Après la publication de mon article dans
le journal Le Monde, vous avez bien voulu me recevoir le 10 novembre
2010. Fondateur de l’Association internationale des musées d’histoire et du
Conseil des musées d’histoire en France, co-directeur du Guide des musées et
collections d’histoire en France, concepteur d’expositions pionnières sur
les grands sujets de notre histoire contemporaine rassemblant des historiens de
toutes tendances (La
Propagande sous Vichy ; La France en guerre
d’Algérie ; Toute la
France (Un siècle d’histoire d’immigration en France) ;
La déportation, le système concentrationnaire nazi ; Images et
colonies ; L’Affaire Dreyfus ; 1917 dans le monde ;
Montrer/ne pas montrer la guerre ; Les Sixties ; Russie/URSS
1914-1991….), Président de l’Institut des Images et initiateur de l’histoire
du visuel, j’ai pu vous expliquer que les professionnels, toutes tendances
confondues, avaient été totalement tenus à l’écart du projet Maison d’histoire
de France. Depuis, je n’ai plus eu de nouvelles et vos conseillers souvent
n’accusent même pas réception des mails.
La concertation est donc totalement
absente et montre bien combien les professionnels ont été non consultés,
non associés et mis à l’écart. C’est très choquant, alors que la plupart
ont œuvré avec passion leur vie entière pour faire évoluer en France et
dans le monde les institutions patrimoniales, alors qu’ils ont le sens de
l’intérêt public et sont pionniers au niveau international, conseillant des
musées en constitution ou en transformation en France et dans le monde (comme
je l’ai fait à Nantes, Lewarde, au Struthof ou en Afrique du Sud).
Expression de ce profond malaise –bien
au-delà de son expression publique--, un Appel a été rédigé et
soutenu par d’importantes organisations de chercheurs, de pédagogues et de
professionnels du patrimoine, toutes tendances confondues, ainsi que nombre de
personnalités. Je vous l’envoie officiellement. Vous remarquerez qu’il évite la
question de la localisation, considérant qu’il faut travailler sur des bases
saines dans la concertation. Si les Archives nationales sont confirmées, il
faut aussi associer le conseil scientifique du Musée d’histoire de France (dont
je fais partie, comme Pierre Nora) pour que des opérations conjointes soient
créées. Et n’oublions pas l’innovation écologique et l’invention sociale.
D’une manière générale, nous vous
posons trois questions précises, destinées à faire de ce lieu un lieu
indiscutable et utile, applaudi par toutes et tous. Des réponses claires sont
attendues, qui seront autant de signaux d’ouverture et de gages de pérennité,
sur :
- le contenu historique avec une histoire longue (de la préhistoire à aujourd'hui), stratifiée (du local au national, au continental, au mondial), et ouverte sur différentes approches historiques, dont l'histoire du visuel. L’ambiguïté d’une continuation du débat sur l’identité
nationale et sur une construction idéologique ou une instrumentalisation
partisane doit en effet être clairement levée au plus vite. De plus, il faut
innover sur la question des images et de leur utilisation, in situ et en ligne.
- la préparation du futur établissement public sur des bases ouvertes pédagogiquement et scientifiquement, en associant en tant que telles les grandes institutions de recherche --au-delà de personnalités-- et les organismes de pédagogues. Il faut un lieu pérenne qui se renouvelle,
associe les jeunes chercheurs et les pédagogues dans autant de conseils ad
hoc que d’opérations.
- la vraie inscription dans le tissu patrimonial en reconstituant un Conseil des musées et lieux d'histoire en France, ouvert sur
l'Europe et le monde, et en chargeant un professionnel de musée de piloter la
Maison, comme cela se fait partout en Europe et dans le monde. Là encore, il faut
rassurer et bâtir solidement, non par quelques saupoudrages, mais par
l’association de toutes les institutions, des partenariats et des programmes
culturels en réseau. La Maison
d’histoire de France ne sera plus vue alors comme un corps étranger et
artificiel (voir agressif) mais comme un lieu d’échange, de dynamisation et
même de rationalisation d’un réseau, profitable au rayonnement général.
Vous le comprenez, nous voulons ainsi
que l’argent public soit utilisé pour une œuvre durable, innovante. Veuillez
croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de ma haute considération.
Laurent Gervereau
Président du Réseau des musées de
l’Europe