dignité. Une haine ancrée du médiocre.

 

Le savoir devient en effet signe d’ennui, quand la crétinerie notoire amuse et rassure. La démocratisation n’est pas à l’œuvre --qui serait une possibilité générale de connaissance--, mais s’opère un décrochage intéressé dans la bêtise et la médiocrité. Elles rassurent tout le monde en confortant la consommation passive. Alors, l’interview perpétuelle multiplie les livres café du commerce, les confessions de fin de repas, la reality-loghorrée. Le rien de l’intime réduit à son paquet de poils remplace le quotidien universel.

 

Parallèlement, la vague sociologisante commente le commentaire avec nos psys. Elle érige l’air du temps en phénomène, ramasse quelques poncifs et les mêle avec les épices du paradoxal pour un brouet philosophique du ras du bitume. Le titre et la couverture résument tout. Les auteurs se font les perroquets d’eux-mêmes, répétant leur accroche clipée. Pensée gimmick, réflexion-riff. Oubliée dès le lendemain.

 

Chacun peut désormais parler partout. Les vidéos vont envahir le Net. Les blogs se déversent par millions. Il importe alors de défendre l’acte d’écriture, la confection du livre (sur papier ou en ligne) comme un rendez-vous grave qui engage, entre ratés et fulgurances. Baudelaire écrivait : « Le Sage ne rit qu’en tremblant ». Ne soyons pas sages, mais écrivons avec crainte. Et ne prenons plus les torchons pour des serviettes, car il n’y aura plus que des torchons.

 

 

Au bouquin cale-buffet, au codex pour 10 jours, songeons à ce qui nous bouleverse, nous apprend, demeure et parle au futur. Pas pour une perfection qui n’est nullement notre objet, mais pour continuer à tisser ce lien qui nous unit à quelques-uns de nos aînés et parlera peut-être à certains de nos enfants.

 

21 · 05 · 2008

Diversifier la diversité

Hong Kong. Jadis (en 1999), je m'élevais dans un rapport écrit contre l'"exception culturelle" (vision frileuse, protectrice) pour promouvoir la notion de "diversité culturelle". Aujourd'hui, où cette notion s'est banalisée, méfions-nous. Certes l'écologie culturelle incite à préserver des populations aux modes de pensée différents et à ne pas tout abraser avec les modes de vie globalisés dans la bonne conscience droit-de-l'hommiste. Mais il ne faut pas tomber dans des conservatoires figés concurrents, nouveaux cadenas pour les consciences. Affirmons donc la liberté de choix individuelle et d'évolution. Diversifier la diversité consiste à éviter de fabriquer des ghettos, hormis certaines zones de territoires où des populations (en Asie, en Amazonie, en Europe ?) souhaitent éviter les relations avec le reste du monde. Le droit à la diversité a en effet probablement son équilibre dans un droit à l'isolement (comme pour les communautés monastiques). Voilà une philosophie de la relativité en action.
07 · 05 · 2008

Ligne Alexandrie

Portrait d'une ligne élaboré dans le grand salon du consulat de France à Alexandrie, face à la baie, par le dessinateur franco-égyptien Bahgory, tard, autour des alcools, et à mon insu. Dans ce site Internet où l'autocomplaisance règne, cette trombine charpentée ne détonne pas. Pourtant, au-delà de la gentillesse malicieuse du créateur, se découvrir en état de décomposition, paysage ravagé, à l'oeil, non pas malin, mais abruti sous la boursouflure, remet à sa place. Voilà soi en végétalisation, de l'égo-bio, vert déchet. Bref, en voie recyclable.

04 · 05 · 2008

Les jolies couleurs des collabos

En contemplant à Vienne l'incomparable collection d'armures de la Hofburg, je songe aux multiples niveaux de regards dans une exposition. Peu après, à Paris, je suis sidéré à rebours par la légèreté initiale dans la présentation des vues de Zucca (travaillant sous l'occupation en France pour le magazine allemand Signal). J'aurais aimé défendre la liberté de tout montrer (ce que je pense nécessaire), le refus des visions trop directives pour laisser le spectateur juger par lui-même, la liberté esthétique... Mais là, j'accepte finalement d'intervenir (à la radio, sur France Inter) et sanctionne comme les autres : trop c'est trop et il faut vraiment décoder ce joli Paris insouciant. Tous les photographes ne furent pas Zucca, n'en déplaisent aux héritiers. Heureusement.
04 · 05 · 2008

Hitler a tué les Führer

Tout se brouille. S'asseoir sur le Néant et apercevoir un obélisque à Martinvaast dans le Cotentin. Je lis Peillet par Gayot, le seul livre intéressant en ce moment. La décoction, le paysage modifie la perception. Pour Peillet (ou Drieu la Rochelle ou Malraux), il existe une vraie crise d'Idéal, dernier jours ou premiers jours. Sa quête signifie son absurdité : Dieu est mort, et le sacré nous hante. Hitler a tué tous les Führer. Il nous reste la pantomime. Le Vide succède à tant de Pleins. Et nous devons néanmoins reprendre la route. Avec des éclaireurs. Pas des maîtres à penser. Des cactus. Sans Foi. Mais avec des repères.
15 · 04 · 2008

Egypte, klaxons, tombes

Ce pays possède de beaux esprits. Des femmes brillantes parlent à l'université ou fouillent, jaugent les médias et les réserves du Musée du Caire. J'ai marché, rencontré, pénétré une tombe de Sakarah avec Athor majestueuse protégeant un ambassadeur de Pharaon, erré dans les studios Masr avec une directrice passionnée, entre stucs et numérique, vu la baie bleue d'Alexandrie à faire oublier les déchets. Le savoir est là, encore respecté, l'énergie aussi. Il faut aider à l'excellence ce palmier d'eau sur désert, pour que la fertilité triomphe.
29 · 03 · 2008

Ici et partout

La zapping devient permanent. J'ai raté une rencontre jeudi avec Patti Smith pour rejoindre Kenneth White à Trebeurden, avec un soleil d'eau. Tout avance. Mais il faut aussi recevoir des claques comme à 18 ans par des personnes certes sans importance mais qui importent encore pour bloquer le quotidien. Personne ne peut imaginer ce poids du vide. Désespoir et révolte. Qui n'avance pas recule. J'avance encore, balaie le panurgisme à travers des petites tempêtes matinales. Qui comprend ? Il faut se blinder contre la bêtise de beaucoup, la non-lucidité, les tartes épanouies. Il faut payer d'être non markété, atypique, pas formaté, difficile à saisir. Et refuser de péter en public ou d'apitoyer. Rien. De la dignité. Je ne changerai rien. La résistance. Guérilla de la marge, du regard de travers, du monstre. Je filme alors les écarts de pensée. A moins de 40 ans, on se fout de 68 et on entre naturellement dans ces bas-côtés variés, ces tapas recherchés.
16 · 03 · 2008

codex ou cale-buffet

Tout se mêle en moi. Je reviens d'un reportage vidéo à Gaillac. L'exposition fine et pointue est conçue à partir d'un livre du Marquis de Camarasa La Brouette (développant ses "causeries brouettiques" en 1925). Voilà de l'écologie culturelle, de la défense de la diversité. Ce sont ces "fous" littéraires et artistiques (disons-le, je dirige par ailleurs le comité scientifique de l'Institut sur ces personnages) qui me réconcilient avec le livre.

En tout cas pas le Salon du livre, vômissoire de vieux ringards et de jeunes écervelées qui pondent du papier en liasse. Il faut, au détour d'un stand, le canonique et délicieux Egyptien Albert Cossery, seul d'ailleurs comme je vis jadis le pauvre Pierre Desproges au Grand Palais, pour gommer en partie les queues des Nicoletta et des Pancol markettées. Ou le coin manga, assez sympathique avec des passionnés dédicaçant à l'encre de Chine, bras tatoués.

Comment cette parodie culturelle continue-t-elle ? Le déversement de l'égo à la petite semaine noie les 10% de travaux ambitieux, présentés soit par de petits éditeurs qui ferment, soit par de grands éditeurs dont cela devient le luxe. Quel devenir ? Cale-pied de buffet. Point de postérité. Voilà ce que nous deviendrons tous. Les grands discours --réactionnaires au sens propre, nostalgie d'un temps perdu-- sur la sacralité du livre sont balayés dans les faits. Le système se suicide lui-même par multiplication irraisonnée, qui, en plus, n'a même pas le mérite de permettre à des oeuvres ardues d'exister. Le n'importe quoi de la banalité de base balaie une édition française nulle à l'exportation. Le constat devient aigre.

Ne la sauvons surtout pas. Il faudra renaître du marasme.

 

 

24 · 02 · 2008

traces visuelles

Ouf. Silence long sur ce site mais quel boulot... Fini aujourd'hui une histoire mondiale du visuel et toutes les images numérisées. Dantesque, un testament. Il faut regarder ailleurs maintenant. Respirer. Plus de tête. Hier, 19 heures d'écriture d'affilée, les scans aujourdhui.

Regarder ailleurs.