TOLERANCE AND DIVERSITY
A l'heure des débats sur la laïcité, voici un signe à faire circuler avec le texte paru sur Facebook par les MULTI :
TOLERANCE AND DIVERSITY
You can believe in somebody, something or in nothing. But the humanity is separated from now on between the tolerant and the intolerant. We are the tolerant who fight against the intolerance, the loss of liberty to think, the dogmae unique to impose everywhere. Our ideals are : Freedom, Justice, Ecology.
ELLE EST LA !
ELLE EST LA ! L'AFFICHE 2016 EST SORTIE !
ALLEZ VOIR LE PROGRAMME EN LIGNE sur www.histoiresdepassages.com !
VENEZ AU PAYS D'ARGENTAT SUR DORDOGNE DU 21 AU 24 JUILLET POUR VIVRE DES MOMENTS D'ECHANGES ET DE DECOUVERTES DONT VOUS VOUS SOUVIENDREZ !
BE MULTI !
Voir sur ce site : books/livres
L'INFO, C'EST QUOI ?
APPARENCES
Le 19 janvier 2016, cela fera 60 ans qu'aura survécu l'infâme bouillie née par césarienne nommée Laurent Gervereau. C'est une satisfaction d'être parvenu jusque là en n'ayant pas trop de regrets avec une vie très riche de rencontres et d'inventions diverses. Oui, je peux sereinement me regarder dans la glace, pas parce que je serais un bellâtre atteint de jeunisme, mais parce que ma vie correspond aux grandes attentes que j'avais. Je fête donc cette persévérance avec la publication de livres, le rassemblement de proches et une vision plus que jamais relative (la mort de Cabu ne cesse de me hanter, mais aussi tant d'autres en souffrance ou disparus). Loin de me terrasser, c'est une leçon de vie, de volonté, de résistance culturelle. Je me sens plurofuturo et il est inadmissible de se laisser voler le présent et le futur par l'obscurantisme et la haine. Voilà ci-dessous le petit texte qui apparaîtra dans la rubrique "spectacle" de ce site avec quelques photos de l'état des dégâts de mon apparence physique.
Moi aussi, je suis humain
Mon projet ? Il n'est pas très différent de celui de Lao Tseu ou de Montaigne : en analysant la situation des humains dans leur environnement, tâcher de faire des choix éclairés et évolutifs plutôt que de subir dans l'esclavage mental et matériel. D'ailleurs, nous devrions être toutes et tous des Lao Tseu ou des Montaigne, des Epicure ou des bouddhistes du Petit Véhicule, car leur propos --notre situation singulière-plurielle-- est au coeur de l'histoire planétaire, du moins celle du passage des humains.
Bref, j'ai voulu réaliser par différents moyens (ma vie comme mes livres, mes films, mes créations plastiques, l'invention d'actions de groupes...) de la philosophie en actes au temps de la multiplication industrielle des images, du local-global et de l'écologie matérielle et culturelle, donc de la relativité. La mesure est celle de l'efficience individuelle et collective : soi comme cobaye, nous comme symptôme.
Rallumons les Lumières !
France ouverte ou France fermée ?
Il n’est plus temps de tergiverser. La France n’est pas devenue majoritairement nationaliste et xénophobe. Mais la pensée visible dans l’espace public pourrait le faire croire : étalage de néo-réactionnaires fraichement convertis et un parti attrape-tout se nommant Front national. En face, un Front républicain ? Non, une bérézina idéologique. Voilà pourquoi il est urgent de regarder enfin en face le monde d’aujourd’hui et de faire émerger dans l’espace public des concepts alternatifs. Il est temps d’avoir une offre idéologique différente de celle du retour au passé, car si la présidentielle se joue sur la thématique sécuritaire, le résultat est connu d’avance.
Le
seul schéma clair à comprendre et à poser dans cet espace public est celui de
la différence radicale entre les partisans d’une France ouverte et ceux d’une
France fermée. Tout découle de là. Et beaucoup seront surpris de voir qu’une
grande majorité des habitants de ce pays ne souhaitent nullement en réalité une
France fermée. A condition d'expliquer clairement les choses.
En effet, l'accusation facile qui vient aux réactionnaires est de qualifier les autres de "mondialistes", sous-entendu de mauvais Français vendus au laisser-faire économique carnassier. Face à cela, il importe donc urgemment d'étayer ce qu'est une "France ouverte" en insistant d'abord sur le retour au local, sur l'attachement à là où on vit, dans une dimension locale-globale. Retour au local avec lucidité, lucidité sur une planète en interactions : pour s'occuper du local, il faut s'occuper du monde, sinon c'est mentir au peuple et subir, c'est être à la merci des autres.
Voyons donc tout cela.
Le rétro ou le rétrofuturo ? Multi ou mono ? Tolérance ou intolérance ?
Les tenants de la France fermée sont en effet les nostalgiques d’un passé mythifié qui n’a jamais existé. Ils s’arc-boutent sur l’idée simpliste et rassurante d’un bouclage des frontières et d’un tri des vrais Français et des autres. Surtout, ils refusent le mouvement. Leur pensée est arrêtée sur un fantasme particulier de société idéale –très différente d’ailleurs suivant les membres du bloc nationaliste. Ils sont « mono », car exclusifs sur leur choix de société et de mode de vie. Ils veulent une France congelée, muséographiée au mauvais sens du terme. Ce sont, d’une certaine manière, des utopistes dans la mesure où ils visent à un arrêt de l’Histoire. La nostalgie est leur doping. Ils sont rétro, opposants au darwinisme social.
Deux concepts forts s’opposent à cette pensée. D’abord le rétro-futuro. Cela consiste à affirmer son attachement profond à là chacune et chacun vit. Les partisans d’une France ouverte n’ont ainsi aucune leçon d’amour de nos villes et de nos territoires à recevoir. Ils défendent des traditions choisies avec de l’innovation : rétrofuturo. L’abandon de campagnes ou de quartiers, la disparition des PME et de services publics de base, la France à deux vitesses, sont en effet autant de réalités catastrophiques d’aujourd’hui. Elles ne peuvent être combattues que par un puissant retour au local, à de la démocratie directe, aux circuits courts, à des économies diversifiées (on ne vit pas dans un village des Pyrénées comme dans un quartier de Saint-Denis).
Le second concept est la base de la conception laïque et démocratique : l’unité d’intérêts communs dans le vivre ensemble et la liberté de pensée. Il faut organiser un sursaut éducatif et culturel permettant de décrypter les grands enjeux d’aujourd’hui et le maelström des images en circulation exponentielle sur la base de valeurs et d’un passé commun, de tous les aspects d’un passé commun, pas un passé tronqué, sélectionné : des repères.
Les tenants de la France fermée ont en effet une vision particulière de « leur » France, du passé qu’ils se choisissent en ignorant ou en récusant les autres aspects. C’est là où il est fondamental désormais de balayer les errements du « devoir de mémoire », pouvant conduire à l’affrontement victimaire des communautés, pour affirmer fort un « besoin d’histoire », d’une histoire qui est une interrogation problématisée du passé sur la longue durée du territoire et pas seulement le récit d’un roman national forgé au XIXe siècle. La France, c’est un territoire qui a connu une occupation humaine depuis la Préhistoire. Chacun a besoin alors de connaître l’histoire longue de sa commune, de sa région, du pays, de l’Europe et de notre planète. Une histoire stratifiée. Seule une approche scientifique de ce type soude, rassemble, fédère autour d’accroches qui sont d’abord locales. Elle n’omet en rien l’importance de la Chrétienté, par exemple, dans cette histoire (catholiques et aussi protestants) ni la présence très ancienne des Juifs, mais cela l’inscrit dans un système d’échanges et d’affrontements large avec des implications continentales et planétaires depuis les premiers peuplements au sein d’un environnement particulier qui a évolué.
Tout cela nous explique que nous ayons des identités imbriquées faîtes de multiples aspects et inclinaisons personnelles. Alors, « être Français », au-delà de l’aspect légal, c’est vivre sur un territoire, en parler la langue (et d’autres langues…), en connaître l’histoire, participer à son « vivre ensemble » et à la construction d’un projet collectif. Pas se conformer à un stéréotype imposé.
Multiplicité de conceptions du monde (multi) contre vision arrêtée et exclusive (mono), rétrofuturo contre rétro, voilà bien le clivage entre les tenants de la tolérance, quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques, et celles et ceux se basant sur une seule conception à imposer à tous en rejetant les autres formes de pensée : France ouverte et tolérante ou France fermée et intolérante. France du mouvement (et pas du « progrès » qui est une notion fausse et dangereuse avec les sociétés normées et la religion du technologisme) contre France arrêtée ou en tentative pathétique de rétropédalage.
Local-global, justice et durabilité
La réalité terrienne actuelle est locale-globale. Nous vivons l’ubiquité, ici avec les échos d’ailleurs. C’est une réalité stratifiée : je vis dans une commune, une région, un pays, un continent, sur la Terre. Et les questions qui se posent sont locales-globales. Il faut les résoudre au bon niveau. Les partisans d’un France fermée ont la vision d’un Etat aux frontières closes qui seraient protectrices. Leur vision est nationale et même hexagonale (en dehors de toutes les questions économiques que cela pose, quid des DOM-TOM ?).
Aujourd'hui est au programme avec eux la ringardisation entière d'un pays qui s'est laissé entraîner vers un raidissement national à rebours de l'Histoire. Marine Le Pen n'est pas Hitler, mais justement c'est le problème : la droite française s'est fait kidnapper par l'extrême-droite. Pour des raisons profondes : il existe une crise démocratique dans le pays et une absence d'idéaux alternatifs clairement affirmés à un repli nationaliste rassurant en apparence, très dangereux dans les faits.
Face à ces errements, il importe de réveiller la démocratie locale et de structurer la gouvernance continentale et planétaire. Au lieu d’agiter la peur, il faut parler de perspectives pour la jeunesse, pour les actifs, pour un troisième âge qui souvent veut désormais jouer pleinement un rôle social. Réveiller la démocratie locale, c’est aussi s’engager dans la défense culturelle de traditions assumées faisant le goût de nos territoires et le plaisir du vivre-ensemble dans les micro-quartiers de nos villes et de nos banlieues. La France ouverte est une France ancrée qui rassemble, pays d’immigrations successives assumées (qui sont autant d’apports et de liens avec le monde). Une France cependant qui n’est pas faite de bisounours, qui condamne celles et ceux ne respectant pas les lois communes, qui sépare l’espace public et les pratiques privées, qui se soucie de la gestion nationale, continentale et planétaire des migrations.
Car la solution n’est pas la fermeture illusoire, source de déséquilibres et d’insécurité dans un pays étriqué et conflictuel, mais la volonté de peser pour plus d’Europe et plus de gouvernance planétaire. A l’heure de la COP21, tout le monde comprend que les catastrophes climatiques ne s’arrêtent pas aux frontières, ni les migrations, ni les pollutions, ni les génocides culturels, ni les crises économiques et les déséquilibres financiers. Arrêtons de penser borné. Toute guerre désormais n’est ni locale ni nationale, c’est une guerre civile où des humains affrontent d’autres humains. La guerre mondiale médiatique des propagandes et des publicités se moque des frontières.
Alors, il faut repenser la constitution pour revivifier la démocratie locale et nationale mais aussi repenser une gouvernance européenne et une gouvernance mondiale à partir d’un Pacte terrien évolutif accepté par toutes et tous. La France ouverte, c’est une France qui redevient motrice dans la pensée d’une planète nécessairement solidaire pour sa survie, certes, mais avec des idéaux communs clairs de justice et de durabilité. Par rapport à cela, les tenants de la France fermée, à idéaliser le passé, ne croient plus en la capacité des Françaises et des Français d'inventer le futur, de créer, d'innover dans tous les domaines. Eux qui ne cessent de trier les bons Français et les mauvais Français, ils ne croient plus en la France. Assez de masochisme ! Assez de cécité, de mensonges et d’hypocrisies !
Levons l'espoir d'une République durable et solidaire, construisons le futur au lieu de se bloquer avec morbidité sur la nostalgie du passé. Retrouvons des idéaux dans le respect de la relativité des pensées, des croyances, des civilisations : une écologie culturelle. Ces idéaux ont fait les meilleurs moments de notre Histoire comme de celle des Etats-Unis, ceux d'appels généreux à la communauté humaine. Rallumons les Lumières !
BLUES ET REVEIL NECESSAIRE
Ce dessin de Willem a une histoire. Il a été réalisé à l'été 2015 après que Corinne Bonnet lui ait demandé plusieurs semaines avant une oeuvre pour l'exposition "Au-delà, atlas des visionnaires" (conçue par Olivia Clavel et qui rassembla 20 artistes des plus réjouissants). Willem laissa Corinne Bonnet, la galeriste et voisine îlienne, sans réponse. Puis, à l'été, il lui donna ce dessin.
C'est ce dessin qui était exposé lors de sa venue à Paris le 14 novembre avec Medi dans l'exposition. Et, le 14 novembre, après l'horrible réplique des assassinats de Charlie-Hebdo la veille, il n'y avait rien à faire que d'ouvrir une bouteille...
Aujourd'hui, ce n'est pas l'horreur absurde qui est au programme, mais la ringardisation entière d'un pays qui s'est laissé entraîner vers un raidissement national à rebours de l'Histoire. Marine Le Pen n'est pas Hitler, mais justement c'est le problème : la droite française s'est fait kidnapper par l'extrême-droite. Pour des raisons profondes : il existe une crise démocratique dans le pays et une absence d'idéaux alternatifs clairement affirmés à un repli nationaliste rassurant en apparence, très dangereux dans les faits.
De même qu'après les assassinats perpétrés la réponse sécuritaire ne peut suffire (il faut un réveil culturel et éducatif), de même les élections à venir ne doivent plus être détournées par ce qui n'est pas le sujet premier d'un pays en devenir. Pour la jeunesse, pour les actifs comme pour toute une partie d'un troisième âge soucieux du vivre en commun, il faut tout placer sur les objectifs de justice et de durabilité. Je le dis depuis des années et la personnalité politique qui saura rassembler et avancer sur ces objectifs clairs avec les conséquences constitutionnelles qui en découlent renversera la table.
Cela suppose de cesser de se désintéresser du local, du terrain. Tout vient de là : le retour au local. Cessons d'avoir des quartiers urbains et des villages abandonnés. Soyons fiers de là où nous vivons en faisant des choix rétrofuturos où la population est associée : décider de ce qu'on veut garder et magnifier comme traditions et de là où on veut innover. A partir de ce retour au local, de cette défense du local avec des circuits courts, de l'innovation économique, il faut cependant comprendre notre univers en réseaux planétaires.
Oui, notre dimension est locale-globale désormais et l'illusion du repli autarcique est dangereux. La COP21 donne l'exemple du fait qu'une gouvernance planétaire doit être construite. Les enjeux environnementaux comme d'ailleurs le terrorisme ne se traitent --nous le voyons tous les jours-- qu'à la bonne échelle : elle dépasse les pays et même les continents. Elle implique l'ensemble de la communauté humaine dans son environnement, en interaction avec son environnement. S'enfermer dans une conception bornée au sens propre, c'est être inopérant et subir des conséquences environnementales mais aussi économiques ou sur les libertés publiques considérables. La cécité des néo-réactionnaire est là : ce sont des oies blanches prêtes à se livrer à toutes les catastrophes et aux effets de la guerre mondiale médiatique des propagandes et des publicités où ils ne décident plus de rien.
Je viens de terminer un livre sur ces questions. Alors, souhaitons que cette pensée soit enfin largement relayée dans les médias, souhaitons que beaucoup s'en emparent. L'espace médiatique s'est laissé phagocyter de façon pernicieuse par les néo-réactionnaires --comme si c'était "courageux" d'être réactionnaire, de déverser sa bile...--, représentants gonflés d'une seule partie du peuple et en tout cas d'options dangereuses pour le futur. Assez donc de temps perdu et d'autodestruction, de morbidité nostalgique : disons-le, si par malheur le Front national arrivait au pouvoir, soit il ne ferait pas grand chose comme sa politique assez prudente actuelle locale, soit il provoquerait des troubles graves. Du temps perdu et de l'auto-destruction.
Finalement, à idéaliser le passé, ces personnes ne croient plus en la capacité des Françaises et des Français d'inventer le futur, de créer, d'innover dans tous les domaines. Eux qui ne cessent de trier les bons Français et les mauvais Français, ils ne croient plus en la France, ils veulent faire de ce pays un territoire muséographié dans le plus mauvais sens du terme, congelé. Assez de masochisme ! Oui, il n'y a vraiment plus de temps à perdre pour une jeunesse qui se sent ignorée, délaissée, sans perspective et qui végète dans la dépression ou s'exile.
Levons l'espoir d'une République durable et solidaire, clairement engagée pour la justice et la qualité environnementale locale et globale. Retrouvons des idéaux dans le respect de la relativité des pensées, des croyances, des civilisations : une écologie culturelle. Ces idéaux ont fait les meilleurs moments de notre Histoire comme de celle des Etats-Unis, ceux d'appels généreux à la communauté humaine. Rallumons les Lumières !
MEDIA-TERRORISME ET RESISTANCE CULTURELLE
Nous confirmons l'exposition : Michel Granger, un amoureux de la planète !
Venez nous soutenir ce jeudi 19 novembre de 18h à 20h (ECART, 18 rue Jacob, 75006 Paris) pour l'inauguration en présence de l'artiste
Inutile de dire que toute l'oeuvre et les valeurs de Michel Granger -- paisible habitant du 10e arrondissement de Paris-- sont à l'exact opposé des horreurs qui viennent d'être commises.
Alors que les chamailleries politiques recommencent et les surenchères sécuritaires, alors que les médias font de facto la pub de ce media-terrorisme inauguré avec le World Trade Center, il est essentiel de se rassembler et de parler de ce qui doit faire notre force : l'éducation à tout âge et la culture, la défense de la science et des savoirs contre l'obscurantisme fanatique.
Et, affirmons-le, la COP21 est plus importante que les agissements de 8 criminels.
Partout, il faut non seulement continuer mais affirmer nos valeurs, organiser la RESISTANCE CULTURELLE
MEDIA-TERRORISME ET SILENCE DE RESISTANCE
MEDIA-TERRORISME ET SILENCE DE RESISTANCE
J’avais mis en avant dans le journal Le Monde en 2004, lors des attentats à Madrid, la notion de « média-terrorisme », c’est-à-dire le fait que les terroristes, depuis le World Trade Center, scénarisent désormais leurs actions et l’usage de l’horreur. Ils conçoivent des événements simultanés et successifs sur des cibles symboliques comme dans une fiction.
Aujourd’hui, 13 novembre 2015 dans la nuit, j’apprends ce qui s’est passé dans ce quartier du 10e arrondissement où j’ai habité pendant 25 ans. Mon fils a travaillé au restaurant Le Cambodge, qui a ouvert le Petit Cambodge en face du café Le Carillon... Comment ne pas être saisi par l’horreur. Comment s’autoriser même à réfléchir dans l’élan naturel de compassion et de solidarité. Comment penser au-delà dans ces premiers instants.
Et pourtant. Et pourtant il va bien falloir mener une réflexion de fond sur l’instrumentalisation de l’horreur, qui est une victoire indéniable des terroristes dans un kidnapping de l’actualité. Il va falloir réagir, réagir probablement par la contention médiatique, par un SILENCE DE RESISTANCE. Dire les faits et les mesures mais fermer les antennes à ces programmes en continu qui sont exactement ce qu’attendent les terroristes jouant en réel un mauvais polar.
Le World Trade Center avait des allures de film de science-fiction avec des caméras de surveillance. Les événements actuels propagent des paroles trash sur une absence d’images, un discours de l’horreur propre à mobiliser nos imaginaires. Tout cela se fait dans un contexte très particulier. Pour la course à l'audience, la Gore Attitude a gagné partout sur les écrans : pas de fiction sans meurtre, pas d'info sans mort. Quelle époque étrange, comme si l'absence de guerre directe ici provoquait des simulations d'états de guerre.
Cela se répétera. Il va donc falloir apprendre à informer autrement d'une part et décriminaliser les fictions d'autre part. Informer sans tomber dans le compassionnel. Vaincre la prise à la gorge de l'actualité par les terroristes en limitant volontairement l'impact médiatique. Donner des faits mais sans déborder, sans faire des directs pendant des heures où il n'y a pas ou très peu d'informations nouvelles. Donc sans faire la publicité de facto pour ces êtres médiocres embrigadés se jouant le film.
Le terrorisme est une forme de virus. Il est très pervers. Dans le passé, le mouvement anarchiste --qui était pourtant un mouvement généreux pour la liberté et la solidarité, inventant par exemple mutualisme ou coopératives-- a pâti très gravement des attentats terroristes. Il est devenu synonyme non seulement de foutoir (« c’est l’anarchie ! ») mais de crimes (l’anarchiste poseur de bombes ou assassinant les puissants). Ce fut une erreur stratégique et éthique totale, discréditant le mot « anarchie » lui-même. Dans les années 1970, quand les gauchistes allemands ou italiens pratiquèrent la violence, Guy Debord écrivit avec Gianfranco Sanguinetti pour expliquer que le terrorisme ne pouvait faire que le jeu d'une répression toujours plus forte.
A cet égard,
nous sommes devant des responsabilités graves aujourd'hui. Pouvoir
politique et médias doivent réfléchir urgemment à leurs buts et leur
fonctionnement. Car la pente est dangereuse : les terroristes font de
l'audience et de la part de marché, ils vendent du papier. Du point de
vue politique, sans tomber dans un complotisme maladif que j'exècre,
constatons que, comme dans la guerre froide où les deux camps se sont
merveilleusement accommodés de la mobilisation totale contre l'ennemi
total, les terroristes-stars des médias arrangent les pouvoirs
politiques et économiques. Ils soudent les populations et gomment les
problèmes.
Le défi terroriste est donc aussi un défi de liberté d'expression et un défi de fonctionnement démocratique.
La tâche n'est pas facile, mais nos dirigeants doivent alors tenir les deux bouts du front nécessaire contre cette violence instrumentalisée : des mesures de sécurité publique indispensables et résolues, avec l'affirmation sans cesse renouvelée de la défense des libertés (qui fait contre-modèle : ne rien céder à ce que nous rejetons). Il faut, tout en luttant collectivement contre ce cancer intérieur dans un pays fracturé où des banlieues et des campagnes se sentent reléguées, ghettoïsées, éviter la policiarisation du monde en images et dans des sociétés du contrôle et de la norme. Voilà pourquoi d'ailleurs le temps d'une grande action pédagogique de long terme sur l'éducation aux images à tout âge est un impératif civique. Face au maëlström de nos écrans, apprendre à voir devient aussi important qu'apprendre à lire.
Bref, combattre résolument, réfléchir aux usages médiatiques tout en défendant les libertés et faire une oeuvre éducative durable à la hauteur de la transformation de civilisation qui est la nôtre.